‹ Études sur l'éloquence attiqueChapitre 45 sur 51 · Diiiarque, contre DùmosLh., p · texte numérisé non relu

Diiiarque, contre DùmosLh., p

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mations et les menaces qu'il avait prédites : de la part d'Antipater, d'Olympias, de l'amiral Philoxène qui avait un commandement sur les côtes de l'Asie Mineure. L'intervention de Philoxène surtout semble avoir produit de l'effet sur les Athéniens. L'apparition de quelques vaisseaux conduits, ou peutêtre seulement envoyés par lui, avait suffi pour les frapper de terreur : « Que ferez-vous quand vous verrez le soleil, leur dit Démosthène, si vous ne pouvez regarder la lampe en face? » Peut-être ces vaisseaux apportaient ils la nouvelle de la colère dont Alexandre avait été saisi en apprenant la fuite d'Harpale et le refuge qu'il avait choisi, et de ses projets d'expédition contre Athènes. Ces projets, accueillis avec plaisir par les officiers du roi, n'avaient été abandonnés que lorsqu'on avait eu connaissance du premier refus de cette ville.

Démosthène se rencontra encore avec Phociun pour rappeler les Athéniens, non plus au sentiment de leur intérêt, mais à celui de leur dignité. Il était question de livrer sur-le-champ Harpale à Antipater ou à Philoxène; et les plus impudents solliciteurs de ses largesses étaient maintenant les plus ardents à presser cette résolution. Démosthène combattit cette précipitation comme servile, et voulut que les choses se passassent au moins avec une apparence de régularité et d'indépendance. Il proposa que l'on s'assurât de la personne

d'Harpale, qu'on lui fit déclarer la somme qu'il avait apportée à Athènes, que cette somme fût placée en dépôt à l'Acropole, et qu'il fût lui-même retenu en prison, jusqu'à ce qu'il pût être remis, ainsi que l'argent, entre les mains d'un mandataire d'Alexandre. Sa proposition fut adoptée et on le chargea lui-même d'en assurer l'exécution. Le peuple se réunit au théâtre de Bacchus1, où il y

1. Cette induction repose sur quelques lignes mutilées du papyrus de Harris, dont l'interprétation n'est rien moins que facile. On y voit que Démos thène, présent à l'assemblée, fit interroger Harpale par un choreute dont le nom a disparu, et qu'il était assis au-dessous de l'endroit taillé, xx.6y)(is'Jos aru û«i :j, /.v.Tv-oy.ri. Ilarpocration (V. xu.TO.70/nii), en nous donnant ces mots que nous retrouvons sur le papyrus, cite aussitôt après un texte de Philochorus où il est question d'une inscription gravée sur la partie taillée du roc de l'acropole, ènl ~r>-i j««t«to//viv ~ni ~ï-pv.;, au-dessus d'une plate-forme ornée de trépieds choragiques qui surmontait le théâtre de Bacchus. Si l'on conclut de là que l'assemblée dont parle Hypéride s'était tenue au théâtre, on est amené à conclure aussi que Démosthène était placé, sinon sur cette plaie-forme, au moins dans la partie supérieure du théâtre qui était immédiatement au-dessous et d'où il dominait toute la foule. Cette explication manque de vraisemblance ou de netteté. C'est pour cela que dans le Mémoire soumis à l'Académie, j'avais proposé d'appliquer ces mots tjî xaT«To//ô, non pas au théâtre, mais au lieu ordinaire des assemblées, au Pnyx, où l'on avait dû de même tailler le rocher pour faire les dispositions aires. Malgré la valeur que M. Egger a donnée à cette ition en la reprenant pour son compte dans son' Mémoire (p. 23 et suiv.), il est plus prudent, jusqu'à ce qu'on ait trouvé le mot xaTKTo/*nj dans des textes sur le Pnyx, d'en rapporter l'emploi au tliéàtre. Nous lisons dans Photius : Y. xv~v.-cojj.ri») : « les uns entendent par là l'orchestre ; les autres, une partie de la place réservée aux

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eut une sorte de scène solennelle dirigée par Démosthène. Peut-être, comme le conjecture ingénieusement M. Sauppe, les trésors, déjà saisis, furent-ils exposés sous les yeux des spectateurs. Harpale, publiquement interrogé, répondit qu'à son arrivée dans la ville il avait avec lui sept cents talents. Après cette déclaration, il fut reconduit en prison, et l'argent dut être le lendemain transporté à l'Acropole. A défaut de sa personne, ses esclaves furent emmenés en Asie, probablement sur les vaisseaux de Philoxène.

Jusque-là, Démosthène parait dans une situation aussi simple que bonne. Mais deux causes vinrent compliquer ses affaires et celles de beaucoup d'autres : Harpale s'évada, et les vérificateurs, chargés de recevoir et de compter l'argent, ne trouvèrent que la moitié du chiffre annoncé. Il y avait donc un déficit de trois cent cinquante talents : qu'était devenue cette somme énorme, dont les dépenses personnelles d'Harpale n'avaient eu le temps d'absorber qu'une faible partie? Son absence faisait disparaître le principal moyen de contrôler l'emploi qui avait pu en être fait. Ce fut un déchaînement

spectateurs.» Cette seconde interprétation, atout prendre, la plus vraisemblable, se complète dans un article d s Anecdota de Bekker p. L270;, où il est rappelé qu'une partie du théâtre était taillée dans le rocher. C est le cas des gradins qui subsistent aujourd'hui.

d'accusations de vénalité, échangées entre les orateurs et les hommes d'État de tout ordre au gré de leurs passions, et avidement accueillies par la malignité de la foule. Dans ces querelles et dans ces rumeurs, un des plus attaqués était nécessairement Démosthène. C'était lui qui avait tout conduit, qui avait tenu à ce que la saisie prît le caractère d'une cérémonie officielle, qui avait été chargé de faire garder Harpale, et, en définitive, il n'avait réussi qu'à compromettre également sa responsabilité personnelle et celle du peuple. On n'était en mesure de représenter aux Macédoniens ni le prisonnier, qu'il avait laissé échapper, ni l'argent, dont il avait rendu publique et mis à la charge de l'État la scandaleuse disparition. C'était pour l'État, comme pour les citoyens soupçonnés, une situation fausse et sans issue satisfaisante, à laquelle pourtant il fallait mettre un terme ; on ne pouvait laisser la ville livrée à des agitations sans fin.

On eut la singulière idée d'inviter par une proclamation les coupables à rendre d'eux-mêmes l'argent qu'ils avaient reçu, en leur promettant l'impunité. Il était évident d'avance que cette mesure ne devait avoir aucun résultat. Comment chacun de ceux qui avaient eu part aux largesses intéressées d'Harpale serait-il venu se dénoncer lui-même et se désigner ainsi à la réprobation publique, sans même avoir la certitude que les au-

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très en feraient autant et qu'il ne resterait pas la seule victime de son imprudente docilité? A supposer même qu'il y eût un certain nombre de dénonciations volontaires , à quoi auraient-elles abouti ? Assurément la somme ainsi retrouvée serait demeurée bien au-dessous du chiffre élevé qu'il s'agissait d'atteindre. Le remède ne guérissait donc rien. Mais alors, s'il était si manifeste que la proclamation devait rester sans effet, pourquoi la fit-on? Peut-être tout simplement pour faire quelque chose, donner une satisfaction illusoire à l'opinion, gagner du temps ; peut-être par une répugnance honorable à commencer juridiquement des recherches, dont il semblait devoir résulter plus de mal pour des individus que de lumière pour les gens sensés et de bien pour l'État. Peut être, au contraire, fut-ce une manœuvre intéressée : ceux qui n'avaient pas la conscience tranquille pouvaient chercher à se couvrir par une preuve de zèle en provoquant cette déclaration inoffensive ; ceux qui voyaient un ennemi compromis pouvaient espérer de le compromettre encore davantage, en ajoutant aux soupçons qu'il n'aurait pu dissiper la charge de persister dans sa conduite criminelle, malgré la générosité du peuple. Cette charge, Hypéride ne manqua pas de la faire peser après coup sur Uémosthène et sur tous ceux qui furent définitivement traduits devant le tribunal : « Il ne leur

avait pas suffi d'échapper à la crainte de la punition en rendant ce qu'ils avaient reçu... Lorsque ceux qui ont commencé par se rendre coupables et par se laisser corrompre ne veulent pas, même avec l'assurance de l'impunité, restituer cet or mal acquis, que reste-t-il à faire ?...» Le champ demeure ouvert aux hypothèses, et c'est au fond une prétention assez vaine que de vouloir, si loin des faits, expliquer les contradictions d'un gouvernement où la politique était faite par tout le monde. Ce qui est certain, c'est qu'il fallait à toute force une solution, bonne ou mauvaise. Le peuple désirait une enquête : Démosthène, dans l'intérêt de sa propre défense comme de la tranquillité publique, recourut à la ressource suprême que la constitution réservait pour les cas de cette gravité. Appuyé par quelques citoyens, et entre autres par Philoclès, suspect pour avoir laissé pénétrer Harpale en Attique, il prit l'initiative d'une proposition qui chargeait le conseil de l'Aréopage d'examiner toute l'affaire. Poussé a bout par les attaques dont il était l'objet, il allait, dans la rédaction de son décret, jusqu'à se condamner lui-même à la peine de mort, au cas où il serait déclaré coupable.

On était à l'époque des grandes Dyonisies. Au même moment où la cour d'Alexandre applaudissait h Suse ou à Ecbatane le petit drame sati-

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