DE L ATTICIS.ME DE LYSIAS
Beaucoup de simplicité et de naturel, un degré remarquable de précision et de clarté, une gracieuse élégance : tels sont en résumé les traits principaux du talent de Lysias. Gomment ces qualités ont- elles suffi pour faire de lai l'écrivain attique par excellence, pour établir une sorte de parenté entre lui et des hommes comme Sophocle, Platon, Phidias, dont la gloire a justement éclipsé la sienne, et pour lui mériter une place à côté d'eux comme représentant du génie athénien?
C'est qu'en effet il n'y a rien de plus athénien que le goût, la finesse et la netteté d'esprit. Le peuple d'Athènes, formé par l'habitude du commerce et des affaires, actif et intelligent, s'exprimant bien lui-même, saisissait d'instinct avec une égale délicatesse la justesse d'une expression et la vérité d'un sentiment; en même temps l'aisance et
le naturel étaient auprès de lui les conditions suprêmes de succès : il condamnait par un sourire impitoyable les efforts maladroits et le fracas d'une ambition impuissante. Pour lui appliquer une expression toute française , il n'aimait pas les phrases. Jamais il ne put être séduit par la pompe du genre asiatique, née, selon Quintilien l, de l'ignorance du mot propre. Ces effets outrés, ces couleurs mal nuancées et fatigantes par leur éclat monotone, ces périphrases sonores et ces périodes chargées répugnaient à la délicatesse et à la vivacité de son esprit. Si un instant son goût se laissa égarer par les sophistes, ce qui l'éblouit, ce fut surtout l'agilité de leur dialectique et leur science des mots : il prit plaisir à regarder ce jeu subtil des idées, ces surprises du raisonnement, et la souplesse d'une langue qui suivait sans effort ces rapides évolutions.
Il est curieux de voir comment les Athéniens ont pu concilier la haine des phrases et l'amour du beau langage, allier l'esprit pratique à l'esprit poétique, c'est-à-dire au culte des arts et des muses (r?) Mouffixîj). L'imagination chez eux était précise par sa puissance même. Ce n'était pas un transport violent, ce n'était pas cette lutte ardente de l'âme déchue et captive dont l'allégorie du Phèdre nous