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claves d'Harpale, et qu'à l'époque du procès on ignorait encore les résultats de l'interrogatoire auquel ils avaient dû être soumis. Peut-être Philoxène ou ses émissaires, présents au moment de l'arrestation d'Harpale, s'étaient-ils chargés de les emmener d'Athènes en Asie, et c'est ainsi que son nom se serait trouvé mêlé à ce récit anecdotique. Quoi qu'il en soit, si des révélations furent communiquées aux Athéniens, quand elles arrivèrent, contrairement à l'opinion d'Eysell qui s'autorise à tort du témoignage de Dinarque, Démosthène était déjà condamné.
Voilà à peu près tout ce qu'il nous paraît possible de tirer de l'examen des témoignages, des traditions et, ce qui est plus important, des discours de Dinarque et d'Hypéride. Si la culpabilité de Démosthène ne peut être niée d'une manière absolue sur tous les points, elle doit être au moins considérablement réduite. Sur la question principale, son innocence nous paraît ressortir avec une évidence éclatante : il ne fut pas corrompu par Harpale. Cette conclusion dément l'opinion dont il fut souvent victime, l'acte d'accusation, la sentence des juges et, ce qui en fut, comme on a pu le voir, l'unique fondement, le rapport de l'Aréopage. Quelle était donc la valeur de ce rapport ?
Bien que les procédés juridiques dont on usa à l'égard de Démosthène confondent toutes nos idées
de justice, il faut reconnaître tout d'abord qu'on ne fit rien d'irrégulier contre lui ni contre les autres accusés, qui furent de même jugés sans aucune production de preuves. Tel devait être, d'après l'esprit même de la constitution, le résultat d'une enquête de l'Aréopage. Décider souverainement et sans explication s'il y avait ou non lieu à poursuivre des citoyens, et imposer sa décision au tribunal comme la plus incontestable de toutes les preuves, voilà quel était son droit. Pour comprendre des attributions aussi exorbitantes, il faut se représenter quelles étaient les lacunes et les nécessités de la constitution athénienne : l'absence de magistratures constantes et régulières, armées de puissants moyens d'enquête, à laquelle ne suppléait qu'imparfaitement le devoir de surveillance réciproque imposé à tous les citoyens; le besoin reconnu par le législateur de protéger son œuvre contre elle-même, de réprimer les excès de la liberté et les efforts de l'ambition individuelle par le recours énergique à des mesures extraordinaires. C'est ainsi que l'Aréopage avait été institué pour être le gardien suprême de la société civile et de la société politique. Quand il s'élevait quelque affaire grave et mystérieuse qui alarmait la conscience publique et troublait la sécurité de l'Etat, on provoquait particulièrement l'intervention du conseil vénéré. En pareil cas, s'adresser à lui, c'é-
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tait reconnaître l'impuissance des moyens ordinaires, suspendre, pour ainsi dire, le cours incertain de la justice humaine. « Les aréopagites, dit Eschine *, ne soumettent point leur vote à l'influence de la parole, ni même à celle des témoignages; ils jugent d'après ce qu'ils savent eux-mêmes et ce qu'ils ont trouvé par leurs propres recherches. » Ils ne sont enchaînés par rien. Les pouvoirs conférés aux juges de notre Cour de cassation, interprètes en dernier ressort du sens de la législation , n'ont quelque rapport qu'avec une partie des attributions de l'Aréopage ; car l'institution du tribunal athénien est à la fois civile, politique et religieuse, et il semble emprunter à ce dernier caractère des lumières surnaturelles ; il lui doit la vénération dont il est l'objet. Il procède mystérieusement, comme plus tard les cours vehmiques de l'Allemagne, ou plutôt comme le conseil des Dix, si redoutable à l'aristocratie jalouse dont il assurait la domination. Comme le tribunal vénitien, il rend ses arrêts en vertu de sa seule autorité, sans y joindre ces exposés de motifs dont ne se dispensent même pas ceux que la foi moderne honore comme les organes directs de la volonté de Dieu et comme les arbitres inspirés des questions de dogme. Il a de plus que le conseil se-