Vasari, Vie du Rosso
i22 ÉTUDES SUR L'ART ET LA CURIOSITÉ.
ville, les figures du musée de Chaumont et les bas-reliefs de M. Emile Peyre compteront désormais parmi les morceaux les meilleurs et les plus indiscutables du maître. Ils sont un nouvel honneur pour la Renaissance française, car Dominique fut presque un des nôtres. Élève de Fontainebleau, marié en France, mariant ses filles à des Français, mort et enterré à Troyes, sa patrie d'adoption, après avoir vécu en France près de quarante ans, le Florentin nous appartient par son éducation, par sa vie d'artiste, par sa famille, par ses œuvres, par son talent, par sa renommée. C'est un élève du Rosso converti par Jean Goujon, un Italien francisé.
LE
COFFRET DE L'ESCURIAL
onde par Philippe II en me'moire de la victoire de
1 Saint-Quentin, remportée le jour de la fête de saint Laurent ( 1 567), le monastère de San Lorenzo ou l'Escurial, comme on le nomma plus tard, était le plus merveilleux musée du monde. L'ensemble des bâtiments, comprenant le palais du roi et le monastère proprement dit, renfermait à la fin du xvic siècle des tableaux des plus grands maîtres de l'Italie, des Flandres et de l'Espagne, des statues de marbre et de bronze *, des meubles précieux et des cabinets magnifiques, des vases de jaspe, de lapis et de cristal de roche admirablement ouvragés, une bibliothèque pleine de livres rares et de manuscrits richement enluminés. Dans la chapelle, on comptait par centaines les calices, les ostensoirs, les chandeliers de vermeil et d'or, les chapes, les chasubles,
1. Parmi les objets d'art envoyés par Philippe II à l'Escurial, de 1571 à 1574 seulement, on compte trois Raphaël, dix-huit Titien, trois Rogier Van der Weyden, un Sebastiano del Piombo et une sculpture de Michel-Ange.
les dalmatiques de velours et de soie, brodées d'or fin et de perles. Plus de sept mille reliques de saints, que Philippe II recherchait de tous côtés avec un soin pieux, étaient renfermées dans des reliquaires d'argent et d'or, garnis de pierres fines1.
Pour entreprendre ces travaux, notamment la taille et la gravure des matières précieuses, le roi avait fait venir les maîtres les plus habiles de son duché de Milan* La renommée des lapidaires milanais était alors universelle et toutes les cours de l'Europe les mettaient à contribution. Ils savaient, dit un vieil auteur2, « tailler le cristal des montagnes avec une habileté sans pareille; ils le décoraient d'animaux, d'oiseaux, de pampres, de feuillages, de satyres, de guirlandes, de figures humaines, de trophées, de symboles et d'emblèmes pleins d'imagination et d'ingéniosité; parfois ces ornements étaient dorés ».
La colonie milanaise était installée à l'Escurial sous la direction de Giacomo da Trezzo, Milanais lui-même et le favori du roi ; elle comptait dans ses rangs le neveu de Giacomo qui portait le même nom que lui, Clémente Birago, l'un des inventeurs de la gravure en diamant, Misseroni, les Fontana, les Taverna, les Gambriago, auxquels il convient d'ajouter deux Florentins, Domenico Poggini, élève du fameux graveur Giovanni délie Gorniole, et son frère Giovanni Paolo.
Ces excellents artistes travaillaient non seulement pour le roi, mais encore pour sa famille et pour les plus riches seigneurs de la cour. La reine Elisabeth de France, fille
1. Description brève del monasterio de S. Lorenço, por el P. F. Francisco de los Santos, Madrid, 1657.