Dialogues sur l'Orateur, III, XI
« l'emportera facilement, par la juste et douce har- « morne de son langage, sur les maîtres asiatiques « les plus brillants et les plus habiles. » On a mille fois répété l'anecdote de Théophraste et de la marchande d'herbes qui le reconnut pour étranger à son affectation d'atticisme l. Ainsi l'atticisme était un produit naturel du sol qui en fut prodigue pour tous ses enfants, avare pour tous les autres.
L'universalité de ce don précieux eut une conséquence importante : l'orateur, pour être éloquent, n'eut pas besoin de s'éloigner beaucoup des habitudes de l'homme du peuple ; il parla toujours la ,même langue : il put donc toujours rester simple et naturel. En même temps la foule, moins grossière qu'à Rome, le comprenait et le jugeait au point de vue littéraire, et c'était là en grande partie, un bienfait de la langue elle-même; car si les qualités naturelles des Athéniens avaient fait le mérite de leur langue, celle ci exerçait à son tour une influence quotidienne sur chacun d'eux, et conservait à leur esprit une délicatesse particulière, en le familiarisant, par les mots du langage usuel, avectoutesles nuances des idées. Heureux peuple, où le sens des beautés intellectuelles était un don naturel et commun à tous ! Et quelle ne fut pas, aux yeux des Athéniens, la valeur de l'homme qui