‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 90 sur 121 · OEd. Col · texte numérisé non relu

OEd. Col

ÔjffTE Ttaoôévo'.), tandis que les filles partagent la vie errante de leur père. La comparaison cloche quelque peu ; nous apprendrons plus loin qu'un de ces hommes casaniers, actuellement exilé, avait régné autrefois dans Thèbes et expulsé son frère. En cet endroit l'emprunt, sans être aussi choquant que dans Aniigone, ne laisse pas d'être déplacé. Aussi Meineke soupçonnait-il là encore une interpolation. Cela était logique, car il est difficile de condamner l'un des deux passages sans écarter l'autre. Mais où nous arrêterons-nous dans cette voie périlleuse?

Il faut maintenant examiner le passage incriminé vers par vers; car on a épluché les phrases et les mots, et on a trouvé à y redire, quelquefois non sans motif. S'il était impossible de répondre à ces critiques de détail, elles seraient plus probantes que les considérations générales sur l'ensemble du morceau.

Antigone dit en apostrophant Polynice : « Et cependant, au jugement des hommes sensés, j'eus raison de t'honorer ». Il n'y a aucune difficulté à construire zTÎjj.r^Tx £'j ; si le vers imprimé peut sembler amphibologique, le vers récité comme il convient est très clair, et Sophocle écrivait pour le théâtre. Inutile de lire xaiTO'. 'ji Y ' £-j -(ar^Tci, comme on a proposé *.

905 O'j yip ttot' ovt' av, ti ■zéy.^tav (A'^TVip sçuv,

906 0-J-' et Ttôîj'.ç (Jio! y.aTÔavwv ÈTrivceTO,

907 pi'a 7ro).tT(5v tôvô' av /jpép.r,v 7t6vov.

[1. Kaibel voudrait suppléer un vers comme àôîÀçov ovt' oiiatfAov oO ■KÏp'x àiy.r^z.]

Des deux membres de phrase parallèles, le premier, £t xéxvojv [j.7|TY,p SC.1JV, He dit que la moitié de ce qu'il fallait dire. Nous remédierons à cet inconvénient par une correction facile'. Écrivons, sans changer une seule lettre :

O'j Y^Jp ■'^^'" <^'^'f' '^^'i ï' ~i'^-^>' wv IJ-^i'OP 'w-'^'>

« Si des enfants dont j'aurais été mère.... »La proposition relative participe de la nature hypothétique de la proposition qui la gouverne ; la particule av n'y est pas de mise (cf. Krueger, Gr. gr., % 54, 10, 6). Quant au verbe ïx-f^xzTo, qui est commun aux deux membres de phrase, il ne blesse notre goût qui si on le traduit par « pourrissait ». Le poète ne s'est pas servi du mot propre ïrs-f^-Ki-zo, mais d'un autre, qui n'a rien de repoussant, puisqu'on dit T/,>:o[j.a'. -66co, zr^xo- {ji.at oaxpuyécijv.

90S Tt'vo; véfjio'j 5v) Ta-jTa Ttpb? '/Jj-Çi'-'i ).£"(') ;

« Au gré de quelle loi, pour obéir à quelle loi, parlé-je ainsi? >> Faut-il justifier une locution dans laquelle le sens premier de /-ip-.v s'est émoussé ?. Euripide dit {Médée^ 5.38) voao-.; te /p-riTÔa-., ixyj Trpb; layyoz yiçiiv.

909 IlôiTt; jjiàv av [xoi xaxôavévro; cHu.o^ r,-/,

910 y.al Tvatç àir' aXXou cpwxb;, e'c toCo' r,(X7t/ay.ov

911 [AriT-poç ô' £v "AtSou y.al Tcaxpb? xsxeyÔoTotv,

912 oOx £(7t" àôîXçb; o(TTi; av pXicTTOt Ttoxs.

[1. M. Diels m'écrit que la même correction lui était venue à l'esprit et qu'il l'avait communiquée à ses auditeurs. Je suis charmé de m'être rencontré avec l'éminent professeur de Berlin.]

■2'y() j'^TUDES SUR l'antiquitk grecque.

Avec xarOavovTo;, il faut sous-eutcnclre le géniliC (inusité) de -koiiç, ce qui ne semble nullement contraire au génie de la langue grecque. Il était facile d'écrire àvSpbç... xaiOavôvxoç, mais le poète voulait mettre en relief les trois nominatifs parallèles, Tioa-.;, Ttaïç, àoeXi^ôç. On lit dans VHippolyle (v. 19) [xeiCw ppo- Tî-'aç TTf od^rsorcov ôi;.tÀ'>y.ç, non ô[j.'.Xi'ocv, qui serait plus conforme à nos habitudes de parler. Dans le vers suivant Touoe équivaut évidemment à TratSôç ; aussi la restriction à:;' aXXou ç/wtoç, qui implique la mort du mari, ne se comprend-elle pas assez. On peut écrire t\ tûvo' ■>][ji,7rXaxov. Il convient, en effet, de supposer une mère privée de son mari; autrement, ce dernier aurait dû défendre le corps de l'enfant. Le vers 91'2 prête aussi à la critique. « Il n'est pas de frère qui pourrait me naître » : cela est étrangement dit. Mais n'ayons pas la prétention de corriger le poète, en lui suggérant avec Dindorf la tournure oùx Itô' ôVrco; àoeXtpôç av j3Xà- TToi 7roT£. Le poète, nous l'avons vu, a très bien fait de placer le mot àoeXcpôç en évidence avant la conjonction ; c'est le copiste qui est en faute, il aurait dû écrire

o-jx stt' àoe>,sb; oi; Tt? àv p/.âTTOt ttoté. « Il n'est pas possible qu'un frère vienne à me naître. »

Cf. V. 750 : Ta-jirjV tiot' o-jx. stO' w; en Çtiidav ^afAîi";.

Il n'y a rien à reprendre dans les vers suivants :

913 To'.(î)5£ (jiÉvTot ff' £V.7rpoTt[xr|(7a; Èyw

914 v6[j.()), KpÉovTi xa-j-' ;8oE' âjAapravstv.

Si Antigone se réfère ici à la question qu'elle avait posée au vers 908 et rend cette relation plus frap-

pante en se servant de nouveau du mot 'j6^o<;^ cette forme de raisonnement est familière aux tragiques. Voyez plus haut vers 177 et 191, plus bas 710 et 723; Electre 341 et 365, 976 et 984, passages trop longs à reproduire. Dans les Suppliantes d'Eschyle, le Roi commence une tirade par le vers (408) :

Aï? Tot [ïa^îia; çpovTi'&o; (7(i>Tv-,p:'o\*,

« Il faut de profondes réflexions salutaires. »

et, après avoir exposé ses motifs, il la finit en disant

Mcijv 0-j ùif/.v. Sîïv cppovTtSoi; ffWTYipiov; (1 Xe vous paraît-il pas qu'il faille de profondes réflexions salu-

[taires? »

Je crois avoir montré qu'au point de vue de la langue et de l'expression les vers sont irréprochables, et j'en viens à la conclusion à tirer de ces trop longues considérations. Gardons-nous de mériter le reproche qu'on faisait à Aristarque, versiim qiiem non probat damnât. Les subtilités qui nous choquent amusaient peut-être des esprits grecs, qu'en savons-nous? Disons que, tout entière aux affections virginales, « la plus fraternelle des âmes » [dieschwesterlichste der Seelen), comme dit le poète allemand, ne connaît pas les sentiments de l'épouse et de la mère. Ajoutons que, abandonnée, condamnée par tous, par les dieux comme par les hommes, la jeune fille, presque ébranlée, s'efforce de justifier sa conduite par" tous les raisonnements possibles, bons ou sophistiques, pourvu qu'ils aient quelque apparence. J'en dirais plus long, que je ne parviendrais jamais.

je le sais, à faire goûter à personne un morceau que je ne goûte nullement. Mais je pense, à mon grand regret, que nous n'avons pas le droit de l'ôter à Sophocle ; c'est la conclusion à laquelle je me résigne, éxwv àsxovTt ys Oujjlw.

[En 1897, M. Kaibel a défendu dans un programme académique (De Sophoclis Anligona) l'authenticité du passage incriminé sans connaître mon travail. Malheureusement, nos vues ne s'accordent que sur ce point. Quant aux arguments dont s'est servi le savant professeur de Gœtingue, je ne saurais me les approprier. A l'entendre, Anligone déclare qu'elle n'aurait pas fait pour un mari ni pour des enfants ce qu'elle osa pour un frère, parce qu'elle pense au mari qu'on lui avait destiné et que le fds de Créon lui est aussi odieux que Créon lui-même. On comprend que, pour soutenir ce paradoxe, M. Kaibel est obligé de forcer le sens de plusieurs autres passages de la tragédie*. M. Margrander {American Philol. Assoc, 1898, p. Lxiv) trouve qu'Antigone, fruit d'unincesle, devait penser et parler ainsi. Enfin M. Plûss [Xeue Jahrb. f. cl. Klass. Alterth., 1898, p. 475) se donne beaucoup de peine pour prouver qu'Antigone use d'une amère ironie.

[1. Je renvoie à la réfutation de Bruhns dans .Veue Jahrh. f. d. Kl. AU., 1898, p. 242 et suiv,]

SCÈNES RÉGEMMENT DÉCOUVERTES.

LE campagnard'.

Depuis que M. J. Xicole a publié sa brochure le Laboureur cleMénandre^, les restes de celte comédie ont changé d'aspect au point de se présenter aujourd'hui sous une forme tou te difîé rente. Nous croyions aA'oir affaire à quatre fragments distincts, écrits sur le vecto et le verso de deux feuillets mutilés d'un volumen proprement dit. Par le fait (nous le savons maintenant), nous nous trouvons en présence d'un seul feuillet, tiré d'un livre, non d'un rouleau, et d'un seul fragment, mutilé, il est vrai, par les déchirures du papyrus, mais offrant d'ailleurs un texte suivi. La découverte de cette cohérence est due à la sagacité de M. Blass. D'un autre côté, le déchiffrement du texte a fait de notables progrès grâce à MM. Grenfell

1, Revue des Études grecques, XI (1898), p. 121 et suiv.

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