‹ Études sur l'architecture religieuse de l'AgenaisChapitre 70 sur 81 · TOMBES CREUSÉES DANS LE TUF OU DANS LE ROCHER · texte numérisé non relu

TOMBES CREUSÉES DANS LE TUF OU DANS LE ROCHER

DU IXe AU XIIIe SIÈCLE.

On a découvert dans le cimetière de Cardonnet ( Saint -Cirq) des tombes en pierres appareillées, au sujet desquelles je n’ai pas de renseignements suffisants. Elles étaient, je le suppose, semblables à celles qui ont été exhumées dans le cimetière de Calezun (Yianne) , et dont l’une est encore ouverte dans un talus. Les parois de cette tombe , rétrécie d’un côté , sont formées par une rangée de pierres de moyen appareil. Trois ou quatre dalles épaisses juxtaposées leur servent de couverture. Un compartiment carré est ménagé pour la tête , qui était placée à l’occident.

Des tombes de ce genre ont été également reconnues dans le cimetière de Monsempron, qui offrait trois modes de sépultures différents et qui mérite une description spéciale.

Ce cimetière joignait l’église au midi et au couchant. Il était composé de couches de terre rapportées dont l’épaisseur était si considérable ( lm 50 à 2 mètres) qu’une porte latérale de l’église étant devenue hors de service, on l’avait murée. Puis, pour mettre le dallage

DE L’A GENAIS.

intérieur de niveau avec le sol du cimetière , on avait refait la porte occidentale et rempli la nef d’une couche de terre de plus d’un mètre de hauteur. Dans une restauration moderne on a rétabli l’aire primitive de la nef et complètement déblayé le cimetière.

La couche inférieure recouvrait des tombes , dont les unes étaient creusées dans le rocher , et les autres bâties sur le rocher. Ces tombes , fort nombreuses , étaient assez rapprochées les unes des autres. Elles avaient la forme d’un trapèze , et , dans le haut , un petit compartiment était ménagé pour recevoir la tête du mort. Leur orientation était généralement régulière. Elles ne renfermaient pas autre chose que des ossements qui tombaient en poussière sous l’action de l’air. Dans une de ces fosses on a trouvé auprès d’un squelette fort bien conservé une grande quantité de charbon de bois ou de lignite.

On peut comparer les tombes de Monsempron à celles qui existent près de la vieille chapelle de Sainte - Croix de l’abbaye de Montmajour. M. Mérimée , qui les a décrites minutieusement * , ne croit pas qu’elles aient servi. Il est fort possible , en effet, que l’on creusât ces tombes à l’avance ; et celles de Montmajour ont pu rester sans emploi. Mais il ne faut pas en donner pour raison le peu de profondeur des fosses, ce qui aurait rendu insupportable l’infection des cadavres.

Au-dessus des tombes creusées dans le roc ou bâties , s’étendait une couche de terre dans laquelle on a découvert un certain nombre de cercueils en pierre plus étroits d’un côté que de l’autre.

Une troisième couche servait aux sépultures modernes.

Il faut tirer de cet exemple diverses conclusions.

* Notes d’un voyage dans le midi de la France. Paris, Fournier, 1835”, p. 302.

1° Les inhumations dans les sarcophages étaient postérieures aux inhumations dans le roc , lesquelles ont néanmoins le caractère des sépultures romanes. Ainsi donc l’usage des cercueils de pierre s’est perpétué dans l’Agenais jusqu’au xiie siècle et peut-être jusqu’au xme \

2° Le cimetière renfermait de nombreuses couches de terre rapportée. Ce dernier fait, parfaitement constaté , explique l’exhaussement remarquable d’un très -grand nombre de cimetières de la région. Cet exhaussement est factice. Il explique aussi de quelle manière on aurait pu utiliser les tombes de l’abbaye de Montmajour, qui intriguaient si fort M. de Mérimée. Enfin il nous laisse supposer que les sarcophages de pierre n’étaient pas ensevelis dans une fosse mais simplement posés sur le sol et recouverts d’une couche de terre plus ou moins épaisse.

Je connais d’autres exemples de tombes de la même forme que celles du cimetière de Monsempron.

On peut voir encore à Lévignac , dans une cave voisine de la halle , trois fosses mortuaires parallèles creusées dans le tuf. Elles dessinent à peu près la forme du corps et ne sont séparées entre elles que par de minces parois.

On a trouvé des fosses pareilles à Saint - Pastour , dans un jardin peu éloigné de l’église actuelle; à Casseneuil , près du vieux pont sur la Lède. Tout récemment M. Teulère a décrit, dans le Journal de Lot-et-Garonne , des tombes creusées dans le tuf, qu’il

* Cela s’explique fort bien pour Monsempron , où existait , comme je l’ai fait remarquer, un chantier de fabrication. Telle est la force de la coutume qu’une tombe de l’époque moderne , trouvée dans les couches supérieures , rappelait encore les anciens modes de sépulture. C’était une auge aux parois très-épaisses , en plusieurs pièces scellées avec du fer.

DE L’AGENAIS

venait d’exhumer autour de l’église de Marmont- Pachas. Ces dernières n’étaient pas orientées.

Les tombes bâties en forme d’auge n’étaient pas toujours en pierres appareillées. Il en existe aussi en briques. M. de Saint -Amans a donné , dans l’ouvrage que j’ai eu si souvent l’occasion de citer*, le dessin d’une plaque de ceinturon en bronze avec sa boucle et ses trois clous , trouvée « avec des osse- » ments dans un tombeau construit et maçonné en » grandes briques plates au lieu de Las Cabailhes. » (Castelculier ). La croix grecque qui orne cette plaque fait présumer à M. de Saint -Amans que ce tombeau était celui d’un Templier. Toutefois ce n’est pas sans quelque doute qu’il lui donne cette attribution , car il remarque que , tant par la nature du métal que par son ornementation, cet objet se rapproche de certains autres qui passaient pour gaulois à cette époque.

M. de Saint -Amans, qui écrivait dans un temps où les sépultures anciennes n’étaient pas encore classées , avait raison de douter. Cette plaque de ceinturon paraît appartenir à l’époque mérovingienne. Des fouilles faites dans le champ de Los cabalhos seraient peut-être fructueuses , car cette tombe que le hasard a fait découvrir, ne doit pas être isolée **.

Ainsi ce mode de sépulture était déjà usité dans le département pendant la période franque. Il s’est

* Essai sur les antiq. du dép. de Lot-et-G., ix* notice , p. 221 , et pl . V.

** M. Payen, architecte' départemental , a, dans sa collection , des fibules , des plaques et divers .objets de bronze qui proviennent fort probablement de sépultûres de l’époque franque.

On a récemment donné au musée d’Agen une agrafe , deux contreplaques et une moitié de fermoir de bourse en bronze , qui ont été trouvées sous le dallage d’une église de Laroque. Ces objets ont le style de ceux qu’on rencontre dans les tombeaux mérovingiens.

On a trouvé, m’a-t-on dit, des objets de môme nature près dés églises de Lompian (Puch) et de Saint-Côme (Aiguillon ). L’ancienne église paroissiale de Saint-Côme était , je crois , sous le vocable de

perpétué, comme je vais le prouver , jusque pendant la période romane.

On a fouillé récemment à Sainte -Livrade et à Casseneuil des cimetières du moyen âge qui ont fourni de très - nombreux exemples de sépultures dans des tombes construites en briques unies par du mortier. Je vais donner, au sujet de l’une de ces découvertes, quelques notes que j’ai déjà fait parvenir au Ministère.

A la distance de quatre ou cinq cents mètres de la ville de Sainte - Livrade , sur les bords du Lot , à droite de la grande route et près de l’entrée du pont, on remarque une plate-forme d’environ 150 mètres de longueur sur 60 de largeur, assez élevée au-dessus des rives et de la plaine pour être à l’abri des inondations. Ce plateau , qui porte le nom de Saint-Martin , a paru propice à l’établissement d’une promenade. En faisant une plantation d’ormeaux, il y a quatorze ans , on y découvrit des fondations de murs , des amas de tuiles à rebords et quelques tombes en maçonnerie contenant des ossements et des vases. On n’a rien conservé des objets trouvés à cette époque. Les fosses de plantation , étroites , creusées au milieu des ruines , étaient insuffisantes pour le développement des arbres. On résolut, il y a quatre ans, de miner toute la surface de la promenade jusqu’au sol vierge, qu’on rencontre à 1 m 50 de profondeur.

Ainsi le but des travaux n’eut rien de scientifique : les découvertes ne furent pas signalées ; ces travaux ne furent surveillés qu’au point de vue de leur exécution matérielle. Lorsqu’on me fit voir les objets provenant de ces fouilles, j’adressai de nombreuses questions à deux personnes qui ont visité quelquefois

Saint-Pastour. C’est autour des substructions de cet édifice qu’on a reconnu un cimetière de l’époque franque.

La plupart des objets que le hasard fait découvrir dans les anciens cimetières ne son t pas recueillis , ou disparaissent sans éveiller l’attention des rares archéologues ou même des collectionneurs.

le chantier. Ces^témoins n’ont fait que des observations superficielles. Voici néanmoins le résumé de leurs réponses.

Les fondations des murailles qu’on mit à jour avaient plus d’un mètre d’épaisseur. Leur blocage offrait la plus grande résistance au pic et à la pioche. Les tuiles à rebords et les tuiles creuses gisaient par monceaux au milieu des décombres. Des couches de béton formaient par intervalles un nucléus épais recouvert de quelques fragments de mosaïques. On n’a pu me donner aucune indication sur le plan général des constructions , dont quelques - unes remontent peut-être à l’époque gallo-romaine.

Sur certains points on a découvert des séries de tombeaux dont la plupart étaient formés par deux rangs parallèles de petites briques , superposées de plat , et fermées dans le haut et le bas par des clôtures pareilles. Ces tombes étaient recouvertes par des briques plus larges que celles des parois , qui étaient élevées en biais sur deux rangs et formaient par leur jonction une double pente. Des vases, placés près de la tête des morts , renfermaient des charbons et des cendres. L’orientation était , m’a-t-on dit , la tête au levant.

Il y a là quelques faits opposés aux usages le plus souvent constatés dans les antiques inhumations. Dans l’orientation , la tête est généralement au couchant ; les vases sont le plus souvent déposés aux pieds ou aux côtés du mort. Sans doute les provinces méridionales peuvent révéler quelques pratiques funéraires différentes de celles qui ont été observées dans le nord et particulièrement dans la Normandie; mais pour être plus affirmatif sur ces divers points , je voudrais avoir assisté aux exhumations.

Un grand nombre d’objets trouvés dans le sol ou dans les tombes ont été détruits ou dispersés. Voici la liste et la description de ceux qui ont été recueillis à la mairie de Sainte -Livrade et que j’ai vus.

17 vases , la plupart avec une anse , presque tous en terre rouge assez fine. Je donne le dessin des plus curieux (pl. xxx) au cinquième de leur grandeur :

Fig. 1. Aiguière en terre rouge recouverte d'un vernis rouge à bandes jaunes.

Fig. 2. Marmite à trois pieds en terre blanche , inégalement recouverte d’un vernis blanc.

Fig. 3. Pot à large panse , forme de théière , en terre rouge assez fine , sans vernis.

Fig. 4. Pot à anse de panier , forme dite potager , en terre rouge , couvert à moitié d’un vernis de manganèse , avec un ornement de zigzags , exécuté en jaune.

Fig. 5. Bidon en terre rouge , sans vernis. 11 y a plusieurs vases de ce type ainsi que du type fig. 1.

Fig. 6. Yase en forme de poivrière , en terre rouge.

Fig. 7. Tirelire en terre rouge.

Je n’ai point pu savoir si les objets suivants ont été trouvés dans le sol ou dans les tombes.

La partie supérieure d’un casque de cuivre. Cette pièce , couverte de patine , renferme encore à l’intérieur des charbons.

Une petite sonnette , à parois minces , en bronze , de forme rectangulaire , rétrécie au sommet , terminée par une tige aplatie. Des grains oxydés à l’intérieur doivent être les débris d’une chaînette en fer.

Une Faustine , grand bronze.

Deux bagues de dimensions ordinaires , l’une à tige plate avec un chaton en bronze , l’autre à tige ronde en verre , avec un chaton formé par le point de soudure.

Un fragment de fiole ou ampoule de verre.

Une quinzaine de perles de verre, dont la pâte, probablement mêlée de cobalt, a la couleur de l’oxyde de cuivre.

Deux perles d’ambre , de couleur jaune mat. Elles sont légères et friables.

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