‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 92 sur 121 · Menander's rsiopyô;,, Oxford · texte numérisé non relu

Menander's rsiopyô;,, Oxford

2. C'est là ce qui m'engage à revenir sur un sujet déjà traité par moi dans le Journal des Savants (1897, cahier de novembre, p. 675 et suiv.) d'après les éléments fournis par M. Nicole. Comme ce journal est peut-être plus estimé que répandu, j'ai cru devoir répéter ici une partie de ce que j'avais exposé dans mon premier article.

essayé d'entrevoir le dénouement de la comédie. Mais avant d'en arriver là, il faut dire quelques mots sur l'état du manuscrit.

Le caractère de l'écriture, une onciale irrégulière, se rapprochant assez souvent des formes cursives, dénote, suivant les éditeurs anglais, une main du iv*" ou du V'' siècle après notre ère. Les mots ne sont ni séparés ni accentués, et il n'y a que trois espèces de signes accessoires. L'apostrophe ne marque pas seulement l'élisioii d'une voyelle, mais se trouve aussi au milieu d'un mot entre deux consonnes (IIPAT'- TQN)^ Les deux points indiquent un changement d'interlocuteur au milieu d'un vers. La paragraphos est employée, ce semble, quand un autre personnage prend la parole au commencement d'un vers ; mais, comme les marges sont presque partout entamées, la plupart de ces petites barres ont disparu avec le commencement des lignes. D'ailleurs, le copiste est aussi négligent dans l'emploi de ces signes que pour le reste. Outre des fautes d'orthographe, comme la confusion des voyelles 0 avec Q, E avec II, il commet des erreurs plus graves qui altèrent le sens ou le mètre. L'iota, qui ne se prononçait plus et que nous souscrivons, n'est pas marqué-. L'itacisme ne se fait pas sentir.

Arrivons au texte. Le papyrus contient la fin d'un monologue, deux scènes complètes, et le commen-

1. îil. Oniont pense que l'apostrophe est un avis au lecteur de ne pas prendre TT pour II. La même explication peut-elle aussi s'appliquer à II 'T?

2. On comprend facilement que le copiste ait écrit TPAIAION (vers 55) et, d'après notre conjecture, QIET (vers 72).

cément d'une autre scène. Voici d abord ce qui reste

du monologue ^

r JTrpodiwv T:pâTT03v[ ]Û7io(po6oy[j.£voç[

Lr|V S' o-j novr\]p[h!; o]ùô' lè]8oy.o-Jv[

£ ô [Actpay.îcy.oc Iv ÀyoM C'.szfKti

5 O"j[j.ê£oriy.bç o [a' à'7To).a)).£X£<v>

[à7r6ST|]|j.ov £E; Kôpivâov âiil lîpâïtv xtva.

I 'EaOwv û]7:b vûxTa ycyvojAÉvoyç r|6rj yâtAO-J?

[y.aTa),ajj.]êàvw [xoi, toÙç Ôe&'jc (7T£cpavoy|j.£vou;,

[tov Tratélpa Oûovra evSov àxôsSwffi Se 10 [x6pr|V ô] 7varr,p' ôfj-OiraTpta yâp àffr; (xot,

[•JTro T-r,ç] <CTr«Tpbç> vjvl yjvat/b; TpEcpojxÉvr)

[xaXtîiç], àoeXç-ô' [Tî]va 8a Suo-cpeyy.Tw y.axw ]a" TT/.r|V oyxo); J'/W

[è^TJXOov èx -rr]? oî]xta; o-JSàv 9pà!Tai;" 15 [çyyô] î-itwv Sk Tbv Y^iJ-ov, TY)V 9t).TâTr|V

[...]av àStxricaïu.' aV o-j yàp vl/ieêéz.

[Kô]7tTîiv &£ [jiXXwv Tr|V 6-jpav ôxvw 7và>.a'."

[o-j]x olSa yàp tbv àSsAcpbv £l vjv è? àypoû

[âjvââô' à7riSY][j.£t' TTXVTa upovoîïaôai [as SeT. 20 ['A]àa' £xtvo8wv a7r£t|j.i xal jîlo-j).£-j(Toaa'.

to-jt' aù'Ô', OTTO)? 8£Î' 8ias-jy£Îv [j.£ tbv yâjj.ov,-.

1. Les mots omis par le copiste sont entourés de crochets obliques < >, à la dirféi'ence des lettres dispai'ues et placées entre crochets droits. Quant aux abréviations, N. = Nicole, G.H. = Grenfell et Hunt, Bl. = Blass, Bu. = Bury.'E. = Robinson Ellis, P. = Papyrus. Ces trois derniers savants avaient été consultés par les éditeurs anj;lais. Les autres suppléments et corrections sont de l'auteur de cet article.

2. V. 3. C'est Iç fragment du rswpyb; cité dans Be/cAeri Anecd. 1380 (fr. 99 Kock), placé ici par N. — V. 4 [âv u> ù]ï G. H. Ce supplément est un peu court pourra lacune, et je ne vois aucune relation entre l'absence du fils de Myrrhiné et le cfj[).- ?t'Jôrç/Mi le mariage décrété par Gorgias. — V. 6 [à7r68r,]aov N. [ — V. 7-8 r,xwv Wilamowitz.] — yivoti-îv-r, to-j; yai^o-j; et eoT£cpavo-j; P. Les corrections sont de Bl. — V. 9 [tov Ttatijpa N. — [V. 10 ayibç 6 tc. Wil. — ] V. 11 [-ÛTtb -zr^^ N. <7ia:pbç> B. — V. 13 [£ijpa) 9-jyriv o-jx oISJa Bl. Mais cpyyv^v demanderait xaxoO. Le seul datif possible serait jxoi. — V. 14 supplément de G. H. — V. 16 sOa-cgiç N. £y<7£go; P. -- V. 17 [xô]7rT£tv N. — 18-19 [oùjx et [£Jv6à6' N. — a' £6£t P. - 20 [àl>.X' N.

«... Le petit jeune homme séjournait aux champs. J'étais allé à Gorinthe pour une atîaire, et pendant mon absence survient un incident qui me porte un coup mortel. Rentré le soir, je trouve qu'on prépare un mariage pour moi, je vois les images des dieux déjà couronnées de fleurs, mon père qui offre le sacrifice, lime destine sa fille: car j'ai une sœur, consanguine, chastement élevée par celle qui est à présent la femme de mon père. Mais comment échapper à un malheur imminent? Je ne sais.

« Voici où j'en suis: j'ai quitté la maison sans rien dire; mais si je me dérobais au mariage par la fuite, je serais coupable envers la chère [ici un nom propre] : ce serait manquer de piété. Depuis longtemps, je suis à cette porte et j'hésite toujours à frapper, car j'ignore si le frère n'est pas revenu des champs : il faut tout prévoir. Mais allons ailleurs et avisons (c'est là le point) au moyen d'échapper à ce mariage. ->

Un jeune homme, que les anciens fragments autorisent à appeler le fils de Gorgias, est sorti de sa maison, et s'est arrêté à l'autre extrémité de la scène devant la porte d'une autre maison, celle oi^i habite sa maîtresse. Rentré d'un voyage la veille au soir, il a été surpris par une nouvelle, qui est pour lui un coup de foudre. Son père a résolu de le marier avec sa sœur consanguine (on sait que ces unions étaient permises à Athènes), il l'a trouvé qui offrait déjà le sacrifice d'usage, appelé Tiçoyiij.'.x ou TiiOTÉXeia; tout était préparé pour le mariage fixé au lendemain, c'est-à-dire au jour de l'action de cette

pièce. La puissance paternelle allait jusque-là, et la position du jeune homme est aussi cruelle que celle de Pamphile dans VAndrienne. « Uxorem decreral dare se mi hodie : nonne oporhiit praescisse me? nonne prias commiinicalum oportuit ? » Comment se soustraire au mariage imposé par un père ? Il ne le sait encore. Impatient de revoir celle qu'il aime, il s'était machinalement dirigé x^ers sa demeure ; mais il n'ose frapper à la porte, par crainte de rencontrer le frère de la belle, un tout jeune homme ([Aeipaxi'ffxoç), qui avait passé quelque temps à la campagne (nous apprendrons tout à l'heure pourquoi), mais qui pourrait être de retour à la ville. C'est peut-être à ce frère et aux démarches qu'il fit pour engager le fils de Gorgias à épouser sa maîtresse que se rapportent les premiers mots de notre fragment, Trposiwv, TrpiTTwv. L'autre ajournait toujours par crainte de son père (Û7ro!fo6oiJ^£vûç). Quant au vers 3, je doute fort que les mots: « je n'étais pas méchant et on ne me croyait pas tel » y soient bien placés. Ils conviendraient mieux dans une discussion du fils de Gorgias avec le frère de sa maîtresse. Les lettres douteuses n'auraientelles pas été interprétées avec une opinion préconçue? A lire les détails sur la famille du personnage qui parle, on est porté à considérer le présent morceau comme appartenant à l'exposition de la pièce, et cette supposition est pleinement confirmée par un passage de Ouintilien'. L'auteur deVInstilalion oratoire reproche à certains avocats de son temps une mi-

], Quintilicn, XI, 3, 91.

mique excessive, et il continue: ciim mihi comœdi qiioqiie pessime facere videanhir, quod etiamsi jiwenem agant, ciim tamen in expositione aiit senis sermo, ut in Hydriœ prologo ^ aiit mulieris, ut in Georgo, incidit, tremula vel e/feminata voce pronuntiant. Il est curieux qu'on ait voulu inférer de ce passage que le prologue de notre comédie était prononcé par une femme, erreur qui remonte à IMeineke; Ouintilien dit évidemment qu'un jeune homme faisait l'exposition de la pièce et que, dans le cours d'un récit animé, il rapportaitles paroles d'une femme. C'est ainsi que Micio fait parler son frère dans l'exposition des Adelphes. Le fils de Gorgias a dû raconter l'histoire de ses amours avec une jeune voisine belle et aimable, de bonne famille athénienne, mais sans fortune, qui est devenue sa maîtresse et qu'il avait promis d'épouser' sans avoir jamais osé s'en ouvrir à son père. Toutes ces circonstances durent être exposées avec beaucoup de détails, car notre fragment est écrit sur la sixième et la septième pages du livre (les sigles notés sur la marge supérieure l'attestent), et les pages conservées comptent jusqu'à quarante-quatre lignes. Les deux premières pages pouvaient être réservées au titre et à l'argument. Quoi qu'il en soit, nous connaissons assez bien les personnages de la comédie, pour affirmer qu'il n'y avait parmi eux aucun autre jeune homme capable de mettre le spectateur au courant de la situation ^

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