ARCHITECTURE GOTHIQUE
Les deux premières périodes gothiques ne sont pas représentées dans l’ A gênais. Il n’existe aucun monument religieux^ dans le style primitif et je ne connais d’autre exemple du style lancéolé que la grande arcature de l’ancienne cathédrale. C’est dans les églises romanes qu’il faut chercher quelques-unes des innovations architectoniques du xne siècle : essai de la croisée d’ogives; brisure des archivoltes extradossées et des arcades; appui des colonnettes sur les abaques des piliers ou des dosserets , etc.
Les églises ayant le caractère de la troisième période , c’est - à - dire le style rayonnant , sont peu nombreuses. Ces exemples suffisent néanmoins pour nous démontrer que les procédés des écoles septentrionales n’étaient pas inconnus dans la région. Il subsiste d’ailleurs beaucoup de fragments ayant le
style du xme siècle : Ce sont des travées modifiées dans des églises plus anciennes , des portails , etc.
On a cessé de construire à la façon romane , vers 1250 environ.
J’attribuerais volontiers la rareté des édifices du xiiic siècle à deux causes, dont l’une a déjà été indiquée par M. l’abbé Barrère. D’abord l’Agenais était couvert d’églises romanes , et , si l’on possédait un pouillé de cette époque, je suis persuadé qu’on y relèverait une liste d’édifices religieux, plus considérable que celle que l’on peut dresser aujourd’hui*. De plus le pays était ruiné par les guerres des Albigeois , et sans cesse troublé par des menaces de conflits nouveaux. On manquait à la fois de la sécurité et des ressources indispensables pour entreprendre de nouvelles constructions.
Et néanmoins il semble que l’on devrait trouver parmi les villes nombreuses les bastides bâties d’un seul jet au xme siècle , des églises contemporaines de ces fondations. Il n’en est rien , et c’est un des faits qui m’ont le plus surpris en archéologie.
Yoilà de quelle façon je m’explique cette particularité. Tantôt on englobait des églises anciennes dans l’enceinte des villes neuves, ainsi que cela s’est pratiqué à Sainte-Livrade , à Sérignac,à Saint-Sardos, à Vianne. Dans ce cas, le plus souvent ces édifices ne cadrent pas avec le plan symétrique des bastides, comme ceux dont la fondation est contemporaine. Tantôt on se contentait d’être desservi par les églises paroissiales voisines, comme à Villefranchedu-Cayran, dont l’église intra mwos n’a remplacé qu’à la fin du xive siècle le vieux Saint-Sabin. Souvent aussi l’on jetait les fondations d’une église qu’on
* Le fait est facile à vérifier pour Agen et ses environs. Certains actes du xm* siècle et du commencement du xiv* mentionnent beaucoup d’églises qui n’existent plus.
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ne pouvait achever que dans les siècles suivants. Ainsi les bastides de Villeneuve- sur-Lot , de Damazan, de Monflanquin, de Lamontjoie, etc., possèdent des édifices qui pour la plupart occupent leur place normale dans le réseau des rues et des places , tracé à l’avance , mais qui n’en ont pas moins le style du xve ou du xvi8 siècle.
Je suppose que tous les efforts des premiers habitants de ces villes libres avaient d’abord pour objectif la défense commune. La construction des murs d’enceinte était une besogne assez rude pour les distraire pendant de longues années de tous autres travaux. Ils devaient se contenter longtemps d’une église provisoire *.
Les neuf dixièmes des édifices gothiques de la région ont le style de la décadence : procédé de pénétration, moulures prismatiques, profils polygones des montants et des supports , sculpture imagée et feuillages grêles. On a beaucoup plus construit durant les xve et xvie siècle que durant les xnr et xiv®.
Il sera prouvé par un certain nombre de dates que dans l’Agenais , le style gothique est resté en faveur durant tout le xvie siècle. C’est peut-être à cette période seulement qu’il faut rapporter l’application de la voûte en étoile.
Nombre d’églises plus ou moins endommagées pendant les guerres de religion ont été restaurées d’après ces principes.
Les clefs pendantes ont été rarement employées. Il en existait dans l’ancienne cathédrale Saint-Étienne.
Fidèle à la méthode que j’ai suivie pour l’étude des églises romanes, je classe par groupes les édifices religieux de la période gothique. C’est donner en
* Je dois avouer que, mon champ d’observation étant restreint, ce ne sont là que des hypothèses. Je les livre néanmoins à l’appréciation et à la discussion des archéologues qui ont étudié un grand nombre de ces cités du moyen âge.
une série de titres les caractères ^énérau^ de ces constructions.
On remarquera que l’influence de plus en plus éloignée de l’école byzantine , l’imitation des églises du Haut -Languedoc , la tradition des architectes romans qui avaient construit des églises à trois nefs sans étages, ont pu faire adopter quelques types particuliers ; mais , d’autre part , les petites églises ont perdu tout caractère archaïque. Dans les plans de leurs sanctuaires rien ne rappelle plus les vieux oratoires. Il n’y a que deux sortes de chevets : ou le chevet plat, qui est assez rare; ou le chœur polygone, ordinairement aussi élevé aussi large que la nef. Le chœur n’est jamais surmonté de la tour de clocher, non plus que le carré dn transept ou la plus haute travée de la nef.
ÉGLISES A TROIS NEFS DONT LES BAS CÔTÉS SONT MOINS ÉLEVÉS QUE LA NEF MÉDIANE.
Saint-Étienne d'Agen , — Église de Marmande,
Histoire et restitution de la cathédrale Saint- Étienne. — Agen possédait autrefois un monument digne de son titre de cathédrale. Saint-Étienne pouvait supporter la comparaison avec les belles églises de Toulouse et de Bordeaux.
C’était l’œuvre de plusieurs époques , et l’ambition des agenais pendant de longs siècles avait été de mettre la dernière main à cet édifice , en construisant les voûtes de la nef et du chœur.
La cathédrale était encore inachevée lorsqu’elle fut vendue à l’époque révolutionnaire *. Sa destruction,
* Le premier prairial an vi , les citoyens Noubel , Lamarque , Lespiault , Jalabert , et Vidalot, administrateurs du département de Lotet-Garonne, procédèrent à l’adjudication définitive de la ci-devant église cathédrale de Saint-Étienne d’Agen. Le citoyen Joseph Raymond , qui , dans les précédentes enchères avait surenchéri jusqu a la somme de 48,000 francs en porta le prix à 64,000 francs et- fut déclaré adjudicataire. ( Archives départementales, série L. )
commencée dans les années qui suivirent la vente fut achevée en 1836 * Saint-Étienne a fait place aux halles.
Aujourd’hui je n’ai donc plus qu’à rappeler le souvenir de la vieille cathédrale. En étudiant les notes et les plans publiés par M. H. Brécy ** un mémoire de M. de Saint - Amans *** et les registres des consuls d’Agen , je m’efforcerai de restituer par une brève analyse l’ancienne cathédrale telle qu’elle était dans sa splendeur, et de faire en quelques mots l’histoire de sa laborieuse construction.
Saint-Étienne n’avait que trois nefs et non cinq, comme on l’a dit. Le chœur, conçu dans de vastes proportions, comprenait trois travées à peu près carrées et un chevet pentagone. 11 était entouré par une double galerie et rappelait assez par son plan les cathédrales du Mans et de Bourges. Toutefois le mode d’étagement n’était pas le même à Saint-Étienne que dans les deux églises que je cite. Au Mans et à Bourges , la première galerie latérale est plus élevée que la seconde, tandis que les collatéraux de Saint- Étienne avaient été élevés à la même hauteur. C’est la disposition qui fut adoptée dans la construction des églises de Bordeaux , avec lesquelles Saint- Étienne devait avoir les plus grandes analogies.
Durant la première moitié du xvie siècle , la plupart des travées des galeries latérales furent recouvertes par des croisées d’ogives.
Cinq chapelles rayonnantes correspondaient aux cinq côtés de l’abside. Ces chapelles, construites sur
* Sous l’administration de M. le comte de Raymond , maire , de MM. Menne et Glady , adjoints.
** Esquisses historiques , archéologiques et pittoresques sur Saint- Etienne , ancienne cathédrale d' Agen. Agen. Noubel. 1836. In-4% 8 p. 8 pl.
*** Essai sur les antiquités du département de Lot-et-Garonne , p. 127 et suivantes.
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un plan pentagone, avaient peu de profondeur. Celle du centre , plus large que les autres , était , suivant l’usage presque général , consacrée à la Sainte-Vierge.
Il existe, je crois, de grandes irrégularités dans le plan ichnographique publié par M. Brécy avec le titre: Saint-Étienne d'Agen en 1350. Les chapelles rayonnantes sont isolées et n’appuyent pas leurs côtés . sur les contre -forts. Il n’est pas probable que les architectes de Saint-Étienne aient commis cette faute contre les règles du goût et de M construction. Les piliers butants- étaient certainement plus développés pour contenir la poussée transmise par les arcsboutants. De plus l’ouverture des chapelles en double ressaut ( elles sont représentées comme ayant une travée longue et une travée pentagone) eût été disgracieuse. En 1350, ces chapelles n’existaient pas dans la forme que M. Brécy leur suppose. Un plan ichnographique du commencement du xvi8 siècle, qui a été conservé aux archives de l’évêché , et que je publie dans les pièces justificatives ( pl. xxxi. ) , nous montre le chevet pourvu d’une galerie unique et entouré par cinq longues absides rayonnantes. La dernière disposition date , je le suppose , de la première moitié du xvie siècle, c’est-à-dire de l’époque où les deux évêques du nom de La Bovère firent exécuter des travaux considérables*.
Deux petits compartiments rectangulaires entre les contre -forts de la seconde travée du chœur pouvaient recevoir des autels secondaires. Deux servaient de chapelles. On avait établi la sacristie dans un autre.
* Voir note G, pièce I. En 1499, on songeait à construire des piliers. Il s’agissait évidemment ou de ceux des travées basses de la . nef , ou de ceux qui devaient séparer la première galerie du cliœur de la seconde.
La travée inférieure était bordée de petits croisillons. Ainsi l’église avait une sorte de transept.
Deux portes secondaires s’ouvraient dans les murs de clôture qui correspondaient avec la plus haute travée du chœur.
Les travées de la nef mesuraient dans le sens transversal, à peu près le double de leur longueur. Elles étaient donc destinées à être voûtées en petites croisées d’ogives. Les travées des bas-côtés étaient carrées.
D’après les vues pittoresques de M. Brécy , la nef et les bas-côtés avaient quatre travées. Le plan au contraire en indique seulement trois. Cette anomalie s’explique. La travée du fond n’était pas ancienne.
Le chœur et la grande nef avaient des étages. Fort probablement un triforium ou claire-voie était établi entre leurs archivoltes et leurs hautes fenêtres.
Le style varié des piliers était un témoignage des constructions successives de l’édifice.
Les plus anciens supports , ceux du chœur, étaient circulaires, cantonnés de quatre colonnes. C’est la forme française du commencement du xme siècle. Alors même qu’on devrait attribuer aux Anglais la fondation de la cathédrale, il n’en faut pas moins observer que le style n’est autre que celui de nos beaux monuments français.
Une curieuse particularité à relever : c’est qu’une seule colonnette-dosseret s’appuyait sur les abaques comme pierre d’attente de la voûte. Dans l’exécution elle aurait correspondu à cinq arcs : deux formerets , deux ogives , un doubleau. C’est une forme de support bien exceptionnelle.
Les chapiteaux des piliers étaient de simples bandeaux de feuillage sur lesquels se détachaient les couronnements des colonnettes.
La plus haute travée de la nef avait des piliers normands, c’est-à-dire cantonnés d’un grand nom-
bre de colonnettes dont quatre principales. Les archivoltes affectaient la forme lancéolée d’ailleurs reproduite pour la symétrie dans les travées basses plus modernes , dont les supports étaient flanqués de pilastres.
Le clocher consistait en une haute tour carrée , isolée de la construction , au nord - ouest. Cette tour privée d’ouvertures à son sommet, n'avait rien d’original. Il faut avouer que les architectes de l’ A gênais au moyen âge n’ont pas su construire de clochers bien remarquables. Une flèche en bois trèsélancée devait cependant donner un peu de caractère à cette construction, qui a été conservée. Cette flèche refaite plusieurs fois , existait encore en 1791 \
L’ancienne cathédrale possédait de magnifiques verrières dont les sujets sont énumérés par M. Brécy. Parmi celles du chœur, six avaient été données , à la fin du xve siècle , par le chanoine Thibaut des Pannetières. Ces vitraux étaient l’œuvre d’un bourgeois d’Agen, Jean Guyard. (Note C, pièce XIII. )
Il y avait aussi quelques morceaux délicats de sculpture , des clefs pendantes, de jolis culs-delampe, des cartouches armoriés. Le tombeau de Nicolas de Villars était surmonté d’une plaque de bronze, gravée, sinon peut-être émaillée , ou le prélat était figuré de grandeur naturelle. Le ciseau avait également reproduit sur la pierre l'image d’un autre évêque , Pierre Bérard.
A droite de l’église s’élevait le palais épiscopal , vieille construction aux murs épais munis de contreforts** Flanqué d’une tour ronde sur un des angles,
* Un procès* verbal en date du 22 juin 1791 , conservé aux archives , atteste le mauvais état dans lequel se trouvaient alors deux arêtiers et la couverture en ardoise.
** On le distinguait sous le nom de palais de l’Escuranhe. Il fut en
il conservait un caractère féodal, qui rappelait le pouvoir temporel des évêques sur la ville.
A gauche de la nef s’étendait un cloître.
Il est surprenant que, parmi tant de renseignements que nous avons sur l’église de Saint-Étienne , l’indication des mesures de l’édifice ne nous soit pas parvenue. L’échelle du plan publié par M. Brécy n’est pas indiquée. La proportion paraît être de 0m0015 à 0m0017 pour mètre. Je la déduis de la comparaison de ce plan avec celui qui se trouve dans la" grande carte d’Agen relevée par Lomet, à la fin du siècle dernier. On sait quelle exactitude mettait ce savant ingénieur dans tous ses ouvrages. J’adopte donc les mesures prises sur ce dernier plan , que M. Payen a bien voulu me communiquer.
La longueur totale de l’édifice était de 70 mètres, à savoir: nef, 24; chœur, 29; galeries et chapelle absidale , 17. La largeur dans œuvre était : pour le chœur , 11 mètres ; pour le chœur , les galeries et les chapelles, 37 mètres; pour les nefs, 24. C’était en tout , en longueur et en largeur , un tiers de plus que l’église de Marmande.
C’est là tout ce qu’il m’est permis de donner en fait de description sur un monument qu’il faudrait avoir vu pour le mieux apprécier. Yoici maintenant quelques notes sur l’histoire de la cathédrale.
partie démoli, en 1538. Voici l’extrait d’un acte qui constate ce fait. Les consuls , les jurais et les habitants de la ville « ont arresté et « accordé que la susdite partie de la susdite maison épiscopale et édite fice estant au-dessus le lieu appelé de l’Escuranhe , faicte en voulto « à la mode anticque, laquelle par entier d’ung costé et d’autre appar- « tien à ladicle maison épiscopale , seroyt abbatue et démolie pour « la dignité , bien , honnesté , utilité de la chause publicqué , réparation « de la cité et beaulté de la place d’icelle , et pour éviter plusieurs « inconvénients et scandales qui pour raison de ladicte escuranhe se « faisoyent... suivant lequel vouloir et mandement a esté procédé à « ladicte démolition» etc. ( Archives de l’Hôtel-de-Ville d’Agen. BB. 26.)
DE L’AGENAIS
Les archives de l’hôtel de ville d’Agen fournissent à cet égard des renseignements , qui , malgré la destruction de Saint-Étienne, offrent encore un certain intérêt.
Ces documents nous apprennent quelles étaient , à la fin du moyen-âge et durant le xvie siècle, les charges du clergé pour la construction et l’entretien des édifices religieux. Les actes de cette nature sont généralement fort rares dans les dépôts d’archives , et méritent d’être mis en lumière. J’en publie un certain nombre. ( Note C , à la fin du volume. )
Je ne dirai rien de la basilique primitive dédiée à Saint-Étienne, attendu qu’il n’est pas possible de déterminer son emplacement , qui sans doute a peu varié, ni de fixer la date de sa construction.
L’édification de la cathédrale, dans le style gothique, date, je le suppose, du milieu du xme siècle.
La forme lancéolée des archivoltes , l’emploi du pilier français et du pilier normand nous reporteraient même |au commencement du xme siècle, si l’église de Saint-Étienne appartenait aux régions du nord. Mais on peut admettre que l’Agenais était en retard de 30 ou 50 ans.
On a dit , mais sans citer des documents à l’appui , que la cathédrale avait été fondée au xive siècle seulement. Ce n’est guère admissible, car la partie ancienne n’avait rien du style qui régnait à cette époque dans le pays. Les monnaies d'Édouard III et du Prince Noir, frappées après 135ff, qui ont été trouvées au-dessous du portail, prouvent tout au plus que la clôture de la nef avait été achevée à cette époque.
En 1249 , on a commencé la construction de l’église des Jacobins d’Agen dans le style gothique le plus pur. 11 est probable que la cathédrale était au moins contemporaine de cet édifice.
A défaut de voûte, le chœur et la nef étaient re-
couverts par une charpente qui devait être fort belle , si l’on en juge par sa forme élancéê. * Je prouverai d’ailleurs par quelques exemples que les charpentes construites durant les xme et xive siècles par les architectes de l’Agenais sont le plus souvent des œuvres remarquables.
Selon toute probabilité , c’est durant la seconde moitié du xvxe siècle que les clôtures de la nef et de la première galerie du chœur furent achevées.
La série de documents authentiques relatifs à Saint- Étienne commence à la fin du xve siècle. A cette époque il est déjà question de la restauration tout autant que de l’achèvement de l’édifice.
Un arrêt du Parlement de Bordeaux , en date du 22 décembre 1487 ( cité dans la pièce IV , note C ) , condamne l’évêque d’Agen à consacrer 500 livres par an aux réparations de la cathédrale. Il est fort probable que cet arrêt fût rendu à la requête des consuls d’Agen, car nous allons voir ces derniers lutter pendant cinquante ans contre les évêques pour les contraindre à employer chaque année une somme convenable à la construction et à l’entretien des églises et particulièrement de la cathédrale.
Les consuls estimaient que le tiers des revenus ecclésiastiques devait être affecté à cette destination. (Note C , pièce IL ) Cette sorte de tarif n’était pas toujours accepté sans débat, mais le principe invoqué devait être consacré par la coutume; il l’est du moins par la jurisprudence du Parlement de Bordeaux.
En 1499, le cardinal évêque Léonard de LaRovère, se préparait à reconstruire plusieurs piliers. Il pria les consuls de mettre une carrière à sa disposition. Ceux-ci l’autorisèrent immédiatement à en ouvrir une au lieu de Fonbotirola **.
* Voir la vue d’Agen en 1648, qui a été récemment reproduite à~un grand nombre d’exemplaires.
** Note C , pièce I. Le propriétaire d’une vigne qui allait être détruite
DE L’aGENAIS.
M. de Saint -Amans possédait une copie authentique du marché passé , la même année 1490 , entre le cardinal- évêque et l’entrepreneur des travaux. « Il « lui donnait pour la construction des piliers et pour « étayer les voûtes des has-côtés, trois écus d’or par « mois , valant chacun 35 sols tournois , une pipe « de blé et une pipe de vin par an ; plus le loyer « d’une maison pour lui et ses ouvriers , qui devaient « être au nombre de cinq. Chacun de ses ouvriers « recevait en outre , par an , une pipe de blé , une « pipe de vin, avec la moitié d’un porc salé et 40 « sols par mois. Il donnait enfin tant au maître qu’aux « ouvriers , six quarterons de sel et vingt livres d’huile « d’olive par an, jusqu’à ce que l’ouvrage fut ter- « miné. »
Il est regrettable que M. de Saint-Amans ne nous ait pas transmis le nom du maître d’œuvres. C’était peut-être Jean Leloy , à la fois sculpteur et architecte , qui a été cité par M. Brécy.
En 1509 , les consuls d’Agen se plaignent que le clergé laisse tomber en ruine les églises de la ville, et constituent deux syndics chargés d’obtenir des provisions contre lui, ( Note C , pièce IL ) Le cardinal fait une démarche afin d’arrêter ce procès; il déclare même qu’il ne refuserait pas un compromis à l’amiable et demande au moins un sursis. Soit par raison d’urgence , soit par mauvaise volonté, les consuls refusent le sursis et continuent leurs poursuites. (Note C, pièce III.)
par ce fait ne fut même pas consulté. On décida simplement qu’il serait indemnisé. Gela revient à une expropriation pour cause d’utilité publique. C’est exemple n’est pas le seul que l’on puisse signaler dans les archives de l'Hotel-de-Ville. L’acte de 1538, relatifs la démolition d’une partie de l’évêché , dont j’ai donné un fragment dans une note précédente , laisse supposer également une expropriation pour cause d’utilité publique , à moins que l’on n’admette que l’évêché était compris parmi les propriétés communales , ce qui serait non moins curieux à constater.
Le procès fut terminé la même année. Le Parlement de Bordeaux , considérant que la somme de 500 livres à laquelle les évêques étaient taxés, en vertu de l’arrêt 1487 , pour l’entretien des édifices religieux , n’était pas suffisante ni proportionnelle à l’augmentation des revenus , condamna le cardinal à fournir chaque année 1,200 livres pour la réparation de Saint-Étienne. ( Note C, pièce IV.)
Léonard de La Rovère adressa immédiatement au Parlement une requête par laquelle , sans discuter le bien fondé de l’arrêt , il demandait la nomination de commissaires spéciaux auxquels serait confié l’emploi de cette somme. Cette requête paraît avoir été prise en considération. (Note C , pièce V.)
Cependant la lutte prit de plus grandes proportions. Le cardinal n’avait pas craint d’accuser les consuls de vouloir détourner de sa destination la rente qu’il devait payer. Ce grave reproche était -il fondé? Il est difficile de s’en rendre compte. Sans doute un peu de passion avait pu se mêler à des actes que la considération de l’intérêt général aurait dû seule inspirer.
Léonard de La Rovère avait plus de protection à la cour du roi que d’influence au Parlement. Il exposa ses griefs à Louis XII , attribuant à la haine les démarches faites contre lui par les consuls.
Le roi prit fait et cause pour son « cher et grand « amy le cardinal d’Agen,» et, par une lettre impérieuse, fit défense aux consuls de poursuivre leur procès au Parlement. ( Note C , pièce VI. )
Cette lettre missive , qui porte la signature autographe du roi , n’est malheureusement pas datée. Elle fut écrite à Issoudun le 25 février, et se rapporte peut-être à une nouvelle instance engagée contre Léonard de La Rovère , entre 1509 et 1515.
Le cardinal mourut en l’année 1519. Son successeur Antoine de La Rovère , continua la restauration de
DE L’AGENAIS
Saint-Étienne. Mais, la somme de 1,200 livres, qu’il semble avoir employée chaque année à ces travaux, devenait à son tour insuffisante. Les consuls jugèrent qu’elle n’était pas en rapport avec l’augmentation des revenus. En 1531 , ils résolurent de poursuivre l’évêque et les chapitres. ( Note C , pièce VII. )
Bientôt l’un de ces chapitres , celui de Saint-Étienne, vint prêter son appui aux consuls en soutenant pour le même motif un procès contre l’évêque. Mais l’affaire traînait en longueur, car Antoine de La Rovère avait ses partisans, et quelques chanoines, qui bénéficiaient d’une partie du temporel de l’évêché, ne demandaient pas mieux que de gagner du temps. L’évêque ayant déféré la cause au grand Conseil , les consuls se préparèrent à intervenir. Le 13 janvier 1533 ils nommèrent des syndics de la commune qui devaient se joindre à ceux du chapitre pour défendre contre l’évêque (Note C, pièce VIII). Cette constitution de syndics fut ratifiée dans une assemblée générale *. On alla de plus sommer les chanoines dans l’église même de Saint-Étienne, d’avoir à poursuivre sans délai l’évêque d’Agen. (Note C, pièce IX.)
Ce dernier jugea plus convenable de ne pas attendre le résultat du procès. Il offrit aux consuls d’affecter une rente annuelle de 2,000 livres aux réparations de la cathédrale, et cette proposition fut acceptée. (Note C, pièce X.)
Les historiens de l’Agenais n’ont rien dit de ces curieux débats renouvelés pendant un demi -siècle. Ils ont fait au contraire grand honneur aux trois évêques du nom de La Rovère des nombreux travaux qu’ils ont fait exécuter à la cathédrale. La seconde galerie du chœur , les voûtes de ces petites travées , quel-
* Au xvi* siècle , comme durant le moyen-âge , les syndics ou procureurs de la ville étaient ordinairement élus dans une assemblée générale des habitants.
ques portions des nefs et peut-être les chapelles absidales ont été construites ou refaites par eux. Des clefs de voûte, des consoles, des cartouches reproduisaient leurs armoiries *.
Et malgré tout , selon le livre des jurades , il y avait toujours quelque chose à refaire dans ce grand vaisseau qui , presque neuf , était livré aux infiltrations des pluies et menaçait ruine de toutes parts.
Le mode de construction était par lui- même vicieux. On ne bâtit pas d’une manière convenable par petits morceaux. Quoi qu’on en ait dit , la plupart des cathédrales du moyen âge ne sont pas l’œuvre successive et non interrompue de plusieurs siècles. Elles ont été faites ou tout d’une pièce ou par deux, trois ou quatre reprises avec des intervalles. On construisait très vite au moyen âge, dit M. Viollet-Le-Duc , qui mieux que personne a étudié cette question. L’église de Saint-Étienne, qui fut à la lettre l’ouvrage continu de plusieurs siècles , est donc une exception. On n’a jamais fait un grand effort pour l’achever**. Il ne suffisait pas d’avoir constamment, pour une somme
* Ces trois prélats ne perdaient point les occasions de transmettre à la postérité le souvenir de leurs ouvrages. On peut voir leurs armoiries plusieurs fois répétées sur la grande tour de Hautefage , dont la construction fort coûteuse, et l’on peut ajouter fort inutile, (cette tour énorme , dont les lignes sont remarquablement pures , n’est pas un clocher, ni un donjon , c’est tout au plus un logis peu commode) fut peut-être le véritable motif qui les détourna d’employer des sommes plus considérables à la restauration bien autrement importante de la cathédrale d’Agen.
** Il faut se rendre compte que la ville d’Agen eut rarement assez de sécurité ou d’assez grandes ressources pour produire cet effort. Au xiv* siècle, le pays était ruiné par les guerres coDtre les Anglais. Au commencement du xvi° siècle , la construction du pont absorba les produits des impositions. Les guerres de religion vinrent ensuite. L’église eût même à en souffrir ; en 1561, les protestants la dévastèrent. (Note C, pièce XI.)
de 500 à 2,000 livres par an, un petit nombre d’ouvriers sur le chantier. Il aurait fallu ou la participation active des habitants ou les secours d’une corporation pareille à celles qui construisaient si vite et si bien les grands édifices du Nord.
Le cardinal de Lorraine ( 1538-1550 ) fit exécuter des voûtes et continua sans doute à payer la rente de 2,000 livres pour l’entretien de la cathédrale. Du moins il n’eut pas de conflit avec les magistrats municipaux.
En nous reportant à l’année 1621 , nous voyons intervertir les rôles pris jusqu’à cette époque par les autorités religieuse et civile. C’est l’évêque , Claude de Gélas , qui cite les consuls au Parlement de Bordeaux pour les faire contribuer à l’œuvre de la cathédrale. Les magistrats municipaux plaidèrent pour rester indemnes, et, prenant à leur tour l’offensive, ils actionnèrent l’évêque pour l’obliger à payer sa part des travaux publics, comme l’avaient fait ses prédécesseurs.
Le même fait , accompagné des mêmes incidents, se reproduisit en 1623 *.
En 1628 , M. Sauveur , chanoine théologal , somma les consuls de faire exécuter un arrêt du Parlement qui statuait sur la construction de la voûte de Saint- Étienne **.
J’ignore quels furent les résultats de ces divers procès.
A la fin du siècle dernier , les voûtes de la nef et du chœur n’étaient pas encore construites. Le roi avait accordé en 1778 , une somme de 120,000 livres pour la réparation de la cathédrale d’Agen , qui fut abandonnée tout entière aux ouvriers. On cessa d’y célébrer les offices religieux ; l’évêque et le chapitre s’installèrent dans la chapelle du collège.
* Arclii-ves de l’Hôlel-de-Ville d’Agen. B B. 47, fol. 49 et 140.
** Archives de l’Hôtel-de-Ville d’Agen. B B. 51, fol. 36.
ARCHITECTURE religieuse
Il était impossible de conserver toutes les parties anciennes. La porte et les murs de la façade étaient dans un tel état de délabrement , qu’en raison du danger qui en résultait pour le public , les consuls contraignirent l’évêquel à les démolir *.
Cette façade fut reconstruite dans le goût du temps ; c’est dire qu’elle était disparate et d’un aspect fort lourd.
On sait la fin de l’église Saint-Etienne.
Tels sont les traits principaux de l’histoire d’un édifice qu’auraient dû recommander, et son antiquité et son beau style , et les souvenirs qui s’y rattachaient. Là se faisaient les prières publiques ; c’était là que l’on conduisait à leurs entrées les grands personnages , là qu’on prêtait les serments les plus solennels. Les consuls avaient à Saint-Étienne un banc réservé que recouvraient des tapisseries chamarrées. Les galeries du chœur, les chapelles absidales étaient pavées de tombes où reposaient les évêques d’Agen , les ancêtres des familles nobles ou bourgeoises ( Voir note C, le plan de Saint-Étienne et sa légende ) dont un grand nombre subsistent encore.
Par une dernière vicissitude, les matériaux provenant de la démolition de Saint-Étienne ont servi à construire le théâtre.
ÉGLISE PAROISSIALE DE NOTRE-DAME DE MaRmande. — C’est le seul édifice religieux existant dans le département de Lot-et-Garonne dont le type puisse être comparé à ceux des églises du nord.
Une grande nef avec double étage , triforium et fenêtres ; des bas-côtés moins élevés que la nef; à l’extérieur, des arcs-boutants: telle est la structure générale de l’édifice. Chaque travée des bas-côtés cor-
Archives de l’Hotel-de-YiHe d’Agen. B B. 83, fol. 141 et 148.