PLAN ET COUPE TRANSVERSALE
Échelle de 0^,005 pour mètre.
DE L’AGENAIS
représente un monogramme porté par deux personnages prosternés. Une autre corbeille ressemble beaucoup à celle-ci. Deux personnages portent dans une gloire circulaire (de la même dimension que la roue mystique ) Jésus-Christ debout et bénissant. Dans ces deux scènes la figure humaine est bien traitée. Les proportions des têtes, les lignes du visage sont régulières. Le mouvement du corps est rendu d’une façon satisfaisante. Voici quelle est la composition des autres chapiteaux : deux rangs de feuilles d’acanthe grossièrement découpées mais d’un grand relief ; un arbre chargé de fruits ; trois rangs de feuilles rondes et creuses fructifiant ; deux lions dévorant des fruits ; oiseaux affrontés ; deux rangs interposés de monstres qui s’entre-dévorent. A l’exception du dernier , tous ces chapiteaux sont d’une belle sculpture et mériteraient d’être reproduits comme des modèles de l’époque romane. Les abaques sont décorés, sans profusion , d’ornements variés , tels que palmettes , rinceaux , torsades , billettes carrées évidées au centre , étoiles creuses à quatre pointes ou croix étoilées.
Un bandeau chanfreiné forme cordon au-dessous des voûtes des absides ; un autre cordon orné de perles règne au-dessus des cintres des absides, dans le compartiment carré.
A l’extérieur une large corniche plaquée de quatre rangs de billettes couronne le sanctuaire. Les modillons qui la supportent sont ornés de boules, de têtes , de monstres. On remarque parmi les sujets historiés un personnage accroupi. Chaque contre -fort se termine par une colonnette trapue.
La porte ouverte dans la nef, au sud , est surmontée d’un linteau entouré de trois blocs couverts de sculptures d’un caractère archaïque. Ce sont des cercles et des entrelacs , un entassement d’animaux qui se dévorent. Ces dessins au trait , presque sans relief et d’une grossière exécution , peuvent être comparés
à ceux de la fameuse pierre de Sweno , publiés récemment par M. Jules Marion*.
Je n’hésite pas à attribuer ces pierres à une époque antérieure à celle de l’achèvement du sanctuaire. Je dis l’achèvement , car il est possible que nous n’ayons actuellement sous les yeux que des revêtements donnés dans une restauration à quelque oratoire beaucoup plus ancien. En effet on a découvert autour de l’église**, au nord et à l’ouest, des substructions antiques consistant en murs de petit appareil. Ces ruines étaient recouvertes par des « débris de tuiles « à rebords mêlées de débris de marbre blanc, à car- « relement ou à revêtement. » Je suis disposé à voir dans ces substructions, parallèles aux murs qui existent , les vestiges des anciennes clôtures d’une nef , mieux proportionnée que celle qui existe , et des constructions jointes à l’église.
Je ne me permettrai pas de dater , même approximativement , la construction primitive dont il reste si peu de chose.
Église paroissiale de saint-Pierre de la Sauvetat-de-Savères , chapelle de prieuré en 1520. — Dans le plan de cette église qui se rapproche assez des quatre autres, tout en formant une transition, on a donné plus de largeur à l’abside orientale qu’aux deux autres, et par conséquent plus de largeur et plus de hauteur à l’arc triomphal qu’aux archivoltes des absidioles. On supprimait ainsi le plan quadrilatéral qui devait asseoir la tour. Une travée barlongue, terminée par deux chapelles, forme un véritable transept.
* Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de France, v. xxxiii, 1872. Les monuments celtiques et Scandinaves des environs d'Inverness ( Écosse. )
** Rapport adressé au Ministère de l’Instruction publique par M. Samazeuilh, correspondant, le 22 Juillet 1853.
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Dans l’église de La Sauvetat , la tradition fait conserver encore, à l’extérieur, des massifs carrés aux points de rencontre des hémicycles, contre -forts assez inutiles à cet endroit où les poussées se neutralisent.
A part les absidioles en cul-de-four ovoïde, séparées du transept par un doubleau., aucune partie de l’église de La Sauvetat n’est actuellement voûtée. Pourtant deux colonnes ménagées pour l’arc triomphal et six autres disposées sur le contour de la grande abside sont comme les pierres d’attente de la voûte du sanctuaire. Des contre -forts plats garnissent les murs de l’abside. La nef, fort longue, éclairée par six fenêtres, est un peu plus étroite que le sanctuaire. Pas de contre - forts au mur septentrional; un seul au midi. La façade occidentale ne s’élève pas au-dessus des combles. La
porte est sans moulures. Les fenêtres de la nef ont un second ébrasement de l’extérieur à l’intérieur. Les colonnes du sanctuaire se perdent dans les lambris, mais les quatre chapiteaux qui portent les doubleaux des absidioles sont d’une fort belle sculpture. Sur l’un sont figurés deux dragons; un second est décoré de bandeaux roulés en volutes; les deux autres portent un double rang de feuilles. Ces quatre ou cinq grosses feuilles sur chaque rang encadrent des rameaux de lauriers avec leurs grains creusés à jour , ou des feuilles d’acanthe plus effilées mais aplaties comme dans le style byzantin. Les abaques sont décorés de têtes , de boutons ou de feuilles plaquées.
Cette fine sculpture et la courbe franchement brisée des doubleaux me porteraient à attribuer à la fin du xne siècle l’église de La Sauvetat-de-Savères.
Je ferai simplement mention de l’église bien connue de Saint- Macaire (Gironde) placée sur la frontière du département de Lot-et-Garonne. Cet édifice offre encore , au xne siècle , un plan * qu’on peut rapprocher de ceux des églises agenaises que je viens de décrire. La principale différence consiste dans l’application de la grande croisée d’ogives surhaussée au carré du transept. Les arcades basses du sanctuaire d’Aubiac sont remplacées par quatre arcs massifs élevés presque à la hauteur des voûtes. On sent ici l’influence byzantine tempérée par les innovations de l’architecture gothique.
Au point de vue des proportions et du style , l’église de Saint- Macaire est bien supérieure aux cinq petits monuments dont j’ai voulu surtout faire ressortir la forme archaïque. Ses arcatures romanes et ses peintures mériteraient une étude toute spéciale.
* Revue des Sociétés savantes , 5* série, t. iïi, p. 418.
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Je ne terminerai pas ce chapitre sans faire en quelques mots l’historique des' églises dont le chevet est ceint de trois absides.
J’ai fait remarquer que ce plan est appliqué à un certain nombre d’églises françaises les plus anciennes telles que Saint -Saturnin , Querqueville , G-ermignyles-Près. Il se retrouve également dans un certain nombre de cryptes d’églises romanes. Ce type , répandu dans notre pays dès le vie siècle , n’est autre que celui de certaines petites basiliques des premiers temps du christianisme , qui ont été récemment découvertes dans la campagne romaine par M. le chevalier de Rossi et le P. Marchi * .
Les monuments construits sur ce plan sont aussi rares en France , à partir du xie siècle , qu’ils devaient être communs avant cette époque.
Il est probable qu’on a bâti bien peu de grands édifices sur ce modèle. Pourtant on peut citer, à l’étranger, la magnifique église romane des Apôtres ( Cologne) ** , l’église de Sainte -Marie -aux -Fleurs (Florence) qui est encore plus vaste ***.
Les cathédrales de Noyon , de Soissons , de Tournay , en Belgique , ont aussi conservé quelque chose de ce plan****; leurs croisillons sont terminés par des ab-
* Voir Diction, des antiquités chrétiennes par l’abbé Martigny. — Paris, Hachette, 1865. p. 80. — Consulter aussi le plan du cimetière de Calliste , dans Rome souterraine par J. Speneer Northcote et W. R. Brownlow. Paris , Didier, 1872.
** Voir le plan de ce monument dans Histoire de U architecture , par Thomas Ôope, — Paris, Paulin , 1839. t. ii , pl. 23.
*** Elle fut en partie construite , de 1298 à 1300, par Arnolphe, architecte florentin. Les travaux interrompus furent repris , de 1 420 à 1434, par Philippe Bruneleschi. Cet architecte parvint à établir une coupole de 42 mètres de diamètre sur le compartiment carré qui existe entre les trois absides. Voir Rondelet , Art de bâtir , t. îv, p. 165 et pl. 189.
**** Yoir Dict. rais, de l'arch. Viollet-le-Duc, t. î , p. 5.
sides semi- circulaires. Ces églises sont antérieures
ÉGLISES POURVUES DUNE TRAVÉE LARGE FORMANT UNE SORTE DE TRANSEPT. LA NEF DE CES ÉDICULES A LA MÊME LARGEUR QUE LE SANCTUAIRE.
Monluc. — Clermont - Dessous. — *■ Saint - Pé - Saint - Simon.
Je ne connais dans le département que trois petites églises qui puissent être classées dans ce groupe.
Les plans de ces églises sont loin d’être absolument identiques. Les uns reproduisent une croix latine , tandis que les autres se rapprochent assez de la croix grecque * .
* On sera surpris peut-être de constater , d’après les plans, que les croisillons soient aussi peu développés. Cette particularité se retrouve dans certaines églises byzantines du Périgord, Saint -A vit - Sénieur , le Vieux -Mareuil. — Voir l'Archit. byzantine en Fr. par F. de Verneilh , pl. xi.
Je tiens à ne pas exagérer ma méthode de classement des types , et je reconnais qu’on peut comparer tout naturellement à ces églises , celles dont le chevet est ceint de trois absidioles, ou dont la travée du chœur est plus large que l’abside. Ces églises dont j’ai donné la description , ont aussi des simulacres de transept.
Église de Saint- Jean -Baptiste de Monluc, annexe de Saint- Léger. — Cette église dont je donne le plan ( pl. xxi ) ne paraît pas avoir été jamais voûtée. Il n’y a pas trace de dosserets à l’intérieur. Ce n’est que sur les côtés de la nef que l’on remarque des contre -forts , si l’on peut appeler ainsi de minces bandes de pierre qui s’amortissent aux deux tiers de la hauteur des murs. Le revêtement de ces murs de clôture de la nef est bâti en petit appareil avec la plus grande régularité. Le reste de la construction est en appareil moyen.
Une porte plein cintre, dont les jambages n’offrent ni retraites ni moulures; un petit oculus , dont les claveaux sont rabattus en biseau ; un pignon légèrement surhaussé , percé d’une arcade pour la cloche : telle est dans toute sa simplicité la façade occidentale.
Les baies de fenêtres ont été malheureusement remaniées. L’ornementation fait complètement défaut. Je suis néanmoins disposé à faire remonter au xe siècle la fondation de cette église , à cause du mode de son appareil et du caractère archaïque de ses contre -forts et de sa façade.