‹ Études sur l'art et la curiositéChapitre 15 sur 56 · Rie · texte numérisé non relu

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SABBA DA CASTIGLIONE.

auteur et célébrée par tous les contemporains. Pietro Maria del Tagliacarne est le même que Pier Maria da Pescia, auquel on attribue le Cachet de Michel-Ange, qui passa longtemps pour une des pierres antiques les plus précieuses du Cabinet de France1. Menico ou Domenico de' camei, de Milan, avait gravé sur un rubis le portrait de Ludovic le More. Valerio est plus célèbre sous le nom de Valerio Belli, dit le Vicentino. Michelino,très habile « dans les choses petites et grandes »,. rivalisait avec Pier Maria da Pescia. Giovanni del Castello qui fut, avec Caradosso, l'ami du Castiglione, s'appelait Giovanni Bernardi da Castelbolognese;' il ne faut pas le confondre, comme on l'a fait, avec Giovanni délie Corniole. Vasari le donne comme un des graveurs les plus fameux et les plus occupés de son temps. On connaît de lui plusieurs médailles citées par M. Armand et un magnifique coffret de cristal de roche conservé au musée de Naples.

« D'autres se plaisent à orner leurs salles avec des tableaux, des cadres, des histoires et portraits de peinture de la main do.Fra Filippo carmélite, de Mantegna, de Giovanni Bellino, maîtres célèbres de leur temps et de très belles inventions; — ou de la main de Léonard de Vinci, homme de grandissime génie, très excellent et très fameux dans la peinture, élève de Verocchio, comme on le reconnaît à la douceur de ses airs, et le premier inventeur des grandes figures prises à l'ombre des lampes2. Excepté le Cenacolo de Sainte-

1. Un dossier de catalogues inédits, Galette des Beaux-ArtsT mai 1878.

2. Voir dans J. -P. Richter, Léonard de Vinci, Londres, 1 883, p. 69 et suiv., les études de Léonard sur l'ombre et la lumière.

Marie-des-Grâces à Milan (œuvre assurément divine et fameuse par tout le monde), on rencontre peu d'ouvrages de sa main. Car, alors qu'il devait continuer la peinture dans laquelle il aurait montré un nouvel Appelle,, il se donna tout entier à la géométrie, à l'architecture et à l'anatomie. Davantage il s'occupa de modeler le cheval de Milan, auquel il employa seize années consécutives; et, certes, la beauté de l'œuvre était telle qu'on ne pouvait dire qu'il ait perdu son temps ni sa peine. Mais l'ignorance et l'incurie de certaines gens, lesquels, faute de connaître le talent, le tiennent en nulle estime, on laissé par la suite cet ouvrage tomber honteusement en ruine. Et je vous le rappelle, et ce n'est pas sans douleur et déplaisir que je le dis, une œuvre aussi noble et ingénieuse servit de cible aux arbalétriers gascons. »

J'ai reproduit in extenso et traduit littéralement tout ce passage qui a son importance. Il s'agit, en effet, du modèle exécuté en terre pour la statue équestre de François Sforza, commandée par Ludovic le More à Léonard de Vinci ; ce modèle, exposé à Milan sur la place du château, en 1493, à l'occasion du mariage de Bianca-Maria Sforza avec Maximilien, ne fut jamais coulé en bronze1.

On vient de lire la version de Sabba sur la destruction de ce monument fameux; il est le premier et le seul contemporain qui en parle2. Vasari, écrivant un demi-siècle après l'événement, assure que « le modèle subsista jusqu'à l'entrée à Milan de Louis de France

1. MM. le marquis Campori, le marquis d'Adda et Courajod ont publié des notices pleines de recherches savantes sur ce monument célèbre. Galette, XX, XXV et XXVI, 2e période.

2. « Les paroles de Gastiglione ne sont confirmées par aucune autorité contemporaine, malgré les recherches faites en ce sens par Amoretti et Bossi. » (Marquis Campori, Ibid.)

SABBA DA CASTIGLIONE.

et des Français, qui le mirent totalement en pièces, $pe\\arono tutto ». Comme on le pense bien, l'anecdote a fait son chemin; on a crié au vandalisme des armées françaises, on a même accusé Louis XII de complicité. Suivant Perkins !, qui donne le récit du Gastiglione comme celui d'un « témoin oculaire », le roi de France en personne, « haïssant François Sforze et incapable de faire taire une haine personnelle, même devant un chef-d'œuvre, aurait permis à ses arbalétriers de tirer à la cible sur le modèle exécuté par Léonard, qui fut entièrement détruit. Cet acte de misérable vengeance nous a privés d'une œuvre d'art qui devait être la plus belle statue équestre qui ait jamais existé. »

Tout cela demande à être examiné de près.

Et d'abord Léonard a-t-il modelé la statue équestre de Francesco Sforza, ou n'a-t-il modelé que le cheval seulement, sans son cavalier? Reprenons un à un tous les textes contemporains, les seuls qui fassent autorité.

i° Sabba da Castiglione : « Si occupo nella forma del cavallo di Milano. » Le cheval de Milan, comme il dirait les chevaux de Venise; pas un mot du cavalier, pas une allusion. Et ce n'est pas son habitude, car, lorsqu'il parle des statues équestres, il ne manque pas de dire, pour Donatello « il suo Gattamelata » et, pour Verocchio, « la statua équestre di bronzo di Bartolomeo da Bergamo ».

20 Paul Jove : « Finxit etiam ex argillâ collosseum equum Ludovico Sfortiae, ut ab eo pariter aeneus, superstante Francisco pâtre illustri imperatore, fonderetur. » C'est-à-dire que Léonard fit pour Ludovic

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