‹ Études sur l'éloquence attiqueChapitre 47 sur 51 · Fr. 101, c. éd. C. Muller · texte numérisé non relu

Fr. 101, c. éd. C. Muller

2. Fonds destinés aux irais dos représentations publiques et des distributions d'argent qui se faisaient au peupi' i ii ces occasions.

L'AFFAIRE D'HARPALE 279

administrateur des finances pour combler par cet expédient un déficit? La pénurie du trésor public à cette époque et l'importance particulière que le peuple attachait aux fonds théoriques, qui étaient en matière de finances sa première préoccupation, donneraient à cette explication un certain degré de vraisemblance. C'est un point dont il ne semble guère possible aujourd'hui de dissiper l'obscurité. Ce chiffre de vingt talents énoncé par l'Aréopage et qui paraît avoir circulé auparavant dans le public, est le seul fond solide de l'anecdote qu'on lit dans Plutarque. Elle est connue de tout le monde. Le regard de convoitise jeté par Démosthène sur la vaste et magnifique coupe qu'il voit chez Harpale, le jeu de mots de celui-ci sur le poids du précieux objet qu'il évalue par une promesse déguisée à vingt talents, cette somme de plus de cent mille francs de notre monnaie mise dans la coupe et transportée pendant la nuit chez l'orateur, le second jeu de mots, plus connu que le premier, sur Yesquinancie etïargyrancie, et la scène de l'assemblée où Démosthène garde un silence si lucratif : tous ces traits sont populaires, grâce à celui qui s'en est fait le crédule narrateur. Prise en partie au sérieux par A. G. Becker, acceptée par le sceptique Droysen, cette fable a été réduite à sa juste valeur par Eysell et par les critiques qui l'ont suivi. Ils en ont montré les variantes et les lam-

beaux dans d'autres anecdotes attribuées tantôt à Démostbène, tantôt à Démade, et toutes fondées sur le thème commun de la vénalité des orateurs ; ils ont fait remarquer que, si ce récit était vrai, il serait inexplicable qu'il n'y soit pas fait la moindre allusion dans le discours de Dinarque, dont les doutes de Westermann n'ont pas sérieusement ébranlé l'authenticité. Cet argument est sans réplique. Il n'y a donc là qu'un exemple des libertés de l'imagination grecque, et de la facilité avec laquelle les contes les plus invraisemblables sont accueillis par la malignité ou l'indifférence et font leur chemin à travers les siècles.

Si l'on doit se fonder sur des anecdotes, il en est une que l'on aurait quelque droit d'invoquer en faveur de Démosthène. Pausanias raconte1 que Philoxène, s'étant emparé de l'esclave qui avait été le ministre des générosités d'Harpale, le mit à la torture ; que, d'après ses révélations, il envoya aux Athéniens une liste de ceux qui s'étaient laissé corrompre, et que le nom de Démosthène ne s'y trouvait pas. L'amiral macédonien était cependant son ennemi. Il y a un certain rapport entre cette tradition et le renseignement plus certain que nous trouvons dans le discours de Dinarque. Nous y voyons qu'on avait envoyé à Alexandre les es-

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