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Revue poitevine du i5 août

également potier, puisque le testateur lui lègue tout son outillage. Marsault laisse à Marsault Turpault, son filleul et le fils d'Antoine, « une autre maison appelée la Poterie, en partie de laquelle Colas Villon demeure à présent » (Chartrier de la Trêmoille). Colas Villon ne serait-il pas encore un potier?

155g. — Codicille du précédent testament par lequel Marsault « lègue à François Turpault, prebstre..., ung jardin situé audict bourg de Saint-Porchaire tendant d'une part à ladite rue, d'autre au jardin de Guillaume Tacher ». [Chartrier de la Trêmoille.) Ce Tacher pourrait bien être celui dont il sera question tout à l'heure.

Ainsi, à la même époque, trois potiers au moins — et le nombre devait en être plus considérable — travaillent à Saint-Porchaire, et possèdent leur atelier, leur maison et leur jardin.

1 565. — M. Léo Desaivre, de Niort, a découvert un document des plus intéressants dans les Eglogues de Jacques Béreau, Poictevin f Poitiers, 1 565). Deux bergers se disputent le prix du chant et déposent des gages qui appartiendront au vainqueur. Pérot offre un potet de Flandres, et Jacquet apporte :

De terre un plat tout neuf qui ne servit encor James. Je Vapportay Vautre-hier de Saint-Porchère, Ta^cher en est l'ouvrier; tu sçais comme il tient chère La beauté de son art. Au dedans ce vaisseau Peinte est la belle Europe avecque le troupeau, Des filles la suyvent....

Au dehors de ce plat une vigne est portraicte Chargée de raisins et d'étourneaux couverte.

Ce plat était donc une de ces faïences à personnages et ornements en relief, émaillés de couleurs, comme

Y Enlèvement des Sabines, la Diane, la Belle Jardinière, la Fécondité, etc., genre que Palissy avait mis à la mode et que les potiers de Saint- Porchaire cherchaient à imiter, quand ils renoncèrent à ia poterie incrustée, comme nous le verrons tout à l'heure.

1 566. — André de Rivaudeau, poète bas-poitevin, célèbre encore les poteries de Saint-Porchaire dans

Y Hymne de Marie Tir 'aqueau, inséré dans ses Œuvres poétiques.

Il y a maintes bourgadelettes Qui ont commodité de leurs terres pauvrettes D'en tirer quelque fruit : Gonesse de son pain, Vanvres de son lait gras, Porchaire de la main D'un excellent ouvrier. ...

L'excellent ouvrier est sans aucun doute Tascher. 1577. — Inventaire de Louis III de la Trémoille, déjà cité.

1596. — Inventaire du seigneur de la Bouchetière, gentilhomme ordinaire de la chambre du roy, qui possède « quatre escuelles de terre de Saint-Porchère, et une sallière ». (Communication de M. H. de la Rochebrochard.)

Bien entendu, Saint-Porchaire ne ressemble en rien à nos grandes manufactures qui n'ont qu'une spécialité et obéissant à une direction unique; la Renaissance comprend les choses autrement. Comme Limoges, où Ton travaillait rémaillerie de luxe à côté de l'émaillerie courante, où les Penicaud, les Limosin, les Reymond, les Courtois vivaient chacun chez soi, exploitant son genre favori et faisant librement concurrence à son voisin, Saint-Porchaire, centre céramique important par l'abondance et la qualité de ses argiles, était une agglo-

go ÉTUDES SUR L'ART ET LA CURIOSITÉ.

mération d'ateliers indépendants, produisant toutes les variétés de la poterie, depuis la plus fine jusqu'à la plus grossière. Chaque maître occupait, avec ses enfants et ses apprentis, sa maison et son atelier à lui, fabriquant et vendant pour son compte, rattaché à la corporation par des règlements très étroits, mais conservant toujours intactes son indépendance et sa personnalité.

L'atelier de faïences incrustées qui nous occupe était donc un des ateliers de Saint-Porchaire, atelier exceptionnel, produisant peu et s'adressant surtout à une clientèle de grands seigneurs. Car ces pièces délicates, friables, inutiles pour la plupart, n'ont pas dû être répandues dans le commerce. Ce sont plutôt des fantaisies décoratives d'un artiste, dont les œuvres fabriquées en petit nombre et distribuées en cadeaux, se conser, vaient précieusement dans les riches cabinets; ce qui expliquerait comment, malgré une production restreinteleur nombre est relativement considérable.

Saint-Porchaire a fait de la poterie dès le xv° siècle, et probablement de temps immémorial. Sous François Ier, un artiste ingénieux a eu Tidée d'appliquer à la poterie fine le procédé d'incrustation depuis longtemps en usage dans la fabrique des carreaux de pavement. Employant « des matrices de bois ou de métal gravé1, il les comprimait dans la pâte encore fraîche, et procédait successivement et par parties, ce qui ex-

i. Nous avons déjà signalé (Catalogue Spitzer, Les Faïences de Saint-Porchaire) que la marque du pélican qui se trouve sur certaines pièces — le biberon Spitzer entre autres et l'une des salières du Louvre — est le décalque de la marque célèbre des frères de Marnef. imprimeurs fixés à Poitiers dès le commencement du xvie siècle. La salière et le biberon ont-ils été faits pour les Marnef.'' L'imprimeur et le potier avaient-ils quelques relations l'un avec l'autre? Nous ne saurions le dire.

plique la défectuosité des raccords. Les filets étaient tracés à la molette. L'artiste remplissait les creux produits par l'estampage avec de la terre teintée et arasait les bavures. Puis, il fixait à la barbotine les reliefs et les appliques qu'ilavait modelés et estampés d'avance *. »

La première période, qui correspond environ au premier quart du xvie siècle, conserve encore les types archaïques, sévères et semi-orientaux du moyen âge. Peu ou point d'ornements rapportés; incrustations monochromes et généralement foncées; décoration par zones. « C'est l'art de terre par excellence qui se suffit à lui-même, comme chez les Grecs, créant pour sa poterie des formes spéciales adaptées à la nature de l'argile, empruntant sa technique aux seules ressources du potier, et décorant sa terre avec la même terre colorée 2. »

La seconde période est architecturale. L'artiste construit ses poteries et fait des monuments en miniature avec fenêtrages, façades, colonnettes, cariatides, etc. Fonds niellés imitant les pavements de carrelages. Incrustations brunes, jaunes et rouges d'oeillet ; quelques touches d'émail.

La troisième période, contemporaine de Henri II, abandonne entièrement les formes céramiques pures et cherche à imiter les belles pièces d'orfèvrerie à la mode ; on dirait que le potier de Saint-Porchaire veut faire concurrence à l'émailleur de Limoges. Le trait distinctif de cette période est l'entrelacs à ruban uni ou liséré d'un filet plus foncé, que l'artiste manie avec une élégance achevée.

1. Catalogue Spitzer, Les Faïences de Saint-Porchaire, préface.

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