Quint., lnst. Or., x
nous attacher comme à l'unique lumière qui puisse nous guider à la suite des juges antiques. Je veux parler des mérites de composition que louait particulièrement Denys d'Halicarnasse. A ce point de vue, il mettait, sans hésiter, Hypéride avant Lysias avec lequel la comparaison revenait sans cesse et si naturellement à propos de toutes ces qualités proprement attiques. Cette préférence paraît légitime. Lysias, dans ses discours, suit un ordre naturel, mais paraît compter sur la valeur de chacun de ses petits développements pris à part, plus que sur l'effet de la composition générale. Un plaidoyer de cet orateur, ce n'est la plupart du temps qu'une suite de morceaux bien faits et, pour ainsi dire, isolés entre eux, tant il semble peu se préoccuper de les unir par des transitions. Il n'en persuadait pas moins, et cette absence apparente de combinaison artificielle pouvait même l'y aider. Mais il y a dans Hypéride un art plus savant et des effets d'ensemble qui sont d'un ordre supérieur. Tout se tient dans le plaidoyer pour Euxénippe, et en même temps la proportion des développements est irréprochable. L'intelligence du sujet, l'à-propos dans l'expression des idées, le bonheur des transitions, et en général le mérite d'un agencement ingénieux : nous y trouvons toutes ces qualités, qui toutes sont attribuées à Hypéride par Denys. Isocrate se vantait souvent de son habileté à disposer les différen-
tes parties d'un sujet. Gomme on l'a si bien remarqué l, « il nous dit sans cesse :
Je sais tous les chemins par où je dois passer. »
Hypéride a cet avantage sur son maître, qu'il n'a pas l'air de savoir d'avance les routes qu'il suit : mais ce sont les meilleures et les plus heureuses, précisément parce qu'elles paraissent imprévues. C'est pour cela qu'il n'y a chez lui ni temps d'arrêt ni longueurs. L'intérêt reste constamment éveillé. On croit entendre la vive improvisation d'un homme qui est toujours à son aise en parlant et n'a jamais besoin de reprendre haleine. Hypéride est donc un des orateurs les plus naturels qu'il y ait jamais eu. Son attitude à la tribune et son débit ne sentaient pas plus l'effort ni la recherche de l'effet que son langage 2. Tout enfin respirait en lui l'aisance et l'abandon, et l'on subissait invinciblement le charme de cette parole à la fois vive et délicate qui semblait couler de source.
Telle est la conclusion certaine à laquelle on arrive sur les qualités dominantes d'Hypéride. Nous pouvons l'affirmer sans hésiter, malgré la perte complète de tous les discours qu'il avait prononcés