Op cit
2, A. W. Hubrecht, The Development of the Germinal Layers of Sorex vulgaris (The Quarterly Journal of microscop. Science, 1895, vol. XXXI, part. 1v, p. 499).
point de départ sa fig. 6 (fig. XXII ci-contre). C'est l'un des états les plus jeunes qu'il ait pu examiner. Cet œuf, dit-il (op. cit., p. 503), correspond à l'état bien connu de l'œuf du Lapin, tel qu'il a été décrit par Van Beneden, description reproduite dans tous les ouvrages classiques comme type de l'état primitif du blastocyste des mammifères. Or, si nous comprenons bien les idées de l'auteur, ce blastocyste de la Musaraigue serait formé par une couche ectodermique, sur un point de laquelle serait interposé un amas de cellules (reste vitellin des auteurs) faisant saillie dans la cavité du blastoeyste, et arrivant d'autre part jusqu’à la surface de l'œuf, où celte masse ne serait qu'incomplètement recouverte par des éléments
Fig- XXII. — Hubrecht (Sorex vulg.), fig. 6. Jeune blastocyste, — Z, zona pellucida; — TR, trophoblaste; — E, masse interne,
appartenant à l'enveloppe ectodermique générale (trophoblaste de l’auteur). Cette masse de cellules contiendrait les éléments formateurs de l'hypoblaste et de l'épiblaste embryonnaire; mais à cette époque primitive il n’y aurait encore aucune distinction entre ce qui doit devenir épiblaste et ce qui sera l'hypoblaste. En un mot c’est la masse interne, le reste vitellin, auquel l’auteur donne le nom de bouton embryonnaire, qui formera l’ectoderme de l'embryon et l'endoderme, à peu près comme pour le blastocyste de la Taupe d'après Heape. Pour ces divers détails, la pensée de l’auteur est clairement exprimée dans le passage suivant (p. 505 et suiv.) :
« Pour ce qui est du bouton embryonnaire, il se présente deux questions qui ne sont pas sans imporlance :
« 4° Y a-t-il quelque indication que des cellules du trophoblaste s'étendent au-dessus du bouton embryonnaire, ou bien qu'elles se
soudent seulement avec les bords de celui-ci? La signification de 10*
cette question est évidente si on se souvient que chez le Lapin (Rauber), chez la Taupe (Heape), chez le Hérisson (Hubrecht), peut: être aussi chez la Chauve-Souris et chez d’autres mammifères, on trouve soit des cellules isolées (Deckzellen), soit une couche continue de cellules disposée à la surface extérieure de la formation qui va devenir l'épiblaste embryonnaire. Ces cellules externes et superficielles se fusionnent dans certains cas avec l'épiblasteembryonnaire (Lapin), dans d’autres cas s'en séparent complètement, dans les périodes ultérieures du développement (Hérisson). Chez la Musaraigne j'ai retrouvé des cellules semblables; mais elles ne forment pas une couche continue, comme chez la Taupe et le Hérisson. On les voit au stade didermique. Leur présence à cette époque ne permet guère de douter que dans les premiers stades les cellules du trophoblaste, avec leurs tout petits noyaux, ne s'étendent sur le bouton embryonnaire. Si l’on tient compte de ce que les noyaux du trophoblaste sont au début très éloignés les uns des autres, il n'y a rien d'étonnant à ce qu’on ne puisse pas, tout au début, constater d’une manière indubitable un revêtement trophoblastique à la surface du bouton embryonnaire.
«2° Y a-t-il entre les cellules qui composent le bouton embryonnaire une différence de volume qui permette déjà à ce stade de distinguer les futures cellules épiblastiques et les futures cellules hypoblastiques; ou bien ces différences de volumes ne sont-elles que des cas individuels et fortuits, sans signification spéciale? Il m'est difficile de répondre à celte question d’une manière générale, car si dans quelques cas je vois des différences de volume entre les cellules, dans d’autres je n’en constate aucune, de sorte que si la réponse était affirmative, il faut ajouter que la possibilité de distinguer les cellules potentiellement hypoblastiques ou épiblastiques est limitée aux tout premiers stades. »
Nous pouvons donc essayer de schématiser l'interprétation de Hubrecht par la figure XXIV en A, où l’on voit une sphère blastodermique composée d'un feuillet ectodermique continu (trophoblaste), et une masse interne homogène, c’est-à-dire dont les cellules ne sont pas encore différenciées en éléments ectodermiques et éléments endodermiques.
Or il nous semble qu'une autre interprétation peut être proposée. En présence de la figure même (fig. XXIII) de Hubrecht, sans parler de ses autres figures que nous ne pouvons pas toutes reproduire
ici, mais qui nous confirment dans notre hypothèse, nous pensons que nous ne sommes pas là en présence d’un blastocyste formé d’une paroi ectodermique partout simple, avec masse interne sur l’un de ses pôles, mais bien d’un blastocyste dont la masse interne s’est déjà étalée en un endoderme qui revêt la face profonde d'un épaississement ectodermique, d’une masse eclodermique qui est le début d’une formation comparable à la masse amniotique du Murin. Le schéma B de la figure XXIV, où nous ombrons les éléments endodermiques, fera bien comprendre notre pensée.
Si notre hypothèse élait exacte, il en faudrait induire deux choses : d’une part que la production d’une masse ectodermique est
Fig. XXIV. — Reproduction de la fig. XXIII (Hubrecht, fig. 6), avec deux interprétations différentes : en À, celle de Hubrecht; en B, celle que nous proposons,
très précoce, antérieure à l’état didermique de l'ensemble de l'œuf; d'autre part que les éléments endodermiques sont primitivement très peu nombreux (quatre cellules sur la coupe ici représentée) et proviennent d'une masse endodermique primitive (reste vitellin) qui n’était peut-être formée que d’une ou de deux cellules. Or, ces deux suppositions sont extrêmement vraisemblables, la dernière d'après les observations de Selenka, et d’après celles d'Hubrecht, la première d’après les observations mêmes d'Hubrecht que nous allons rapporter.
En effet, disons d’abord que, dans ses études sur l’embryologie des Didelphes*, Selenka donne un stade où tout le futur endoderme n’est représenté que par une seule grosse cellule occupant
1. Emil Selenka, Das Opossum (Studien über Entwickelungsgeschichle der Thiere, IV Heft; 1 partie, Wiesbaden, 1886).
le centre d’un blastocyste formé d’une couche de cellules ectodermiques (op. cit., pl. XVIL, fig. 8 et 10). Mais il s’agit là de l'Opossum, et si le fait est déjà intéressant à noter pour rendre notre hypothèse vraisemblable, il est infiniment moins démonstratif que toute autre observation qui se rapporterait à un animal voisin de la Musaraigne, à un insectivore quelconque. Or, c’est précisément Hubrecht qui nous fournit ces observations, d’une part dans son mémoire de 1889, sur le Hérisson, et d’autre part dans une plus récente publication que nous allons analyser. Nous n'insisterons pas sur le blastocyste du Hérisson (voir op. cit., p. 286 et 287 et la fig. 21 de la pl. XVII) où Hubrecht a observé un hypoblaste représenté seulement par à peu près six cellules, et où il n’est pas opposé à l'idée (voir sa page 287) que ces six cellules pourraient avoir pour origine une masse interne représentée, comme chez l'Opossum, par un seul gros élément endodermique. Nous insisterons davantage sur son dernier mémoire, dont nous allons reproduire les principaux passages; et on y verra en effet qu'il a constaté directement, chez un insectivore, l’état initial uni-cellulaire de l'endoderme.
Ce mémoire’, qui a pour objet principal de très remarquables considérations sur la phylogénie de l’amnios, commence par une étude de la formation des feuillets chez un insectivore des Indes, le Tupaja javanica. La description des faits y est donnée d’une manière si concise que nous pouvons la reproduire presque en entier, en l’accompagnant de quelques-unes des figures de l’auteur, reproduites, avec leurs chiffres, dans nos figures XXV à XXVIL. « La segmentation de l’œuf arrive bientôt à produire quatre cellules. À partir de cet état, la division cellulaire se poursuit de manière à produire des éléments qui, au lieu de circonscrire une cavité centrale, se disposent autour d'une cellule centrale unique (fig. 11; voir fig. XXV, en 11), qui se distingue des périphériques par la manière dont elle se comporte vis-à-vis des réactifs colorants.. La multiplication des éléments périphériques et de l'élément central se poursuit et aboutit à la formation d’une morula compacte (fig. 19)... Dans cette morula apparaît une cavité, de telle sorte que la plus grande partie des cellules centrales reste, sur un point, adhérente à la couche des cellules périphériques, tandis que quel-
4. A. W. Hubrecht, Die Phylogenese des Amnions und die Bedeutung des Trophoblastes (Verhandelingen der K. Akad. van Wettenschappen te Amsterdam, 1895).
ques-unes de ces cellules centrales tapissent, à l’état plus ou moins isolé, les autres régions de la couche périphérique (fig. 33)... Le résultat final de ce processus est la production d’une vésicule blastodermique didermique, lelle que la montrent les figures 40 et 41... La paroi externe de cette vésicule didermique est le trophoblaste; de la couche interne dérivent des cellules aplalies qui méritent déjà le nom d'hypoblaste, tandis que la région épaissie contient les éléments qui donneront naissance à l'épiblaste et à l'hypoblaste embryonnaire. C’est cette région épaissie que Bonnet
Fig. XXV. — Reproduction des figures 11, 19, 35, 40, 41. 53 de Habrecht (18%) sur le développement du Tupaja jaranica.
a nommée résidu de la segmentation, Van Beneden masse endodermique et Heape masse interne. Je l'ai trouvée avec une disposition semblable chez la Musaraigne, dans mon travail antérieur, et je viens de la rencontrer également chez le Tarsius, ainsi que je le publierai dans un prochain mémoire. Chez le Hérisson, le stade le plus jeune qu'il m'ait été donné d'observer montrait déjà cette masse complètement séparée de l'hypoblaste et solidement soudée au trophoblaste. Aussi n'avais-je pas jugé à propos de donner alors un nom spécial à cette masse. Chez le Tupaja, tant que l'hypoblaste ne s’est pas dessiné aux dépens de cette masse, je crois devoir donner à celle-ci le nom de bouton embryonnaire... Le bouton embryonnaire compte en épaisseur deux ou trois cellules, cinq ou
six en largeur, et il se continue par ses bords avec l’hypoblaste périphérique. »
Ces dernières lignes nous sont précieuses, puisque l’auteur y reconnaît une homologie complète entre ses observations et celles de Heape. Nous pouvons donc appliquer les mêmes critiques aux deux cas. Nous dirons donc d’abord que dans le dernier stade qui vient d’être figuré (fig. XXV, en 41), l'hypoblaste existe évidemment au-dessous du bouton embryonnaire (voir la fig. 41 où l'auteur en a évidemment représenté deux cellules). Cet hypoblaste est de formation primitive; il résulte de l’étalement des cellules centrales à la face interne de l’un des pôles de la vésicule blastodermique. Ces cellules internes ne donnent que cet hypoblaste, et non le bouton embryonnaire en question. Celui-ci est un épaississement ectodermique, qui fait saillie vers la cavité de l’œuf et qui s’est produit en même temps que l'étalement des cellules internes. On remarquera en effet que sur la figure 41 l’ectoderme (trophoblaste) est remarquablement mince au-dessus de ce bouton; c’est que tout le bouton appartient à cet ectoderme, mais s’en est ici artificiellement séparé. De même pour la figure 40. Ces interprétations deviennent évidentes en comparant ces dispositions avec celles que présente, à ce stade, la vésicule blastodermique du Hérisson, pour laquelle il est impossible de considérer le bouton en question comme autre chose qu'un épaississement ectodermique, et pour laquelle l'existence primitive d’un hypoblaste indépendant, audessous du bouton, ne saurait être contestée.
Mais si dans ce bouton embryonnaire nous reconnaissons un épaississement, une masse ectodermique, cette masse a-t-elle quelque analogie avec la masse amniotique du Murin? Cette analogie est évidente, puisque dans les deux cas cette masse se disloque, subit une véritable déhiscence, et s'étale en une lame ectodermique qui correspond à la tache embryonnaire. C’est ce qui va résulter des passages qu'il nous reste à reproduire du mémoire de Hubrecht. On y verra en même temps quelle particulière conception nous présente cet auteur sur la formation d’un hypoblaste central et d’un hypoblaste périphérique (op. cit., p. T).
« Un important processus qui se produit ensuite est la séparation de l’hypoblaste embryonnaire aux dépens du bouton embryonnaire... On voit bientôt que ce bouton n'est plus en continuité par ses bords avec l’hypoblaste périphérique, mais que cet hypoblaste
forme une vésicule complète (fig. 53; voir fig. XXV), qui passe et se continue directement au-dessous de la face inférieure convexe du bouton. C’est qu'une nouvelle zone d’hypoblaste s’est intercalée dans l'hypoblaste périphérique préexistant, en se détachant de la surface convexe du bouton embryonnaire (fig. 59; fig. XXV)... Dans les stades suivants trois dispositions particulières doivent être signalées. C’est d’abord que Phypoblaste né du bouton embryonnaire cesse d’être formé de cellules aplaties et devient plus épais que l'hypoblaste périphérique; ses cellules sont en effet à peu près cubiques. En second lieu on voit la couche de trophoblaste, au-
Fig. XXVI. — Suite des figures de Hubrecht (1895),
dessus du bouton embryonnaire, devenir extrêmement mince. En dernier lieu, la portion restante du bouton embryonnaire, c'est-àdire la masse d’épiblaste formatif ou embryonnaire, subit une sorte de déhiscence par laquelle l’amas cellulaire se transforme en un feuillet cellulaire ; en même temps la portion de trophoblaste primitivement située au-dessus du bouton se déchire (fig. 59), et, sur les bords de la déchirure, l’épiblaste formatif se met en continuité avec le trophoblaste périphérique. Ces transformations successives sont représentées dans les figures 63, 65, 69. » (Voir fig. XXVI et XX VII.)
En résumé nous pensons que, pour la Musaraigne comme pour le Tupaja, ce que Hubrecht décrit comme bouton embryonnaire, ne représente pas la masse interne, le résidu vitellin, la masse
PA = endodermique de laquelle naîtraient l'hypoblaste et l'épiblaste définitif. Au-dessous de ce bouton embryonnaire, l’hypoblaste existe déjà, résultant de l'étalement de la masse endodermique primitive, et ce bouton embryonnaire est simplement un épaississement ectodermique, une masse ectodermique homologue de la masse amniotique du Murin. Si nous n'avions comme éléments d'études que, d’une part, les faits de Hubrecht sur la Musaraigne et le Tupaja, et, d'autre part, les faits relatifs au Murin, il serait très difficile de
Fig. XXVII. — Suite et fin des figures reproduites d’après Hubrecht (1895).
faire la comparaison et de tenter les homologies que nous proposons : mais nous avons toute la série des faits intermédiaires du Hérisson et de la Taupe. Hubrecht admet qu'ils sont tous homologues. Ils peuvent donc tous recevoir la même interprétation. Nous avons pu suivre les faits relatifs au Murin de manière à les interprêter nettement. C’est donc d’après eux que nous expliquons ceux observés chez les autres animaux. Bien plus, nous avons les faits de Weysse sur le Porc; ici la pré-existence de l’endoderme et l'origine ectodermique de l'épaississement embryonnaire ne font pas de doute, tant sont nettes les figures de l’'embryologiste américain. Or Hubrecht admet aussi que les dispositions décrites par
Weysse sont de même ordre que celles qu'il a observées chez les insectivores .
b. Le blastoderme du Lapin et la couche de Rauber. — Ce n'est pas sans hésilation que nous nous hasardons à aborder ici la question si controversée de la formation des feuillets blastodermiques chez le Lapin, et à chercher une homologie entre la couche de Rauber et les débris de la partie supérieure de la masse amniotique du Murin. Les analogies pourront paraître bien lointaines, entre des formations qui présentent chez un animal plusieurs assises de cellules et se réduisent chez l’autre à quelques éléments clairsemés au-dessus de la tache embryonnaire. Mais cependant ces analogies ont été signalées par les divers auteurs dont nous venons de résumer les travaux sur la Taupe (voir notamment Heape, op. cit., p. 246-247), sur le Hérisson, sur le Pore, etc. Nous sommes donc forcés de les suivre dans ces comparaisons que l'étude du Murin éclaire d’une manière si spéciale. Rappelons donc rapidement ce que c'est que la couche de Rauber et quelle imporjance celte notion a prise dans les études du blastoderme des mammifères.
Nous savons quel fut le résultat des études de Van Beneden?, en 1875, sur la segmentation et la formation des feuillets chez le Lapin. Les deux premières sphères de segmentation diffèrent l'une de l’autre, et l’une doit être ultérieurement l’origine de tous les éléments ectodermiques, l’autre de tous les éléments endodermiques et mésodermiques. En effet, de l’une de ces premières sphères de segmentation dérive une vésicule blastodermique formée d'une seule couche de cellules ectodermiques, et de l’autre dérive un amas de cellules adhérant sur l’un des points de la face interne de la vésicule précédente. Peu à peu cet amas de cellules s’aplatit et s'étale,
4. Dans une note (op. cit., 1895, p. 16), Hubrecht s’exprime ainsi sur les observations de Weysse : « Le présent paragraphe était déjà rédigé, lorsque je recois le mémoire de Weysse. De ses figures je crois pouvoir conclure que ses jeunes vésicules blastodermiques de Porc offrent des points de comparaison légitime avec mes observations sur le Tupaja. Ses figures sont très analogues aux miennes, et, quoique sou interprétation soit bien singulière, sans doute parce qu'il n’a eu ni des stades assez jeunes, ni des points de comparaison suffisants, ces figures me paraissent faciles à comprendre. Elles correspondent à un stade où la couche trophoblastique commence à disparaitre au-dessus de l’épiblaste formatif, et où celui-ci, primitivement enroulé, commence à s’étaler et s'aplatir.… » Et il reproduit en effet deux des figures de Weysse, pour montrer combien l'épiblaste formatif et le trophoblaste chez le Porc sont comparables aux mêmes formations chez le Hérisson, la Taupe et le Tupaja.
2. Van Benedeu, la Maturation de l'œuf, la fécondation et les premières phases du développement embryonnaire des mammifères. — Lapin. — (Bullet. de l’Acad. de Belgique, déc. 1875 p. 686.)
se divisant en même temps en deux couches, dont l’interne devient l’'endoderme, et l’externe le mésoderne, et ainsi se trouve conslituée une région tridermique qui correspond à la tache embryonnaire. Get énoncé, trop concis sans doute, mais qui résume ce qui se trouve aujourd'hui dans tous les traités classiques, est suffisant pour établir le point de départ de la question.
Or, à peu près à la même époque, Rauber !, étudiant une vésicule blastodermique de lapine mesurant 1,925 millim. de diamètre, reconnaissait également dans la tache embryonnaire un état tridermique, c'est-à-dire la présence de trois feuillets. Le feuillet le plus superficiel était formé de cellules très aplaties, se continuant, à la périphérie de la tache embryonnaire, avec l’ectoderme du reste de l'œuf. Sur une vésicule de 6 millimètres il voyait que cette couche de cellules aplaties avait disparu. Il donnait donc à cette couche le nom de couche recouvrante (deckschicht) et la considérait comme un feuillet transitoire, caduc, représentant un ectoderme primitif destiné à disparaître. L’ectoderme définitif, formalif, embryonnaire, était représenté par la couche sous-jacente, celle que Van Beneden avait considérée comme un mésoderme. On voit combien cette description a de rapports avec celles de Heape, par exemple, sur la Taupe. On est amené immédiatement à interprêter les faits de Rauber en disant que, d’après lui, le feuillet ectodermique primitif ne contribuerait en rien à la formation de Pembryon: celui-ci proviendrait entièrement de la masse interne (résidu vitellin, masse endodermique) qui se diviserait en endoderme et en ectoderme définitif ou formatif. Cependant ces conclusions, Rauber ne les donnait pas; il se bornait à décrire une tache embryonnaire tridermique, dont le feuillet superficiel se desquamerait pour ainsi dire (couche de Rauber), de sorte que le feuillet moyen deviendrait superficiel, et représenterait le véritable ectoderme définitif. Nous ne reproduisons pas la figure donnée par Rauber, puisqu'elle se trouve actuellement dans les traités d’embryologie ?. En d’autres termes, Rauber et Van Beneden se trouvaient d'accord quant à la présence de trois couches cellulaires ; mais ils n'étaient plus d'accord quant à la signification de ces couches, puisque Rauber considérait l'ectoderme de Van Beneden
4. Rauber, Ueber die erste Entwickelung des Kaninchens (Silzungsberichte der Naturforschenden Gesellschaft zu Leipzig, décembre 1875, p. 103). 2, Voir notamment : A. Prenant, Eléments d'embryologie, 1892, t. I, p. 142.
comme une couche caduque, desquamante, et assignait par suite la signification d’ectoderme définitif, permanent, à ce que Van Beneden considérait comme un mésoderme.
Van Beneden, qui poursuivait des études sur la fécondation et la segmentation chez la lapine, les interrompit pour reprendre la question des feuillets, vérifier les assertions de Rauber, et pour examiner notamment la question des rapports de la ligne primitive et de l’apparition du mésoderme, question pour laquelle il se trouvait en désaccord avec Kælliker. Dans son mémoire paru en 1880 ‘, il maintient ses premières descriptions et conclusions, basées cette fois sur des faits plus nombreux et plus minutieusement étudiés. Il se refuse à admettre que la tache embryonnaire, après avoir été tridermique, redevienne didermique par disparition de sa couche la plus superficielle (couche de Rauber). « L’insuffisance des observations de Rauber (qui n’a en effet étudié qu’une ou deux vésicules blastodermiques) est, dit-il (op. cit., p. 181), la cause de l'erreur dans laquelle il est tombé, quand il a considéré le feuillet externe de la tache embryonnai : comme étant destiné à disparaître. [l ne connaît aucunement s stades antérieurs, et ses études sur les stades subséquents son. aussi fort incomplètes. L'opinion qu'il exprime quant à la destinée du feuillet externe n’est pas du reste le résultat de l’observalion directe; elle est une conclusion fondée, d'une part, sur une connaissance inexacte des laches embryonnaires plus âgées, auxquelles il attribue à tort une constitution didermique, d'autre part sur la ressemblance qui s'établit entre les cellules du mésoblaste primitif et les cellules épiblastiques, après que celles-ci sont devenues prismatiques, de pavimenteuses qu'elles étaient d’abord. »
Entre temps avaient paru les recherches de Lieberkühn, que nous avons précédemment analysées, sur le blastoderme des mammifères en général et de la Taupe en particulier, et une courte note de Keælliker sur les feuillets du Lapin ?. Bientôt ce dernier auteur reprenait la même question dans un mémoire extrêmement détaillé et accompagné de planches très démonstratives ?. Il arrivait ainsi,
4. E. van Beneden, la Formation des feuillets chez le Lapin (Archives de Biologie, I, p. 136, 1880).
2. A. Kælliker, Die Entwick:lung der Keimblatter des Kaninchens (Zoolog. Anzgr., 1880 n°” 61-62).
3. A Keælliker, Die Entwicklung der Keimblatter des Kaninchens (Zeitschrift z. Uni. versit. z. Wurzburg, 1882).
ee -—
d'une manière irréfutable, aux conclusions suivantes : L’aire embryonnaire du Lapin, au cinquième jour, est formée de trois feuillets : a, la couche de Rauber composée de grandes cellules plates nucléées; b, une couche intermédiaire de cellules pavimenteuses assez épaisses, qu'il faut, avec Rauber et Lieberkühn, considérer comme l’ectoderme définitif de l'embryon, et qui correspond à ce que Van Beneden considère comme formation mésodermique; c, une couche profonde, l’endoderme, formée de larges cellules plates. — La couche de Rauber est une formation caduque qui disparaît et ne prend aucune part à la formation de l’ectoderme définitif; cette couche peut être comparée, comme l’a proposé Rauber, à la couche cornée du blastoderme des vertèbres inférieurs (couche enveloppante de Reichert).
Nous l'avons dit, ces conclusions de Kælliker sont basées sur des études admirables de précision et de détails, et elles paraissent entièrement irréfutables. Aussi est-ce sans étonnement que l'on vit, bientôt après, Van Beneden en reconnaitre le bien fondé, et renoncer, en partie, à ses premières interprétations. En effet, en 1884, il s'exprime en ces termes (op. cit., p. 399) : « Nous n'hésitons pas à reconnaître pleinement la vérité de la thèse soutenue par Kælliker, en ce qui concerne l'origine du mésoderme : l’assise moyenne du stade tridermique primitif n'est pas le mésoderme, comme nous l'avons cru d’abord; mais, conformément à l'opinion soutenue par K@ælliker, cette couche est tout entière employée à la formation de l'ectoderme du stade didermique. Comme Kælliker l’a soutenu dès 1879, le mésoderme n'apparaît que plus tard; il procède de l’épaississement médian de l’ectoderme, qui constitue la première ébauche de la ligne primitive ; et c'est à l'extrémité postérieure de l'embryon que le mésoderme apparait tout d'abord en même temps que la ligne primitive. »
La question semblerait donc définitivement tranchée. Elle ne l’est nullement à notre avis, et toules ces observations demandent une revision générale. En effet, s'il est bien établi que, avant le stade didermique qui précède l'apparition du mésoderme, la tache embryonnaire est à un état tridermique provisoire, et que, des trois couches alors existantes, la superficielle est une couche caduque
4. E. van Beneden et Ch. Julin, Recherches sur la formation des annexes fœtales chez les mammifères, lapins et chéiroptères (Archives de Biologie, t. V, fase. 3, p. 369; — 1884).
(couche de Rauber) et la moyenne représente l’ectoderme définitif et non le mésoderme, rien n’est établi relativement à l’origine de celte couche moyenne, et quant à ses rapports génétiques avec celles entre lesquelles elle est interposée. Dans son beau mémoire de 1882, Kælliker n’a pas de faits relatifs à l’origine de cette couche moyenne. Il dit seulement (op. cit., p. 33) que la couche de Rauber doit être une partie de la paroi de la vésicule blastodermique primitive, et que les deux autres couches doivent dériver des sphères du reste vitellin, reste vitellin qui s’aplatit, s'étale et se divise en même temps en deux feuillets. Mais cela, il ne l’a nullement suivi pas à pas; il l’induit seulement, sous l'impression des études de Lieberkühn sur la Taupe. Or, ayant donné nous-même des observations de Lieberkühn une interprétation autre que celle de cet auteur, nous ne pouvons appliquer, pour notre part, avec K@lliker, celte dernière interprétation au blastoderme de la lapine. En nous basant sur ce que nous revèle l'étude du Murin, nous devons concevoir des explications entièrement différentes. Aussi ne pensons-nous pas non plus que Ke&ælliker soit autorisé à dire (op. cit., 1882, p. 38) : « Si mes conclusions sont exactes relativement à la signification et à la formation des trois feuillets primitifs du Lapin, il n’est plus possible d'admettre la conception de van Beneden sur la signification des diverses sphères de segmentation, à savoir que très primitivement il y a dès le début des sphères représentant le futur ectoderme, et des sphères représentant le futur endoderme, et qu'il existe à la fin de la segmentation un stade dit métagastrula avec un blastopore. Car il résulle de mes observations et de celles de Lieberkübn que l’ectoderme définitif de l'embryon est représenté par l’une des deux couches qui, comme l’ont démontré Lieberkühn et van Beneden lui-même, sont formées par les sphères internes de segmentation, sphères que van Beneden nomme endodermiques. A mon avis le germe, la vésicule blastodermique des mammifères, diffère de toutes les formations blastodermiques connues et ne peut en aucune manière être adaptée à une théorie de la gastrula. »
A notre avis la couche inoyenne du stade tridermique en question, couche qui sera bien réellement l’ectoderme définitif de l'embryon, n’a pas l’origine que Kælliker lui assigne dans les passages précédents. Telle qu’elle a été décrite par Rauber et par Kaælliker, elle est une production de l’ectoderme primitif, qui végète par sa face profonde, et donne ainsi naissance à deux couches, une pro-
fonde persistante, une superficielle caduque (couche de Rauber). La couche profonde serait assimilable au plancher de la masse amniotique du Murin, plancher persistant et représentant un ectoderme définitif et formatif; la couche superficielle (dite de Rauber) est assimilable aux débris du couvercle de la masse amniolique disloquée du Murin, débris caducs et destinés à disparaitre. Chez le Lapin, les processus homologues à ceux que nous avons décrits chez le Murin, et que nous avons cherché à retrouver dans les études de Lieberkühn, de Heape, de Weysse, etc., sur la Taupe, le Porc, etc., ces processus seraient réduits au minimum : l’épaississement ectodermique, si puissant chez le Murin, se réduirait à la formation de deux couches; le travail de fissuralion et de dislocation, si complexe chez le Murin, la Taupe, etc., se réduirait à une simple exfoliation de la couche superficielle (couche de Rauber).
Mais, d’après Kælliker, cette couche moyenne, cette couche d’ectoderme définitif, que nous faisons dériver de l’ectoderme primitif, van Beneden lui-même l'aurait vue provenir du clivage de la masse interne (masse endodermique primitive, sphères endodermiques). Nous pensons qu'il y a ici confusion de deux choses bien distinctes. Van Beneden a bien vu et bien figuré une couche de cellules qui se sépare de la masse endodermique et se trouve interposée entre l’ectoderme et l’endoderme en voie de formation ; mais, et c’est ici le point essentiel, dans la description de Van Beneden il s’agit d'autre chose que de la couche moyenne qui sera l'ectoderme définitif. Ce que Van Beneden a décrit et figuré comme couche moyenne, n'est pas, à proprement parler, une couche qui vient de se séparer de la masse interne, c’est une portion de cette masse interne, la portion centrale, qui n’est pas encore arrivée à compléter son étalement et son amincissement, et qui, par suite, sur la partie centrale de la tache embryonnaire, se trouve encore à l’état de superpositions multiples de cellules.
De celte interprétation nous croyons trouver la preuve, d’une part dans nos études sur le Murin, et d'autre part dans les descriptions et figures de van Beneden.
Chez le Murin, n’avons-nous pas trouvé un stade (fig. 36; pl. Il) où la masse interne, en voie d'étalement, a formé vers l'équateur de l'œuf un feuillet endodermique d’une seule couche de cellules plates, alors que vers le pôle supérieur cette masse interne, cette
matrice de l’endoderme, est encore formée d’un amas de cellules superposées; mais ces cellules s’étaleront bientôt en se disposant là aussi en une seule couche, comme on le voit dans nos figures 39, 41, etc. Nous avons trouvé de plus une confirmation de ces faits dans l'analyse des descriptions de Frommel.
Or, si nous reprenons avec soin l'étude du mémoire de van Beneden (1880), nous y voyons cet étalement décrit avec grande précision, avec indication des différences qui se présentent sur la portion périphérique et sur la portion centrale de l’endoderme en voie de formation. Seulement, tout à fait vers la période finale de cet étalement, l’auteur a cru voir une nouvelle formation interposée aux deux feuillets primaires, alors qu'il s'agissait seulement d’un état non encore achevé de l’endoderme dans sa partie centrale. En effet, dans son stade V, il décrit et interprète fort exactement les choses. « La portion centrale, dit-il (op. cit., p. 174), du gastrodisque (tache embryonnaire) caractérisée par la présence d’une couche endodermique continue et composée de plus d'une assise cellulaire, s’est étendue en surface; dans la partie périphérique du gastrodisque, les cellules endodermiques se sont écartées les unes des autres; elles forment maintenant une couche discontinue. » Puis passant à son stade VI, il décrit, dans la tache embryonnaire, d'abord l’ectoderme et l’endoderme, et puis, au centre de cette tache, des cellules interposées à ces deux feuillets. Pour lui ces cellules seraient la première indication du mésoderme ; la chose est insoutenable; il a lui-même renoncé depuis à cette interprétation. Pour Lieberkühn et Kælliker ces cellules sont les premiers rudiments de l’ectoderme définitif, Pour nous elles ne sont autre chose qu’un reste de la masse interne qui n’a pas été encore incorporé à l'endoderme en voie de formation ; elles sont encore cel endoderme que, au stade V (voir la citation ci-dessus), van Beneden décrit comme composé de plus d'une assise cellulaire. Voyons en effet la description de ces cellules. « IL existe (op. cit., p. 171) entre les deux épithéliums pavimenteux simples une troisième couche de cellules, dont on aperçoit tout d’abord les noyaux. Chacun de ces noyaux est : entouré d'une couche de protoplasma peu étendue. Ce protoplasma est assez granuleux et se colore légèrement en brun par le picrocarminate. Ces cellules à noyaux proportionnellement très volumineux sont serrées les unes contre les autres et forment une couche continue (dans sa figure 8, pl. V, l’auteur les représente cependant
légèrement écartées les unes des autres, et en général globuleuses). Les limites de ces cellules ne se marquent pas du tout par le nitrate d'argent. Il est facile de voir que celte couche de cellules est intermédiaire entre les deux couches de cellules plates, et qu'il existe, par conséquent, dans la tache embryonnaire, trois plans de cellules. L'externe, formé de cellules plates, est l’ectoderme du stade précédent. L'interne, formé lui aussi d'une rangée unique de cellules plates, est l’hypoblaste. Le moyen, constitué par des cellules polyédriques et granuleuses, est le mésoblaste. » Nous répondrons : non, ce n’est pas le mésoblaste, ce sont des restes de la masse interne non encore utilisés pour la formation de l’endoderme, et leurs caractères concordent assez bien avec cette interprétation. C'est encore plus d’après les figures que d’après la description de l’auteur que celte concordance se manifeste, et cela surtout sur les coupes. Van Beneden a en effet figuré (fig. 2, pl. VI) une coupe de cette prétendue région tridermique : ici les caractères de ces cellules sont très nets; elles sont globuleuses, plus ou moins sphériques sur le dessin, et font bien l'impression de restes vitellins non encore différenciés en éléments endodermiques, et van Beneden les caractérise en ces termes (op. cit., p. 180) : « Entre les deux couches de cellules plates, dans toute l'étendue de la tache, il existe une rangée unique de cellules granuleuses à formes variables, plus larges que hautes. Elles aussi ont des noyaux sphériques ou ovalaires, assez brillants, et semblables à ceux des cellules plates de l'hypoblaste. »
L'examen de cette figure 2 (pl. VI) de van Beneden montre qu'évidemment il ne s’agit pas encore, à ce stade, de voir dans cette couche moyenne l’ectoderme définitif de Rauber et de Kælliker, car les éléments de cet ectoderme, d’après les excellentes figures de ce dernier auteur, ont des caractères et des dispositions bien différentes. Si ces éléments de la couche moyenne ne sont ni du mésoderme, ni de l’ectoderme définitif, nous ne voyons pas d'autre interprétation à en faire, que de les considérer comme des derniers restes vitellins non incorporés encore à l’endoderme, Mais ce n’est pas par des raisonnements purs, par des dilemmes que se font les démonstrations en embryologie. Il faut une constatation directe ; il faudrait au moins avoir entrevu l’incorporation ultérieure de ces cellules à l’endoderme sous-jacent et leur disparition graduelle. Or nous disons hardiment que van Beneden a vu et cette
disparition (ou au moins la réduction graduelle de ces éléments) et entrevu celte incorporation.
Pour le premier point, disparition ou diminution graduelle de ces éléments, van Beneden constate (op. cit., p. 190) que son prétendu mésoblaste, qui au début existait entre l’épiblaste et l'hypoblaste dans toute l’étendue de la tache, fait bientôt défaut dans une grande partie de son étendue. « Il faut admettre, dit-il, que le mésoblaste est refoulé dans la partie postérieure et sur les côtés de la tache embryonnaire. » Mais cette explication ne lui parait pas suffisante, et aussitôt il en émet une autre, qui est purement et simplement la seconde des hypothèses que nous avons ci-dessus formulée, à savoir l’incorporation de ces cellules de la couche moyenne à l’hypoblaste déjà différencié au-dessous d'elles. « Ou bien, dit-il (p. 191), il s'opère une fusion entre le mésoblaste et l'hypoblaste dans la région circulaire, cette fusion s’opérant de telle manière que les cellules du feuillet moyen viendraient individuellement s'imterposer entre celles du feuillet interne. Ce fait n'aurait rien d'éton nant, si l’on se rappelle l'identité d’origine de ces deux couches cellulaires. »
Ainsi nous pensons d'une part que Ja couche moyenne, celle que van Beneden appelait mésoderme, n'est autre chose qu'un reste de la masse interne en train de servir à la formation de l'endoderme et que par suite cette couche moyenne de van Beneden est tout autre chose que la couche moyenne de Kælliker, Rauber, etc., laquelle est bien réellement de l'ectoderme, l'ectoderme définitif. Mais d'autre part, contrairement à Kælliker et à Rauber, nous pensons que cet ectoderme embryonnaire définitif, qui apparaitra plus tard, ne dérivera pas de la masse interne, mais bien de l’ectoderme primitif par la face profonde duquel il sera produit. Or, pour ce second point, nous trouvons encore dans van Beneden une indication qui nous parait confirmative, car elle montre les étroites dépendances entre la couche de Rauber et l’ectoderme définitif. En effet, van Beneden dit qu'il ne saurait se rallier « à l'opinion de Rauber et de Kælliker en ce qui concerne la disparition de l’assise externe primitive, car 1l possède de nombreuses séries de coupes démontrant clairement que ces cellules interviennent dans la formation de l'ectoderme définitif ‘ ». Mais cependant Kæ@lliker a
1. Van Beneden et Ch. Julin, Annexes fœlales, etc., p. 396. 11°
démontré avec la dernière évidence (op. cit., 1882) la disparition de la couche de Rauber, et en a étudié avec soin le processus (fragmentation des cellules en petites plaquettes dépourvues de noyau, etc.). Si donc cette couche est bien réellement caduque, et si cependant on a cru la voir s’incorporer à l’ectoderme définitif, c'est qu'en réalité les images qui ont donné cette impression se rapportaient non à une incorporation de la couche de Rauber dans l’ectoderme définitif, mais à une dérivation de cet ectoderme définitif aux dépens de l’ectoderme primitif qui n’est autre chose que la couche de Rauber, c'est-à-dire que ces images représentaient, selon l'expression même ci-dessus rapportée de van Beneden, l'ectoderme primitif intervenant dans la formation de l'ectoderme définitif *.
Pour résumer cette longue étude critique, et préciser nos interprétations, nous pouvons dire que, dans la formation du blastoderme de la région embryonnaire du Lapin, plusieurs stades distincts se succèdent rapidement, et sur des vésicules que ni leur âge, ni leur volume ne permettent de rigoureusement sérier, de sorte que ces stades ont pu être confondus, et que la discordance des opinions émises s'explique en partie, parce que les divers auteurs croyaient parler d'un même stade alors qu'ils avaient réellement en vue des stades différents, des faits autres. Ces stades seraient les suivants en partant de la fin de la segmentation.
Stade I. — Stade d’une vésicule blastodermique monodermique, formée d'une paroi ectodermique à une seule couche de cellules, avec un gros reste vitellin au pôle supérieur de la face interne de celte vésicule ectodermique. La région embryonnaire est alors formée par cet ectoderme primitif et par la masse endodermique sous-jacente. Sur ce stade tous les auteurs sont d'accord.
Stade IL. — Stade semblable encore au précédent, si ce n’est que la masse endodermique s'est étalée périphériquement en un endoderme d’une seule rangée de cellules plates, alors que, en son centre, elle est encore formée de plusieurs couches, l’une inférieure de cellules endodermiques plates, l’autre de cellules encore indiffé-
1. Pour le sort ultérieur de la couche de Rauber, nous trouvons les mêmes variantes d'interprétation que nous avons signalées précédemment pour la Taupe, à propos du toit de la cavité secondaire de Heape. Les uns admettent une exfoliation, ou une disparition complète, par un procédé quelconque, des cellules de la couche de Rauber; les autres pensent qu’elles sont incorporées dans l’ectoderme définilif (voir Balfour, Traité d’embryologie comparée, Trad. fr., Paris, 1885, t. II, p. 202).
rentes, mais destinées à s'incorporer graduellement dans l’endoderme sous-jacent. Alors la région embryonnaire peut paraitre tridermique, par linterposition de ces cellules entre l'ectoderme primitif et l’endoderme déjà formé. Cette couche moyenne de cellules est ce que van Beneden avait regardé comme un mésoderme. Nous voyons que ce n’est pas un mésoderme, mais que ce n’est pas non plus l’ectoderme définitif (voir stade IV). Ceci est donc le stade particulièrement étudié et figuré par van Beneden; mais ce n'est pas le stade étudié par Ke@ælliker et Rauber. La divergence des opinions et les différences des deux descriptions s'expliquent parce que les deux ordres d'auteurs ont eu sous les yeux des choses différentes.
Stade IIT. — Stade où le reste vitellin, la masse endodermique a fini de s’étaler entièrement en un endoderme d'une seule couche de cellules, doublant la paroi ectodermique primitive. Alors la vésicule blastodermique est didermique dans la région embryonnaire. Ce stade didermique primitif n’a été observé par aucun auteur. Ce que nous avons vu pour le Murin, et la nécessité de la succession des transformations, nous amènent à l’admettre hypothétiquement pour le Lapin. Sans doute ce stade est-il chez le Lapin très court, très fugace, et plus ou moins voilé par empiétement, sur lui, de celui qui le précède et de celui qui le suit. Il est au contraire net et isolé chez le Murin.
Stade IV. — Stade où l’ectoderme primitif donne naissance par ‘sa face profonde à l'ectoderme définitif. Alors, la région de la tache embryonnaire est tridermique, sa couche externe étant représentée par l’ectoderme primitif (couche de Rauber), sa couche moyenne par l’ectoderme définitif, et sa couche profonde par l’endoderme. Ceci est le stade étudié par Rauber et par Kælliker. Ce n'est pas le stade étudié par van Beneden; la couche moyenne ici présente est bien l’ectoderme définitif et non le prétendu mésoderme.
Stade V. — Stade semblable au précédent, avec cette seule différence que la couche de Rauber a disparu. La région embryonnaire est donc redevenue didermique. Ce stade didermique secondaire est celui étudié par Kælliker; il est le véritable stade didermique de l’'embryologie comparée, c'est-à-dire celui qui précède l'apparition du mésoderme.
Stade VI. — Stade où apparait le mésoderme, entre l’ectoderme
et l'endoderme du stade précédent. Ceci est le stade tridermique classique, où la région embryonnaire possède ses trois feuillets définitifs et classiques, l’ectoderme, le mésoderme et l’endoderme. Il ne saurait être confondu avec les deux stades prétendus tridermiques, énumérés ci-dessus en second et quatrième rangs, stades où on trouve interposées, entre l’ectoderme primitif et l'endoderme, des formations qui sont tout autre chose que le mésoderme (restes vitellins dans un cas, ectoderme définitif dans l’autre).
Nous ne saurions nous dissimuler que bien des points sont hypothétiques dans cette tentative de sériation des stades de la formation des feuillets chez le Lapin. Cette tentative n'aurait même pas de raison d'être si nous n'avions pour guide la série des stades observés chez le Murin. Évidemment de nouvelles observations directes seraient nécessaires sur le Lapin, en prenant pour point de départ les hypothèses précédentes, c’est-à-dire un ordre d'idées tout différent de celui qui a présidé jusqu’à présent aux recherches de ce genre, et on sait combien, dans ces difficiles questions d’embryologie, les idées a priori ont d'influence sur l'interprétation des faits. Un fait bien établi chez un animal permet de comprendre chez un autre animal des dispositions qui sans cela resteraient énigmatiques : c'est ce qui a eu lieu pour chaque détail de l'histoire de la gastrula. Un travail de revision vient cependant de paraître sur le développement du blastoderme du Lapin ‘, mais l’auteur paraît avoir pris comme base indiscutable les données de Lieberkühn et Kælliker sur l'origine de l’ectoderme définitif, et il se préoccupe moins de les contrôler que de les expliquer par les conditions mécaniques que crée Ja présence d’une épaisse couche d’albumine autour de l’œuf. Ces recherches de R. Assheton sont cependant très remarquables et très complètes, mais nous paraissent présenter une lacune précisément dans les stades qui nous intéresseraient le plus. Il à fort exactement étudié la segmentation. Il constate une différence de volume, très peu accentuée, entre les deux premiers segrnents (0p. cit., p. 116); tandis que, d’après van Beneden, c'est la sphère de segmentation la plus grosse qui donne naissance à des cellules filles à division plus rapide, il a vu au contraire la division se produire plus vite dans le plus petit des segments primaires et dans ses descendants, etc., etc. Il décrit le stade que van Beneden
4. Richard Assheton, À Re-investigation into the early stages of the Development of Rabbit (Quarterly Journal of microscop. Science, Déc. 1894, vol. 37, Prt. 2).
désigne sous le nom de métagastrula, mais tout en figurant une vésicule creuse avec masse interne sur l'un de’ses pôles, il n’admet pas pour celle masse la signification de cellules endodermiques, ni pour la paroi de la vésicule celle d'éléments ectodermiques. Passant alors à l’aplatissement et à l’étalement de la masse interne, il donne des figures (26 et 27 de sa pl. 16) où celle masse est informe, sans limites nettes des cellules ; il s’agit là certainement de préparations défectueuses et desquelles il est difficile de tirer une conclusion. Enfin lorsque arrive l'achèvement de cet étalement, lorsque nous voudrions trouver des éléments de critique pour les stades que nous avons précédemment désignés par les chiffres III et IV, nous sommes en présence d'une énorme lacune, puisque sa figure 29 est d'une vésicule âgée de 103 heures, et que de là il saute à des figures (30, 34, 35) de vésicules âgées de 140 à 195 heures. Il y a donc là un vide de 24 heures en moyenne, alors que ses stades précédents sont assez régulièrement espacés de 6 à 6 heures en moyenne. Aussi avons-nous cherché en vain dans ces observations des éléments capables de confirmer ou de combattre notre manière de voir.
5° Résumé général et conclusion.
Nous avons étudié la masse amniotique du Murin et nous l'avons comparée à diverses formations analogues constatées chez divers mammifères. Celte comparaison peut conduire à différentes interprétations.
1° Ou bien on peut admettre qu’il s’agit là d’un seul et même processus, celui de la formation de l’amnios, ou tout au moins de processus qui dérivent d’un mode particulier de production de l’amnios par une masse ectodermique pleine. C’est l'interprétation que nous avons développée à plusieurs reprises dans les pages qui précèdent. Chez le Murin et chez le Hérisson, l'’amnios se produit par une masse pleine qui se creuse. Chez le Hérisson, le couvercle de la cavité ainsi produite persiste et constitue l’amnios (lame ectodermique de l’amnios); chez le Murin, le couvercle de cette cavité se disloque, se réduit en fragments qui sont résorbés, et alors ce sont les bords du plancher de la cavité qui se recourbent en plis amniotiques, lesquels, en marchant à la rencontre l’un de l’autre. effectuent l’occlusion de la cavité amniotique. Chez les animaux comme la Taupe et le Porc, pour ne rappeler que ces exemples, le processus est le même, seulement la formation des plis amniotiques est plus
tardive, de sorte que leur apparition est sans rapport apparent avec l’épaississement ectodermique qui les précède, et avec l’exfoliation de la couche superficielle de cet épaississement (couche de Reuber du Lapin).
Comme corollaire de cette interprétation, il faut alors admettre que les animaux, qui présentent un épaississement ectodermique dont la couche superficielle s’exfolie, dérivent d'animaux chez lesquels la production de l’amnios se faisait par une masse ectodermique primitivement pleine et compacte et se creusant ultérieurement. Les processus constatés chez la Taupe et le Porc seraient des formes de retour de ce mode de formation massive de l’amnios vers le mode classique par plicature de l’ectoderme, tel qu’on le connaît chez les reptiles et les oiseaux. Cela ne veut pas dire que les animaux (Taupe et Porc) chez lesquels on constate ce mode de retour dériveraient de ceux chez lesquels on trouve actuellement la formation massive (Hérisson, Murin), mais que les premiers ont eu des ancêtres présentant cette formation massive comme la présentent actuellement les seconds. En un mot la formation massive de l'amnios serait une adaplation particulière qui peut se rencontrer dans divers ordres de mammifères, et, dans un même ordre, pourrait exister ou avoir existé le mode de formation connu chez les reptiles et oiseaux, le passage à la formation massive, et enfin le retour au premier mode, de même que dans le seul ordre des rongeurs on trouve des espèces à feuillets non inversés, des espèces à feuillets inversés, el des espèces présentant des dispositions de passage (voir le Place:ta des rongeurs, 2° partie, p.229 et 264). Ce rapprochement est d'autant plus significatif que l'inversion des feuillets et la formation amniotique massive sont peut-être une seule et même chose, ou au moins des processus le plus souvent intimement reliés entre eux.
A quelle condition la formation amniotique massive serait-elle une adaptation? Sans développer ici cette question, nous dirons que cetle condition est, comme pour l'inversion, d’après Selenka !, l’adhérence précoce de la vésicule blastodermique à la paroi utérine, et nous ajouterons que cette adhérence précoce est déterminée par l'étroitesse de cette cavité utérine et le très petit volume de l'œuf à ce moment de sa fixation. Ce sont des considérations que nous nous réservons de développer ultérieurement, les très nombreux travaux