‹ Études sur l'art et la curiositéChapitre 30 sur 56 · L'HERCULE DE BUIS D'HERTFORD-H OUSE · texte numérisé non relu

L'HERCULE DE BUIS D'HERTFORD-H OUSE

savoir, grands chercheurs d'antiques et de belles curiosités, Massimo tenait un des premiers rangs ; sa collection était renommée et, quand Hubert Goltz visita Padoue (i558-i56o) à la recherche de médailles pour son Histoire de Jules César, il ne manqua pas d'aller frapper à la porte de Massimo qui s'empressa d'accueillir le voyageur, lui ouvrit son cabinet et lui montra ses trésors.

A dater de ce jour, on perd la trace du Petit Hercule. Il porte sur l'épaule et sous le socle d'anciens numéros de collections à demi effacés, mais quelles sont ces collections? Par quelles mains intelligentes, par quels cabinets obscurs ou fameux a-t-il passé? Il faut attendre près de trois siècles avant de le retrouver à Paris chez Debruge-Duménil.

La Galette des Beaux-Arts a donné (2e pér. XXXIV. p. 202) une reproduction de l'Hercule padouan, d'après une photographie que j'ai demandée à sir Richard Wallace et que le noble amateur s'est empressé de m'adresser. Grâce à lui, le lecteur connaît maintenant une œuvre exquise et presque ignorée de la Renaissance italienne, l'artiste qui l'a créée, l'amateur qui l'a comprise le premier, et l'homme heureux qui la possède aujourd'hui.

SAINT-PORCH AIRE

Il y a plus de douze ans nous avons fait connaître le lieu de naissance de ces mystérieuses et célèbres poteries, que Benjamin Fillon avait baptisées du nom de faïences d'Oiron. Nous avons démontré que cette déno^ mination ne reposait que sur une série de conjectures inacceptables pour la critique moderne. La miniature d'un volume appartenant aux Gouffier, sur laquelle M. Fillon avait cru reconnaître une gourde analogue à ces poteries, a passé par les mains les plus suspectes; elle a été restaurée et retouchée dans plusieurs de ses parties, et ne présente aucune sécurité documentaire A supposer même qu'elle fût authentique, que prouverait-elle en faveur d'Oiron ? L'existence d'un four à potier au château d'Oiron n'est pas un argument plus sérieux. Comme les Bonnivet, les La Trémoille, et tous les grands bâtisseurs contemporains, les Gouffier avaient installé un four près de leur château : il fallait bien fabriquer surplace le carrelage des chambres et les décorations céramiques qui jouaient un grand rôle dans l'architecture extérieure. Mais ces poteries de bâtiment n'ont rien de commun comme technique, comme terre,

i. Galette des Beaux-Arts du ier avril 1888.

ou comme émail, avec nos délicates figulines. Aussi bien aucun texte n'indique, ne laisse même supposer qu'Hélène de Hangest ou Claude Gouffier se soient mêlés de poterie fine. Aucune pièce ne porte leurs armes, leurs emblèmes ou leur chiffre; aucune ne figure dans leurs inventaires1.

D'autre part, en dépouillant l'inventaire de François de la Trémoille (1542) et celui de son fils Louis III (1577), dressés tous les deux au château de Thouars, nous avons trouvé dans « l'armoyre d'un des cabinetz » contenant diverses curiosités de prix « deux coupes et deuxsallières de terre de Sainct-Porchayre » et « faictes à Sainct-Porchayre ». Les salières sont renfermées dans « une grande boueste2 ».

Donc, il existait à Saint-Porchaire une fabrique de poteries fines. Elles étaient précieuses puisque, au lieu de les serrer dans les dressoirs avec la vaisselle de service, on les conserve soigneusement avec d'autres raretés, dans une armoire spéciale, et qu'on les garde à la même place pendant trente-cinq ans au moins (1542 à 1577). Elles étaient délicates et fragiles, puisque les deux salières sont enfermées dans une boîte. La terre était exceptionnelle et d'un aspect bien caractéristique, puisque les rédacteurs des deux inventaires, dont ce n'est pas le métier, la reconnaissent à première vue et disent expressément terre de Saint-Porchaire. Enfin, les spécimens conservés à Thouars sont des coupes et des salières3.

1. Nous parlerons plus loin de l'aiguière de l'ancienne collection Magniac qui porte des G que B. Fillon attribuait aux Goufrier.

2. Pour plus de détails, voir la Galette des Beaux-Arts, avril 1888.

3. Sur 26 pièces dont l'origine est connue, 23 proviennent de l'ouest et du centre de la France, savoir : 5 du Lude (Sarthe), i de Bressuire,

Assurément, rien ne ressemble davantage aux faïences dites d'Oiron. Nous ne connaissons même aucune autre faïence contemporaine qui réponde à ce triple signalement : préciosité, fragilité, aspect spécial et frappant de la terre.

Saint-Porchaire, à quatre kilomètres de Bressuire (Deux-Sèvres)1 faisait partie du diocèse et du pays de Bressuire dont les seigneurs étaient les Laval-Montmorency. Or, les quatre échantillons les plus anciens de nos faïences2, portent précisément les armes de Pierre de Laval-Montmorency, avec la brisure de Beaumont : d'or à la croix de gueules cantonnée de sei^e alêr ions d'azur, chargée de cinq coquilles d'argent; brisé d'un franc quartier d'azur au lion d'or, semé de fleurs de lis de même, qui est Beaumont le Vicomte. Ces échantillons sont donc antérieurs à année de sa mort. Pierre

de Laval-Montmorency étant baron de Bressuire, les premières pièces sont faites pour lui et à ses armes, comme de raison. La coupe aux armes de la Trémoille (ancienne collection de La Sayette) qui vient ensuite dans la série de la première période3, est un hommage tout indiqué au puissant gouverneur du Poitou et de Saintonge, suzerain de Bressuire . La coupe du Musée de Gluny offre

5 de Tours et de la Touraine, 1 de la Vendée, 1 du Mans, 2 de Poitiers, 1 du Cher, 3 d'Airvault (Deux-Sèvres), 1 de Saumur, 1 d'Angers, 1 de Saint-Amand (Cher), i de la Charité-sur-Loire.

1. '<De Parthenay à Bressuire en Poitou, et de Bressuire vers Thouars, les terres argileuses sont fort blanches », disait déjà Palissy, dans son Traité de la marne, éd. Cap, p. 343. M. Jouneau, de Parthenay, fabrique encore aujourd'hui avec la même terre des imitations fort élégantes des anciennes poteries.

2. Buire de M. le baron Alph. de Rothschild, coupe et gourde du Musée de l'Ermitage (ancienne collection Basilewsky), et coupe du château du Lude dont il sera question plus loin.

Page 1