ÉGLISES A UNE NEF BORDÉE DE CHAPELLES LATÉRALES
Bruch, — Villeneuve, — Saint- Hilaire d'Agen , Lamontjoie Damazan , — Port-Sainte-Marie , Laplume, — Montagnac-sur-Auvignon .
Francescas , — Montagnac - sur-Léde,
J’ai publié dans la Bibliothèque de Vécole des Chartes *, un article de généralités sur certaines églises gothiques du Haut -Languedoc et des provinces voisines , dont les plans font contraste avec les divers modes de structure des édifices du nord.
Voici en quelques mots les caractères particuliers et les principales variantes de ce type, ainsi que mes appréciations sur son origine , sur la date de son adoption, sur les causes qui le firent préférer à d’autres, enfin sur la géographie du groupe.
T. xxxiii , p. 545.
DE L’AGENAIS
Grandes ou petites, ces églises n’ont qu’une nef bordée de chapelles latérales , qui sont construites entre leurs larges contre -forts.
Presque tous ces édifices sont dépourvus de transept , et se terminent par un chevet pentagone. Il y a quelques exemples de chevets plats et de chevets composés de trois absides.
La petite croisée d’ogives est généralement employée dans les monuments de premier ordre , à cause de leur largeur disproportionnée. Parfois ces grandes églises sont pourvues de galeries, sortes de triforium , établies sur l’extrados des chapelles , ce qui a fait rejeter en arrière les baies de fenêtre formant le second étage.
Parle système de la construction, on éludait l’emploi des arcs-boutants, que remplacent assez rarement des arcades établies, dans le sens longitudinal, au sommet des contre-forts, soit à l’extérieur de l’église, soit à l’intérieur, dans le cas où il y a un triforium.
Un certain nombre de petites églises sont voûtées en grandes croisées d’ogives, conformément au système adopté dans les régions voisines, à savoir : quelques parties de la Provence d’une part ; et d’autre part , le Sud-Ouest, où cette forme était imposée par les plans de l’école byzantine.
La plupart de ces églises ont des fenêtres de premier étage donnant dans la nef. Ces baies sont ordinairement très- étroites dans les petites églises, et peuvent être aussi remplacées par des œils-de-bœuf. Quelques édifices , ceux qu’une seule toiture recouvre , ne reçoivent le jour que par les chapelles.
Le clocher, toujours unique, est généralement placé sur la façade occidentale. Néanmoins , dans les petites églises il est quelquefois situé sur les côtés, jamais au-dessus du sanctuaire. Ces tours sont rarement à l’échelle des monuments.
L’extérieur des églises est d’un aspect assez lourd. Généralement la hauteur des vaisseaux n’est pas en
proportion de la largeur qui , dans quelques exemples, est portée jusqu’aux dernières limites.
On peut noter approximativement comme formant le périmètre du groupe , les villes d’ Albi , de Carcassonne , de Perpignan, de Saint- Bertrand de Comminges, de Condom, deMoissac, qui toutes possèdent des églises de premier ordre bâties sur ce plan. Ces grands édifices ont certainement inspiré des imitations dans les régions voisines de ces frontières , que je suis loin de donner comme absolues. En effet, les exemples du type existant dans les villes de Cabors, de Puy-Lévêque, et dans celles de l’Agenais , que je vais citer, démontrent qu’à l’Ouest les points extrêmes du groupe sont au-delà de Moissac et de Condom. Les copies en réduction sont très -nombreuses, et je ne serais pas surpris qu’on en comptât plus d’une centaine. Elles n’ont pas été suffisamment étudiées, et d’ailleurs elles offrent peu d’intérêt en raison même de leur uniformité.
Le centre du groupe est Toulouse , Albi , Montauban , c’est-à-dire la partie du Haut-Languedoc où l’on construit en briques. J’attribue l’origine du type à cette région.
En effet, la préférence des architectes du Haut- Languedoc pour les églises à une nef s’explique très-bien par la difficulté qu’ils éprouvaient à construire en briques des supports isolés ayant une certaine légèreté. Faute de matériaux convenables pour élever des colonnes ou des piliers sveltes , comme ceux des églises gothiques à trois ou cinq nefs, ces constructeurs ont réduit leurs édifices à un seul grand vaisseau.
Une seconde preuve de l’origine du type , c’est que la plupart de ces églises diffèrent autant par le style que par la structure de celles du Nord. Généralement , elles n’ont pas de colonnettes , ni de moulures courbes. Les profils des dosserets , des montants et des meneaux de fenêtre , des archivoltes , des arcs de voûte , sont d’ordinaire à pans coupés et à biseaux. Ces façons repro-
DE L’AGENAIS
duites même dans plusieurs églises bâties en pierre, caractérisent précisément les églises en brique du Haut- Languedoc. Nous pouvons donc conclure à l’imitation.
La date de l’adoption du type est difficile à préciser. L’église de Saint-Jacques de Montauban, qui a subi beaucoup de remaniements , mais dont la base bien caractérisée est de la fin du xne siècle , serait peut-être le premier exemple connu de ce plan*. La plupart des édifices de ce genre ne sont pas antérieurs à la fin du xme siècle.
Après avoir établi ces prémisses , il me sera facile de rattacher à ce groupe un certain nombre de petites églises agenaises dont la description se trouvera par le fait singulièrement abrégée.
ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT -Am AND DE BRUCH. —
Bien que les voûtes de la nef soient de construction récente **, je prends cet édifice pour modèle du groupe. Il est complet, et ses proportions sont relativement assez justes.
La nef comprend quatre travées voûtées en grandes croisées d’ogives. Les trois travées supérieures sont bordées de chapelles voûtée's en croisées d’ogives longi-
* Je ne voudrais pas être- accusé de rien exagérer dans l’intérêt de ma. thèse. Ce plan , à vrai dire, n’est pas original. C’est celui des saintes chapelles et de certaines églises secondaires du Nord. Il y a de plus l’addition des chapelles entre les contre-forts ; mais , par toute la France , des additions semblables ont été faites dans les édifices religieux de grandes proportions , quelle que fût leur structure.
. Il faut seulement observer que nulle part ce plan ne fut employé systématiquement, et dans les proportions grandes ou petites, comme dans les provinces méridionales.
** Ces voûtes sont d’ailleurs élevées d’après les indications précises données par les formerets anciens. La restauration de l’église de Bruch a été exécutée en 1867 et 1868 , par M. Léo Courau. Les plans ci-joints sont la réduction de ceux qui ont été dressés par cet architecte.
architecture religieuse
tudinales. Celle du fond correspond avec le clocher , qui est placé au midi, et dont le rez-de-chaussée donne un pronaos à l’église.
Le chevet à cinq pans est surmonté d’une voûte que renforcent six arcs.
Les dosserets engagés au quart sont circulaires. Leur socle est polygone. Ils s’amincissent au-dessus du point de pénétration des archivoltes ; un mince bandeau sculpté les couronne.
Ces bandeaux, ainsi que les consoles, qui supportent les ogives des chapelles , ont pour ornement des feuillages variés , des figures grimaçantes , des têtes humaines, des animaux hybrides, des anges tenant des phylactères , etc.
Les archivoltes sont basses et forment à la brisure de leur courbe un angle très-obtus. Les fenêtres de la nef ont peu d’élévation et une assez grande largeur.
L’église de Bruch est située en dehors de l’enceinte fortifiée du village.
Églises paroissiales de Sainte -Catherine et de Saint-Étienne de Yilleneuve-sur-Lot. — Ces deux édifices ont entre eux les plus grandes analogies : chevets pentagones, nefs de quatre travées bordées de chapelles , et de plus cette particularité que les contreforts de la nef s’élèvent plus haut que la toiture des chapelles. Leurs archivoltes, en tiers-point obtus, pénétrent les supports. L’ornementation, plus développée dans l’église de Sainte -Catherine que dans l’autre, a tous les caractères de la décadence gothique. Des bandes étroites qui surmontent les dosserets sont , ainsi que les consoles , ornées de monstres , de personnages grimaçants , de têtes d’anges , de rameaux infléchis chargés de grossiers feuillages.
Voici les différences à noter. Les voûtes de l’église de Saint-Étienne, bâties sur des plans à peu près carrés, sont renforcées par des bernes et des tiercerons. Quel-