Les 19, 20, 21, 22 et 23 frimaire, an III
LES RESTES D'UN GRAND HOMME. i43
postérieure du crâne *, e'tait encore en place. S'emparant de ce masque, le soldat rentra dans l'église et le montra en triomphe aux spectateurs, ce qui fit croire, — c'était l'opinion de Lenoir, — qu'il avait lui-même coupé la tête du cardinal2.
Le masque avait été remis dans le caveau, lorsque le citoyen Cheval s'avisa de l'enlever à son tour ; ce bonnetier voulait avoir sa part des dépouilles et n'entendait pas qu'on violât quelque chose sans lui. Profitant d'une absence des ouvriers, il emporte le masque de Richelieu avec un morceau de linceul sous son manteau, et le cache dans une armoire de son arrièreboutique, malgré les protestations de sa femme que le nouveau venu effrayait tant soit peu.
Tout alla bien jusqu'au 9 thermidor ; mais alors l'héroïque bonnetier prit peur ; ses opinions étaient connues dans le quartier, il avait montré sa glorieuse dépouille à quelques amis ; si on allait l'arrêter ! Il confie ses inquiétudes à un client, l'abbé Nicolas Armez, le suppliant de le débarrasser d'une pièce aussi compromettante, L'abbé accepte pour éviter une nouvelle profanation, emporte le masque au fond de la Bretagne et le donne à son frère, habitant de Plourivo, dans les Côtes-du-Nord. Tout n'était pas fini : un jour, le nouveau propriétaire s'aperçoit que les insectes ont attaqué les chairs. Il fallait aviser au plus vite : un pharmacien de Rennes, le Sieur Hamon, consulté sur la matière, ne trouve rien de mieux que de badigeonner le tout avec un vernis jaune, en usage pour les prépara-
1. La même opération avait été faite à plusieurs autres têtes de ce même caveau.