‹ Études sur l'architecture religieuse de l'AgenaisChapitre 73 sur 81 · DE LÉTÜDE DES VOCABLES DES ÉGLISES POUR AIDER A · texte numérisé non relu

DE LÉTÜDE DES VOCABLES DES ÉGLISES POUR AIDER A

préciser l’époque de leur fondation.

Il ne faut pas confondre la fondation d’une église primitive avec celle du monument qui subsiste dans le même lieu. Une église a pu être reconstruite deux ou trois fois sur le même emplacement en conservant le même vocable.

Tous les archéologues savent que la plupart de nos cathédrales ont une origine très -ancienne. Elles occupent la place d’édifices plus modestes, renversés intentionnellement pour être rebâtis , ou plus souvent ruinés pendant les guerres.

Le même fait s’est produit souvent pour les petites églises. Il est certain qu’au xie siècle un grand nombre d’oratoires carolingiens ont été restaurés ou plutôt repris de fond en comble pour être recouverts de voûtes et décorés dans le style de l’époque.

Un sujet d’études fort curieux, mais qui commande d’étroites réserves , c’est la recherche des vocables qui ont prévalu dans des localités spécialement consacrées k quelque divinité du paganisme. Je me permettrai à ce propos de citer quelques-unes des conclusions auxquelles est arrivé mon savant collègue et ami M. Gouget, archiviste de la Gironde, conclusions basées

DE L’AGENAIS

sur de longues explorations faites dans le Lyonnais et dans la Vendée.

« Le vocable de Saint-Michel est fort ancien. On le « trouve souvent sur le parcours des chemins verts « celtiques et des routes gallo-romaines. En géogra- « phie locale, Mercure, protecteur des routes, était « le prédécesseur de Saint-Michel.

« Fréquemment Saint-Pierre a remplacé Jupiter. Les « Notre-Dame , qui ont quelquefois succédé à Diane , « arrivent particulièrement au ixe siècle. »

J’extrais ces renseignements d’une lettre particulière de M. Gouget, qui met naturellement de fortes réserves à ces opinions.

Il est certain que le catholicisme s’est bien des fois superposé aux anciens cultes, en adoptant leurs lieux consacrés. Telle fut la politique de l’église pour la conversion des barbares. Eien n’est explicite à cet égard comme les instructions adressées à la fin du vie siècle par le pape Grégoire à Mellitus et à Laurentius, apôtres de l’Angleterre.

« Il faut se garder de détruire les temples des idoles; « il ne faut que détruire les idoles , puis faire de l’eau « bénite , en arroser les temples , y construire des « autels et y placer des reliques. Si ces temples sont « bien bâtis, c’est une chose bonne et utile qu’ils pas- « sent du culte des démons au service du vrai Dieu ; « car tant que la nation verra subsister ses anciens « lieux de prière , elle sera plus disposée à s’y rendre « par un penchant d’habitude , pour adorer le vrai « Dieu.

« Secondement , on dit que les hommes de cette « nation ont coutume d’immoler des bœufs en sacrifice. « Il faut que cet usage soit tourné pour eux en solen- « nité chrétienne , etc. * »

* Voir Augustin Thierry, Histoire <le la conquête de V Angleterre , t. i, livre i, p. 50. Furne-Jouvet , 1866,

Ce n’est pas seulement dans la Grande-Bretagne que des prescriptions pareilles furent appliquées. Yoici à ce sujet un passage très -concluant extrait de la Relation du voyage de la Commission scientifique de Morde dans le Péloponèse, les Cyclades et VAttique , par M. Bory de Saint- Vincent, t. n, p. 135. Strasbourg, imp. Levrault, 1837-38 :

« Le Taletum (consacré au soleil) répond parfaite- « ment à ce qu’on nomme le Saint -Hélie, comme « presque tous les combles sourcilleux de la Grèce « que l’antiquité avait également consacrés au culte «d’Apollon, dieu du jour, et dont hagios-Hélias « (équivalent à soleil sacré) n’est qu’un synonyme. « De telles réminiscences du paganisme dans la Grèce « chrétienne se retrouvent fréquemment, ainsi que « nous l’avons déjà remarqué : partout où l’on ren- « contre une église sous l’invocation de Saint-Denys, « les anciens adorèrent Bacchus ; les temples de « Vénus se sont ordinairement métamorphosés en « chapelles de Sainte -Vénérande ou de la Sainte - « Vierge ; ceux de Mars sont dédiés à Saint- Dimitri, « à Saint -Paul, à Saint - George , ou bien à quelque « autre bienheureux guerrier de profession. »

M. Renan a observé le même fait en Phénicie. Voici ce qu’il dit des ruines qui se retrouvent dans le Liban : « Chacun de ces sommets était couronné de temples ; « pas un seul n’est resté debout , le christianisme dans « ce pays ayant poursuivi avec une extrême rigueur « la destruction des sanctuaires anciens, centres de « cultes très -dangereux et très- difficiles à déraciner; « mais leurs débris se voient encore sur chaque pro- « montoire , et de ces débris s’est formé presque tou- « jours une chapelle dédiée à un saint, et portant « des vocables sous lesquels il est souvent facile de « reconnaître le culte antique. * »

* Revue archéologique, nouvelle série , t. jji, p, 1.73.

C’en est assez pour prouver l’importance de l’étude des vocables des églises. Il existe en France assez d’inscriptions anciennes attestant l’existence des temples païens , pour qu'on puisse rapprocher de leurs vocables ceux des églises qui leur ont succédé. Combien de pèlerinages ou de sanctuaires vénérés ont pu s’établir sur l’emplacement même de monuments celtiques ou de temples gallo-romains!

En somme, le vocable d’une église est quelquefois un commencement de preuve en faveur de l’ancienneté de sa fondation , mais il faut avoir d’autres données pour se prononcer en toute assurance.

Les traces du paganisme sont trop effacées dans l’Agenais pour que je cherche à tirer parti moi -même de cette méthode. D’autres seront , j’espère , plus osés et plus habiles.

Dans la liste générale des églises du diocèse d’Agen actuellement desservies, j’ai relevé 68 vocables de Notre-Dame, 48 de Saint-Pierre, 39 de Saint- Jean, 24 de Saint -Martin , 14 de Saint-Étienne , 13 de Saint- Saturnin ou Cernin, *7 de Saint - Caprais , 3 de Sainte- Foy, etc.

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