DE QUELQUES PARTICULARITÉS DU STYLE GOTHIQUE DE LAGENAIS
Chapelle de Notre-Dame du Bourg (Agen). — Ce petit édifice, très-simple, bâti en brique, a le style du xme siècle.
La nef, terminée par un chevet plat, se divise en quatre travées recouvertes par des croisées d’ogives. Trois petites colonnettes élancées composent les dosserets et correspondent à la naissance des arcs.
Les fenêtres latérales n’ont pas de remplage ; elles sont étroites comme des baies romanes , et la brisure de leur cintre est peu sensible.
A droite, dans les trois plus hautes travées, on a pratiqué des ouvertures en brèches, auxquelles corres-
pond une sorte de bas-côté , de la dernière période gothique *.
Le portail est à l’occident. Son archivolte en tierspoint est décoré de roses. Au-dessus, un oculus s’ouvre dans la nef. Six arcades , presque en plein cintre , par 1,2,2, 1, ajourent le pignon, en forme de gable élancé, qui surmonte la façade.
A l’intérieur, quelques feuillages décorent les chapiteaux des colonnettes. Les profils des arcs sont délicats.
On voit appliqués dans cette chapelle des procédés d’allègement du xm-e siècle altérés par les traditions romanes et les façons lourdes qui sont la conséquence de l’emploi delà brique. Il est certain, par exemple, que les fenêtres ne sont pas à l’échelle de l’édifice. Il en existait pourtant une dans le chevet qui était fort belle, ma'is seulement ébauchée. Elle était munie de rosaces et de meneaux. Ces pièces de remplage étaient simplement ravalées. Actuellement on démolit le chevet pour le remplacer par un chœur à cinq pans.
Une bonne restauration a consisté à reprendre par la base les colonnettes qui avaient été tronquées, et à refaire des tailloirs mutilés.
ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINTE-FOY D’AGEN. — Il est inutile , je crois , d’analyser dans tous ses détails un monument qui appartient à des époques très -différentes et qui néanmoins offre peu d’intérêt:
L’église de Sainte-Foy est la première construction ancienne qui frappe les yeux du voyageur lorsqu’il franchit l’enceinte de la gare d’Agen. Ce premier coup d’œil est défavorable , car on croirait plutôt voir une grange qu’un édifice religieux.
La nef, qui était d’abord unique, appartient à la pre-
* Ce sont là sans doute les trois chapelles que Florimond Dauré fonda par son testament, en date de 1553. (Archives de l’Hôtel de Ville d’Agen. BB. 42. )
mière époque gothique, c’est-à-dire à la seconde moitié du xme siècle. Elle comprend trois travées voûtées en grandes croisées d’ogives légèrement surhaussées. Les arcs, dont les moulures sont assez fines, reposent sur des consoles dont la plupart ont été refaites. Les fenêtres à cintre hrisé , sont étroites , munies à l’intérieur de colonnettes dans leurs montants comme les baies romanes. On remarque des cordons qui forment un encadrement en forme de merlon autour de ces fenêtres.
Les murs sont en grande partie bâtis en briques beaucoup plus petites que celles qu’on avait employées dans la construction des Jacobins *.
A l’extérieur, un cordon, au profil carré, posé sur un rang de modifions bruts circule au deux tiers environ de la hauteur. Au-dessous de la charpente, à angle très -obtus, on a ménagé une sorte de retraite qui a des baies en plein cintre faisant sans doute l’office de créneaux , car l’église était reliée à l’enceinte fortifiée.
Tel était au xme siècle le sanctuaire dédié à l’illustre martyre agenaise. Plus tard, vers le xve siècle, on fut obligé d’agrandir ce modeste édifice insuffisant pour le service d’une paroisse. On éleva des bas-côtés et un chevet pentagone parementés en pierre et flanqués de contre -forts sur les angles. On fit dans les murs des ouvertures en brèche pour établir la communication entre les trois nefs. Ces archivoltes sans moulures , basses et lourdes , rappellent de tous les points les épaisses arca-
* Les briques de parements de la chapelle de Notre-Dame du Bourg sont également de dimensions moyennes.
Je ne crois pas que les briques larges et épaisses , à la façon toulousaine (0 m 30 à 0 m 33 de longueur , sur une épaisseur de 0 m 05 à 0 m 06 ) aient été en usage dans l’Agenais , à une autre époque qu’au milieu du xm* siècle. Alors l’influence des constructions du Haut- Languedoc se faisait ressentir dans le choix et dans la fabrication des matériaux comme dans l’adoption de certains plans et de quelques détails de style.
des, dites cornières, qui abritent les côtés d’une des rues de la ville. On recouvrit par des croisées d’ogives longitudinales les deux travées de chaque bas-côté. Le style du remplage des fenêtres et les profils des arcs accusent la dernière période gothique.
ÉGLISE PAROISSIALE DE NOTRE-DAME DE VlLLERÉAL. — Le plan de cette église est exactement en croix latine. Le chevet est plat; deux chapelles secondaires sont abritées dans les aisselles des croisillons. Seuls ces édicules'et les bras du transept sont voûtés en croisées d’ogives.
La longueur du vaisseau dans œuvre est de 39 mètres ; sa largeur, 10 m 80, et dans les croisillons 26 mètres. La hauteur des dosserets de la nef est de 8 m 30. La voûte qu’on avait l’intention de construire aurait donc eu 14 mètres de hauteur sous clef.
Ce monument peut être étudié à divers points de vue.
Je ferai remarquer tout d’abord qu’il date, comme son style le prouve, du milieu du xme siècle, c’est-àdire qu’il est contemporain de la fondation de la bastide. C’est là un fait assez rare dans l’histoire des villeneuves de l’Agenais.
Cette église paraît avoir été construite d’un seul jet et n’offre la trace d’aucune addition. Ses proportions vastes témoignent des espérances qu’avaient les fondateurs de grouper dans ce centre une population nombreuse.
Elle était autrefois facilement accessible de tous côtés. Une porte monumentale est ouverte dans la façade occidentale ; deux autres portes, vis-à-vis l’une de l’autre , sont percées dans les murs de la nef.
Il suffisait de murer ces baies (ce qui a été fait pour les portes latérales, à je ne sais quelle époque) pour transformer l’église en forteresse. La façade est flanquée sur les côtés de deux tourelles carrées reliées au
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sommet par un chemin de ronde crénelé. Les haies de fenêtres sont placées à une assez grande hauteur pour n’être pas facilement escaladées. Les murs sont fort épais et munis de gros contre -forts que je crois tous contemporains , bien qu’il y en ait de trois sortes différentes : ceux de la nef sont appliqués perpendiculairement aux murs; ceux des croisillons font face aux angles * ; ceux des angles du chevet ont la forme des tourelles carrées de la façade ; ils doublent complètement ces angles et se, présentent à l’extérieur en pointe. Ce sont de véritables éperons**.
Tous ces appuis sont dépourvus de ressauts.
Les tourelles de la façade n’étant point assez larges pour renfermer les cloches, celles-ci ont été placées sous les arcades du mur surhaussé de la façade. L’amortissement de ce mur , coiffé d’une petite toiture , est horizontal. Les clochers - arcade de ce genre placés entre vieux tourelles unies par un chemin de ronde , se rencontrent particulièrement dans l’arrondissement de Villeneuve. Les églises de Montagnac-sur-Lède, de Montaut- le -Vieux, en offrent des exemples.
Tous les tiers - points des haies de portes et de fenêtres sont fort aigus, c’est-à-dire affectent la forme lancéolée qui , à l’époque de la construction , était abandonnée dans le nord depuis déjà cinquante ans. Les dosserets placés dans les angles sont des colonnettes isolées ; ceux qui sont appliqués au mur de la nef se composent d’un faisceau de cinq colonnettes rondes. Ils partagent le vaisseau en cinq travées. Les dessins rayonnants des remplages des fenêtres et des caissons du portail , les profils des croisées d’ogives construites dans les chapelles , les feuillages qui ornent les cha-
* Quelques auteurs ont prétendu que cette forme n’avait pas été appliquée avant le xiv* siècle. Cet exemple démontre qu’on en faisait usage dès le milieu du xm*.
** Cette forme a été souvent appliquée aux tours carrées des manoirs du xii* siècle.
piteaux des colonnettes, ont également le style du milieu du xme siècle.
Des statuettes aujourd’hui mutilées ornaient les archivoltes du portail dont les proportions sont vastes.
La fenêtre placée au centre du chevet est à la fois large et haute. Elle est divisée par deux meneaux et remplie au sommet par trois cercles. Cette belle fenêtre est actuellement murée.
Il serait convenable de la rétablir et de l’orner de vitraux dans la restauration qu’on se propose de commencer bientôt.
Cette restauration est bien facile à exécuter. Le tracé des voûtes est tout indiqué. Les ogives des croisillons fournissent des modèles pour le profil des arcs.
Il ne faudra pas hésiter , par exemple , à sacrifier le rétable moderne plaqué sur le chevet. Il n’a pas de style. Il se compose de panneaux vides et de colonnes qui ne portent rien. Impossible de le préférer à la verrière.
Il ne me reste plus qu’à citer quelques portions d’édifices qui n’ont pas été terminés dans le style de leur fondation ou qui ont été refaits.
Les églises de Monflanquin, de Fréchou, de Moncrabeau, possèdent des portails du xm6 siècle dont les pieds - droits offrent une série de colonnettes qui correspondent à des tores de même mesure plaqués sur les voussures.
Le portail de l’église de Savignac de Monflanquin , qui date de la dernière période gothique, est fort remarquable- Ouvert entre deux faux contre -forts surmontés de pinacles , il est encadré par des moulures dont les courbes gracieuses se terminent en tiers-point, à l’exception de celle de la bordure extérieure qui forme une accolade chargée de crochets végétaux.
Jusqu’à une certaine hauteur, les pieds-droits sont ornés de moulures rectilignes. Plus haut, c’est une ligne de consoles. Quelques-unes portent une large bande
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formée de demi -cercles de branches feuillées enlacées. Cette décoration végétale est en plein relief, car, selon le mode de sculpture de l’époque , les évidements sont profonds.
Des oves font saillie sur le linteau , et le tympan , de grandes proportions , "est occupé au centre par une niche. Les côtés sont ornés de moulures qui présentent les courbes et les contre -courbes particulières au style flamboyant.
L’église paroissiale de Sainte -Bazeille a conservé son ancien clocher surmonté d’une flèche en pierre, dont les arêtes sont chargées de crochets massifs. C’est peutêtre, avec le clocher de Sainte- Colombe, le seul exemple de flèche en pierre que l’on puisse citer dans le département. Je n’ai visité, il est vrai, que les deux tiers des communes du Lot-et-Garonne, mais je ne suppose pas qu’il me reste à découvrir des édifices construits sur des plans nouveaux. Sept ou huit types avec des variantes, pour l’époque romane, autant pour l’époque gothique : c’est, je crois, tout ce qui constitue l’originalité des édifices de la région.
Durant la période gothique , les architectes de l’Agenais n’ont été ni bien inventifs, ni bien féconds. Ils n’ont pas toujours appliqué régulièrement les principes de la construction que l’esprit d’imitation leur faisait adopter. C’est ainsi que les tiers-points sont quelquefois appareillés avec une clef centrale qui chevauche sur les claveaux; c’est ainsi que le plein cintre persiste souvent dans les baies des clochers et des pignons -arcades. Fréquemment les fenêtres des nefs sont étroites et percées par un large ébrasement, comme à l’époque romane.
L’ornementation est rarement originale. On peut citer comme un des motifs les plus curieux, les troncs d’arbre et les bâtons écôtés qui se voient sur un pilier
de l’église de Sainte -Colombe, et sur le portail de celle de Casseneuil. Cette forme singulière se rencontre fréquemment dans les édifices religieux et surtout dans les constructions civiles du Quercy. Elle fut à la mode à la fin du xve siècle et au xvie.
Rapprochons de ce genre d’ornement les grosses tiges chargées de feuilles qui décorent les piliers de l’église de Sainte- Catherine de Villeneuve- sur -Lot, et les ornements du portail de Savignac qui vient d’être décrit.