Législateur
AU
les qualités incontestables qu'on y remarque, ne présente rien, ni dans le ton, ni dans l'expression, qui paraisse assez fort pour en balancer l'effet, on pourrait concevoir qu'Hypéride n'eût pas réussi dans celte occasion à faire acquitter son client.
On admettrait beaucoup plus difficilement le même résultat pour la défense d'Euxénippe, car ce petit plaidoyer est un vrai chef-d'œuvre, et l'on y sent une confiance et une certitude anticipée du succès qu'on ne peut s'empêcher de partager. Ici, quelques traductions plus étendues et une analyse partielle sont indispensables, surtout pour rendre sensibles certaines qualités de composition qui étaient pour beaucoup dans le talent de l'orateur.
L'affaire d'Euxénippe est d'ailleurs intéressante, au moins par sa singularité. Elle se rattachait à la fois à des faits politiques d'une certaine importance, à des superstitions religieuses, et à des côtés curieux des mœurs et des institutions athéniennes. Après H bataille de Chéronée, PL 'lippe avait adjugé aux Athéniens la ville d'Oropos et son territoire, objets d'éternels débats entre Thèbes et Athènes. En vertu d'un décret du peuple, on avait dû diviser en cinq lots les collines qui formaient ce territoire, afin de les distribuer par la voie du sort aux dix tribus ; il y avait deux tribus pour chaque lot, qui devait être leur propriété commune. Cin-
quante citoyens avaient été chargés de déterminer les limites. Il paraît qu'on ne tint pas compte de leur travail ; car, malgré leurs pieuses réserves, on comprit dans le tirage au sort une colline qui appartenait au héros Amphiaraûs. Elle échut aux tribus Acamantide et Hippothoontide, qui eurent le temps de tirer un revenu de leur nouvelle propriété. Cependant la religion du peuple s'émut. On se demanda s'il n'y avait pas eu une usurpation sacrilège, et, pour éclaircir ce doute, on envoya Euxénippe, homme riche et considéré, avec deux autres citoyens, coucher dans le temple d' Amphiaraûs. Euxénippe revint dire au peuple qu'il avait eu la nuit une vision, et que le héros réclamait son bien. En conséquence, Polyeucte de Cydantides, un autre que l'orateur plus connu, qui était de Sphette, proposa que les tribus Acamantide et Hippothoontide rendissent au dieu son domaine, avec l'argent qu'elles en avaient retiré. Il proposa, en même temps, que les deux tribus ainsi dépouillées de leur lot fussent indemnisées par les huit autres. Rien de plus juste, à ce qu'il semblerait, que ce dédommagement. L'assemblée n'en jugea pas ainsi. Soit qu'il y eût eu de leur part des manœuvres ou une précipitation coupables, soit que les autres fussent peu disposées au partage, soit enfin que les lois religieuses n'admissent aucune considération de justice humaine, les deux tribus n'obtinrent pas la
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compensation proposée en leur faveur : « Elles durent s'estimer heureuses , dit Hypéride , en faisant au dieu la restitution, de n'y pas ajouter une somme d'argent. » Quant à Polyeucte, accusé d'avoir rédigé un décret illégal, il fut condamné à une faible amende. Il se contredisait lui-même, lui reprochait-on : s'il contestait aux deux tribus la légitimité de leur possession, comment pouvait-il réclamer en leur faveur une indemnité ?
Irrité de cette condamnation, Polyeucte s'en prit à Euxénippe, comme à la cause de toute l'affaire. Il l'accusa d'avoir fait un rapport mensonger, et le dénonça au tribunal comme criminel envers le peuple : c'était, comme dans le procès de Lycophron, une accusation de haute trahison. La condamnation pouvait entraîner la mort et la privation du droit de sépulture sur le territoire de l'Attique. Polyeucte grossit l'imputation principale d'autres griefs, destinés à passionner les juges. Il reprocha à Euxénippe une complaisance coupable pour Olympias, certains actes ou certaines habitu des de sa vie privée, enfin, l'origine de sa fortune, dont une partie au moins consistait en revenus tirés de mines d'argent. Polyeucte se fit assister dans son rôle d'accusateur par Lycurgue ; ce qui n'empêcha pas Hypéride, malgré les considérations de parti, de se ranger encore du côté opposé ; et même cette fois, il fut plus ouvertement en lutte avec son ami
politique, car il consentit à parler lui-même en second pour Euxénippe. Son plaidoyer est donc ce que les Grecs appelaient une deutérologie. Alors âgé d'une cinquantaine d'années , il apportait dans cette affaire l'autorité bien établie de sa parole et de son caractère politique.
Il s'appliqua particulièrement à faire ressortir l'irrégularité d'un pareil procès, en montrant que les délits imputés à Euxénippe ne rentraient pas dans la définition de la loi sur les accusations de haute trahison. C'est de là qu'il tira toute la première partie, la conclusion, et, en général, tout le plan de sa défense. Il y rattacha une exposition partielle des faits de la cause, et la discussion des charges étrangères à l'acte d'accusation, sur lesquelles Polyeucte avait été obligé d'insister plus que sur le fond du procès. En repoussant ces charges, il passa très-légèrement sur celles qui avaient rapport à la vie privée de l'accusé, et ne fit que compléter ce qui avait été dit dans le premier discours, sur la possession ou l'exploitation des mines d'argent. Ce qu'il s'attacha le plus à combattre, ce fut l'accusation de flatterie aux Macédoniens. Il est probable que ce point important lui avait été réservé, à cause du crédit que ne pouvaient manquer de lui donner auprès des juges ses sentiments bien connus à l'égard de la Macédoine. Voici son début :
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« En vérité, juges, comme je le disais tout à l'heure à ceux auprès de qui j'étais assis, je m'étonne que vous ne commenciez pas à vous fatiguer de vous voir déférer de pareilles affaires, comme des crimes de haute trahison. Auparavant, quand on appelait votre sentence sur des procès de ce nom, il s'agissait d'hommes tels que Timomaque, Léosthène, Gallistrate, Philon l'Anéen, Théotime. celui qui a perdu Sestos. L'accusation portait, soit qu'ils avaient livré à l'ennemi les vaisseaux ou les villes des Athéniens, soit qu'ils n'avaient pas dans les assemblées donné au peuple les meilleurs conseils ; et, ni aucun de ces cinq accusés, ni beaucoup d'autres dans la même situation, n'ont osé paraître au tribunal, mais ils se sont éloignés de la ville par un exil volontaire. Il était rare alors de voir un accusé de haute trahison se présenter devant les juges : tant étaient graves et d'une évidence éclatante les actes pour lesquels on réservait ces accusations. Aujourd'hui, ce qui se passe est vraiment risible : Diognide et Antidore le métèque sont dénoncés comme criminels d'État, parce qu'ils donnent aux joueuses de flûte plus que ne le veut la loi ; Agasiclès, du Pirée, pour s'être fait inscrire dans le dème d'Halimuse ; Euxénippe , pour ce qu'il dit avoir vu en songe. Assurément, rien de tout cela n'a le moindre rapport avec la loi sur les procès de haute trahison. »
C'est le bon sens même qui semble dire par la bouche d'Hypéride que la législation athénienne n'admet pas l'accusation. « Cependant, ajoute-t-il avec force, il faut, contrairement à la prétention de Polyeucte, tenir compte avant tout des lois. Pour moi, c'est la première chose dont je croie devoir parler, et, s'il est un point sur lequel je pense qu'on ne saurait trop s'étendre, c'est la nécessité d'assurer l'exécution des lois dans la république, et de n'ouvrir les tribunaux aux procès de haute trahison, comme à tous les autres, que conformément aux lois. » Viennent ensuite le lieu commun bien connu sur les différentes juridictions déterminées par la législation, puis une discussion particulière sur la loi de haute trahison, dont un article, fait-il remarquer, concerne spécialement les orateurs, et c'est toute justice : car les périls dont ils sont menacés sont le prix des honneurs et des avantages que leur vaut l'exercice de la parole. Cette manière de proclamer leur responsabilité, en même temps que la générosité du peuple, leur maître tout-puissant, est de bon goût de la part d'un orateur ; aussi Hypéride revint-il plus tard sur cette idée dans son accusation contre Démosthène. Ici elle est d'autant mieux à sa place, qu'il s'agit de défendre un citoyen non orateur contre une assimilation injuste. La conclusion de ce développement est empreinte d'un caractère particulier d'évidence et de netteté :
« ... Et cependant l'intrépide Polyeucte intente une accusation de haute trahison, et dénie aux accusés le droit d'invoquer la loi qui régit ce genre de procès. Tous les autres accusateurs, quand ils croient devoir ravir d'avance à la partie adverse ses moyens de défense, engagent les juges à refuser de l'écouter si elle s'écarte de la loi, à lui fermer la bouche et à faire lire le texte qu'elle oublie : toi, au contraire, tu penses qu'il faut enlever à Euxénippe la faculté de recourir aux lois dans sa défense. »
Une discussion vive et facile répond à une autre prétention de Polyeucte, qui voulait qu'il ne fût permis à personne de prêter son appui àEuxénippe ni de l'aider de sa parole. Ceci est contraire à l'esprit libéral de la législation athénienne, contraire aux exemples de l'accusateur, qui dans un autre procès a demandé dix défenseurs, parmi lesquels se trouvait Hypéride lui-même, et qui maintenant encore se fait appuyer par Lycurgue. « Et dans le procès actuel, quelles facilités n'as tu pas prises? N'as-tu pas accusé autant que tu voulais? N'as tu pas appelé, pour accuser avec toi, Lycurgue, qui ne le cède à personne pour l'éloquence, et qui passe, aux yeux de ceux-ci (les juges) pour un citoyen modéré et honorable? Ainsi tu as le droit d'appeler des défenseurs quand tu es accusé, de faire entendre des accusateurs auxiliaires quand
tu accuses, toi qui es capable, non-seulement de parler pour toi-même, mais de créer de l'occupation à tout l'État, et, parce qu'Euxénippe n'est pas un orateur, parce qu'il est âgé, ses amis et ses parents ne pourront pas venir à son secours, ou sinon, ils seront en butte à tes calomnies! Oui, par Jupiter! car ce qu'il a fait est de la plus grande gravité, mérite la mort, comme tu dis dans ton accusation?... »
Ces derniers mots servent de transition à une courte exposition des faits qui ont précédé et amené le procès. Avant, d'aborder cette exposition, on voit quel chemin Hypéride a su faire dans l'esprit des juges, et quelles impressions il y a déjà déposées, en particulier au sujet de l'accusateur. Polyeucte n'est pas son ennemi ; comme il vient de le rappeler, ils sont de la même tribu et il l'a soutenu dans une autre affaire : aussi ne déploie-t-il contre lui aucune violence. Mais comme il fait sentir par l'ironie protectrice de ses éloges son avantage sur ce confrère plus jeune et moins illustre ! Comme il juge de haut l'éloquence et l'importance politique de Polyeucte, et jette habilement la défaveur sur son rôle actuel, sur cette agression sans générosité et sans bravoure ! Ces impressions vont se fortifier encore en même temps que l'argumentation avancera; mais Hypéride gardera le même ton d'aisance et de supériorité, ne mêlera aucune amertume
ses reproches ou plutôt à ses leçons ; ce sera d'une main aussi légère et avec la même facilité qu'il frappera ce débutant dans la carrière politique et fera justice de son importance subalterne. Ce genre d'attaque par l'esprit, où il n'y a aucun déploiement de force, et où les coups ne sont pas moins sûrs pour être ménagés en apparence ou portés en passant, est cité par Longin au nombre des ressources particulières d'Hypéride.
Après avoir rappelé la déconvenue et la condamnation de Polyeucte, l'orateur, en quelques mots vifs et rapides, y montre la vraie cause du procès, fait voir l'énormité des représailles dont Euxénippe serait la victime innocente, et passe à la discussion de ce qui concerne les rapports de l'accusé avec Olympias. Il faut citer tout ce passage, qui est, sans contredit, le plus important du plaidoyer :
« Si tu avais été acquitté, Euxénippe n'aurait pas outragé le dieu par un mensonge ; mais, comme tu as eu le malheur de perdre ta cause, il faut qu'il périsse ! Et, après avoir proposé un pareil décret, tu en as été quitte pour une amende de vingt-cinq drachmes, et celui que la volonté du peuple a fait coucher dans le temple ne doit pas môme être enseveli en Attique ! Sans doute; quoi de plus grave en effet que l'affaire de cette fiole qu'il a permis
à Olympias de placer en offrande sur la statue d'Hygie? Car c'est là que tu vas chercher tes armes pour le procès ; tu espères, grâce à ce nom et à une fausse accusation de flatterie, amasser contre Euxénippe la haine et la colère des juges. Mais, mon cher, il ne faut pas profiter des noms d'Olympias et d'Alexandre pour chercher à nuire à quelque citoyen ; mais, quand ils envoient au peuple athénien un message offensant pour ses droits et pour sa dignité, c'est alors qu'il faut se lever pour soutenir les intérêts de la ville, plaider contre leurs députés la cause de la justice, et aller dans le congrès général des Grecs servir de défenseur à la patrie. Mais toi, qu'on n'y a jamais vu te lever ni faire entendre ta voix au sujet des Macédoniens, c'est ici que tu hais Olympias pour perdre Euxénippe, en affirmant qu'il est le flatteur de cette reine et de la Macédoine. Si tu montres qu'il soit jamais allé dans ce pays, ou qu'il ait reçu chez lui aucun des Macédoniens, ou qu'il soit en relation ou même se soit rencontré par hasard avec un d'entre eux, ou qu'il ait dit quoi que ce soit sur ces questions dans son atelier, sur la place publique ou partout ailleurs, et qu'occupé de ses affaires il ne vive pas avec autant de convenance et de modération que tout autre citoyen, que les juges le traitent comme ils voudront. Si les choses dont tu l'accuses étaient vraies, tu ne serais pas le
seul à les savoir; mais elles seraient connues de tout le monde dans la ville, comme il arrive pour tous ceux qui parlent ou agissent dans l'intérêt des Macédoniens. Non-seulement ces juges, mais les autres Athéniens et jusqu'aux petits enfants dans les écoles, savent, parmi les orateurs, quels sont ceux qui sont aux gages de la Macédoine, et, parmi les autres citoyens, quels sont ceux qui servent d'hôtes à ses envoyés, leur ouvrent leur maison, vont à leur rencontre quand ils arrivent. Or tu ne trouveras nulle part, à côté d'un seul de ces noms connus, celui d'Euxénippe. Comment donc se faitil que toi, tu ne cites et mettes en jugement aucun de ces hommes, qui, au su de tout le monde, se conduisent ainsi, et que tu accuses de flatterie Euxénippe, dont la vie n'admet pas ton accusation? Et cependant, si tu avais du sens, cette offrande de la fiole ne serait ici pour toi ni une occasion d'accuser Euxénippe, ni le prétexte d'aucun autre discours, car les convenances le voudraient ainsi. Pourquoi? Juges, écoutez ce que je vais vous dire à ce sujet.
« Olympias vous a adressé des réclamations à propos de ce que vous avez fait à Dodone, des réclamations injustes; deux fois déjà dans l'assemblée, devant vous et les autres Athéniens, j'ai prouvé contre ses envoyés qu'elle se plaignait de notre ville sans aucun fondement. En effet, Jupiter
Dodonéen vous a ordonné par son oracle d'orner la statue de Dioné, et vous, vous avez fait faire un visage, des mains, des pieds et des accessoires de la plus grande beauté, vous avez préparé des ornements nombreux et magnifiques, envoyé une députation solennelle et un somptueux sacrifice, enfin vous avez orné la statue de Dioné d'une manière digne de vous et de la déesse. Voilà quel a été le sujet des réclamations qui vous sont venues de la part d'Olympias, de ces lettres où elle prétendait que, la Molossie, où se trouve le temple, lui appartenant, vous n'aviez pas le droit d'y faire quoi que ce fût. Si donc, à propos de la fiole, vous déclarez par votre sentence qu'il y a eu un acte illégitime, nous nous condamnons en quelque sorte nous-mêmes, et nous reconnaissons que nous avons été dans notre tort en Molossie ; si, au contraire, nous laissons de côté toute déclamation sur un fait si simple, voilà ces accusations -détruites dans leur principe. Car, s'il est permis à Olympias d'orner les statues sacrées d'Athènes, assurément il nous sera permis d'orner celles de Dodone, surtout pour obéir aux ordres du dieu.
« Mais, à ce que je vois, Polyeucte, tout serait pour toi matière à accusation. Cependant, puisque tu as choisi la carrière politique, et, par Jupiter ! tu es capable de la suivre, tu devrais, non pas accuser les particuliers et signaler contre eux ta
vaillance, mais te réserver pour les orateurs et les généraux, et, quand tu verrais parmi eux un coupable, un prévaricateur, l'appeler devant les tribunaux, l'accuser de haute trahison; car ce sont eux qui ont le pouvoir de nuire à l'État quand ils le veulent, ce n'est pas Euxénippe, non plus qu'aucun de ceux qui nous jugent. »
Hypéride complète cette admonestation en opposant plus directement encore son propre exemple à la conduite de Polyeucte. Il ne s'en est pas pris à un citoyen inoffensif, étranger à la politique et à la pratique de la parole, mais il a accusé de haute trahison des hommes puissants et dangereux; et, dans ses plaidoyers, il a suivi religieusement et de point en point l'acte d'accusation et les prescriptions de la loi. C'est ramener sous une nouvelle forme l'argument principal de son discours, celui qui porte sur l'irrégularité du procès. Ainsi se trouve justifié un des éloges donnés à Hypéride par Denys d'Halicarnasse, qui le loue de ne jamais s'écarter de la cause. En effet, ni ces critiques de son adversaire, ni ces souvenirs de sa propre conduite ne sont des digressions; rien ne sert mieux au contraire à la démonstration du point en litige.
11 est inutile de prolonger jusqu'au bout l'analyse et les citations. Ce qui vient d'être analysé ou tra-
duit suffit pour montrer avec quel art, dans le plaidoyer pour Euxénippe, Hypéride argumente et raconte. Au jugement de Denys *, il excellait dans les narrations, y variait habilement ses procédés, les revêtait de formes fines et bien proportionnées. Le petit récit qu'on vient de lire peut faire comprendre au moins le dernier de ces éloges. On y trouve, quand on l'examine dans le texte grec, l'élégance simple de Lysias, peut-être avec moins de pureté et plus d'abandon. C'est comme une source plus abondante, mais un peu moins limpide ; le tissu de la phrase, sans être chargé, est un peu plus riche, un peu moins étroitement serré sur la pensée, mais peut-être encore plus souple et mieux disposé pour l'effet. Telle était aussi l'opinion de Denys au sujet du style d'Hypéride. Voilà dans quelle mesure et avec quelle compensation il le juge sur un point inférieur à Lysias. Hermogène 2, beaucoup plus sévère, l'accuse d'être négligé et prodigue de mots, et l'on peut remarquer à l'appui de ce jugement que les censures des grammairiens nous ont conservé comme vicieuses un certain nombre d'expres-
1. Denys d'IIalicarnasse, qui. annonçait l'intention d'écrire un traité particulier sur Hypéride, a au moins souvent parlé de lui avec une admiration, à ce qu'il semble, fort éclairée dans trois de ses écrits sur l'éloquence : Jugement sur Dinarque, ce. 1, 5, 6, 7, 8 ; Critique des ancien* écrivains, c. 6; Jugement sur Isée, dernière phrase.