SÉPULTURES CHRÉTIENNES DE L’AGENAIS
SARCOPHAGES EN MARBRE BLANC OU GRIS BLANC DE FORME RECTANGULAIRE, ORNÉS DE SCULPTURES.
DU IVe AU VIIe SIÈCLE.
On citerait, je crois, peu de départements où l’on ait découvert un plus grand nombre de cercueils de ce genre que dans le Lot-et-Garonne. Agen en a fourni la majeure partie , mais il s’en est également rencontré au Mas d’Agenais, à Castelculier, à Montagnac, à Bauville, à Madaillan.
Malheureusement ces tombes ou ces fragments de tombes n’ont pas été tous conservés. Cette raison et l’importance du sujet, me déterminent à en publier une nomenclature complète et des descriptions sommaires au risque de répéter deux auteurs , Beaumesnil , dont le manuscrit déjà cité nous a conservé de précieux dessins, et Saint- Amans qui, dans son Essai sur les antiquités de Lot-et-Garonne , a donné quelques notes accompagnées de planches sur un certain nombre de ces sarcophages , qui existaient encore de son temps.
DE L’AGENAIS
Je mentionne simplement le bas-relief représentant la toilette d’une dame romaine (4 personnages) qui provient de Lusignan -le- Grand , et qui, après avoir passé par Saint -Hilaire , est actuellement déposé dans le musée d’Agen. La destination de ce bas-relief, publié par M. de Saint- Amans, par M. l’abbé Barrère et par M. Debeaux *, ne me paraît pas douteuse. C’est la moitié de la face extérieure d’un couvercle de sarcophage **. Il est à présumer que c’est une sépulture païenne.
Pour l’étude des tombeaux chrétiens qui n’existent plus , je suivrai l’ordre des planches qui accompagnent l’ouvrage de M. de Saint- Amans.
VIe Notice , pl. /, ftg. I. — Auge cantonnée de pilastres cannelés, sur les côtés de la face antérieure. A droite et à gauche doubles panneaux remplis par des enroulements dont le dessin est varié , et qui représentent des ceps de vignes chargés de feuilles étalées ou en rinceaux. Au centre , monogramme mutilé dans une roue.
Couvercle tectiforme , à quatre pentes , orné de courses de feuillage.
* Essai sur les antiquités du département. — Histoire religieuse et monumentale du diocèse d'Agen. — Recueil des travaux de la Société d'agriculture sciences et arts d'Agen , première série, t. îx. p. 146.
** Ceux qui ont vu dans ce bas-relief les fragments de la frise d’un temple , seraient fort embarrassés pour expliquer le rôle de l’énorme mascaron qui occupe l’angle gauche et se présente de profil. Il existe à droite la moitié d’un cartouche qui occupait le centre du couvercle dont la longueur totale était d’environ 2 m 60. Ces dimensions n’ont rien d’exagéré. Ce sont exactement celles d’un tombeau romain trouvé à Châlons (voir: Congrès archéologique de France , t. xxx , 1867 , fig. à la p. 218. ) Sous le rapport de la forme et des dimensions ce couvercle se rapproche également beaucoup de celui d’un tombeau qui existe dans l’église de Saint-Laurent, à Rome. (Voir : Histoire de l’architecture , par Th. Hope, Paris, Paulin, 1839 , t.'n,fpl. 2.)
« Ce tombeau , conservé dans la cathédrale Saint- « Étienne , mutilé par les protestants en 1561 , a disparu « pendant la Révolution... Le corps de Jean de l’Église, « entrepreneur du pont d’Agen, par contrat passé « avec les consuls de cette ville en 1381, » y avait été déposé *.
PL IL — Auge évasée, c’est-à-dire plus large au sommet qu’à la base. La face principale est divisée en trois panneaux isolés par des pilastres cannelés aux impostes ornées de dents de scie. Les compartiments de droite et de gauche sont remplis chacun par un damier de huit carrés dont le dessin est retracé par des layures obliques. Le centre est occupé par une grosse tige, accostée de quatre ailerons et par deux ceps de vigne ornés de feuilles et de fruits.
Couvercle tectiforme , à quatre pentes , décoré d’imbrications sur l’un des grands côtés et sur l’autre de quatre tiges de chêne et de lauriers, en quatre panneaux , et d’une rose à 12 feuilles ( 6 grandes et 6 petites) encadrée dans un cercle.
Ce cercueil a servi d’autel dans l’ancienne cathédrale.
VIIIe Notice , pi. VIII y n° %. — Auge évasée , cantonnée de colonnettes sur les angles , ornée d’un bandeau saillant à la base et au sommet. Au centre , monogramme X P en grandes lettres dont les extrémités sont pattées. L ’* et 1’» sont placés entre les barres du X.
* Ce détail est fort intéressant à noter. C’est une preuve que , jusqu’à la fin du moyen âge, on a utilisé, sans scrupule et pour ainsi dire officiellement, les vieux sarcophages pour des inhumations nouvelles. Il n’y a plus lieu dès lors de mettre toujours sur le compte des pillards la violation des sépultures dans les auges en pierre des époques mérovingienne et carolingienne. On sait d’ailleurs que l’intégrité de ces sépultures est un fait exceptionnel.
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Ce cercueil , dont le couvercle n’est pas connu , était autrefois encastré dans la maçonnerie d’un autel de l’église de Saint -Cap rais.
PI. IX, n° 4. — Auge évasée, cantonnée sur les côtés de colonnettes aux chapiteaux feuillagés, orné sur trois faces de strigiles et de roses. Le centre du côté extérieur est occupé par le monogramme X P entre deux cercles concentriques.
Couvercle tectiforme, à deux pentes , dépourvu d’ornementation.
« 11 a 6 pieds 1 pouce de long , et 2 pieds un pouce « de hauteur , sur une largeur , dans le haut , de « 2 pieds 9 pouces. Il est resté sur le mur du cimetière « de Saint - Caprais , jusqu’à l’époque de la démolition « de ce mur en 1819. »
PI. IX y n° 2. — Ce tombeau offre beaucoup d’analogie avec le précédent. L’auge est évasée. La face principale est ornée de strigiles et de cannelures rec. tilignes séparées par six pilastres. Les deux petits côtés n’ont qu’une rose au centre pour toute décoration.
Le couvercle manque.
Ces deux derniers sarcophages « furent trouvés l’un « et l'autre remplis d’ossements qu’on a conservés « comme des reliqües de nos saints Nitiobriges. »
PL X. — Auge exactement rectangulaire- Longueur
1 pieds ; hauteur , sans compter la couverture, 2 pieds
2 pouces. Face à trois panneaux séparés par des colonnettes. Les deux compartiments latéraux sont ornés de deux rangs de cannelures coudées, imitant le spicatum opus et opposées les unes aux autres , de manière à former des losanges au centre. Le milieu est occupé par un magnifique pied de vigne, pourvu de ses racines, chargé de rinceaux et de feuilles ouvertes.
Couvercle tectiforme, à quatre pentes, biseauté au sommet, décoré sur tous les côtés par des feuilles d 'arum admirablement sculptées.
Ce cercueil servait « d’autel dans l’une des chapelles « du chœur de l’église de Saint -Caprais. »
PI. XI, n° 2. — Auge ornée de strigiles sur trois côtés, avec colonnettes sur les angles. Un monogramme X P, entre deux cercles concentriques, occupe le centre de la face antérieure. Roses à six feuilles sur les petits côtés.
Couvercle détérioré et sans ornements.
Ce sarcophage « était autrefois dans le jardin d’un « chanoine de la cathédrale ; on ne sait aujourd’hui « ce qu’il est devenu. »
PI. XIII, XIV, XV. — Fragments de quatre ou cinq cercueils , ornés de bas-reliefs représentant : les trois hébreux dans la fournaise; la multiplication des pains ; le bon pasteur ; des personnages debout ; d’autres qui émondent des ceps de vigne chargés de feuilles et de fruits. Tous ces sujets sont exactement figurés comme ceux qui nous ont été conservés par les peintures et les sculptures des catacombes *.
La planche XVI , qui n’a pas été faite , devait représenter un sarcophage dont l’auge était ornée de tiges de vigne et le couvercle de feuilles de nénuphar et de lotus.
Deux morceaux de sarcophage sont conservés dans les murs de l’ancienne salle capitulaire de Saint-Caprais, aujourd’hui chapelle du collège. LTin représente
* On peut rapprocher la composition des trois hébreux dans la fournaise du dessin reproduit dans V Histoire de l'art monumental par Batissier. Paris, Furne, 1845 , p. 346; la multiplication des pains et Orphée, des planches p. 347 du même ouvrage, et des planches v et vu de Rome souterraine.
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le monogramme X P * » , encadré par une couronne de feuilles lancéolées , et des ceps de vigne chargés de feuilles pleines et de rinceaux.
L’autre est la face antérieure complète d’une auge exactement rectangulaire, la plus longue que je connaisse. Elle ne mesure pas moins de 2m32. Cette surface est divisée en cinq compartiments isolés par des colonnettes. A droite et à gauche , personnages debout, appuyés sur un bâton ou sur un instrument de travail. Aventure de Jonas en deux scènes : à droite Jonas est précipité dans la mer et dévoré par un monstre hybride , à la tête cornue , aux pieds de taureau, aux ailes de dragon; à gauche Jonas est rejeté sur le rivage par le monstre. Il appuie un bras sur l’arène , pose l’autre sur sa tête et s’abrite sous le feuillage d’un figuier ou d’une cucurbite. Cette représentation , qui donne en deux tableaux trois scènes ordinairement séparées , prouve que le repos de Jonas sous l’ombrage est postérieur et non pas antérieur à son séjour dans la mer. Ces compositions sont d’ailleurs analogues à celles des catacombes*.
Au centre du tombeau est un monogramme XP«t», encadré par des cercles et des quatre feuilles.
Sarcophage en marbre blanc existant dans le fonds du musée d’Agen. Auge à peu près rectangulaire. Longueur , 2 m 11 ; largeur , de chaque côté , 0 m 68 en
* Voir : Le grand ouvrage de M. Perret ; le Dictionnaire des antiquités chrétiennes , par M. l’abbé Martigny , art. Jonas ; Rome souterraine pl. ni ; Bâtissier , Histoire de l'art monumental , p. 346, etc. Le sujet de Jonas est un de ceux qui sont le plus souvent reproduits sur les sarcophages romains. J’emprunte à Rome souterraine p. 394 , les chiffres suivants relevés d’après les études faites par Bosio et Burgon sur 103 sarcophages du musée de Latran et des cryptes du Vatican. L’histoire de Jonas est figurée , 34 fois ; la multiplication des pains, 34 fois; le bon pasteur, 15 fois ; les trois enfants dans la fournaise, 7 fois.
haut et 0 m 63 en bas ; hauteur , 0 m 52. Trois faces sont ornées de deux rangs de moulures creuses coudées imitant le spicatum opus. Le monogramme X P * » occupe le centre de la face principale ; et des roses à six feuilles , le centre des petits côtés.
Il existe des pilastres cannelés sur les angles.
Couvercle tectiforme à quatre pentes , peu élevé mais large et débordant l’auge. Les grands côtés sont ornés d’imbrications ; les deux petits triangles renferment des rosaces à six feuilles et des monogrammes encadrés par des couronnes de feuilles lancéolées. Des torsades sont appliquées sur toutes les arêtes qu’elles adoucissent.
Cercueil servant de réservoir d’eau près de la maison de Lapalme , à Renaut (Agen). A l’extérieur: longueur , dans le haut , 1 m 93 , dans le bas , 1 m 83 ; largeur, 0m75; hauteur, 0m52.
A l’extérieur : longueur , dans le haut , 1 m *78 , dans le fond 1 m 76 ; largeur , 0 m 63 ; hauteur 0 m 43.
La face principale comprend trois panneaux séparés par des pilastres cannelés. Celui du centre, en partie masqué par l’application d’un canal d’écoulement pour les eaux , est orné de ceps et de feuilles de vigne; les deux latéraux sont décorés de deux rangs de rainures coudées imitant le spicatum opus et opposées les unes aux autres de telle sorte que celles des bords sont incomplètes , tandis que celles du centre se rejoignent en formant des losanges. Les deux petits côtés ont une ornementation semblable à celle de ces derniers panneaux.
L’intérieur de l’auge n’a point de bourrelet ni de cavité destinée à recevoir la tête du mort.
Le couvercle n’existe plus *.
* M. Adolphe Magen, secrétaire perpétuel de'la Société d’agriculture sciences et arts d’Agen, a donné le premier une excellente descrip-
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Labénazie, cité par M. l’abbé Barrère, prétend que de son temps (sans doute au commencement duxvme siècle) on trouva des sarcophages de marbre h Qrandfont ( Castelculier ) et h Martouret (Madaillan). On ne possède d’ailleurs aucune description de ces tombeaux , qui n’ont pas été conservés. A Madaillan on a gardé le souvenir de l’exhumation d’une de ces tombes découverte sur le promontoire élevé de Mar toulet. C’était, disent encore les gens du pays, la sépulture d’un curé. D’après la même tradition, le cercueil aurait été transféré dans le cimetière de Doulougnac.
M. A. Lagrèze-Fossat a décrit récemment (Bulletin archéologique , décembre 1872), un curieux sarcophage qui est conservé dans les caves du château de Massanès (Boville). Je ne puis mieux faire que d’emprunter à cette notice fort bien faite la description de ce monument.
Le couvercle est perdu. L’auge, évasée, mesure à l’extérieur 2 mètres de longueur au sommet, 1 m 90 de longueur à la base , 0 m 68 de largeur , 0 m 46 de hauteur. La face antérieure et les faces latérales sont couvertes de sculptures qui occupent cinq panneaux séparés par des pilastres strigilés. Les trois panneaux qui décorent la face antérieure sont chargés de pampres fructifiants ; les deux autres , sur les côtés , sont ornés de branches de lierre.
Cette décoration végétale est admirablement rendue.
L’auteur de la notice , après avoir signalé les ressemblances qui existent entre le sarcophage de Massanès et celui de Moissac , fait remarquer que le premier s’éloigne du second par l’absence du chrisme et des deux colombes qui becquettent ou qui se désaltèrent dans un vase.
tion de ce sarcophage. Recueil des travaux de la Société d' agriculture , sciences et arts, première série, t. vm, p. 123.
D’après des renseignements qui m’ont été donnés par M. le curé de Saint -Pastour, le sarcophage de Massanès ne serait pas le seul qu’on ait découvert à Boville. On en a trouvé un dans la vigne de Laguariguette près du pont de Nogers , qui ne paraît pas avoir été conservé.
J’ai publié , dans la Revue des Sociétés savantes * , une courte notice sur un sarcophage antique qui existe dans l’église de Saint- Loup, ancienne annexe de la paroisse de Montagnac. 11 se distingue de tous les autres par la forme de son couvercle, qui représente exactement un demi -cylindre , et par l’absence complète de motifs de décoration empruntés à la flore. En voici les dimensions : longueur du cercueil et du couvercle, 2m18; largeur du cercueil et du couvercle, 0m88; hauteur du cercueil , 0 m 61 ; hauteur du couvercle , 0 m 42 ; hauteur totale 1 m 03.
Ce sarcophage est décoré de quelques sculptures. Sur le devant de l’auge on remarque quatre moulures horizontales , l’une en bas , les trois autres en haut ; une rosace encadrée au milieu de la face , et , de chaque côté de cette rosace , un écusson de la forme des boucliers scythiques.
Le couvercle offre à sa base un filet qui produit un léger rebord. La surface du cylindre est divisée en quatre compartiments remplis par des diagonales qui se rencontrent sur des patères. Ces motifs d’ornements sont exécutés en creux.
Cinquième série, t. iv , p. 518.
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2sn
Les faces latérales sont lisses. Il m’a paru que la face postérieure n’avait pas non plus de sculpture. Je regrette ne n’avoir pu ni déplacer ce cercueil, qui est adossé à l’abside , ni le faire ouvrir, pour l’étudier d’une manière plus complète. Il est d’un poids considérable > et de plus renfermé dans un cadre grossier portant une table de bois. C’est dans cet état que depuis un temps immémorial il a servi d’autel à l’église de Saint-Loup.
Une singulière dévotion s’attachait autrefois à ce sépulcre. Il existe une cassure irrégulière sur le côté gauche de l’auge. Ceux qui souffraient de migraines ou de névralgies venaient passer leur tête dans cette ouverture pour obtenir leur guérison. A en juger par le poli de la cassure , un nombre infini de personnes ont accompli cette pratique superstitieuse. M. de Saint- Loup, propriétaire actuel de l’église et du tombeau, aujourd’hui fort âgé , m’a dit en avoir été maintes fois témoin.
Ce sarcophage est particulièrement intéressant par ses dimensions extraordinaires , par la forme rare de son couvercle , par le caractère de ses sculptures dont le symbolisme est moins caractérisé que dans tous ceux que je viens de décrire. C’est avec les cercueils de plomb du ive siècle qu’il a le plus d’analogie.
Il ne serait pas indifférent de constater que le cercueil de Saint -Loup n’a jamais été déplacé. Le fait incontestable est qu’il a servi d’autel à une petite église de la fin du xne siècle , remarquable par le luxe de son ornementation romane. Mais cette église elle-même paraît avoir remplacé un ancien oratoire.
A l’extérieur du sanctuaire , au sud , on remarque une portion de soubassement en petit appareil dont le raccord irrégulier avec les assises en moyen appareil est un indice d’antériorité. A 50 mètres environ, au nord de l’église , on a trouvé , en creusant les caves du château , des substructions , en petit appareil , des portions de mosaïques, sept fragments considérables de fûts
de colonnes dont le marbre paraît provenir de trois ou de quatre carrières différentes : marbre blanc , marbre bleu veiné de blanc ; marbre gris et rouge ; pouddingue rouge, blanc et vert. Deux fragments, qui se raccordent et paraissent former un fût complet, mesurent en hauteur 1 m 90 ; leur diamètre est , à la base de 0 m 35 , au - dessous de l’astragale de 0 m 25.
Une tête de cheval en pierre et des monnaies trouvées dans ces fouilles n’ont pas été conservées.
Tout le plateau de Saint-Loup est couvert de débris de tuiles à rebords.
Il est donc possible que sur ce point deux églises aient successivement occupé l’emplacement d’un riche établissement gallo-romain*, et que le cercueil ait constitué de tout temps dans ces églises une sépulture apparente.
Le Mas d’Agenais a fourni un beau sarcophage , qui tout récemment encore , était déposé à la ferme de La Garesse. Ce monument figure dans.l 'Abécédaire ** de M de Caumont. C’est une auge exactement rectangulaire, divisée sur sa face antérieure en cinq compartiments séparés par des pilastres cannelés. Le panneau central renferme
* Au reste cette superposition des civilisations et parfois des cultes n’est pas rare dans le département. M. Samazeuilh , qui a signalé le premier le sarcophage de Saint-Loup, mais sans le décrire, a cité (. Dictionnaire géographique , historique et archéologique de l’arrondissement de Nérac , 1865, et Recueil des travaux de la Société d agriculture , sciences et arts d'Agen, 2me série, t. n, 1872) six exemples. Lien constatés par des fouilles d’églises de campagne élevées sur des substructions gallo-romaines. J’ai constaté un fait'pareil, en étudiant l’oratoire d’Aubiac. Le même auteur cite une église construite sur un tumulus , celle de Goux (Gocumont). L’église de Vignes (Puch) offre la même particularité.
** Architecture religieuse, édit. 1868, p. 50. Le dessin est deM. Léo Drouyn. Ce sarcophage avait été reproduit d’une manière très imparfaite par M. de Saint-Amans, ouvrage cité, vin* notice, pl. xvii.
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le monogramme XP«», encadré par une couronne de feuilles lancéolées , les autres panneaux sont ornés de deux rangs de cannelures coudées, imitant le spicatum opus.
Ce cercueil vient d’être transporté, m’a-t-on dit, à Bouglon , dans la propriété de M. Bénat.
En somme , près d’une vingtaine * de cercueils , dont plus de la moitié étaient intacts , ont été trouvés dans le département, décrits et dessinés par des archéologues , depuis un siècle. Mais , telle a été l’indifférence du public , des administrations et du clergé pour ces monuments vénérables, que presque tous ont été dispersés ou détruits. Il n’en existe plus qu’un seul dans le fonds du musée , deux dans les murs de la chapelle actuelle du collège de Saint -Cap rais , quatre dans des propriétés privées. Parmi ces derniers, deux servent d’abreuvoirs , et un autre est affecté à la conservation du lard.
Soyons du moins reconnaissants à Beaumesnil et à M. de Saint -Amans, qui n’ont omis dans leurs ouvrages ni la description des sarcophages qu’ils ont connus , ni les particularités intéressantes qui s’y rattachaient.
Grâce à ces auteurs , nous savons qu’au siècle dernier cinq ou six de ces tombeaux servaient d’autels ou entraient dans la construction des autels , à Saint-Étienne et à Saint -Caprais. C’est la même pratique que j’ai constatée pour Saint -Loup de Montagnac. Il est probable que le xvui® siècle conservait encore une tradition du moyen âge pendant lequel on avait tou-
* M. de Gaumont, qui, dans sa vie laborieuse, toute vouée à la science, avait exploré la plus grande partie de la France, déclarait, en 1866 (voir: Congrès archéologique de France , t. xxx, p. 104), qu’il ne connaissait qu’une centaine de ces sarcophages de marbre. Il recommandait, en toute circonstance, de conserver avec soin, de reproduire par la photographie et par le dessin ces précieux monuments.
jours accordé une certaine vénération h ces riches sépultures apparentes , sauvées de la ruine des églises primitives. Ces cercueils avaient leur légende. On présumait sans doute qu’ils avaient d’abord renfermé les restes des martyrs de l’Agenais, tandis qu’il est bien plus probable qu’ils furent affectés à l’inhumation des riches tenanciers, des grands personnages du ive au vne siècle.
A défaut d’inscriptions, on ne peut que s’en tenir aux dates extrêmes que je viens d’indiquer. Nos plus savants archéologues „ M. de Caumont , M. l’abbé Cochet , n’ont point réussi , malgré de longues études spéciales à établir une classification pour les sarcophages de marbre et de pierre antérieurs à l’époque romane.
La question d’origine de ces tombeaux n’est pas non plus parfaitement élucidée. Certains archéologues se basant sur les analogies qui existent dans la structure , dans le style , dans le symbolisme de ces cercueils et de ceux à peu près pareils qui sont communs en Italie, supposent que ces sarcophages ont été fabriqués dans ce dernier pays.
D’autres pensent au contraire que la plupart de ces monuments, sinon tous, ont été sculptés dans l'es Gaules*. On a même cru pouvoir distinguer deux
* Il faut admettre dans ce cas que nos sculpteurs nationaux avaient des sortes de modèles ou de cartons qui leur permettaient de représenter chaque scène selon les formes conventionnelles à peu près invariables, d’abord admises en Italie. Le fait n’a rien d’invraisemblable. Les types appliqués aux sujets religieux varient peu. C’est ainsi qu’il est parfaitement constaté que dans l’Orient, les peintures byzantines reproduisent les mêmes types, les mêmes arrangemeuts des scènes, le même symbolisme traditionnel, quelles que soient d’ailleurs leur date et leur situation géographique. Il s’en faut de beaucoup que l’Occident ait accepté aussi rigoureusement des canons, des règles immuables. Mais, de même que du iv* au vu" siècle on imitait les plans et le style de basiliques romaines, de
types , celui du sud- est , région dans laquelle le principal chantier était à Arles ; celui du sud-ouest, moins parfait, dont les modèles étaient peut-être à Toulouse.
M. Lagrèze-Fossat croit que le marbre du cercueil de Massanès provient des carrières de Saint - Béat. Ce fait, s’il était bien établi, serait une preuve décisive en faveur de l’origine française des sarcophages * * du sud-ouest. Je ne saurais donner mon opinion sur la provenance du marbre des cercueils que j’ai vus, car je ne suis pa assez fixé sur les différences qui existent entre les marbres blancs des Pyrénées et les marbres d’Italie.
Les décorations des sarcophages de l’A gênais sont très -variées. Parmi ceux que j’ai mentionnés, il n’en existait pas deux qui fussent exactement sur le même modèle. L’exécution des sculptures est très- inégale*: elle est quelquefois grossière et se réduit à des motifs simples ; plus souvent elle est délicate et rappelle les bons modèles. Les colonnettes et les pilastres qui décorent quelques auges ont des profils très -différents pour leurs bases et leurs chapiteaux. L’étude de leur style est intéressante. On paraît s’y être trop peu attaché. On n’a pas non plus assez remarqué la manière toute nouvelle de traiter la décoration végétale dans ces monuments funéraires. M. Lagrèze-Fossat, qui est un botaniste distingué en même temps qu’un archéologue érudit et consciencieux, décrit ainsi la façon dont les branches de lierre et les ceps de vigne
même on a pu copier jusqu’aux détails des peintures et des basreliefs des tombeaux chrétiens.
* Au contraire, l'origine italienne du marbre des sarcophages d’Arles ne suffit pas à prouver que ces tombeaux aient été sculptés en Italie. Car, on pouvait faire venir les blocs bruts pour en tirer des chapiteaux ou des sarcophages. De tous temps, nos statuaires n’ont pas agi autrement.
sont rendus sur les panneaux du sarcophage de Massanès : « Les pampres sont bien rendus et dispose sés avec beaucoup d’art. On voit rarement des « feuilles de vignes aussi bien imitées dans tous leurs « détails ; quant aux grappes , faute d’espace peut- « être , elles sont trop petites et trop maigres dans le « panneau central et dans celui de gauche ; elles sont « au contraire belles, bien fournies et à grains déjà « mûrs dans le panneau qui est à droite.... Le lierre, « nous l’avons déjà dit, remplace la vigne sur les « faces latérales. Un naturaliste ne l’aurait pas mieux « représenté. Cet arbuste est figuré au moment où « ses baies en ombelles se détachent par leur couleur « noirâtre du vert sombre des feuilles. Du côté de « la tête, tous les rameaux sont fertiles ; aussi y « chercherait - on en vain quelques-unes de ces feuilles « lobées qui caractérisent les rameaux stériles ou les « tiges encore trop jeunes pour fleurir et fructifier : « toutes les feuilles sont donc rigoureusement entières à la, « marge , telles qu’elles s’offrent vivantes au regard « de l’observateur. Du côté des pieds, ce sont encore « des rameaux fertiles qui décorent le panneau ; « mais ces rameaux n’ont fleuri et fructifié que pour « la première fois , puisque leur base est encore munie « de deux feuilles lobées. »
On peut faire les mêmes observations sur la plupart des sarcophages de l’Agenais. Le lierre , la vigne , le chêne, le laurier, l’arum sont exactement rendus.
Les artistes se sont constamment et directement inspirés de la nature. C’est le germe de toute une révolution dans les arts. En effet, l’application systématique de ces principes à la décoration des monuments devait aboutir à cette variété infinie de chapiteaux , de consoles , de bandeaux d’archivoltes et de cordons qui constituent les styles divers de nos édifices , du xe au xvie siècle.
C’est à l’époque mérovingienne, ou même à une
époque un peu antérieure qu’il faut attribuer cette façon originale d’interpréter la flore. C’est au moment où le plan basilical subit déjà quelques modifications que nos artistes nationaux commencent à secouer les règles classiques pour le style.
Sans doute on a été bien lent à abandonner les types convenus pour les entablements , le mode des supports , les corniches , etc. Une grande innovation dans les arts ne produit pas immédiatement tous ses effets , surtout à des époques troublées et relativement barbares qui sont plutôt une décadence qu’une renaissance. Les chapiteaux gardent encore le galbe antique et les feuillages consacrés pour l’ornementation. Cependant on pourrait citer une assez grande variété de corbeilles de l’époque mérovingienne ou d’une époque antérieure*, pour démontrer que le naturalisme dans la décoration n’était pas réservé seulement aux bas-reliefs des sarcophages. Ainsi dès les premiers siècles du moyen-âge nos ancêtres étaient entrés fort avant dans cette voie féconde qui devait les amener cinq cents ans plus tard à créer des styles nationaux.
Il est à souhaiter que l’un des vœux souvent exprimés par M. de Caumont soit un jour réalisé : qu’on fasse de tous les sarcophages de marbre qui existent en
* J’ai étudié dans six communes différentes du Lot-et-Garonne, des chapiteaux en marbre qui proviennent d’édifices fort anciens et qui cependant ne rappellent en rien les formes classiques. La forme ronde des corbeilles, la substitution d’un crochet végétal aux volutes, la façon nouvelle de traiter les feuilles à plusieurs lobes, la substitution de feuillages variés à l’acanthe témoignent de l’effort des sculpteurs pour renouveler les types surannés et se rapprocher de la nature. Ces chapiteaux, que je ne pourrais bien faire connaître que par le dessin ne datent certainement pas de l’époque romane, car, dans l’Agenais, on n’employait pas le marbre durant les xi* et xn* siècles. Je les attribuerais volontiers aux premiers siècles du moyen âge, à la période pendant laquelle les sarcophages sculptés étaient en usage.
France une étude spéciale. Avec les facilités que donne la photographie, rien de plus simple que de traduire leurs panneaux en belles planches. On pourrait rapprocher de ces monuments quelques types des tombeaux de la Rome chrétienne. On composerait ainsi un ouvrage des plus intéressants, qui comblerait peut-être en partie cette lacune qui existe dans l’étude de nos monuments du ive au vne siècle.
Je crois que de cet ouvrage ressortiraient les conclusions suivantes : Les sarcophages qui existent en France ont été sculptés par des artistes nationaux. Les personnages , les scènes et les détails symboliques ont été imités des modèles romains. L’ornementation végétale, restreinte, il est vrai, à quelques espèces symboliques, est traitée d’une façon toute nouvelle. Elle s’inspire directement de la nature ; d’où il résulte que la révolution artistique qui devait aboutir en France à la création des styles de l’époque romane , a sa première origine au ive ou au ve siècle.
Agen n’est pas cité dans la longue liste des villes de France qui possèdent des sarcophages de marbre ouvragés des premiers siècles*. J’espère que cette omission sera réparée dans les futurs répertoires archéologiques ou dans les ouvrages spéciaux.
* Cette liste a élé donnée par M. l'abbé Martigny, d’après les indications de M. Ed. Le Blant. (Diction, des antiq. chrét., art. sarcophage). L’omission d’Agen est d’autant plus singulière que les tombeaux qui existaient dans cette ville avaient été mentionnés il y a près de trois siècles, par le plus illustre des auteurs agenais. On lit dans les Scaligerana ( ^rt. Agen ) : « Il i a à Agen des sépulchres de « pierre, des bières de pierre de taille ( Scaliger aurait dû dire, de marbre ; il a été trompé par la teinte grise qui est comme la patine donnée par les siècles à ces vieux monuments ) avec les * et » de « Gonstantinus Magnus, qui sont vieux de 1,200 ans. Votre oncle les « découvrit et me les montra à propos de ceux de Verni. »