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Paris, i55o

ioo ÉTUDES SUR L'ART ET LA CURIOSITÉ.

Le corps fut inhumé dans l'église collégiale et paroissiale de Saint-Laurent, dépendant du château de Joinville, « au côté droit de la chapelle des princes1 ».

Claude de Lorraine avait eu douze enfants; neuf lui survécurent, dont six fils; François, le plus illustre de la famille, qui fut second duc de Guise; Charles, cardinal de Lorraine, archevêque et duc de Reims; Claude, duc d'Aumale; Louis, archevêque de Sens et cardinal; François, grand prieur de Malte et général des galères de France; René, marquis d'Elbeuf et général des galères après son frère.

De concert avec ses fils, Antoinette de Bourbon fit élever, dans l'église de Saint-Laurent, un mausolée superbe à son mari. La chapelle des Princes renfermait déjà les tombeaux de Jean, sire de Joinville, le célèbre historien de saint Louis; d'Anselme, son fils; de Marguerite, son arrière-petite-fille, et de son mari, Ferry de Lorraine, seigneur de Guise ; de Ferry II et d'Yolande d'Anjou, sa femme; de Henry de Lorraine, évêque de Metz. Le nouveau mausolée fut élevé dans un bâtiment pris dans le fond de la chapelle et formant saillie en dehors de l'église. Une galerie couverte, communiquant avec le château, s'ouvrait dans la chapelle par une tribune latérale. Le mausolée « de marbre blanc et noir, de jaspe, d'albâtre et de porphyre, l'un des plus magnifiques tombeaux de France, était orné de quantité de belles sculptures représentant les batailles et les rencontres et prises de villes où il s'étoit trouvé. Dessus la tombe étoient les statues (nues) du duc et de la duchesse, gisant morts. » Pensée touchante et sin-

i. Testament de Claude de Lorraine, déjà cité.

gulière tout à la fois : la veuve se faisait représenter, de son vivant et par avance, à l'état de cadavre, pour signifier son renoncement définitif au monde et son attachement à son époux, qu'elle semblait suivre ainsi dans la mort. « Au dedans de la chapelle estoient quatre statues de marbre, représentant les quatre vertus fort bien taillées, lesquelles soutenoient une corniche de pierre, sur laquelle estoient des statues de marbre blanc, revestues chacune du manteau ducal, de monseigneur Claude de Lorraine et d'Anthoinette de Bourbon à genoux, vivants. On y voyoit aussi le casque, l'espée et les gantelets dont il se servist, aussy bien que les espérons1. »

C'est ce monument qui fait l'objet de notre étude.

Après la mort de Claude, le château de Joinville cessa d'être la résidence principale de la famille ; il était trop loin. Pour jouer leur rôle, les Guise avaient besoin de s'installer au cœur même des affaires et près de la cour. Ils achetèrent à Paris, rue du Chaume, l'ancien hôtel de Clisson et les hôtels contigus, celui de Laval et celui de la Roche-Guyon, pour former le nouvel hôtel de Guise. Le château resta le séjour favori d'Antoinette de Bourbon qui, toujours vêtue de deuil, paraissait le moins possible à la cour et ne s'occupait que de fonda-

i. Cartulaire de Joinville, mss. Bibl. nat. Suppl. franc. 1054. On a tenté, sans y réussir, plusieurs restitutions de ce monument célèbre, d'après des croquis de M. Paillette, ancien doyen du chapitre de l'église Saint-Laurent avant la Révolution. Ces croquis, aujourd'hui disparus, appartenaient à M. Haste, maire de Joinville, mort en 1847.

tions pieuses ou charitables. C'est là qu'elle mourut, le 20 janvier 1 583-

La principauté1 de Joinville continua dans la maison des Guise jusqu'à la mort de Marie de Lorraine (1688), fille de Charles de Lorraine, qui ne s'était point mariée. Le gouverneur des ville, château et principauté de Joinville était alors le célèbre François-Roger de Gaignières, écuyer de Mlle de Guise, qui logeait avec elle à l'hôtel de la rue du Chaume, où il avait installé sa magnifique collection, le premier et le plus considérable de tous les recueils historiques que la France ait jamais possédés2.

Par son testament, Mlle de Guise avait laissé « la duché de Guise, valant cent mille livres de rente, et la principauté de Joinville ne valant pas moins, avec son bel hôtel de Paris, au fils puîné du duc de Lorraine, à condition qu'il porteroit le nom de Guise et qu'il viendroit habiter Paris, sous le bon plaisir du Roi3 ». Un arrêt du Parlement du 26 avril 1689 cassa Ie testament et restitua la succession aux héritiers naturels. Ceux-ci vendirent, en 1697, l'hôtel de Guise à François de Rohan, prince de Soubise. Joinville, formant l'apanage de la maison d'Orléans, passa dans les mains d'Anne- Marie-Louise d'Orléans duchesse de Montpensier, fille de Gaston d'Orléans et nièce de Mlle de Guise, qui habita le château pendant quatre ans. Elle mourut sans postérité, en 1693, instituant pour son héritier Philippe de

1. En 1 55 1 , Henri II avait érigé la baronnie de Joinville en principauté pour François de Guise.

2. Voy. sur ce cabinet célèbre le Dictionnaire des amateurs dû xvne siècle. Paris, Quantin, 1884.

3. Arch. nat. Inventaire après décès de M11* de Guise. — De Bouille, IV, 497-

LE MAUSOLÉE DE CLAUDE DE LORRAINE. io3

France, duc d'Orléans, son cousin germain, qui devint le Régent.

En 1738, des réparations étant devenues nécessaires au pavé de la chapelle des Princes, à l'église Saint-Laurent, le duc d'Orléans ordonna une visite dans les caveaux. Le procès-verbal d'ouverture, conservé à la Bibliothèque nationale1, donne tous les détails de cette opération, qui eut lieu les i3 et 14 mars 1738 :

« Ayant fait l'ouverture du caveau, dit communément le caveau de Claude de Lorraine, après un Miserere chanté parle chapitre de Saint-Laurent, étant descendu un flambeau à la main dans ledit caveau, on y a reconnu les monuments ci-après :

« i° Trois cercueils de plomb occupant le fond dudit caveau ;

« 20 Quatre autres cercueils de plomb traversant les trois ci-dessust.. Sur le dernier des quatre, occupant le fond et l'extrémité, étoit l'inscription suivante : « Cy gist haut et puissant prince, Claude de Lorraine, fils du Roy René de Cicile, en son vivant Duc de Guise, etc., qui trépassa le 12 avril l'an i55o à Joinville par poison. » Et plus bas : « Priez Dieu pour son âme. »

« 3° Deux autres cercueils en plomb traversant les quatre ci-dessus...

« Et le lendemain, étant descendu de nouveau dans le caveau des princes, on y a trouvé, au pied de l'escalier, sur celuy des trois cercueils qui est au milieu, une grande plaque de plomb presque détachée dudit cercueil, sur laquelle étoit à lire : « Cy dedans ce tombeau gist le corps de haute et puissante princesse Madame

1. Mss. Cabinet des Titres, carton des Guise. — Bibliothèque Barotte, archives de la Haute-Marne, n° 739. — De Bouillé, I, 548. Appendice.

io4 ÉTUDES SUR L'ART ET LA CURIOSITÉ.

Antoinette de Bourbon, duchesse douairière de Guise et de Joinville, Dame de Donjeux et de Marai, en son vivant, femme et épouse de feu haut et puissant prince Claude de Lorraine, duc de Guise et prince de Joinville, laquelle trespassa le samedy jour de Saint-Vincent, le 22 janvier 1 583, entre 5 et 6 heures après midy, âgée de 89 ans, un mois. Priez Dieu pour son âme. »

Les autres cercueils renfermaient les corps de François, duc de Guise (f 1 563) ; de Charles, duc de Guise, fils aîné de Henri le Balafré (f 1640); de ses quatre enfants et de son petit-fils.

Cependant, le château de Joinville, mal entretenu, abandonné depuis longtemps par ses maîtres, tombait en ruines. En 1747, on avait décidé la démolition du Grand Jardin, pour éviter des réparations coûteuses. Trente ans plus tard, les bâtiments tenaient encore, mais le mal avait fait des progrès considérables. Grosley écrivait à Pierre, premier peintre du duc d'Orléans, le priant d'intercéder auprès du prince pour sauver au moins le mausolée et le « pavillon du Jardin d'en bas. dont l'architecture et les ornemens annoncent les mains qui ont travaillé à ceux du vieux Louvre1 ». Mais, ni le duc, retiré à Bagnolet, ni son fils, lancé à corps perdu dans la politique du jour, ne s'inquiétaient de Joinville et de ses monuments. Le 27 avril 1791, Louis-Philippe- Joseph d'Orléans, celui qui devait bientôt s'appeler Philippe Égalité, vendit aux sieurs Berger de Vassy et Passerat le terrain et les bâtiments du château pour la somme de 7500 livres, à charge de tout démolir. Le marché fut exécuté en conscience; le château atota-

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