Citée par Benj. Fil Ion dans son Art de terre, p
le blason des Malestroit, cousins des Laval-Montmorency1. Le chandelier et le biberon de la collection Dutuit ont les armes et le monogramme d'Anne de Montmorency, le plus illustre personnage de la famille.
Quant aux chiffres et emblèmes de Henri II et de Diane de Poitiers qui figurent sur un certain nombre d'exemplaires, on se tromperait en les prenant pour les preuves d'une provenance royale. L'homme de cour qui savait son métier, ne manquait pas de faire placer en vedette, sur ses cheminées, ses tentures, ses livres, ses armes et sa vaisselle, le chiffre du roi son maître ou celui de la favorite. Afficher la livrée royale, c'était rendre hommage au prince et, du même coup, publier son intimité avec lui ; double calcul où la flatterie et la vanité trouvaient leur compte. Ainsi, pour ne pas sortir de notre sujet, les carrelages du château des Gouffler portent les armes de France avec le monogramme de Henri II ; le chandelier de M. Dutuit montre l'initiale d'Anne de Montmorency avec les armes de France et l'H de Henri IP. D'ailleurs, ne l'oublions pas, nos délicates poteries n'ont pas impunément traversé trois siècles et demi. Qui nous répond de la discrétion du restaurateur, à une époque où les exemplaires portant les armes de France ou les croissants de Diane de Poitiers avaient seuls du prix? Les écussons fleurdelisés du biberon du Louvre n'ont-ils pas été rajoutés lorsqu'on a refait les anses?
1. Et non le blason des La Martinière, comme le pensait Benj. Fillon. Les Malestroit portaient neuf besans posés 3, 3, 3, comme l'indique la coupe de Cluny.
2. Dans le mobilier personnel de Claude Gouffier, vendu en 1572, figurent trois lits « semez de fleurs de lis d'or, aux armes et devises du roy ».
Inutile d'insister sur des arguments que nous avons longuement développés jadis. A Paris comme en province, les critiques les plus distingués, MM. Alfred Darcel, Léon Palustre, Édouard Garnier, Champfleury, Barbaud, Lièvre, Berthelé, Ledain, de la Borderie, — nous en passons et des plus considérables, — ont reconnu les titres de Saint-Porchaire. En Angleterre, sir Charles Robinson constate que « les recherches récentes ont anéanti la théorie de M. Fillon, et qu'aujourd'hui, d'après les autorités céramiques en France, Saint-Porchaire est admis comme le centre évident de la production. »
Est-ce à dire que la théorie nouvelle n'ait rencontré que des portes ouvertes? Benjamin Fillon avait ses fidèles, qui n'ont pas voulu l'abandonner du jour au lendemain sans protester, ne fût-ce que pour la forme. Les uns, les demi-convertis, acceptaient Saint-Porchaire, mais ne voulaient pas se brouiller avec Oiron ; ils proposaient un compromis, une cote mal taillée : Saint-Porchaire fournirait l'argile, et Oiron l'artiste. Quant au texte qui dit expressément « vaisselle faicte à Saint-Porchayre », on en faisait bon marché. D'autres ont imaginé une fabrication volante se promenant d'Oiron à Bonnivet, de Bonnivet à Thouars, et de Thouars à Saint-Porchaire. Un correspondant romanesque nous écrit « qu'il tient quand même pour Hélène de Hangest, pour sa figure poétique et ses faïences incrustées de noir, dont la couleur s'harmonise si bien avec les tristesses de la veuve et qui s'éclairent au fur et à mesure que les années s'éloignent et que la douleur s'apaise ». Qui nous délivrera, une fois pour toutes, de l'archéologie sentimentale? Hélène de Hangest fut
une des femmes les plus intelligentes de son siècle; à quoi bon lui prêter la fantaisie excentrique, pour ne pas dire plus, de se faire faire une vaisselle de grand deuil, de deuil et de demi-deuil tour à tour?
Enfin, de bonnes âmes eurent l'idée de nous contester la paternité de Saint-Porchaire, l'attribuant à notre savant ami le duc de la Trémoille, qui prit la peine, — bien superflue en vérité, — de donner un démenti public aux auteurs de cette innocente plaisanterie.
Cependant Saint-Porchaire continuait son chemin dans le monde. La découverte de l'atelier poitevin, ignoré la veille et désormais l'un des plus célèbres de la France, avait monté les têtes ; les chercheurs s'étaient mis en campagne et les documents inédits venaient successivement confirmer ceux que nous avions déjà publiés. Voici, dans l'ordre chronologique, les textes que Ton connaît quant à présent.
1478. — Acte du 24 septembre 1478, constatant l'arrentement à André Combattit, potier, d'une maison sise à Bouillé, paroisse de Saint-Porchaire. Ce texte, le plus ancien connu, nous a été signalé par M. Barbaud, président du Tribunal civil de Bressuire.
1542. — Inventaire de François de la Trémoille, . déjà cité,
i552. — La Guide des Chemins de France, par Charles Estienne, mentionne, parmi les villes ou bourgs de France renommés pour leurs industries spéciales, page 192 : saint-porchère, beaux pots de terre; « texte aussi décisif que bref », dit M. Lièvre, Térudit conservateur de la Bibliothèque de Poitiers, qui l'a fait con-
naître le premier1. En i552, Claude Gouffier s'occupait activement de la reconstruction de son château; c'est le moment où, d'après Benjamin Fillon, la prétendue fabrique d'Oiron aurait battu son plein. S'il en était ainsi, l'auteur de la Guide n'eût pas manqué de signaler une faïencerie de cette importance; loin de là, il n'en dit rien et ne cite en France que celle de Saint-Porchaire, dont Benjamin Fillon ne parle pas.
1 556. — « Jacques Briaudeau, potier, et Gharète Parrie, son espouse, demourans lesdites parties au bourg de Sainct-Porchayre, lesdictz conjointz cognoissans et considérans les bontez, amours et courtoisies qu'ils se sont faictz l'un à l'autre, puis le temps de leur mariage, et qu'ils espèrent en l'advenir », se font donation réciproque de leurs biens. Nous connaissions déjà le talent des potiers de Saint-Porchaire, voilà un considérant qui donne la meilleure opinion de leurs sentiments conjugaux. L'acte fait mention de « la maison, jardrin et appartenance d'iceulx, situés audict bourg, en laquelle sont leurs résidences ». (Chartrier de M. le duc de la Trêmoille.)
1 558. — Testament de Guillaume Marsault, où figure le même Jacques Briaudeau comme exécuteur testamentaire. Marsault lègue à Antoine Turpault, « tous et chascuns ses meubles, estant en ses dittes maisons, servans à Testât et usage de poterie seulement, si comme ruhes (roues), rullons (rouleaux), œsses (ais), fourches, tabliers, rouelles, barres et fourches de fer et autres menus extencilles servans audit estât et usage de poterie ». D'où l'on peut conclure qu'Antoine Turpault était