MODES DIVERS DE SÉPULTURES
Sous les porches des églises de Saint-Pierre- del-Pech et de Saint -Léon, on remarque des arcatures extradossées en tiers- point qui abritent des excavations ménagées dans le plein des murs. D’un sommier à l’autre des arcs , s’étend une sorte de table appareillée. A Saint -Léon, la largeur de cette arcature est de 1 111 65 , sa hauteur de 1 m 60. Dans les deux églises le style des quelques moulures des archivoltes accuse le xive siècle. Ces monuments singuliers sont peut-être des tombeaux dans le genre des arcosolium. Il est possible également que ces niches aient été ménagées pour le dépôt des offrandes qu’il est d’usage de faire aux Rogations. Des fouilles seules permettraient de décider la question.
Il existe à l’Ermitage d’Agen (couvent des Carmes) une excavation ménagée dans le rocher qui se rapproche assez de la forme des arcosolium. Mais cette ouverture est rectangulaire au lieu d’être cintrée. En voici les dimensions : largeur 1 m 60 , hauteur 0 m 60 , profondeur 0 m 70. On lui donne le nom de lit de Saint-Caprais. Cette excavation touche h la fontaine miraculeuse. 11 n’est point probable que ce soit la place d’un tombeau mais , d’après les anciennes traditions . d’après la véné-
ration qui s’attache encore à ces débris , on peut conjecturer que cette excavation est fort ancienne*.
Je puis citer deux exemples fort curieux de sépultures dans le corps même de la maçonnerie des églises. En 1836, en démolissant les parties anciennes (xiv« siècle) de la cathédrale Saint-Étienne, on trouva, dit M. de Saint- Amans, maçonné dans une banquette, au côté droit du chœur « le tombeau d’un enfant $ revêtu en évêque. Sa robe, de couleur violette , une « crosse et une mitre placées en sautoir au-dessus de « sa tête , ne laissaient aucun doute à cet égard. La « taille de cet enfant indiquait l’âge de 12 à 14 ans. » M. de Saint -Amans fait remarquer qu’un tombeau d’enfant, revêtu des ornements pontificaux, existe en Angleterre , dans la cathédrale de Salisbury , et suppose que ce sont là les tombes de deux évêques - enfants , élus pour certaines cérémonies qu’on accomplissait la veille du jour des Saints -Innocents.
Dans la nef de l’église de Mauvezin qui paraît dater de la fin du xme siècle , un crâne humain affleure le parement intérieur d’un mur. Ce crâne , qui fut découvert par hasard , est enchâssé dans la maçonnerie. Or , M. le curé de Mauvezin m’a affirmé qu’un acte , qui fait partie des archives du château de Mauvezin , mentionne le désir exprimé par un baron de Ferrand, partant pour la croisade, d’être à sa mort enseveli debout dans l’église
* L’Ermitage renferme aussi deux chapelles creusées clans le roc. L’une est relativement vaste; elle se termine par une abside large. Longueur de la nef , 9 m 45 ; largeur, 4 m 65 ; hauteur, 3 m 85 ; longueur de l’abside, 5 m 40 ; hauteur, 4m 85. Celte chapelle, dont la voûte simule un berceau surbaissé , paraît avoir été remaniée depuis le moyen âge (on a sculpté un écusson- sur ses parois); elle est actuellement recouverte de plâtre et de peintures.
La seconde chapelle est tout au plus du xvn* siècle. C’est un simple réduit dans lequel on a taillé un autel surmonté d’un tabernacle , de chandeliers , de deux niches abritant des personnages en bas-relief.
du lieu dont il était le seigneur. Je n’ai pas pu obtenir communication de cette pièce intéressante.
Je ne connais pas dans le département de pierres tumulaires gravées, ni d’inscriptions funéraires du xie au xvie siècle.
Il existe un cercueil analogue pour la forme à ceux de l’époque carolingienne , sur lequel se lisent en caractères gothiques les noms de Jérome -Patrice de Monorgon, seigneur de Clermont -Dessous, et de damoiselle Jehane M..., sa femme. Cette inscription est gravée sur les deux côtés d’un couvercle monolithe en bâtière plus étroit à la base qu’au sommet. Ce tombeau malheureusement fracturé gît actuellement sous le porche de l'église de Clermont-Dessous. M. l’abbé Barrère , plus heureux que moi, a déchiffré, il a quelques années, la date de 1506 sur les parties de ce couvercle aujourd’hui très fruste. La forme des lettres confirme cette lecture. J’avais d’abord attribué cette tombe à la fin du xve siècle.
11 serait fort curieux de constater pour cette époque une sépulture dans une auge de pierre , et , qui plus est , une double sépulture. Mais , il est à peu près certain que ce n’était là qu’un faux sarcophage ou cippe dont l’inscription indiquait simplement le lieu de l’inhumation. Il est regrettable toutefois que le bloc massif ou l’auge , dont les bords étaient pris dans une rainure du couvercle, n’ait pas été conservé.
Les fragments qui subsistent sont trop incomplets pour qu’on puisse relever la longueur exacte du couvercle. La largeur est de 0 m 47 à la base et de 0 m 65 au sommet; la hauteur est de 0m20 de l’angle supérieur à la base.
On a trouvé récemment, dans les fondations de l’église du prieuré de Sainte - Livrade , une belle statue
DE L’àGENAIS.
d’évêque de grandeur naturelle , en marbre saccharoïde qui est aujourd’hui conservée dans l’église. Ce gisant, seul débris d’un tombeau apparent, qui devait être remarquable, paraît dater du xive siècle. La tête repose sur un coussin, orné, de même que les vêtements, de dessins qui représentent de fines broderies.
On n’a pas conservé les tombeaux des évêques d’Agen qui existaient dans l'ancienne cathédrale. Les objets même provenant de ces tombeaux n’ont pas été recueillis. Cependant le fonds du musée d’Agen possède une crosse dorée et émaillée qu’on attribue au cardinal de La Kovère , évêque de 1487 à 1519. Je la crois beaucoup plus ancienne. Elle semble appartenir il la fin du xme siècle.
J’ai peu de renseignements sur l’origine des litres funèbres qu’on remarque sur un très grand nombre d’églises entourées par les cimetières. Ces litres consistent en des bandes horizontales de ciment, d’une largeur d’environ 0 m 40. Elles sont placées à mihauteur des murs et tranchent par leur couleur et leur composition avec l’appareil continu du revêtement. Au milieu des rayures occasionnées par la pluie on distingue souvent des traces de peinture sur ces couches de ciment. Les litres de l’église de Brax offrent encore la représentation de quelques armoiries. Je suppose que la plupart de ces litres sont modernes.
On donnait aussi le nom de litres à des tentures apposées à l’intérieur des églises lors des cérémonies funèbres.
Les consuls des villes libres n’accordaient pas volontiers aux nobles l’autorisation d’apposer des ceintures armoriées à l’intérieur de leurs églises. Du moins il en était ainsi dans les temps modernes \
* Le 24 octobre 1017, le seigneur de Laugnac fut enseveli aux
L’usage d’enterrer dans les églises s’est conservé, du moins dans quelques communes jusqu’à la Révolution. La faculté d’avoir des sépultures de ce genre constituait sans doute un privilège pour certaines familles * *.
Dans le plus grand nombre des paroisses rurales, l’emplacement du cimetière est encore, suivant l’antique tradition, ou tout autour de l’église ou bien du côté méridional plutôt que dans toute autre direction.
Il n’existe dans les cimetières de l’Agenais que j’ai visités , ni croix datant du moyen âge, ni lanternes des morts, ni chapelles funéraires.
Cependant quelques édifices religieux assez considérables s’élèvent encore dans la solitude des cimetières **.
Cordeliers. Les consuls d’Agen étaient invités à la cérémonie funèbre , « mais à cause de la noblesse, nous n’y allasmes poinct, ny mes- « sieurs les présidieaux. Nota que les F. Mineurs ont permis qu’il a « esté fait une seinture dans l’esglise , avec les armoiries de Laugniac, « sans notre consentement. » (Archives de l’hôtel-de-ville d’Agen. Jurades. B B. 44. )
En 1730, les consuls d’Astaffort intentèrent un procès à la marte quise de Fimarcon , afin de faire cc rayer et biffer les littres et cein- « tures funèbres appozées dans les églises , comme estant une inno- « vation et contre les droits de la communauté, et aux mépris des « arrêts de règlement , qui défendent à tout seigneur engagiste de « faire mettre ceintures funèbres.» (Archives communales d’Astaffort. B B. 7.)
* En 1720, les consuls d’Astaffort ayant décidé de faire réparer le dallage de l’église de Saint -Félix, mirent cette restauration à la charge des particuliers qui avaient droit de sépulture dans l’église. Ceux-ci devaient payer aux maçons 12 sous pour le pavage de chaque tombe. Pour chaque sépulture nouvelle, ils devaient payer 10 sous pour faire enlever les pierres et les remettre en place. (Archives communales d’Astaffort. B B. 7. )
** A Laplume, à Laroque, à Sainte-Bazeille, à Villefranche du Cayran , etc.
DE L’AGENAIS
Ce sont des églises paroissiales abandonnées plutôt que des chapelles funéraires.
De belles tombes se voient encore dans quelque châteaux. Les plus remarquables qu’on puisse citer pour les environs d’Agen , sont : le cénotaphe décoré de basreliefs qui existe au château de Lafox * et le sarcophage souvent décrit , qui rappelle le souvenir de Monluc , au château d’Estillac.
* Ce magnifique monument , tombeau d’un Durfort , paraît dater du xiv* siècle. Il vient d’être donné au musée d’Agen.