‹ Études sur l'éloquence attiqueChapitre 34 sur 51 · Rhéteurs grecs, édit. Walz, t. III, p · texte numérisé non relu

Rhéteurs grecs, édit. Walz, t. III, p

2. Instit. Or., x, 1, 77 : a Minoribus causis, ut non dixerim utilior, magis par. »

juger en quelques mots, et aussi parce qu'ils ont constamment devant les yeux, comme modèle suprême de l'éloquence, Démosthène ou Cicéron. Ce qu'ils se représentent, même en s'occupant des autres, ce sont les images triomphantes de ces maîtres de la tribune antique ; c'est cet état de leurs âmes qui, possédées par le sentiment de la vérité et par la passion, déploient, comme à leur insu et sans limites, leurs puissantes facultés; c'est cette domination de leur parole qui, pénétrée tout entière par l'inspiration, multiplie et condense ses effets au point de s'imposer souverainement à un auditoire, et offre ensuite aux admirations de l'école des exemples qui seraient moins parfaits, s'ils n'avaient été trouvés qu'à force d'esprit et de science. Ehbienl il est très-probable que ces juges expérimentés ont eu raison de penser qu'Hypéride était resté sur le seuil de ce monde supérieur de l'éloquence. Et ce n'était point par défaut d'imagination ni par froideur de tempérament; mais sans doute sa nature, mobile et ardente, n'était pas capable de cette émotion profonde et soutenue qui demande autant de force que de sensibilité et qui seule donne à l'éloquence toute sa grandeur.

Faut-il pour cela prendre à la lettre les appréciations dédaigneuses qui viennent d'être rappelées? Nullement. Au-dessous de Démosthène et même de Cicéron, il y a encore plus d'une place honorable

pour des orateurs pathétiques. Ce dernier, dont la critique est plus générale et moins dogmatique que celle de Quintilien, se représente autour d'Hypéride un auditoire livré aux émotions les plus vives et les plus diverses *. Rien n'empêche de croire quïl en ait été souvent ainsi, qu'Hypéride ait eu hien des élans passionnés, prononcé bien des paroles vraiment éloquentes. Nous le savons d'ailleurs par nous-mêmes, sans avoir besoin d'interroger les témoignages anciens, l'invective était amère et violente dans sa bouche, et la colère ouïe dévouement pouvaient lui fournir des phrases véhémentes et impétueuses. Nous en lisons encore les preuves dans les restes de ses discours contre Démosthène et contre Aristogiton. Mais c'est surtout dans l'oraison funèbre prononcée sur la tombe des morts de la guerre Lamiaque, que nous pouvons apprécier les nobles et pathétiques accents que lui inspirait le patriotisme. Ici les exemples ont d'autant plus de valeur que nous les voyons à leur place et avec l'effet qui leur est propre au milieu d'une œuvre entière et complète, et ils sont d'autant plus concluants que l'éloquence d'apparat semblait moins se prêter à de pareils mouvements. Ce qui fait précisément le prix singulier de ce morceau, c'est que sous la parure brillante qui convenait à un discours

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