PLAN ICHNOGRAPHIQUE ET COUPE TRANSVERSALE
Échelle de 0m,002S pour mètre.
DE L’AGENAIS
11 est évident qu’une chapelle au sud devait compléter l’église , établir un parallélisme. La décoration extérieure du sanctuaire est interrompue au point où devait être accolée cette construction.
Les travées longues romanes sont voûtées en berceau plein cintre, soutenu par des doubleaux sur colonnesdosserets.
L’abside du sanctuaire , voûtée en cul-de-four, étant surbaissée, il a fallu, pour l’unir à la travée du chœur, à travers le second hémicycle, recourir à une construction toute particulière. La pénétration d’une voûte cintrée dans une voûte sphérique établie en descente, donnait lieu à un problème peut-être nouveau à cette époque. La solution est assez normale. Cependant le grand hémicycle n’a pas une voûte hémisphérique parfaite. C’est plutôt un berceau irrégulier conique ou penché, car pour réduire la descente (à un mètre environ) on a buté cette voûte sur quelques assises établies au-dessus de l’arc triomphal. Je regrette que le badigeon qui recouvre cette partie de l’église empêche de se rendre compte des expédients employés dans l’appareil. Ces voûtes sont en moellons et doivent fournir des sujets intéressants pour l’étude delà stéréotomie au xiie siècle.
Les absides et les travées sont divisées par deux cordons, chacun de trois rangs de billettes , l’un placé à la hauteur des abaques , l’autre à un tiers environ de la hauteur des fûts de colonnes. C'est entre ces deux lignes horizontales que sont ouvertes les fenêtres dont quelques-unes ont des colonnettes dans leurs montants.
A l’extérieur, l’ordonnance générale est d’un grand effet. Yoici quelles sont les divisions du sanctuaire :
du chœur de la cathédrale de Ganterbury. Suivant Viollet-le-Duc , la cathédrale de Sens offrait une disposition pareille. Dict. rais, de l'arcJiit, t. ii, p. 348 et suivantes.
Au-dessus d’un soubassement continu, règne une arcature plein cintre sur colonnes ( trois arcades autour de l’abside, deux de chaque côté , deux dans la courbe en quart de rond du grand hémicycle, deux au choeur). Chacune de ces arcades extradossées se compose de trois tores et d’un bandeau en relief décoré d’enroulements.
Un cordon de trois rangs de billettes est interposé entre l’arcature et les fenêtres.
Enfin les murs s’amortissent sous une corniche trèsavancée soutenue par un grand nombre de modifions qui représentent tous des, sujets historiés sculptés en fort relief. Un bandeau chargé de billettes forme la plate-bande de cette corniche.
Les contre-forts assez massifs et à deux ressauts, dans le sens de leur hauteur , se terminent par des colonnes trapues élevées jusqu’à l’entablement. Deux de ces contre-forts, qui présentent un angle de face, sont établis au point de pénétration des hémicycles.
Les dimensions des assises sont assez irrégulières. Il y a , dans les soubassements , des blocs qui atteignent à peu près les mesures du grand appareil (0m40 de hauteur pour 0 m90 de largeur.) Au centre de la construction , la hauteur des assises varie entre 0 m 20 et 0m40. Ces rangs alternés constituent le seul exemple, que je connaisse dans le département, de Yopuspseudisodomum.
L’église de Sainte-Livrade est un des monuments de l’Agenais les plus chargés de représentations symboliques. La décoration végétale n’intervient dans les chapiteaux que comme un simple accessoire, un remplissage, un ornement de fond. Les têtes saillantes, les animaux réels ou hybrides, les scènes de personnages sont figurés partout, à l’intérieur comme à l’extérieur. Toute cette sculpture est profondément fouillée et peut fournir les sujets les plus variés aux études artistiques et aux recherches du symbolisme.
DE L’AGENAIS
Ce fut au xiYe siècle qu’on acheva l’œuvre commencée au xue. A cette époque la brique était en faveur. On se servit de ces matériaux pour l’édification de la nef. La porte principale, ouverte dans la façade occidentale , a le style du temps : ses archivoltes se composent d’une série de tores plaqués d’une moulure en méplat. Un clocher sans caractère , fut élevé sur une hase carrée en arrière du pignon. Il s’amortit en octogone. La partie la mieux réussie qui date de cette époque est certainement la petite nef ou croisillon de deux travées établi dans le prolongement de la chapelle de gauche. Cette nef voûtée en petites croisées d’ogives, déborde l’alignement des murs de l’absidiole. Les arcs de voûte, décorés de fines moulures, correspondent à des colonnettes dont les chapiteaux sont ornés de feuilles crochues et frisées.
C’est de nos jours seulement qu’on a renforcé et voûté la grande nef, en continuant la tradition romane. Cette restauration a été exécutée par M. Payen. La voûte moderne est en berceau brisé soutenu par des doubleaux.
L’église de Sainte -Livrade (Sancta Liberata)* dont le patronage indique une dévotion appuyée sur des traditions locales , était autrefois la chapelle d’un prieuré de Bénédictins.
* La légende de Sainte -Livrade est fort curieuse. Sainte -Livrade, qui, ôtait d’une grande beauté , s'étant consacrée à Dieu , refusa de se rendre aux désirs d’un roi qui voulait l’épouser. Pour se garantir des obsessions, elle pria la Sainte-Vierge de flétrir sa beauté. Le lendemain, une longue barbe la rendait méconnaissable à ce point que le roi furieux la fit mettre en croix. Les anciens crucifix appelés androgynes , assez communs en Suisse et en Allemagne, passent pour reproduire le martyre de cette Sainte qu’on vénère dans ces pays sous les noms de Sainte-Souci ou Sainte-Affliction , et en Portugal, en Espagne, en France et en Belgique sous les noms de Wilgforde, Liberata , Ontcomera. Voir sur ce sujet une notice de M. Aglaus Bouvenne, Paris, 1866, et Encyclopédie des. Beaux Arts plastiques , Auguste Demmin, Paris 1873, p. 137.
On a pu remarquer une , certaine variété dans les plans des six églises que je viens de décrire sous un titre commun. Le type byzantin se retrouve seulement à Saint-Capra:s d’Agen. Les autres édifices rentrent dans le genre roman. Le plan de Sainte -Livrade est assez exceptionnel. Nous verrons qu’il a inspiré quelques imitations dans le pays.
J’ai fait connaître dans ces deux premiers chapitres les édifices les plus considérables. Je passe maintenant à la description des églises moins importantes qui datent des xie et xne siècles.