‹ Études sur l'art et la curiositéChapitre 40 sur 56 · Mss. de Feriel, Bibl. Barotte, n° 739 du catalogue · texte numérisé non relu

Mss. de Feriel, Bibl. Barotte, n° 739 du catalogue

3. Mémoire lu à la Société des Beaux-Arts, séance du 19 avril 1842, et Mémoires de la Société archéologique de Langres, î, 12.

fut à Joinville qu'on exécuta ce monument. Trois sculpteurs y furent employés : Dominique Florentin, Jean Picard dit le Roux, et Richiel. Le premier, connu sous le nom de Dominique del Barbiere, vint s'établir à Troyes ; sa manière rappelait celle de Jean Goujon. Richiel habitait Pont-à-Mousson. Des mémoires et des comptes assurent que les dépenses montèrent à sept mille livres, somme considérable pour cette époque. Les cariatides, suivant une note dont nous ignorons fauteur, seraient dues principalement au ciseau de Richiel (ou Richier). Dominique, appelé dans la note Domenico Fiorentino, aurait eu la direction des travaux avec Jean Picard, de Fontainebleau, et ces deux artistes auraient sculpté les effigies du duc et de la duchesse. »

Cette opinion a été suivie par tous les historiens depuis Feriel, et nous la trouvons formulée d'une façon bizarre dans un livre fort bien fait d'ailleurs : « Les bas-reliefs furent exécutés par des artistes italiens, Jean Picard, Dominique de Florence et Richiel. » Prendre Jean Picard et Ligier Richier pour des Italiens serait une révélation assez imprévue, si nous ne connaissions de longue date l'ignorance naïve de nos historiens à l'égard des artistes nationaux, et leur parti pris d'attribuer apriori aux Italiens toutes les productions les plus françaises de la Renaissance.

Il faut bien le dire, malgré l'autorité de Feriel, qui, d'ailleurs, ne cite ni le texte ni l'origine de ces « mémoires et comptes », l'intervention de trois artistes de talent pour un seul monument ne laissait pas que d'inspirer une certaine défiance. L'opinion populaire n'aime pas à prendre de la peine; quand elle a oublié l'auteur légi-

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time d'une œuvre célèbre, elle lui donne volontiers plusieurs pères parmi les plus illustres, pour être sûre de ne pas se tromper et s'épargner l'embarras du choix. Comment justifier la collaboration de Richier au mausolée de Joinville? Passe encore, si on lui avait attribué les corps gisants de Claude et d'Antoinette; Richier excelle dans ces représentations funèbres, comme la figure de la Mort à Saint-Pierre de Bar-le-Duc, et l'effigie couchée de Philippe de Gueldres, aux Cordeliers de Nancy1. Mais la note citée par Feriel veut qu'il soit l'auteur des cariatides; or, deux de ces cariatides existent, nous les connaissons, et certes, le rude Lorrain n'a rien à voir dans cette facture délicate, raffinée, semi-italienne. Richier est un de ces vieux maîtres provinciaux dont j'ai parlé jadis 2, élevés dans l'esprit des anciennes corporations et refusant de se laisser griser par les Italiens, comme leurs confrères de Fontainebleau. Ennemi juré des formules à la mode, il conserve fièrement et sans alliage sa personnalité, son indépendance, la saveur propre de son terroir. C'est un gallican qui n'admet pas de compromis avec les ultramontains.

Un document nouveau, qui avait échappé jusqu'à ce jour à tous les historiens3, va nous édifier d'une façon complète et définitive sur le véritable auteur du mausolée. Le Journal encyclopédique du i5 octobre 1777

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