SARCOPHAGES DE PIERRE DÉPOURVUS DE SCULPTURES
DU IVe AU XIIe SIÈCLE.
Les cercueils de pierre appartiennent généralement aux époques mérovingienne et carolingienne *. Il n’est pas facile de les bien dater. Il se peut, comme j’aurai bientôt l’occasion de le faire remarquer, que quelquesuns de ceux de l’Agenais , ne soient pas antérieurs à l’époque romane. Il y en a de deux formes. Les uns, assez rares, sont rectangulaires et grossièrement taillés; ce sont apparemment les plus anciens. J’en ai vus de ce genre dans les fondations de l’ancienne église de Saint- Hilaire d’Agen (Pénitents blancs). Les autres sont plus étroits et souvent plus bas d’un côté que de l’autre.
* Je suis surpris de voir un certain nombre d’ouvrages archéologiques, attribuer si souvent les cercueils de pierre à l’époque romaine. On en fait de même pour toutes les substructions entourées de tuiles à rebords. Il est constaté pourtant que l’usage des sarcophages , de même que celui des tuiles à rebords, s’est perpétué jusqu’à l’époque romane , c’est-à-dire pendant six à huit siècles.
Pour avoir des dates approximatives dans les deux cas , il faut que les ruines ou les tombes produisent quelques objets dont la fabrication ou le style puissent servir d’indices.
On a découvert à Agen quelques sarcophages en pierre avec le © M. M. de Saint-Amans . les a cités. Il n’y a pas de doute ici. Les
Ces sarcophages ont des dimensions qui varient peu; leurs couvercles sont généralement monolithes et tectiformes* *. En un mot ils sont analogues h ceux qu’on trouve sur tous les points de la France. Il est donc inutile d’en donner une plus longue description.
Tous les tombeaux de l’Agenais , que j’ai étudiés , sont dépourvus de sculptures et d’inscriptions. On n’avait pas découvert autre chose que des ossements dans ces antiques sépultures. Quelques-uns de ces sarcophages ont dû être fabriqués sur place, car ils sont en pierre du pays. Mais la plupart sont en calcaire jaune grossier de Monsempron ou en calcaire fin de Condat. On trouve ces derniers sur des points éloignés de ces carrières. Ce sont les mieux fabriqués que je connaisse.
On peut juger combien était répandu jadis ce mode de sépulture , par le grand nombre de cercueils en pierre que l’on exhume journellement. La culture, l’abandon ou le déplacement des cimetières amènent la découverte et souvent aussitôt après la destruction de ces monuments funéraires.
J’ai vu les cercueils trouvés à :
Aubiac , dans le cimetière de La Gleisette ;
Çasseneuil , à Pech-Neyrat ;
Caumont , dans le cimetière de Saint-Martin ;
Laplume , dans la propriété de M. Fortuné de Laffore ;
Lédat, dans le cimetière;
sépultures étaient païennes. Je n’hésite pas à attribuer à l’ère chrétienne les tombes que je vais énumérer dans cet article.
La plupart ont été trouvées près des églises ou des ruines d’oratoire. Elles sont généralement plus basses et plus étroites d’un côté que de l’autre. Cette forme était peu usitée à l’époque romaine. Elle a été employée systématiquement durant la période carolingienne, beaucoup plus que durant la période mérovingienne.
* Je n’ai point vu de couvercles semi-circulaires , ou tectiformes, à quatre pentes. L’angle formé par la rencontre des deux surfaces est tantôt obtus , tantôt aigu.
DE L’AGENAIS
Madaillan , au bos de la Gleize ;
Montaut -le- Vieux , non loin de l’église;
Razimet , dans le cimetière actuel ;
Sos, près de la vieille église de Saint- Martin.
Parmi ceux qui ont été découverts depuis une période de vingt ans environ , et qui ont été en partie détruits , on m’a cité ceux de :
Auriac *, dans les champs , au nord du village ;
Bon- Encontre , dans le cimetière de Sainte -Radegonde ;
Castelnaud-sur- Gupie , sous le porche de l’église;
Cauzac , dans le cimetière de Sainte- Eulalie ;
Cocumont , près de l’église vieille ;
Duras, dans le cimetière de Saint - Ayrard ;
Escassefort , au nord du cimetière ;
Foulayronnes , près de Cayssac ;
Labastide , près de Sainte - Gême ;
Laroque, au sommet de la montée de la route de Cahors ;
Laussou , dans le cimetière ;
Lévignac , sous le sol de la grande rue ;
Moncrabeau , à Yialère , à Farisot, à Pwy-sur-Losse ;
Monflanquin , dans l’ancien cimetière de Saint- André ;
Montagnac-sur- Auvignon , à Caoussens** , dans le cimetière d’une église détruite , qui était dédiée à Saint -Martin , et sous les murs d’enceinte ;
Sainte -Colombe de Duras , dans le cimetière ;
* Quelques sarcophages de la commune d’Auriac pourraient remonter à l’époque romaine. Il en est qui renfermaient des vases et des ampoules de verre d’une bonne fabrication.
Il existait toute une ville antique à Auriac.
Les cercueils découverts à Lourdens (F argues), dans un champ qui renfermait des objets gallo-romains, paraissent également être antérieurs à l’époque franque.
** On a trouvé à Caoussens deux squelettes dans le même cercueil. Un fait semblable a été constaté â Auriac.
Sainte- Livrade , sous les murs de l’église;
Saint-Léon , sous le dallage de l’église , et près de Lamolère ;
Thouars , sous le porche de l’église ;
Tourtrès, près du cimetière actuel;
Villeneuve -sur- Lot , dans le cimetière de Bias , etc.
Je puis dire , d’après les nombreux renseignements que j’ai recueillis, que, suivant l’usage ordinaire, la plupart de ces tombes étaient orientées de telle sorte que les pieds des morts fussent tournés à l’Est.
Il serait utile de consigner toutes les découvertes de cercueils de ce genre , pour déterminer le nombre et l’emplacement des anciennes basiliques et des oratoires et faire ainsi une sorte de statistique des paroisses de l’Agenais aux premiers siècles du moyen-âge *.
La ville d’Agen a fourni un grand nombre de cercueils de pierre. On en a découvert près du moulin de La Salève. M. de Saint- Amans a donné la description et deux dessins de sarcophages trouvés à cinq mètres de profondeur dans les anciennes dépendances du cimetière de Saint -Caprais. Ceux-ci se
* J’accepterai avec gratitude tous les renseignements qu’on voudra bien me donner sur ce sujet et sur tous ceux que doit comprendre le Répertoire archéologique du département auquel je travaille.
On ne peut que déplorer l’indifférence générale à l’égard des découvertes archéologiques. On devrait se rendre compte pourtant que, par exemple , l’existence d’un cimetière romain démontre , aussi bien que pourrait le faire un texte d’auteur latin, l’antiquité d’une commune. Un cimetière de l’époque franque équivaut pour une paroisse h une mention dans un diplôme. L’archéologie est devenue un des éléments les plus considérables de l’histoire des époques reculées. Des ouvrages tels que ceux de l’abbé Cochet , n’ont pas moins d’autorité que les récits de nos anciens annalistes , qu’ils complètent. L’est à la terre, c’est aux tombes qu’il faut dérober le secret des religions , des mœurs , de l’industrie de nos ancêtres.
DE L’AGrENAIS.
distinguaient de tous les autres par une croix grecque pattée, qui- était sculptée sur leur couvercle.
On a trouvé , il y a dix ans, près de l’ancienne église de Saint- Hilaire (Pénitents blancs) , sur l’emplacement de la maison d’Hercule Forges , à 2 m 20 de profondeur, une tombe en pierre de Saint -Macaire , dont M. A dolphe Magen , témoin de la découverte , a relevé les dimensions. Les voici, d’après les notes qu’il a bien voulu me communiquer. Longueur hors œuvre lm97, dans œuvre 1 m 84; largeur dans le haut hors œuvre 0 m 75 , dans le bas 0 m 42 ; profondeur 0 m 37 ; hauteur du couvercle 0 m 23. Cette tombe contenait un flacon de verre au col allongé à la panse arrondie , qui est analogue à une fiole que M. l’abbé Cochet attribue à la fin de la période romane.