‹ Études sur l'Astrée et sur Honoré d'UrféChapitre 4 sur 16 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Jeunesse d’Honoré d’Urfé. Erreurs des biographes sur son amour pour Diane de Chàteaumorand. Sun prétendu voyage à Malle. Sa conduite pendant la Ligue.

C’est probablement en 1 584 qn’Honoré d’Urfé termina ses études au collège de Tournon. Il retourna alors au château de la Bâtie, où il passa quelques années au sein de sa famille, dans cette douce tranquillité d’esprit et de cœur qui précède ortlinairemeutle développement des grandes passions. Errant sur les rives du Lignon, s’abandonnant aux charmes de la rêverie et des promenades solitaires, il fécondait son imagination naissante par les souvenirs de ses études classiques et le spectacle ravissant de la nature. Il a décrit lui- même le bonheur de ces années de jeunesse dans quelques pages pleines de sentiment, qui servent de préface à la troisième partie de \ Aslrée. Nous ne pouvons résister au désir de prouver par une citation combien est vraie et profonde la sensibilité qu’Honoré a répandue çà et là dans ses écrits; sensibilité qui éclate surtout quand sa pensée se reporte aux souvenirs d’autrefois. T.a prose française n’avait pas encore fait entendre un langage si doux et

si harmonieux. Elle avait reçu de Montaigne la richesse, la précision, et une admirable justesse de rapport entre la pensée toujours claire, et l’expression toujours heureuse, originale, t/ioweae. Balzac allait lui donner la noblesse, la pompe et la solennelle majesté de la période; elle dut à Honoré d’Urfé cette molle abondance, cette rêveuse sensibilité , qui répand tant de charmes dans la lecture de certaines pages du Télémaque.

« Je te voue et te consacre, ô mon cher Lignon, toutes les douces pensées , tous les amoureux souspirs, et tous les désirs plus ardens, qui, durant une saison si heureuse, ont nourry mou âme (le si doux entretiens, qu’à jamais le souvenir en vivra dans mon cœur. Que si tu as aussi bi(!n la mémoire des agréables occupations que tu m’as données , comme tes bords ont été bien souvent les fidèles secrétaires de mes imaginations, et des douceurs d’une vie si désirable, je m’asseure que tu recognoistras aisément qu’à ce coup je ne te donne, ny t’offre rien de nouveau, et qui ne te soit désia acquis, depuis la naissance de la passion que tu as veüe commencer, augmenter et parvenir à sa perfection le long de ton agréable rivage; et que ces feux, ces passions, et ces transports, ces désirs, ces souspirs, et ces impatiences, sont les mesmes que la beauté qui te rendoit tant estimé par dessus toutes les rivières de l’Europe, fit naistre en moy durant le temps que je fréquentois tes bords, et que, libre

de toute autre passion, toutes mes pensées coinmençoient et finissoient en elle, et tous mes desseins et tous mes désirs se limitoient à sa volonté. Et si la mémoire de ces choses passées t’est autant agréable que mon ame ne se peut rien imaginer qui lui apporte plus de contentement , je m’asseure qu’el les te seront chères, et que tu les conserveras curieusement dans tes demeures sacrées, pour les enseigner à tes gentilles nayades, qui peut estre prendront plaisir de les raconter quelquefois, la moitié du corps hors de tes belles ondes, aux belles dryades et napées, qui le soir se plaisent à danser au clair de la lune parmy les prez qui esmaillent ton rivage d’un perpétuel printemps de fleurs. Et quand Diane mesme, avec le chaste chœur de ses nymphes, viendroit, après une pénible chasse, despouiller ses sueurs dans ton sein , ne fais point de difflculté de les raconter devant elles; et sois asseuré, ô mon cher Lignon , qu’elles n’y trouveront une seule pensée qui puisse offenser leurs chastes et pudiques oreilles. Le feu qui alluma cette affection fut si clair et si beau, qu’il n’eut point de fumée, et l’embrazement si pur et si net, qu’il ne laissa jamais noirceur après sa brusleure en pas une de mes actions ny de mes désirs ( i ). »

Mais quelle est cette beauté qui alluma, dans

(i) Préface de la troisième partie de

le cœur d’Honoré, des feux si purs et si constants? Presque tous les biographes, se copiant les uns les autres, ont écrit que ce ne pouvait être que la belle Diane de Châteaumorand; et ils ont bâti là-dessus une fable ingénieuse et roma-| nesque, d’après laquelle notre écrivain aurait! été la victime de l’amour et le héros fidèle d’une

passion malheureuse. Cette fable, qui n’a d’autre fondement que le double mariage de Diane de Châteaumorand avec les deux frères , Anne et Honoré d’Urfé, fut probablement imaginée par Patru(i), et adoptée par Huet ''a), Charles Perrault (3), Nicéron(4), Vigneul-Marville(5) (dom d’Argonne). Tous ceux qui ont eu à parler d’Honoré d’Urfé l’ont ensuite reproduite avec des corrections et des embellissements qui en ont fait un véritable roman, dont voici la substance:

« Il y avait, disent-ils, dans le Forez, une famille qui se distinguait entre toutes par l’anti-

[ï) Éclaircissement sur l’hiitoire d’Astrée , lom. II de ses oeuvres.

(a) Lettre à mademoiselle de Scudéry touchant Honoré d’Hrfé et Diane de Châteaumorand , dans le recueil de Dissertations publié par Tilladet, 1714, tom. Il, p. 7g.

( 3 ) Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant le xvn* siècle, a vol. in-8*>. Paris, 1701. Vol. II, p. 90.

(4) Mémoires pour servir à l’histoire des hommes illustres, tom. VI, p. 117.

( 5 ) Mélanges d" Histoire et de littérature, 1699-1 701, t. III, p. i 4 i.

quité de son origine et la grandeur de ses richesses. C’était la famille de Châteaumorand, qui, depuis longtemps, vivait dans une trèsgrande inimitié avec la maison d’ürfé. Jacques, père d’Honoré, fatigué de ces longues querelles, et désirant en détruire entièrement la cause, voulut, par une alliance, s’unir à cette famille riche et puissante. Il résolut donc de demander en mariage, pour son fils aîné, l’unique héritière des Châteaumorand ; et il n’eut pas de peine à l’obtenir. Mais, tandis qu’on s’occupait de ce mariage. Honoré eut occasion de voir souvent l’épouse future de son frère, et d’avoir avec elle de nombreux entretiens. Épris d’abord par la grâce et la beauté de Diane, et bientôt enflammé, au delà de tout ce qu’on peut dire, par l’amour qu’elle lui inspira, il parvint enfin à se mettre dans ses bonnes grâces, en lui faisant une cour assidue; tellement qu’il était toujours auprès d’elle, et qu’il lui parlait sans cesse de son amour avec un langage dont les larmes redoublaient l’éloquence. Jacques d’Urfé , ayant deviné cet amour, et craignant que cette passion ne vînt contrarier ses desseins, fit partir pour Malte Honoré, qui était déjà chevalier de Saint-Jean de Jérusalem , et maria aussitôt Diane à son fils aîné ( I ). »

(i] Nous avons traduit cette page de \ Athenceum Massiliensf, p. 3 o2.

Il est fâcheux, pour tous ceux qui aiment les aventures extraordinaires, que cette histoire ne soit qu’un roman. La passion d’Honoré , son exil , sa longue constance , la patience avec laquelle il attendit que son frère fût dégoûté de Diane pour en faire lui-mcme sa femme, ses tristes regrets et ses douloureux ennuis qu’il aurait lui-méme chantés dans son poème de Sireine: tout cela était bien fait pour toucher les cœurs sensibles et exalter les imaginations. Aussi la passion d’Honoré et la beauté de Diane ontelles été célèbres pendant tout le xvii' siècle; elles ont même fourni le sujet d’un petit roman ou plutôt d’une nouvelle, dans laquelle l’auteur a développé les faits dont nous venons de donner la substance (i).

Mais, quand on examine ces faits avec quelque attention, on reste surpris que les biographes aient mis tant de temps à en reconnaître la fausseté. En effet, M. Bernard est le premier qui se soit aperçu que le mariage d’Anne d’Lrfé ayant été célébré en 'J impossible d’ad-

(i) Cette nouvelle se trouve dans un petit volume in-ia, intitulé : Anecdotes galantes , ou Histoire des amours de Grégoire yil , du cardinal de Richelieu , de la princesse de Condé et de la marquise d'Urfé. Cet ouvrage, <|ui est assez rare, est attribué à mademoiselle Durand. Il a été imprimé à Cologne, chez Pierre le Jeune, en 1700; le titre a été rafraîchi en 1 70a.

mettre qu’Honoré, alors âgé de six ou sept ans, ait pu concevoir une violente passion pour sa future belle-sœur. Or, le mariage d’Anne d’Urfé, généralement placé en iSyG, a eu lieu au plus tard en 1 574 (i). L’estimable historien des d’Urfé établit cette date par des preuves qui , sans présenter tous les caractères de la certitude, ne laissent pas que d’étre ingénieuses et satisfaisantes. U’après lui, Anne d’Urfé, qui aimait éperdument Marguerite Caste, dame de Luppé, qu’il a célébrée dans sa Diane, sous le nom de Carite, n’eùt pas laissé passer l’occasion de se marier avec elle, lorsque, veuve du seigneur de Montrond, mort le 3 i mars 1574, elle épousa peu de temps après, en secondes noces, le baron de Bressieu. « Amoureux comme il le fut toute sa vie de sa chère Carite , Anne n’eût pas manqué de l’épouser lorsqu’elle fut libre, s’il l’avait été lui-méme. La date de ce mariage, ainsi fixée, explique aussi pourquoi Anne n’éprouva aucune

(i) Il est certain que ce mariage fut célébré avant l’an 1577. Du Verdier, en dédiant à Anne d’Urfé ses Diverses Leçons, le qualifie baron de Châteaiimorand , titre qu’il n’eut que par son mariage avec Diane, et cette dédicace est de l’an 1577. Mais on a lieu de croire que ce mariage se fit du vivant de Jacques d’Urfé, son père, et conséquemment qu’il fut antérieur au a 3 octobre i574, qui est l’époque de la mort de Jacques, suivant son épitaphe rapportée par la Mure, dans sa Chronique de la très dévote abbaye des religieuses de .Sainte-Claire de Montbrison. ( Moréri.)

difficulté à obtenir dans cette méme^ année 1674, et malgré sa jeunesse, la charge de bailli de Forez, que la mort de son père laissait vacante ( 1 ). »

Lors même que nous accepterions la date que les biographes donnent au mariage d’Anne d’Urfé, nous n’en serions pas moijts autorisés à conclure que l’amour d’Honoré pour la fiancée de son frère n’est qu’une fable qui ne peut supporter le plus léger examen. En effet, à l’époque du mariage d’Anne, Honoré aurait eu neuf ans ; Diane en avait treize environ (2). Peut-on supposer, dans un âge aussi tendre, une passion tellement violente, qu’elle aurait alarmé la prudence de Jacques d’ürfé? Le prétendu voyage de Malte ne repose pas sur des preuves plus solides que l’amour d’Honoré pour Diane avant le mariage de son frère. Bien loin d’être en âge rd’ aller à Malte, prêter le serment de l’Ordre, comme ou l’a supposé. Honoré pouvait tout au plus entrer au collège de Tournon , où nous le retrouvons en i 583 .

Quelle était donc cette femme dont le souvenir vivait encore dans le cœur d’Honoré au ino-

(1) Les d’Urfé, p. 98.

(2) L’âge de Diane, à l’époque de son mariage, nous est connu par le bref du pape, qui déclare nulle l’union contractée par Anne d’Urfé. L’original de cette pièce intéressante, datée de Rome, aux ides de janvier iSyS, se trouve dans un manuscrit de la bibliothèque de Lyon (n" 126/1).

Dinit:. r : : .y GoOgIc

ment où il écfivil la préface delà troisième partie Aslrée? Elle s’appelait mademoiselle de la Roche-Turpin. Dans un sonnet adressé par Anne d'Urfé à cette dame, nous trouvons' le titre d’un poème qu’Honoré avait écrit sous l’inspiration de ce premier sentiment. Il était intitulé Le triomphe ^fa/wowr.Quant à sa passion pour Diane deChâteaumorand,nousverronsplus tard qu’elle n’a jamais existé; et qu’alors même que Diane futdevenue libre, bien loin de voler à elle comme à l’objet de sa constante passion. Honoré ne l’épousa que pour des motifs d'intérêt, afin de ne pas laisser sortir de la maison des d’Urfé l’opulent apanage qu’elle avait eu pour dot. Honoré fit un véritable mariage de raison (i).

Après avoir passé quelques années dans ces douxlcûsirs. Honoré d’Urfé se trouva tout à coup jeté au milieu des discordes sanglantes de la Ligue. Depuis le commencement des guerres de religion, le Forez n’avait pas eu à .souffrir, plus que les autres provinces , de tous les malheurs que les dissensions civiles entraînent après elles. IjCs guerres qui désolaient le reste de la France n’avaient pas produit une grande agitation dans

(i) Le drâir que nous avons eu de réfuter ici tout ce que les biographes ont inventé touchant ramoiir d’Honoré pour Diane, nous a fait un peu anticiper sur les événements; car le mariage d’Honoré ne se fit qu’après la fin des troubles de la Ligue.

le pays situé entre la Loire et le Rhône, et quelques prises d’armes ayant surtout “pour objet d’arrêter les troupes errantes des reîtres ou des religionnaires , avaient été les seuls événements un peu remarquables depuis le commencement des troubles. Dansces luttes éparse^et passagères, qui n’étaient que le prélude d’une guerre si meurtrière et si désastreuse, les d’Urfé avaient joué le principal rôle, et leur 'résistance active et soutenue n’avait pas peu contribué à préserver la province des discordes civiles , et à arrêter les progrès de l’hérésie.

Mais lorsque après la bataille d’Auneau,où le duc de Guise avait battu complètement l’armée des reîtres venus au secours de leurs coreligionnaires de France , Châtillon traversa lé Forez pour aller rejoindre dans le Vivarais leiprotestant Chambaud , le passage de ces bandes aguerries, redoutables encore dans leur fuite, donna dans tout le pays le signal de la guerre et de l’insurrection. Les esprits, une fois émus, ne pouvaient être facilement calmés. Les nouvelles arrivées de Paris et des autres provinces entretenaient dans le Forez une agitation toujours menaçante, qui n’attendait qu’une occasion pour éclater et se convertir en guerre déclarée. Cette occasion se présenta bientôt. Le duc de Guise et son frère le cardinal venaient d’être assassinés aux états de Blois. Henri III, pour défendre une couronne dont il ne pouvait supporter le poids,

avait eu recours à la violence et à la trahison , armes ordinaires de la faiblesse. cette nouvelle les catholiques prennent les armes; Lvon se déclare pour la Ligue m); et la plupart des seigneurs forésiens s’empressent d’offrir leurs services à cette ^hideuse cité.

Il serait difficile de se rendre compte des événements accomplis dans le Lyonnais et dans le Forez, à partir de l’année iSSg jusqu’à l’année i5ç|6, si l’on ne cherchait à comprendre les intentions et le but des personnages qui jouèrent un rôle dans ce drame sanglant. I.a plupart des seigneurs qui avaient embrassé le parti de la Ligue obéissaient à des convictions religieuses fortement enracinées dans les coeurs, et qui ne leur permettaient pas de ti*ansiger avec la cause d’un prétendant hérétique, et d’un roi qui, après s’étre déclaré le chef de la sainte Ligue, semblait depuis quelque temps être devenu lui-même le fauteur de l’hérésie. Nous ne chercherons pas à justifier le principe même d’une guerre qui avait pour objet de noyer dans des flots de sang lapins sainte des libertés, celle des consciences; mais il nous serabien permis dedire que les motifs qui firent prendre les armes aux gentilshommes forésiens et lyonnais avaient un côté noble et chevaleresque. Ces gentilshommes défendaient la foi de leurs pères, attaquée par les

(i) Le «4 février i58ÿ.

prédications des religiunnaires , et par les armes de quelques fougueux sectaires. Le baron îles Adrets avait laissé à Montbrison des traces de sang et de feu qui ne s’étaient pas encore effacées (i).

Les seigneurs qui s’engagèrent dans la Ligue ne comprirent pas qu’ils se faisaient les instruments de l’ambition démesurée du jeune duc de Nemours, qui ne prétendait à rien moins qu’à la couronne de France, et de la cupidité hypocrite des écbevins de Lyon, qui trahissaient au besoin la cause sainte, toutes les fois qu’ils craignaient de voir souffrir leur commerce ou leur industrie. Une intelligence parfaite ne pouvait s’établir au milieu d’intérêts si opposés. Plus d’une fois la commune lyonnaise devintsuspecteaux ligueurs, et, malgré toutes les protestations de franchise et d’amitié prodiguées dans les conférences qui avaient pour but de rétablir l’harmonie, chacun avait son arrière-pensée , chacun se tenait sur ses gardes.

(i) Le baron des Adrets saccagea Montbrison le i/i juillet i56a. Anne d’llrfé,danssa description du Forez, rappelle un souvenir de cette catastrophe. Nous le reproduisons ici dans son orthographe naïve : « Là estoit ceste tour si haulte, ou se (sic) cruel baron des Adret/, fict sauter lesieur deMontcelard et plusieurs aultrcs après la prise de la ville faite le i4 juillet i56a; en laquelle ils firent un si furieux ravage (pie les marques sont pour en estre perpi'tuelles. >< (Les d'Urfé, p.

( kl\ )

Mais lorsque ranibition du duc de Nemours se fut démasquée parla prise de Montbrison, ville qui avait toujours soutenu la Ligue, et où commandait Anne d’IJrfé; lorsque, dans le but de se rendre indépendant, il eut fait fortifier cette place, pendant que le marquis de Saint-Sorlin , son frère, s’emparait de quelques autres fortes positions; on vit la noblesse de la province et les bourgeois de I.yon se rallier à la cause royale qu’ils avaient combattue avec tant d’acbarnement. L’abjuration de Henri IV et l’habileté de ses éntiissaires amenèrent un résultat qu’avaient préparé l’indignation causée par l’audacieuse tentative du duc de Nemours, et le sentiment un peu confus, il est vrai, mais puissant déjà, de l’unité nationale. Dans le mois de janvier 1696, l’édit de pacification donné par Henri IV fut publié à Lyon par le gouverneur de la Guiche, et le calme fut rétabli.

Anne d’Urfé avait joué pendant la guerresainte un rôle actif et important. Il avait presque toujoiirs tenu la campagne, et on l’avait vu successivement porter l’appui de son nom et de ses armes dans le Forez, dans le Lyonnais, dans le Velay, dans l’Auvergne et dans le Bourbonnais. Après l’attaque du duc de Nemours contre la ville de Montbrison, il embrassa le parti du roi, et ne contribua pas peu à la soumission du pays.

[>es services qu’Honoré d’Urfé rendit à la Ligue, ne furent pas aussi importants que ceux

de son frere. Ce n’est pas qu’il apportât à la défense de cette cause moins d’ardeur et moins d’activité; mais tandis que son frère, toujours placé à la tête des troupes, dirigeait les opérations. Honoré, n’ayant avec lui que quelques soldats, tout au plus quelques compagnies, ne trouvait que rarement l’occasion de se signaler. 2 mai 1 5 go, les royalistes ayant fait irruption dans le midi de la province , il écrit aux échevins de Lyon : « Messieurs les échevins et consuls de la ville de Lyon , je vous supplie de laisser sortir de vostre ville quatre pacquets d’estoffes au sieur Mathieu Falgard, marchand de nostre ville, ayant charge de M. Jehan Hure, armurier, affin qu’il ayt moyen de promptement parachever les cuirasses et plastrons que je lui ay commandé, tant pour moi que pour armer ma compagnie, qui est acheminée pour le secours de la ville du Bourg-Argental , et pour me servir en toutes autres occasions qui se présenteront pour la tuition et conservation de ceste province de Forez, pour l’obéissance de M. le marquis d’Urfé, mon frère, et en l’ohéissance de la saincte union, et m’asseurant que me l’accorderez, pour la grande nécessité où nous en sommes, je vous baise les mains, en mesme volonté que je vous suis vostre bien humble et très-affectionné à jamais. Le chevalier r/’UnFé ( 1 ). »

(i) Les d'Urfé, |i. '^84. M. Bernartl u publié dans son

Nous retrouvons Honoré d’Urfé au siège du château d’Espaly, dont la prise pacifia le Velay pour quelque temps (i). Il resta toujours attaché à la fortune du duc de Nemours, et ne l’abandonna pas même lorsque Anne son frère, irrité de la prise de Montbrison, se fut détaché de la Ligue pour embrasser la cause royale. Une seule fois. Honoré d’Urfé sembla trahir le parti qu’il avait toujours soutenu. Le duc de Nemours était prisonnier au château de Pierre-Scise , et le marquis de Saint-Sorlin ravageait la campagne autour de Lyon , pour forcer la ville à reiidre la liberté à son frère. Honoré, qui s’était laissé entraîner dans le mouvement royaliste, s’empara de Sury-le-Comtal , pour forcer le marquis à s’éloigner de Lyon, et à courir à la défense d’une ville qui tenait encore pour le duc de Nemours. Sury-le-Comtal , qui était presque sans défense, ne put résister au canon de Saint- Sorlin , et Honoré fut obligé de l’évacuer.

Le duc de Nemours étant parvenu à s’échap-

volume un recueil de 4i lettres écrites du temps de la Ligue par les d’Urfé. Cette correspond.ance, dont les originaux se trouvent dans les archives de Lyon, jette le plus grand jour sur les événem(mts de cette époque à Lyon , et dans les provinces voisines.

(i) Le château d’Espaly est situé à peu de distance du Puy. C’est là que, après la mort de son père , Charles VII fut proclamé roi par quelques serviteurs fidèles, tandis que les Anglais triomphaient à Paris.

per de sa prison, continua pendant quelque temps encore à soutenir une cause désespérée. Honoré d’Urfé, séduit par les qualités brillantes du prince, sa bravoure, sa générosité, son caractère aventureux et chevaleresque, n’avait pas tardé à se rattacher à sa fortune. Il lui avait donné des preuves de dévouement à l’époque où tout semblait permis aux ambitieuses espérances du frère des Guises; il lui resta fidèle dans le malheur, quoiqu’il prévît bien que sa constance le mettrait en disgrâce à la cour de Henri IV. En effet , la cause de la Ligue était entièrement perdue. Lyon ouvrit ses portes aux troupes royales le 7 février i5g4; les villes voisines imitèrent son exemple, et Henri IV, après de si violentes tempêtes, put faire briller sur toutes les parties de son royaume les rayons bienfaisants de sa clémence et de son amour.

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