PL XXV
imsséis ©s seÆsssî
PLAN & COUPE TRANSVERSALE. Échelle à 0m,002o pour mètre .
DE L’A GENAIS.
plement rabattus en biseau. C’est une imitation des églises construites en brique.
La hauteur de ces voûtes sous clefs est la même dans la nef et dans les bas-côtés. Pour obtenir ce résultat, il a fallu hausser sur des dosserets les doubleaux des nefs latérales. De cette façon l’équilibre n’est pas maintenu comme dans les églises romanes de. Moirax , de Monsempron , du Mas. Les poussées de la grande voûte s’exercent au sommet des piliers , tandis que celles des doubleaux et des ogives des bas-côtés s’exercent sur un point plus élevé ; les centres où agissent les poussées n’étant pas communs , il en résulte que ces deux forces destructives n’ont pu se neutraliser l’une par l’autre. Il faut remarquer aussi que les contre -forts extérieurs sont insuffisants. L’effet nécessaire de ces vices de construction s’est produit sur les piliers qui se sont déjetés de droite et de gauche d’une manière très -sensible. Une sérieuse restauration est donc devenue indispensable. Je puis citer un exemple où l’emploi des mêmes procédés a produit les mêmes conséquences. L’église de Saint -Laurent, au Puy-en-Velay, est parfaitement analogue par sa structure à celle de Mézin. Les voûtes des trois nefs ont la même hauteur sous clefs. [Dans cette église aussi les piliers se sont déjetés.
Le principe adopté par l’architecte de la cathédrale de Poitiers est plus rationnel et dérive de cette méthode préventive que les archéologues praticiens trouvent excellente au point de vue de la stabilité. Les doubleaux des bas-côtés ne sont pas relevés par de petits arcs- dosserets et il existe entre les voûtes de la nef médiane et celles des bas - côtés une différence de hauteur un peu plus grande que la différence des rayons des cintres , car la clef de voûte centrale est un peu plus élevée.
Je ferai remarquer que ces trois églises gothiques appartiennent précisément à des provinces où l’on a
construit des églises romanes sans étage : l’Auvergne , le Poitou , la Guyenne. Ainsi la tradition romane s’étant perpétuée dans ces régions à une époque où les imitations des églises gothiques de l’Ile-de-France étaient généralement à la mode , a produit des monuments presque identiques. Je vois dans ce fait incontestable la preuve que les architectes du moyen-âge ne copiaient pas toujours servilement des méthodes étrangères , mais qu’ils cherchaient à adapter les procédés nouveaux pour la construction des voûtes à des plans connus et pratiqués longtemps dans leur pays.
La structure originale de l’église de Mézin et de ses analogues est d’un bon effet. Il n’y a plus là cette tendance exagérée à la verticale qui est le caractère dominant , et parfois le défaut des grands édifices de l’architecture religieuse du nord.
Le corps de l’église n’est qu’une cella bien proportionnée que divisent deux portiques. De grandes haies dans les bas-côtés suffisent à répandre partout la lumière. Les proportions des piliers sont justes et presque classiques : Ils ont en hauteur douze modules (le'a rayon étant pris pour module.) Ils sont cantonnés de quatre colonnettes à la hase , de huit au sommet et rappellent ainsi d’assez près les piliers normands. Le faisceau d’arcs qui couronne ces supports est superbe. Le tiers -point des doubleaux est aigu , ce qui paraît élever les voûtes.
On a trop peu étudié ces variantes de structure des églises gothiques. Aujourd’hui que le courant pousse aux imitations, il est peu d’architectes qui cherchent leurs modèles en dehors de certains types convenus. C’est une faute. On pourrait par exemple construire de forts beaux édifices sur des plans et des élévations voisins du type de l’église de Mézin. Il serait facile d’ailleurs d’éviter les défauts que j’ai signalés dans cette construction. C’est à cause de l’intérêt que me paraissent offrir les nefs de l’église de Mézin que j’ai placé
DE L’AGENAIS
la description de cette église de pair avec celle des monuments gothiques.
Je passe à l’examen de quelques détails.
Dans les quatre premiers piliers, les colonnettes correspondant aux ogives s’amortissent à mi -hauteur sur des culs-de-lampe. lien est de même de tous les dosserets des bas-côtés. Les deux piliers du fond sont cantonnés de huit colonnettes de toute hauteur et leurs bases sont revêtues des moulures primatiques qui caractérisent l’époque de la construction.
La décoration des chapiteaux gothiques est assez finement exécutée. Ce sont des feuilles bien découpées, sur deux rangs. Dans la nef latérale de gauche une console représente un fouillis de vigne composé avec une élégance remarquable.
On entre dans l’église par deux portes anciennes dont l’une est ouverte dans la façade occidentale, l’autre dans le mur de clôture au nord. Les jambages et les archivoltes de ces baies sont décorés de colonnettes en retraite et de tores. Les parements de celle du nord sont ornés de dessins réticulés encadrant des quatre-feuilles.
Des meneaux et des remplages aux dessins rayon nants garnissent les fenêtres qui n’ont pas été retouchées.
A l’extérieur, l’église a l’aspect d’une forteresse. Une seule toiture basse recouvre ses trois nefs. Ses murs sont en moyen appareil fort soigné. Deux tourelles semi - circulaires contenant des escaliers à vis sont accolées aux angles de la façade occidentale et dominent l’amortissement des murs qui est horizontal. Cette façade est divisée par un cordon et décorée par deux édicules pareils aux clochetons des piliersbutants du nord. Une rosace est ouverte au centre. Un porche précédait autrefois la porte. 11 devait être voûté , car on voit encore les socles des piliers avancés.
Le clocher écrasé, surmonté d’une flèche, qui est élevée au-dessus du carré du transept, ne date pas de la première époque. Il a peu de caractère. La partie romane , comprenant les absides et le transept, est surchargée des motifs ordinaires de décoration : cordons de billettes, couronnant les fenêtres et parant la corniche; colonnettes surmontant les contre forts; modillons historiés , etc.
On a débuté dans la restauration de l’église de Mézin en démolissant de fond en comble toute la partie romane. Un grand nombre de fragments de sculpture ont été volontairement sacrifiés et jetés dans les soubassements du sanctuaire, qui n’offrira plus qu’un médiocre intérêt pour les archéologues.
Il est regrettable qu’on ne fasse pas toujours figurer dans les restaurations des édifices du moyen âge les pièces de sculpture provenant des démolitions. Comment reconnaître le style des édifices anciens dans les morceaux dus au ciseau des artistes modernes ? Il ne s'agit pas de faire mieux que les tailleurs de pierre de l’école romane, ce qui n’est pas difficile assurément ; il s’agit de garder les souvenirs d’une époque qui compte dans l’histoire de l’art. Si l’on ne veut pas à tout prix se résoudre à enchâsser dans des parements neufs des modillons et des chapiteaux que le temps a recouvert d’une teinte grise ou noire, et dont la conservation peut n’être pas parfaite, que du moins on dépose ces fragments dans les musées.
A notre époque où tout objet ayant un caractère archaïque, fût-il de l’Egypte, de l’Inde ou du Japon, fût-il de la plus monstrueuse .laideur, est recherché et classé dans les collections publiques ou privées, on est surpris, affligé même de voir l’indifférence ou plutôt le mépris avec lequel sont traitées nos compositions de l’époque romane, pleines de renseignements sur les costumes de nos ancêtres
DE D'AGENAIS
sur les armes et les instruments dont ils se servaient et même sur leurs mœurs et sur leurs croyances.
Temple de Port- Sainte -Marie. — Parmi les nombreuses chapelles élevées dans l’Agenais par les chevaliers du Temple , il n’en existe pas de plus belle ni de mieux conservée que celle de Port -Sainte - Marie.
Elle constitue par son plan singulier une remarquable exception aux traditions de l’Ordre , qui , en souvenir du temple de Jérusalem, préféra les plans elliptiques ou circulaires à toutes les innovations de nos architectes occidentaux.
Elle se rattache, par l’époque et par l’unité de sa construction, aux plus beaux souvenirs de notre école française. Il me suffit de dire qu’elle est décorée du style du xnr siècle.
Deux grandes cella, la première carrée, la seconde plus étroite, rectangulaire, orientée dans le sens longitudinal, déterminent toute l’aire de l’édifice.
La hauteur des voûtes est la même dans toute la chapelle. Les clefs des ogives ne s’élèvent pas audessus des clefs des doubleaux.
Deux grandes croisées d’arcs gothiques recouvrent la première cella, , qui renferme aussi des bas-côtés étroits, voûtés en ogives longitudinales. Deux piliers ronds, supportant la retombée des arcs, établissent cette division.
Les doubleaux des bas-côtés étant surélevés, de petits arcs en tiers -point ont été construits entre les tailloirs des piliers et ceux des dosserets, division qui vient interrompre heureusement une élévation verticale proportionnellement exagérée. Ces arcades libres rappellent les arcs-boutants légers qui occupent une place semblable dans la salle basse de la Sainte -Chapelle de Paris.
La cella longitudinale qui forme le chœur se divise
en trois grandes travées. Un fort doubleau la sépare à l’occident de la première partie de l’édifice , qu’on peut appeler la nef. A l’orient, le mur de clôture forme un chevet plat. Une large et haute fenêtre est percée dans ce massif, au-dessus de l’autel. Chaque travée du sanctuaire et des bas-côtés offre une ouverture pareille.
Telle est l’ordonnance intérieure de ce petit édifice.
A l’extérieur, de puissants contre - forts , à section rectangulaire , correspondent aux dosserets.
Le clocher, dont le plan peut être représenté par deux carrés longs , accolés , s’appuie à l’angle nordouest du temple qu’il déborde latéralement en lui donnant un pronaos par une large arcade aujourd’hui murée. La double tour, à deux étages, s’élève audessus des combles.
La façade occidentale est dépourvue de toute ornementation et son portail est moderne.
Toutes les fenêtres du temple offraient peut-être anciennement une disposition particulière qui nous est révélée par deux de ces ouvertures mieux conservées parce qu’elles sont en parties murées : l’une nous donne le dessin du remplage, et l’autre la division de la base.
Les montants étaient unis au tiers de leur hauteur par un linteau portant au centre sur un petit pilier carré, le tout formant un T. Le pilier est surmonté d’un chapiteau - cor leau, c’est-à-dire « posé » à l’extrémité de la colonne comme on pose un » chapeau avec ses liens à la tête d’un poteau en bois , » lorsqu’il s’agit de soulager la portée d’une pièce de » charpente horizontale/ »
Deux corbeaux semblables sont établis en correspondance dans les montants. Nous croyons cette disposition aussi rare dans les édifices religieux du moyen
* Viollet - Ie-Duc. Dict. d'Archit. T. II. p. 542.