CHAPITRE IV
LA MASSE AMNIOTIQUE DU MURIN ET LES FORMATIONS ANALOGUES CHEZ DIVERS MAMMIFÈRES. — LA COUCHE DE RAUBER ET L'ECTODERME FOR- MATIF DU LAPIN. — LA MÉTAGASTRULA DE VAN BENEDEN.
4° La masse amniotique et les feuillets blastodermiques chez les Chéiroptères.
Nous consacrerons le présent chapitre à examiner la signification des processus que nous venons d'étudier dans l'hémisphère supérieur ou embryonnaire de la vésicule blastodermique depuis la fin dé la segmentation. Ces processus précédemment décrits par fragments et représentés à des grossissements divers, ne peuvent être mieux résumés que par la figure schématique XIII où tous les dessins précédemment employés ont été ramenés à un même grossissement.
Le schéma A (qui répond à la fig. 33, pl. I) nous servira de point de départ. Il représente la vésicule blastodermique constituée par un feuillet cellulaire ectodermique doublé, à la face interne de son hémisphère supérieur, par une masse endodermique. Sur le schéma B (d'après la fig. 36, pl. II), cette masse endodermique s’est élalée en un feuillet d'endoderme encore incomplet, c'est-à-dire ne doublant pas encore tout l'hémisphère inférieur. Alors commence, dans le schéma C (fig. 35), l'épaississement ectodermique qui forme la masse amniotique pleine; celle masse se creuse en son centre, dans Je schéma D (fig. 41-45), puis dans le schéma E (fig. 48-52) se disloque, de telle sorte qu'elle se divise en un fond ou plancher régulier, symétrique, représentant l’ectoderme formateur de l'embryon et de l’amnios, et un couvercle formé de débris irréguliers qui sont résorbés et disparaissent; c'est ce que représente le schéma F (lig. 77). Enfin, après disparition de ces débris, on voit
l'ectoderme formateur dessiner dans sa partie médiane les premiers rudiments de l'embryon, et sur ses parties latérales les replis amniotiques (schéma G, répondant aux figures 92-95).
Au cours des descriptions ici résumées, plusieurs questions se sont présentées : celle de la ligne primitive et de l'apparition du mésoderme; celle de la gastrulation (à cet égard la fig. XIIT fait suite à la fig. X); et enfin celle de la masse amniotique et de son évolution singulière. C’est cette dernière question que nous voulons seule examiner ici; il est vrai qu'elle nous ramènera à chaque ins-
Fig. XIII. — Schémas du développement du Murin depuis la fin de la segmentation (fig. 33, pl. 1) jusqu'a la production des plis amniotiques (fig. 92-95, pl. 111). Toutes ces figures ont été ici ramenées au mème grossissement.
tant à celle de la gastrulation; mais nous ne pourrons discuter complètement celle-ci que lorsque nous aurons ultérieurement étudié le mode de formation de la corde dorsale.
Avant de rechercher la signification et les homologies de cette masse amniotique pleine, nous devons nous demander si nos interprétations, ci-dessus résumées, sont bien exactes, c’est-à-dire s’il existe bien, après le schéma A, un stade didermique, sans aucun épaississement local d'aucun feuillet, et si l’épaississement qui apparaît ensuite (schéma C) siège bien réellement el uniquement dans l’ectoderme. Nous trouvons la confirmation de ces faits en étudiant avec soin les descriptions que quelques auteurs ont
données de pièces appartenant à ces stades, mais malheureusement avec de nombreuses lacunes.
Van Beneden, après avoir décrit dans son mémoire de 1880 (Observations sur la maturation, etc., Archiv. de Biol., I, fasc. 3) l'état correspondant à peu près à notre schéma A (et encore s'agit-il dans ce cas non du Murin mais du Fer-à-cheval), paraît n'avoir observé, des stades représentés dans notre figure XII, que la forme correspondant à l'état didermique (schéma B), puis la forme qui résulte de la dislocation de la masse amniotique avec conservation de son plancher. En effet : 1° Dans un premier mémoire !, il signale, en passant, « l'époque très reculée où l'embryon est encore didermique dans toute son étendue, préalablement à la formation de la ligne primitive et de toute trace de villosités placentaires » (op. cit., p. 13); voilà pour notre schéma B. — 2° Pour le plancher de la masse ectodermique, après dislocation et résorption du couvercle, il nous semble évident qu'on doit le reconnaître dans les descriptions suivantes *. « Déjà au stade didermique la tache embryonnaire apparaît, tant dans les coupes transversales que dans les longitudinales, comme une bandelette séparant l’une de l’autre deux cavités fort inégales. La bandelette, plus épaisse en son milieu, amincie suivant ses bords, se continue avec la portion placentaire du blastocyste; elle est formée, comme l'anneau placentaire, de deux couches adjacentes : l'externe est un épithélium cylindrique fort épais; l’interne est une assise unique de cellules plates dans la partie postérieure, cuboïdes dans la partie antérieure de l'embryon *. La couche externe se continue, sur le pourtour de l'aire embryonnaire, avec l’épiblaste épaissi de l'anneau placentaire, la couche interne avec l’hypoblaste vitellin… Des deux cavités séparées par la bandelette embryonnaire, l’une plus étendue est la cavité blastodermique, l'autre moins considérable, la cavité amniotique future *. » Celte bandelette, épaisse en son milieu, amincie suivant ses bords, etc., est bien évidemment ce que nous avons décrit comme fond ou plancher, régulier, symétrique, persistant après dislocation de la masse amniotique et résorption des débris du couvercle. Seulement les stades de la masse amniotique et de
1. De la fixation du blastocyste chez le Murin (Acad. roy. de Belgique, 1888, no 4).
2. De la formation et de la constitution du placenta chez le Murin (Acad. roy. de Belgique. 1888, ne 2).