‹ Études sur l'architecture religieuse de l'AgenaisChapitre 3 sur 81 · COUPE TRANSVERSALE · texte numérisé non relu

COUPE TRANSVERSALE

DE L’AGENAïS.

compose d’une première travée carrée recouverte par une coupole sur trompes , sphérique à la base , conique au sommet, largement ouverte sous le campanile. Une double arcade extradossée, portant sur des colonnes, un rang* de trois fenêtres égales , un oculus au sommet , à la hauteur des Compilions, donnent trois étages à cette travée. L’abside est voûtée en cul-de-four; cinq fenêtres hautes et larges l’inondent de lumière. Deux colonnettes dans les ébrasements et des arcades portant sur des colonnes encadrent doublement chacune de ces baies.

On reconnaît une grande unité dans l’ensemble de la construction et dans le style de l’église de Moirax. Les arcatures , les archivoltes et les baies de fenêtre , ont gardé le plein cintre, ainsi que Fornementation propre au genre roman. Les voûtes du transept aux clefs armoriées , celles des absidioles ont bien été refaites, sans doute au xvie siècle, mais la physionomie de l’édifice en est à peine altérée. On restitue facilement les voûtes anciennes changées en ogives disparates. Dans la construction primitive, les absidioles devaient être voûtées en cul-de-four, les croisillons en berceau. Quant au carré du transept, j’incline à croire qu’il était recouvert par une coupole pareille à celle du sanctuaire et surmonté d’un clocher, peut-être en bois. La maigre toiture qui s’adosse au pignon de la façade ne saurait passer pour l’ancien clocher, non plus que le campanile *. Il est facile de se rendre compte

* Dans la publication de la monographie de Moirax , j’attribuais ce campanile à l’époque moderne. Une nouvelle lecture de l’ouvrage de M. de Verneilh m’a inspiré quelques doutes sur cette affirmation. Les deux coupoles de l’ancienne cathédrale de Périgueux, Saint-Etienne, sont surmontées de lanternes pareilles à celle du chœur de Moirax. L’une d’elles a été restaurée en partie au xm* siècle. Mais l’auteur de l’Architecture byzantine en France ajoute non sans raison : « Nous « croyons à l’authenticité de ces couronnements, exposés sans doute

du grand effet qu’une flèche pouvait ajouter à la vue d’ensemble. L’étude comparative des monuments de la région appuie mes conjectures : un certain nombre des églises romanes de l’Agenais ont au-dessus du carré du transept ou du chœur une tour dont la voûte est souvent une coupole.

Le plan de Moirax s’éloigne peu de celui des anciennes basiliques françaises. Les principales modifications sont amenées par la construction des voûtes , exécutée d’après les moyens à la fois les plus simples et les plus parfaits. Les voûtes des bas-côtés épaulent le berceau de la nef centrale. Le sommet de chaque pilier est le point commun où viennent agir les forces opposées , où les poussées obliques se traduisent en pesanteur verticale. Une forte charge sur les piliers complète ce système d’équilibre; un mur épais parcourt toute la longueur de l’édifice sur l’extrados des archivoltes. Ce mur offre un autre avantage : en portant les arbalétriers il soulage le berceau sur lequel repose la poutre faîtière. Ainsi sont appliquées toutes les règles savantes de cette méthode architectonique que M. Viollet-le-Duc appelle la méthode préventive \

L’habile constructeur de l’église de Moirax a tiré les dernières conséquences de son principe. Le rôle des contre -forts était simplifié; il ne leur a donné qu’une double épaisseur; et pourtant, après huit siècles,

« à beaucoup de réparations, mais que ni l'époque moderne ni le « xiii* siècle n’auraient jamais imaginés. » (P. 179; de plus voir la planche.)

L’exemple de Moirax 11e fait que confirmer l’opinion de M. de Verneilh. La lanterne peut avoir été refaite dans sa forme primitive.

Au reste la large ouverture de la coupole de Moirax n’aurait pas sa raison d’être, si le jour n’avait pas dû lui arriver par une construction accessoire.

* Diclionnaire raisonné de V Architecture française du xi* au xvi* siècle, t. iv, p. 72.

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la stabilité des supports est telle qu’on n’observe au fil à plomb qu’une déviation insignifiante. Dans une restauration récente, faite avec intelligence, on a cru néanmoins devoir renforcer les contre-forts. Je les reproduis , dans le plan ichnographique , tels qu’ils sont aujourd’hui, de crainte de ne pas donner exactement leur mesure ancienne.

Ce monument témoigne des progrès accomplis depuis l’an mille. Ici l’on ne retrouve plus guère de traces des nombreux essais tentés pour la solution du grand problème que cherchaient à résoudre les architectes de la première moitié du xie siècle.

Le maître d’œuvre a la connaissance exacte des forces qui sont en jeu dans les voûtes recouvrant un vaisseau d’une largeur totale de près de 18 mètres. Assuré de la solidité de la construction, il peut dèslors rechercher l’art. Ses piliers sont allégis par les colonnes à peine engagées ; ses fenêtres sont largement ouvertes presque sans ébrasement.

Je m’efforcerai maintenant de déterminer quelle est la date précise de la construction de Moirax , quelle est l’école à laquelle ce monument se rattache.

L’unité de la construction et du style ne permet guère de supposer que cette église ait été bâtie en plusieurs fois. On peut admettre, je crois, qu’elle fut» fondée en même temps que le bâtiment du prieuré *, par Pierre de Moirax, et terminée avant la fin duxie siècle. De la brisure peu sensible des doubleaux et du berceau de la grande nef, on ne pourrait pas faire unê objection scientifique contre cette conclusion. 11 est en effet démontré que plusieurs édifices, d’une date antérieure, offrent des exemples du cintre brisé.

Lors même qu’il serait prouvé que la Guyenne et la Gascogne eurent leur école romane , ce n’est point à

* Toutes les constructions qui entourent actuellement leglise, du côté du midi, ont été refaites à l’époque moderne.

Moirax que nous devrions en rechercher le type; il suffit d’observer que l’église que je décris appartient à l’architecture monastique. Mais quelles traditions apportèrent les Clunistes qui fondèrent ce prieuré ? Les traditions de la Bourgogne? On l’a dit, mais je ne partage pas cette opinion. Moirax ne se rattache nullement à cette fameuse école bourguignonne , telle que nous la connaissons. Les églises de Vézelay, de Cluny, ne furent élevées qu’après le départ de notre colonie bénédictine. D’ailleurs, ces édifices devaient être fort différents par les plans et par la construction.

Moirax paraît se rapprocher plutôt de certaines églises de l’Auvergne et du Poitou. Je signalerai parmi les analogies principales : l’absence d’un étagement, la construction d’une coupole sur trompes , les caractères de l’ornementation , l’emploi de la colonne pour contre - fort dans les absides. Toute la décoration extérieure du sanctuaire révèle des ressemblances qui vont jusqu’à la copie. Je ne donnerai pas , à l’appui de mon affirmation , une planche reproduisant cette vue extérieure , n’ayant recherché que les plans inédits et les aperçus nouveaux. M. l’abbé Barrère a publié déjà cette vue du sanctuaire \

Le type des églises romanes sans étagement, est employé surtout dans la région de l’ancienne Aquitaine. La science n’a point déterminé, que je sache, son origine , son point de départ. Ce plan ne paraît pas avoir été adopté pour Moirax sans quelques tâtonnements. Dans le mur de clôture , à droite du croisillon méridional , on remarque , à une certaine hauteur au-dessus de l'archivolte des bas-côtés , une forte portion d’arcade engagée, sans rôle actuel dans la construction. Nepeut-

* Histoire religieuse et monumentale du Diocèse d’Agen , t. 1, p. 255.

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on pas voir là comme un projet d’étagement? La proportion relative de cette arcade est exactement celle qu’elle devrait avoir dans l’établissement d’un triforium.

Il faut attribuer sans doute la chute de l’ancien transept à quelque incendie que nous révèlent des pierres encore noircies. Il est possible que dans la restauration qui suivit cette ruine partielle , on ait refait toute la toiture. L’église est aujourd’hui recouverte de tuiles. Les fermes sans entraits portant sur l’extrados de la voûte en berceau et sur deux murs de chaque côté, présentent une disposition conforme aux données anciennes. Le dôme de la coupole devait être plus saillant autrefois. Peut-être était-il recouvert en dalles de pierre, ainsi que les absides. Plusieurs exemples justifient cette hypothèse.

On peut accéder aux combles par deux escaliers à vis placés dans les aisselles du transept. Leur largeur est déterminée par une petite construction extérieure en quart de rond.

Les murs et les piliers sont construits en moyen appareil très -soigné. Une couche de crépissage empêche malheureusement d’étudier l’appareil des voûtes en niches qui supportent la coupole.

Dans la travée qui précède l’abside , à l’extérieur, le tympan des fenêtres a reçu , comme une sorte d’ornement , un appareil simulant des imbrications. A l’intérieur, les claveaux de ces mêmes fenêtres, en deux rangs superposés, sont taillés en pointe, et leurs joints croisés simulent des chevrons. Ce sont comme des dents de scie enboîtées les unes dans les autres. Les claveaux du cintre le plus large sont ornés d’une petite rose évidée.

J’arrive à décrire le style, l’ornementation de l’église. Ici je regrette que le crayon ne vienne pas en aide à ma plume. Le mot technique ne vaut pas un dessin* surtout quand il s’agit du style roman. On se repré-

sente bien des chevrons , des billettes , les figures géométriques ; mais combien de variétés dans les roses, les torsades, dans les feuillages, dans les sujets historiés. Le caractère spécial de la sculpture d’une église échappe fatalement à la description.

A Moirax, la tradition romane est sensible dans les lignes principales. A l’intérieur, comme pour rappeler le souvenir d’un entablement , un cordon parcourt horizontalement toute la grande nef à la naissance du berceau. Il correspond aux tailloirs des chapiteaux , et comme eux, se compose de deux bandeaux, l’un plat, l’autre chanfreiné.

Dans le chœur, un cordon circule pareillement audessous des triplets et contourne l’abside. Sous les fenêtres, ce cordon est porté par une bande de petits modifions chanfreinés.

Au-dessus des trompes , la coupole est en retraite d’un second bandeau que décorent de grosses billettes.

La base de toutes les colonnes est attique dégénérée : les deux tores sont séparés par un cavet disproportionné. Parfois , le tore inférieur est écrasé et plus large que l’autre.

La plinthe des colonnes engagées des grands piliers est ronde dans les premières travées de l’église; dans les dernières, elle est carrée et reliée au tore par des griffes aujourd’hui mutilées , mais qui ne paraissent avoir été autre chose que de simples boules taillées en relief au-dessus des angles. Ces plinthes s’inscrivent dans un socle circulaire qui forme la base des piliers.

Un stylobate continu, ou banc de pierre, s’étend le long des murs des bas-côtés.

Les chapiteaux sont généralement décorés de larges feuilles sur un ou deux rangs. Partout, les volutes assez épaisses se détachent franchement dans les angles ; au centre , la rose de la corbeille corinthienne est remplacée par une billette en méplat sur une base chan freinée». Dans les deux travées du bas de

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l'église, les chapiteaux sont simplement dégrossis et simulent un cône renversé*.

Il serait difficile peut-être de préciser à quelle école de sculpture se rattache l’ornementation de Moirax. M. Yiollet-le-Duc place non loin de là, à l’église du Mas-d’Agenais, la limite ou plutôt le point de fusion des écoles de sculpture du Languedoc et de la Saintonge **. Je crois qu’on peut reconnaître dans l’église que je décris ces influences mêlées à quelques autres. Là, quelques chapiteaux abritent sous les crochets de leurs feuilles des fruits, des pommes de pin : la Bourgogne et l’Auvergne nous offrent des exemples pareils. Ici , les volutes des angles s’allongent et s’enroulent comme les anneaux épais et tordus d’une hélice : cette forme est commune dans les églises romanes de la Gironde. Des lions et des renards admirablement sculptés ne dépareraient pas une église toulousaine de cette époque. De petites roses taillées en saillie dans les métopes concaves qui décorent la grande travée du sanctuaire, ont leurs analogues à Saint-Front de Périgueux. J’ai cité l’appareil che-

* On admet généralement que les chapiteaux étaient toujours sculptés avant la pose; mais, quand les ressources venaient à manquer ( et sans doute alors le premier sacrifice était celui de l’ornementation ) , ou bien lorsque le travail des sculpteurs était en retard sur celui du maître d’œuvre , on se contentait probablement de poser les blocs simplement épannelés. Moirax en fournit un exemple.

Dans ce cas , n’est-il jamais arrivé que la sculpture ait été reprise sur place , dans le style d’une autre époque ? Je pose simplement cette objection contre une règle qu’on me paraît formuler d’une façon trop absolue, celle de la sculpture avant la pose. La question a son importance ; elle peut , pour certains exemples , revenir à celle-ci : faut-il d’une différence marquée dans le style de la sculpture, conclure toujours à des époques de constructions différentes, alors même que l’appareil et la façon des voûtes et des arcades n’en donnent point l’indice ? Je ne le pense pas.

** Dict. rais, deVarch ., t. vm, p. 194.

vronné des claveaux qui se retrouve dans le Nivernais. Ici, comme ailleurs, il faut admettre en somme une grande fusion des styles les plus divers sans prétendre faire la part de chaque influence. Au reste, n’est-ce point dans toutes les parties de la France que cette variété de motifs apparaît , au xie siècle , comme le répertoire commun de la sculpture romane ? Une forme particulière peut dominer dans telle province plutôt que dans telle autre ; mais il est certains sujets d’ornementation dont l’échange est universel.

Je maintiens , toutefois, qu’il serait difficile de méconnaître à Moirax la prédominance des styles de l’Auvergne et du Poitou, ces écoles par excellence de l’Aquitaine tout entière.

Je reviens à la description de quelques détails. La corniche de l’abside se compose d’un mince bandeau puis de trois rangs étagés de hillettes; cette tablette est portée par des corbeaux ornés sur les côtés de volutes roulées comme les copeaux d’une solive ouvrée ; le nerf du milieu , plus saillant , offre aussi des enroulements*.

Le sculpteur a donné à ces contours géométriques des irrégularités qui font ressembler quelques volutes à des crochets de feuillages. Quelques petites têtes sont jetées au milieu de cette décoration. J’ai dit que les métopes étaient ornées de figures dérivées du cercle. Les lignes en sont représentées par des bandes en saillie , pareilles à celles qu’on emploie généralement dans les entrelacs.

Voici maintenant quelle est l’ornementation du portail. Ses archivoltes en retraite présentent , de l’intrados à l’extrados un tore simple; un bandeau

* M. Viollct-le-Duc donne dans son Dict. rais, de l’arch. , t. iv, p. 309 et 322, des modèles fort rapprochés de cette corniche et de ces modillons.

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décoré d’enroulements ; un tore aux claveaux alternés , les uns ronds , les autres géminés ou plutôt composés de deux grosses billettes ; un large bandeau, en partie mutilé, que plaquaient des billettes sur trois rangs.

Je ne décrirai pas les chapiteaux historiés qui se trouvent sur la façade et au-devant du sanctuaire. M. l’abbé Barrère a donné une interprétation de ces figures symboliques * .

Je citerai simplement un groupe d’Adam et Ève, un couple de lions à tête unique , un roi sur son trône , entouré de deux guerriers , des oiseaux becquetant une palme.

On peut juger de la richesse de l'ornementation de cet édifice par ce seul chiffre : les colonnes ou colonnettes fournissent plus de cent chapiteaux ornés.

L’église de Moirax est classée parmi les monuments historiques. Elle parait demander une restauration sur un point menacé. L’arcade à niveau de voûte, par laquelle s’ouvre le cul-de-four de l’abside, porte un mur épais qui est une des bases de la coupole du chœur. Les contre-forts extérieurs n’ayant pas été suffisants pour contenir les poussées résultant d’un si grand poids, cette arcade a fléchi , et sa courbe en plein cintre se rapproche aujourd’hui de l’anse de panier. La ruine des voûtes du sanctuaire serait irréparable. Voudrait-on reconstruire cette coupole sur trompes qui est bien le membre le plus curieux de l'édifice ? Entreprise difficile et coûteuse !

Une boiserie sculptée , s’élevant à trois mètres , entoure tout le chœur et se divise en neuf panneaux qui correspondent à des stalles. M. Célestin Port en a donné une bonne description en interprétant les sujets **.

* Hist. rel. et monum t. i, p. 2‘56.

** Collection des Guides- Joanne. De Paris à Agen , par Célestin

Je cite seulement l’appréciation artistique de M. Célestin Port : « Ces sculptures sur bois sont d’une éner- « gie singulière et d’un relief sûr et hardi, qui dessine « les figures avec une fermeté où s’accuse la main « d’un maître du xvne siècle. Un peu d’afféterie et de « mignardise ne déplaisaient pas au goût du temps , « non plus que l’incohérence volontaire des costumes « historiques. »

S’il est reconnu que ces boiseries sont belles, il n'est pas moins incontestable qu’elles sont déplacées. Elles affleurent presque les fenêtres du chœur; elles détruisent l’effet des lignes verticales , en masquant les colonnes de l’arcature. Ces raisons sont-elles suffisantes pour décider un architecte à faire enlever ces boiseries? Je ne le pense pas. On s’émeut justement de voir certaines restaurations visant, à tort et à travers à l’unité de style, faire disparaître des monuments déjà anciens et d’un mérite artistique réel. Je gagerais que, parmi les visiteurs de l’église de Moirax, le plus grand nombre donnera la meilleure part de son admiration aux boiseries du chœur. Quant aux archéologues , ils n’y chercheront que les traces de l’art roman, leurs regards sauront aller au-delà des boiseries. Ne dépouillons pas l’église d’une belle et riche parure sous prétexte que cette parure constitue une dissonnance dans le style.

Il existe à Agen, rue Saint-Antoine, n° 19, une grille de fer forgé en demi -cintre qui devait garnir une rose. Cette belle œuvre de ferronnerie provient du prieuré de Moirax. Il est probable qu’elle appartenait à l’une des baies du chœur ou du transept. M. Viollet-le- Duc attribue cette grille au xme siècle. Voici la description qu’il en donne* *:

Port, archiviste du département de Maine-et-Loire, p. 40&. Voir a la page 407 une vue extérieure de l’église.

* Dict. rats, de l'arch.ti. Y., p. 63.

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« Six panneaux ( il devait donc y en avoir douze « pour le cintre complet) disposés en claveaux, com- « posent le demi -cintre et sont maintenus au moyen « de demi-cercles et de sept barres rayonnantes. » Ces panneaux sont formés de brindilles en fer carré de 0 m. 008, soudées au moyen d’embrasses.

ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT -GÉRAUD DE MONSEM- PRON, ANCIENNE CHAPELLE D’UN PRIEURÉ DE BÉNÉ- DICTINS. — Cette église se rapproche assez de celle de Moirax par la structure de ses trois nefs. Les bascôtés arc -boutent la nef médiane. Il n’y a pas d’étage, et les jours sont pris dans les nefs latérales.

La grande différence entre les deux édifices consiste en ce que l’aire du transept et du sanctuaire de Monsempron est beaucoup plus élevée que le pavé des nefs. Cela tient à l’établissement d’une crypte.

Il y a de plus de curieuses irrégularités dans le groupement des absidioles orientées, placées au-delà des croisillons. Ces chapelles sont précédées d’une sorte de vestibule , sur un plan triangulaire, qui les met en communication avec le chœur ; ainsi , par rapport aux bas-côtés, elles s’ouvrent de biais et dévient à droite et à gauche.

La grande nef est divisée en quatre travées qui se rapprochent plus du plan carré que celles de Moirax.

On trouve dans l’édifice les systèmes de voûtes les plus variés : une coupole sur pendentifs dont la base est légèrement ovale, recouvre le carré du transept; deux petites coupoles irrégulières sont construites dans les compartiments en triangle qui précèdent les chapelles. Ces coupoles s’élèvent au milieu d’une voûte plate ; expédient bizarre et tout de fantaisie qui dut créer de grandes difficultés pour le mode d’appareil. Je présume que les problèmes difficiles

de stéréotomie se' résolvaient alors par des procédés quelque peu empiriques.

Le berceau plein cintre est employé dans les croisillons et dans les nefs , ici dégagé de tout soutien , et là s’appuyant sur de forts doubleaux. Dans les bascôtés, cette voûte offre une particularité remarquable, qui est toute une innovation pour l’époque romane. Une pénétration , correspondant aux archivoltes de la nef médiane , existe dans chaque travée qui représente ainsi une voûte à deux arêtes au lieu de quatre. Au point de vue de la solidité de l’édifice, c’est, je crois, une amélioration , un progrès sur la voûte d’arêtes, car le triangle de berceau perpendiculaire au mur fait mieux l’office d’arc-boutant qu’un triangle relevé.

L’absidiole de gauche, demi -circulaire à l’extérieur et quadrangulaire à l’intérieur, a reçu une voûte d’arêtes.

L’absidiole de droite, qui se réduit intérieurement à un plan pentagonal, est abritée par une sorte de coupole à cinq pans dont les angles concaves sont renforcés par de petits arcs décorés à la romane et aboutissant à une clef commune. L’assemblage des sections diverses de cette singulière coupole est conforme à celui des voûtes en arc de cloître.

Voilà donc cinq façons diverses, employées simultanément (car j’ai tout lieu de croire que ces voûtes sont contemporaines) pour recouvrir des travées quadrangulaires, triangulaires ou pentagones. L’architecte de Monsempron s’est évidemment livré à toutes sortes d’essais, en particulier dans les petits compartiments où il pouvait le faire sans danger. Ce fait nous est une preuve des efforts que chaque constructeur tentait alors dans sa sphère pour arriver à un progrès architectonique.

Les supports sont des piliers circulaires dans la nef, des piliers en croix, retraités, et cantonnés de quatre demi-colonnes dans le transept.

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