‹ Études sur l'art et la curiositéChapitre 52 sur 56 · Voir la Galette des Beaux-Arts, Vf, 3e pér., p · texte numérisé non relu

Voir la Galette des Beaux-Arts, Vf, 3e pér., p

Histoire de la Reliure; avec Louis Marvy, pour la gravure de cinquante planches d'après Rembrandt; avec Théodore Chassériau, pour l'édition de son Othello.

Cependant les années s'écoulent, le Cabinet de l'Ama teur finit son quatrième volume et l'abonné se fait déjà tirer l'oreille. Piot fut-il trop impatient? J'ai dit qu'il avait de l'ambition et voulait arriver vite. Sa campagne du Cabinet de l'Amateur n'était pas encourageante, elle absorbait ses dernières ressources; ses éditions traînaient en longueur. Il fallait songer à l'avenir, ne pas s'entêter et s'arrêter à temps. Sans doute son œuvre était bonne, intelligente, utile, mais quoi ! elle arrivait avant l'heure, le public ne l'avait pas comprise; plus tard on pourrait la reprendre.

Bref, un matin, les souscripteurs furent avisés que la publication était suspendue; Piot réunit le peu d'argent qui lui restait et, laissant le Cabinet de l Amateur avec les éditions en train, il partit pour l'Italie. Il emportait une lettre du Ministre, qui le recommandait à nos agents comme « chargé d'une mission ayant pour objet de recueillir des renseignements sur la fonte des bronzes, l'orfèvrerie et les applications de l'art à l'industrie du xvc au xvie siècle ».

En 1846, la grande sculpture italienne du xve siècle n'avait pas encore fait parler d'elle. Quelques rares spécimens se rencontraient par hasard au Louvre ou ailleurs, mais sans ensemble, sans critique et sans his-

toire. Piot, lui-même, qui devait bientôt se faire le champion enthousiaste de ces inconnus de la veille, ne leur avait pas consacré une seule page de ses quatre volumes. Leur œuvre était restée tout entière en Italie; la meilleure part éparpillée çà et là, sans que le touriste eût même la chance de la rencontrer dans les galeries célèbres et obligatoires de son parcours, le reste traînant à l'aventure dans quelques cabinets d'antiquaires, chez le brocanteur ou l'entrepreneur de démolitions.

Tout d'abord, Piot ouvrit les yeux et fut captivé. Ces vierges exquises, souriantes et graves, ces enfants pleins de grâce dans leur gaucherie, ces médailles nerveuses et puissantes, ces bustes superbes d'une intimité profonde et d'une étonnante habileté, tous ces oubliés lui apparurent, dans leur ingénuité primitive, comme un monde nouveau qu'il découvrait le premier. Il était fait pour les comprendre; n'avait-il pas en lui je ne sais quelle parenté mystérieuse avec ces vieux maîtres, à la saveur saine, franche, un peu âpre, à l'âme délicate et farouche, qui passaient dans l'histoire solitaires et méconnus comme lui?

Sa récolte fut magnifique. Les plus nobles ouvrages de Donatello, du Verocchio, de Mino de Fiesole, gisaient à terre pêle-mêle avec les bustes de jardin, les fragments de marbre et les empereurs décapités. Heu reux temps où l'on n'avait qu'à se baisser pour ramasser des chefs-d'œuvre, où l'on trouvait, à la Fratta, le fameux bas-relief de Scipion pour quinze écus1?

Une première vente lui permit d'entreprendre coup

1. « Fratta, 4 settembre 1847. Si dichiara da me sottoscritto di aver venduto al SigT Eugenio Piot di Parigi, un semibusto in marmo a bassorilievo rappresentante un Scipione, di mia assoluta proprieta, per il

sur coup deux voyages. A son retour il en prépara une seconde, fit imprimer le catalogue et fixa la date au 23 février 1848; c'était jouer de malheur. La Révolution était venue et, du jour au lendemain, tout fut décommandé, commissaire-priseur, experts, affiches et catalogues. Il fallait bien, coûte que coûte, renoncer à l'Italie et aux belles conquêtes du xvc siècle; l'esprit était ailleurs.

C'est alors que le général Cavaignac l'appela près de lui. Godefroy était mort et le général n'avait oublié ni l'affection que Piot avait témoignée à son frère, ni les sacrifices qu'il avait faits pour le Journal du Peuple. Il lui offrit de l'attacher au secrétariat de la Présidence du Conseil. Piot entra en fonctions dès le mois de juin ; sa nomination officielle est du icr juillet 1848. Il resta à son poste jusqu'au 20 décembre.

De son court passage auprès du général, Piot laisse un souvenir émouvant : l'histoire des terribles journées de Juin racontée d'heure en heure, pour ainsi dire, par les documents mêmes qu'il avait sous la main. Voici les

pre\\o di scudi qaindici, e di esserne stato totalmente soddisfatto. En fede di che se ne riiascia il présente certificato.

« DOMENJCO MAVARELLI. »

« Florence, 8 octobre 1846. Je soussigné ai reçu de Monsieur Eugène Piot la somme de deux cents francesconi pour prix d'une Vierge en marbre en bas-relief1, d'une tête2, d'un buste qui représente le sénateur Salviati3 et d'un enfant tenant un écusson, tout cela en marbre et faisant partie de la collection des marbres du prince Borghèse; en outre, une tête de bronze4, une sonnette et une grande médaille de bronze qui représente le pape Alexandre VII. En foi de quoi, etc.

« Pierre Rusca. »

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