‹ Études sur l'architecture religieuse de l'AgenaisChapitre 36 sur 81 · EGLISE D'AUBIAC · texte numérisé non relu

EGLISE D'AUBIAC

( Lot- et- Garonne.]

Coupe transYer sale , ; Yue extérieure du sanctuaire,

DE L’A GEN AIS

beilles , à la place des volutes centrales du chapiteau classique , on remarque une petite croix latine en relief. Les volutes des angles procèdent de la tradition romaine, malgré leur altération. Les bases des colonnes ont fidèlement gardé la forme attique; elles ont des griffes au-dessus des angles de leurs plinthes. Cet ornement est dans toute sa sünplicité primitive ; il se compose de simples boutons qui ne se relient même pas aux tores inférieurs. Les chapiteaux des colonnettes engagées sous la coupole paraissent historiés; leurs tailloirs sont décorés de billettes.

Une particularité singulière , c’est qu’au second étage de la tour, au-dessus de la coupole, dans une pièce carrée qui renferme les cloches, chaque mur est décoré de trois colonnettes, placées en retraite d’un massif formant une plinthe continue et portant une petite architrave de quelques moulures. Il eût été facile d’unir ces légers supports par des arcades et de n’avoir qu’un étage de hautes fenêtres ; mais là sans doute on suivait une tradition. L’église romane imitait jusque dans ses détails les formes anciennes, dont son plan reproduit la copie. Les chapiteaux de ces colonnettes sont décorés d’oiséaux, de têtes, de feuillages ; il en est un qui porte deux lions admirablement sculptés.

La première assise de la couverture des absides est en porte-à-faux sur des modifions, dont quelques-uns sont historiés de figures humaines grossières accroupies ; la plupart sont composés simplement d’une baguette et d’un câvet. Les modifions qui circulent sous la toiture de la nef, au midi seulement, sont en quart de rond.

Je dois signaler un procédé barbare employé dans la construction de lh tour occidentale. Dans le mur qui porte sur le doubleau de la nef, on a cherché à établir une décharge ; mais , au lieu d’un arc en -

gagé , on s’est contenté de deux assises droites qui partent diagonalement des murs pour se couper en mitre. Ces chaînes de grosses pierres , en relief à l’extérieur, sont assez mal jointes, mais ne semblent pas moins indiquer l’intention de soulager l’arc doubleau. Cette disposition est reproduite dans le mur occidental, au-dessus de la fenêtre étroite qui donne sur la façade.

Pour renforcer le même arc , on s’est servi , à l’extérieur , d’un procédé plus certain. Au nord , où le sol est en pente, le contre -fort est construit trois fois plus massif que les autres. Cependant l’arc qui sépare la voûte d’arêtes du berceau est toujours la partie faible du vieil édifice. Le mur qui le surmonte est fortement lézardé et semble demander une prompte restauration ; sa chute entraînerait la nef.

Il importe maintenant de préciser la date de la construction de l’église d’Aubiac.

L’emploi du contre -fort dans tous les membres de la construction , l’ornementation romane des chapiteaux et des modillons, nous indiquent que l’église d’Aubiac fut construite au xi® siècle, peut-être dans les premières années qui suivirent l’an mille, si l’on admet que la voûte en berceau brisé est de construction postérieure.

Je dois bien établir cette date avant de faire la part de toutes les imitations de l’architecture de la décadence qui se retrouvent dans l’ensemble de cette église, dans ses détails, dans sa construction même.

On ne pourrait prétendre que les contre -forts ont été ajoutés et que les sculptures ont été faites après coup. Les contre -forts pénètrent l’appareil des murs sans raccords , dans les absides comme dans la nef ; il en est d’ailleurs qu’on n’aurait pas ajoutés. Derrière les assises de la couverture des absidioles, au centre des murs, aux points qui correspondent aux

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colonneltes de la coupole , les constructeurs ont plaqué de petits contre-forts , larges , mais peu élevés au-dessus du couronnement. On ne saurait attribuer ces massifs à quelque restauration. De plus , on remarque sur les pierres des contre - forts , aux absides , les mêmes signes d’appareil que sur les murs.

Je ne pense pas non plus qu’on puisse admettre que les chapiteaux et les modillons historiés aient été sculptés longtemps après la .construction.

Mais, si l’église d’Aubiac est du xie siècle par sa construction, par sa disposition elle appartient à une famille d’édifices plus anciens.

Je rapproche d’abord de ma description celle des chapelles carolingiennes de Saint-Saturnin et de Querqueville (Normandie), que j’emprunte à M. A.Lenoir.

« Les transepts sont terminés par des absides. In- « dépendamment de ces dispositions, les plans de « ces deux oratoires sont conçus de manière à pré- « senter au centre de la croix , un carré parfait , éga- « lement ouvert sur les quatre faces et consolidé par « de fortes épaisseurs de murs, dans le but de lui « faire porter une tour centrale , innovation établie « par les religieux constructeurs de l’Europe moyenne « et septentrionale , et que , plus loin , en exami- « nant les églises , on verra se produire dès le rè- « gne de Charlemagne. * »

L’église de Germigny-les-Prés (Loiret) , terminée en 806, offre un plan à peu près pareil. Il y a cette différence , que la tour centrale porte sur des piliers épais , et qu’elle est séparée des absides par des travées latérales**.

Le plan si caractéristique d’un sanctuaire en forme

* Architecture monastique , Albert Lenoir, t. n, p. 8. Voir aussi p. 63.

** Architecture monastique , Albert Lenoir, t. n, p. 2G et 125.

de trèfle, que surmonte une tour carrée, existe donc simultanément dans trois églises qui appartiennent h l’époque carolingienne, et dans, celle d’Aubiac. Que conclure de ce fait , sinon que l’église d’Aubiac a été bâtie avec intention sur un plan carolingien?

Il y a plus : l’abside septentrionale d’Aubiac , à sa base , présente une surface d’environ deux mètres carrés en petit appareil. C’est le mode de construction usité à l’époque carolingienne. Un tel indice suffit pour conclure à l’existence d’un édificè antérieur dont le sanctuaire était aussi disposé en trè fie par le moyen d’absides ayant même dimension que les absides actuelles. Par conséquent , nous avons tout ce qu’il faut pour supposer, avec toutes les apparences de la vraisemblance , que nous voyons à Aubiac une église rebâtie à la romane , sur les substructions même d’une autre église de l’époque carolingienne. C’est ce qui me fait regarder ce monument comme très- important pour l’histoire de l’art.

Il me reste à justifier quelques restitutions , au reste bien légères , qu’on a dû faire dans les plans de l’église d’Aubiac. Au midi , sous la troisième arcade , s’ouvrait autrefois une petite porte dont l’archivolte , sans moulures , et les pieds - droits se dessinent autour du remplissage ; je l’ai rétablie sur le plan. Je n’ai pas tenu compte de l’ouverture d’une porte , au fond de l’abside orientale , pour correspondre à la sacristie moderne. J’ai fait reparaître deux baie3 de fenêtres bouchées , parfaitement visibles à l’extérieur. Dans l’aisselle de l’absidiole méridionale s’élevait autrefois une demi - tourelle , détruite il y a peu de temps ; on reconnaît encore ses arrachements dans les murs. J’ai donc dû retracer sa courbe en lignes 'pointées.

La coupole est décorée de peintures ; les quatre évangélistes sont représentés dans les quadrilatères. Ces figures , assez dégradées , sont actuellement

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dans l’obscurité , car on a bouché , par un rang de briques à l’extérieur , quatre des fenêtres de la coupole. Je n’ose point me prononcer sur la date de ces peintures, qui pourraient être l’ouvrage de quelque barbouilleur de passage , mais je constate simplement qu’elles se rapprochent beaucoup de celles de l’église de Saint-Macaire (Gironde); il y a dans le sujet même un rapprochement: les quatre évangélistes sont reproduits deux fois à Saint-Macaire, dans l’abside et sur les arcs du carré.

Il y a trente ans environ , on voulut rétablir dans la tour du sanctuaire une cloche qui avait été déplacée pendant la Révolution. On adopta le parti le plus désastreux: on ouvrit le centre de la coupole pour hisser directement cette cloche à la place qu’elle devait occuper. Afin d’effacer les traces de la reprise, on badigeonna grossièrement la clef de voûte et les arcs en simulant les veines du marbre. J’ai interrogé un des ouvriers chargés de cette restauration; il m’a affirmé qu’on avait simplement enlevé les rangs supérieurs des voussoirs pour les replacer aussitôt, sans faire de retouche aux quatre grands compartiments qui forment la coupole.

Il est certain que le second étage de la tour, où sont les cloches, avait autrefois des peintures. Les murs et les colonnettes sont encore imprégnés d’une couleur rouge ocreuse. Sous le porche , une petite surface, recouverte d’un vieux crépissage, offre également des traces de couleurs anciennes.

On peut remarquer aussi les vitraux des deux seules fenêtres qui donnent encore du jour à la coupole. Ces baies étroites sont remplies par quatre lames de verre peint superposées, séparées par des lames de plonb et scellées dans le mur. Les couleurs sont dans l’ordre suivant, de bas en haut: violet, jaune, bleu, jaune. Sans doute ce vitrage très -simple n’est pas moderne.

ARCHITECTURE RELIGEUSE

On peut supposer que , lorsque quatre de ces vitraux ont été brisés , plutôt que de se donner la peine de se procurer des verres semblables , on a bouché simplement le parement extérieur des fenêtres sans en combler l’ébrasement.

Un grand nombre de pierres, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’édifice , portent des signes d’appareil. Ce sont des lettres, des croix, des traits simples , des volutes , des pointes de flèche.

On remarque une déviation sensible de l’axe du sanctuaire , qu’il faut sans doute attribuer à quelque vice de construction ; on en a tenu compte dans les plans. A gauche , l’abside orientale est de 0 m , 35 en retraite de l’arcade ; à droite , de 0 m, 95.

ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-PlERRE -DEL- PECH.

( Saint -Maurin. ) — Le sanctuaire est la seule partie ancienne de cette petite église. Une nef non voûtée, un bas-côté de trois travées au nord, une chapelle adossée au midi , appartiennent au xive siècle , ainsi que l’indiquent les moulures dont se revêtent les piliers et les arcs d’ogives.

Sans m’arrêter à décrire ces parties peu intéressantes de l’édifice, je m’occuperai des absides et de la tour centrale.

Le sanctuaire offre la plus grande analogie avec celui d’Aubiac. Pourtant une différence notable consiste dans les supports de la tour , qui sont en retraite des absidioles au lieu d’être en avant. C’est exactement le plan de l’oratoire de Saint - Saturnin , datant du vne siècle * . L’église d’Aubiac se rapproche davantage de la chapelle de Querque ville.

Le carré n’a pas de coupole , mais une voûte d’arêtes dont les pièces se croisent à partir des angles saillants entre les absidioles , à une faible hauteur

Voir Architecture monastique , Albert Leuoir , 1. 1, p. 9 et t. il, p. 8.

au-dessus des voûtes en cul-de-four de cette partie de l’édifice. Les voûtes , aux absides, n’ont pas de doubleau ; elles viennent s’amortir sur les parements des murs surmontés par les arcades qui soutiennent la voûte d’arêtes. La tour est carrée , proportionnellement plus large que celle d’Aubiac et sans fenêtres; elle s’élève de trois ou quatre mètres seulement au-dessus des chapelles. Sans doute elle avait autrefois un étage de plus. Des tuiles communes la recouvrent ainsi que le reste de l’édifice.

A l’orient , on remarque , par dehors , des contreforts à double retraite , accolés sur les angles , de la tour. C’en est assez pour nous empêcher d’assigner une date trop ancienne à ce petit sanctuaire, qui pourrait d’ailleurs remonter à la fin du xe siècle.

A l’extérieur comme à l’intérieur , l’ornementation fait complètement défaut. De simples modifions profilés par un bandeau et un cavet , soutiennent les toitures des absidioles.

Le moyen appareil est seul employé dans la construction.

Les fenêtres sont ouvertes par un fort ébrasement (largeur, 0m75, réduite à 0m 30, sur lm 20 de hauteur). La chapelle orientale en a trois, et les deux autres une seule au milieu.

Ici, comme à Aubiac , l’autel devait être placé sous le carré, que trois arcades épaisses, en retraite les unes des autres , séparent de la nef. Pour ces arcades , comme pour toutes les courbes du sanctuaire , le plein cintre est seul employé.

Au-dessus de la porte du sanctuaire est encastrée une pierre qui faisait certainement partie de l’ancienne construction. Elle porte le monogramme du Christ ( pl. xxn ) inscrit dans un médaillon. Le X et le P croisés étendent leurs rayons jusqu’à la circonférence qu’elles pénètrent par un empâtement. Au centre on a laissé un petit rond vide.

M. Didron* décrit un monogramme, presque pareil sculpté sur les sarcophages des premiers siècles. Je n’oserais pas conclure que cette pierre donne la date de la construction. N’a- 1- on point souvent employé dans la fabrique des églises qu’on reconstruisait des sculptures d’une époque antérieure? La nef primitive pouvait être plus ancienne que le sanctuaire encore existant.

Plutôt que d’invoquer le témoignage de cette pierre , il me semble préférable de prendre pour base de l’âge de notre église la présence du contre -fort, dont l’emploi annonce comme limite extrême, les approches de l’an mille.

ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT - SATURNIN DE MAGNAC (Penne. ) — Le plan offre quelques variantes , comparé aux précédents. L’abside orientée est plus large et plus haute que les deux autres. Elle n’est pas directement soudée au compartiment carré dont les hémicycles sont les croisillons. Il existe une petite travée intermédiaire dont la voûte en berceau est séparée du cul-de-four par un doubleau. Les arcades à larges supports formant les clôtures du sanctuaire sont relativement moins étroites et moins basses que celles de l’église d’Aubiac ; néanmoins leurs proportions sont massives.

Le vaisseau tout entier est voûté en berceau plein cintre , la voûte du carré isolé ayant d’ailleurs plus de hauteur que les autres. On a pu refaire quelques parties de ces constructions qui viennent d’être recouvertes de peintures imitant un appareil de briques. Je n’ai pas de renseignements sur cette restauration moderne, pour laquelle évidemment on n’avait pas à donner d’indication. En effet , un cordon circule au sommet des murs, tout autour de l’édifice. C’est l’u-

* Iconographie chrétienne. Histoire de Dieu , p. 401 , üg. 5.

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nique ornement des dosserets rectangulaires qui portent les doubleaux au nombre de trois, l’un dans le chœur, les deux autres dans la nef.

Le profil de ces cordons rappelle celui des moulures de certains édifices carolingiens : c’est un tore surmonté d’un bandeau, le tout formant un bourrelet assez saillant. Il n’existe aucun autre vestige de sculpture ni à l’extérieur ni à l’intérieur. Toutes les baies ont été remaniées. Les toitures ont été refaites.

Nul doute que le compartiment carré n’ait été destiné à porter une tour analogue à celles qui surmontent les deux églises précédentes.

On s’explique assez que ce petit édifice ait eu à souffrir de la main des hommes. Par sa forte position , la ville de Penne était le boulevard de l’Agenais. C’était un centre pour la défense qui provoquait l’attaque. Bien que l’église de Magnac soit située assez loin dans la plaine, tout près du château -fort de Castelgaillard , elle a pu servir de poste avancé et n’a point échappé aux ravages des guerres.

Les murs de cet édifice, en moyen appareil, ont une très-grande épaisseur. Les contre -forts , qui n’apparaissent que sur les côtés de la grande abside , sont tout simplement de minces bandes de pierre.

J’attribue l’église de Magnac à la fin du xe siècle ou au commencement du xie.

ÉGLISE PAROISSIALE DE GUEYZE. (PL XX.) — Cette église a comme celle d’Aubiac et de Saint-Pierre- del- Pech une sorte de transept dont les croisillons sont représentés par des absides.

Ainsi le plan du chevet reproduit , de même que dans les exemples précités, la figure éminemment symbolique de la feuille de trèfle , mais les deux hémicycles latéraux sont un peu moins larges que celui qui regarde l’orient et qui constitue le sanctuaire proprement dit.

Les absides sont voûtées en cul-de-four. Chacune d’elles a , comme une sorte d’arc triomphal , un doubleau plein cintre qui repose sur des demi -colonnes formant dosserets. Le compartiment carré intermédiaire est surhaussé et recouvert par un berceau plein cintre.

La nef, un peu plus large que l’abside orientée , offre peu d’intérêt. Elle n’est pas voûtée. Ses baies et quelques-uns de ses dosserets ont été remaniés au xme siècle. .

La particularité la plus curieuse c’est que le sanctuaire tout entier est enfermé dans un seul hémicycle. A l’extérieur rien ne pourrait faire soupçonner sa triple division. Il est inutile de faire remarquer tout ce qu’il y a d’exagéré dans un mode pareil de construction. L’évidement à l’intérieur n’est pas en proportion de la surface construite , et la maçonnerie de remplissage de quatre triangles épais joue un rôle bien inutile au point de vue de la solidité. De plus l’effet extérieur est un peu sacrifié.

Je présume que, de même qu’à Aubiac, une tour s’élevait autrefois au-dessus du carré du sanctuaire. Aujourd’hui la même toiture recouvre tout le chevet.

Une fenêtre s’ouvre dans le fond de chaque abside. Ces baies très- étroites , sont surmontées d’un oculus rond, ouvert au-dessus de la naissance de la voûte. Quelques-unes de ces ouvertures ont été condamnées, les autres ne donnent qu’une faible lumière.

Quatre contre -forts flanquent ces murs de l’hémicycle. Ce caractère de la construction, l’emploi exclusif du plein cintre , certaines particularités du style m’autorisent à attribuer le sanctuaire , dans son état actuel , à la seconde moitié du xie siècle.

L’ornementation n’est pas moins curieuse à étudier que le plan lui- même. Les fûts des colonnes -dosserets sont bien proportionnés. L’un de leurs huit chapiteaux

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