‹ Études sur l'art et la curiositéChapitre 16 sur 56 · Tome Ier, 220 et note, 1" édition · texte numérisé non relu

Tome Ier, 220 et note, 1" édition

Sforza un cheval colossal de terre, afin de le fondre luimême (plus tard) en bronze et de le surmonter de son illustre père Francesco. Et Paul Jove, continuant, célèbre le cheval, son attitudej la science anatomique de l'artiste, mais ne parle pas du cavalier.

3° Lettre du duc de Ferrare (sept. iSoi)1. Le duc Hercule voulait faire placer sa propre statue équestre sur la place publique de Ferrare; mais l'artiste qui avait commencé à modeler le cheval étant mort, le duc écrit à Giovanni Valla, son agent à Milan : « Nous souvenant que là-bas, à Milan, existe un modèle de cheval exécuté par un certain maître Léonard, nous avons pensé que si nous nous servions de ce modèle, il serait bon et convenable pour couler le cheval en question. C'est pourquoi nous voulons que vous alliez trouver incontinent le Cardinal de Rouen (gouverneur de Milan pour le roi de France), et que vous priiez sa seigneurie, si elle n'en a elle-même besoin, de nous faire donner ce modèle... en rappelant que ledit modèle se délabre tous les jours, parce qu'on n'en prend pas soin. »

S'il s'agissait d'une statue équestre, la requête du duc de Ferrare serait au moins singulière. En effet, comment utiliser le cheval seul dont il a besoin pour modèle, sans enlever et par conséquent sans détruire le cavalier, puisque tout l'ouvrage est de terre? A quel titre, pour quel motif, le duc de Ferrare ferait-il cette injure à la mémoire des Sforza? Si, au contraire, il s'agit seulement d'un cheval sans cavalier, la demande paraît toute naturelle, elle ne blesse aucun souvenir, aucune convenance.

i. Lettre découverte et publiée par M. le marquis Campori. Nuovi documenti per la vita di L. de Vinci, Modena, 1 865 .

SABBA DA CASTIGLIONE. 29

40 Réponse de Giovanni Valla au duc de Ferrare (sept. i5oi) : « Je me suis acquitté de la commission au sujet du modèle du cheval que fit faire le seigneur Ludovic, etc. »

5° Lettre de Léonard de Vinci vers la même époque 1 : « Del cavallo non diro niente perché cognosco i tempi. »

6° Vasari : « Propose al Duca fare un cavallo di bron^o di maravigliosa grandezza, per mettervi in memoria l'imagine del Duca (Francesco). » Cette rédaction n'est pas sans analogie avec celle de Paul Jove : Léonard propose de faire, non pas une statue équestre, mais un cheval de bronze d'une grandeur merveilleuse, afin d'y mettre (plus tard évidemment, sans quoi il aurait proposé tout d'abord la statue équestre), afin d'y mettre, en souvenir, la statue du duc. A la suite, Vasari parle du cheval modelé par Tartiste, de ses études de chevaux en vue de ce travail, mais toujours sans faire la moindre mention du cavalier, sans se donner la peine, — comme il le fait à propos de Gattamelata, — de nous dépeindre aussi bien le cheval que la figura que lo cavalca.

Ainsi tous les textes semblent d'accord : Léonard a modelé un cheval, on le décrit, on l'admire; du cavalier, personne ne dit mot. Silence assez étrange, on en conviendra, quand il s'agit d'un personnage tel que le duc François, d'un maître tel que Léonard. Les dessins mêmes de l'artiste viennent à l'appui des textes. Ce que Léonard étudie de près, ce qu'il recherche au bout de sa plume, c'est le cheval, son anatomie, ses allures, ses points d'appui, sa structure décorative. Quand, par exception, il représente l'animal monté, le cavalier est

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