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qu'elles s’accouplent ». (Buffon-Daubenton, t. VII.) Dans son édition de 1878, Claus (Traité de zoologie, trad. de Moquin-Tandon, p. 1081) dit de même : « La reproduction a lieu au printemps; après l’accouplement, les deux sexes se séparent, les mâles vivent isolés, les femelles se nourrissent plusieurs ensemble dans la même retraite. Elles mettent au monde un ou deux petits. » Semblablement À. F. Brehm (Les Mammifères, édit. fr. 1878) : « Quelques semaines après leur réveil, les Chéiroptères s’accouplent. Le mâle et la femelle se séparent bientôt après. La gestation ne dure que cinq ou six semaines, ainsi qu'on a pu s’en assurer sur des individus captifs. » (Op. cit., p. 155.)
Ce n’est que depuis une époque assez récente que ces questions relatives aux mœurs génitales des Chéiroptères ont été l'objet d'observations exactes, et les études de Van Beneden à cet égard ont été le point de départ d’une série de recherches de contrôle, qui se sont poursuivies jusque dans ces dernières années. II nous paraît intéressant de résumer ici l'histoire de cette question. Nous allons voir qu’il est démontré aujourd'hui que l’accouplement des chauves-souris a lieu avant l’hiver, au moins pour le plus grand nombre des espèces d'Europe, et que le développement de l'œuf ne commence qu'au printemps suivant, au réveil de l’animal.
D'après une indication bibliographique donnée par Fries (voir ci-après), mais dont nous n'avons pu vérifier les détails, n'ayant pu consulter le recueil indiqué, c’est Pagenstecher qui le premier, en 1859 ‘, aurait constaté que, sur des chauves-souris examinées en janvier, c'est-à-dire en plein sommeil hivernal, on trouve l'utérus rempli de sperme. Mais c'est incontestablement à Van Beneden que revient le mérite d'avoir attiré l’attention sur ce sujet, et sur les questions que soulèvent les observations de ce genre, relativement à l'époque de laccouplement et de la fécondation. Déjà en 1868, dans son Mémoire couronné par l’Académie de Belgique, et publié seulement en 1870 ?, il rapporte que, ayant eu occasion d'étudier un grand nombre de Chauves-Souris au mois de mars, c'est-à-dire à une époque où ces animaux sont encore plongés dans un sommeil léthargique, il a trouvé l'ovaire d'un Vespertilio murinus couvert
1. Pagenstecher, Ueber die Begattung der Vesperugo Pipistrellus (Verhandig. d. naturhis. med. Vereins zu Heidelberg. Bd. I, n° 6, 1859, p. 194).
2. Ed. van Beneden, Recherches sur la composilion et la signification de l'œuf, Bruxelles, 1870, p. 183.
PEAR de spermatozoïdes d'une agilité extrême; en même temps, vers le milieu du canal tubaire, il trouvait un œuf fécondé depuis peu de temps. « Ge fait, dit-il, me parait présenter un intérêt particulier parce qu'il démontre que certaines espèces de Chauves-Souris peuvent s’accoupler peu de temps avant le printemps, et que c'est une erreur de croire que tous les Chéiroptères portent pendant l'hiver. »
Dans son mémoire sur la fécondation chez la lapine !, Van Beneden parle incidemment d'observations faites sur quelques Chauves- Souris. Les femelles capturées en novembre ont présenté leurs organes génitaux remplis et gonflés de sperme, mais aucun ovule fécondé, ni dans les oviductes, ni dans la matrice; les femelles, capturées en mars, ont encore présenté la matrice et les oviductes distendus par des spermatozoïdes, douës de mouvements très vifs; mais de plus on trouvait, chez la plupart d’entre elles, un ovule fécondé dans les oviductes. De ces faits Van Beneden conclut que les chauves-souris s'accouplent avant de tomber dans le sommeil hivernal; que les spermatozoïdes restent vivants dans le corps de la femelle pendant une partie de l'hiver; que l’ovule arrive à maturilé au début de la saison froide; qu'il est aussitôt fécondé; mais qu'ilne continue à se développer que lorsque les premières chaleurs du printemps commencent à ranimer les organes engourdis durant les froids de l’hiver. Il compare par suite ce fait à celui signalé par Bischoff chez le chevreuil, à savoir que, chez celui-ci, l’accouplement a lieu à la fin de juillet ou au commencement d'août, que les premiers phénomènes du développement (fractionnement) s’accomplissent aussitôt, mais pour s'arrêter de suite, et ne reprendre qu’en décembre ?.
Ces observations curieuses de Van Beneden attirèrent l'attention et suscitèrent des recherches de contrôle *. Dans une note parue
1. Ed. van Beneden, La maturation de l'œuf, la fécondation et les premières phases du développement embryonnaire des mammifères d'après des recherches faites chez le lapin. Communication préliminaire (Bulletin de l'Acad. roy. de Belgique, 2° série, t. XL, n° 42; 4875).
2. L. W. Bischoff, Entwicklungsgeschichte des Rehes, Giessen, 1854.
3. À cette époque j'aurais été dans de bonnes conditions pour étudier la question. En effet, pendant qu'on démolissait les vieux bâtiments de l’École pratique de la laculté de médecine de Paris, il me fut apporté à diverses reprises (pendant les mois de décembre et de janvier) des chauves-souris trouvées par les ouvriers dans les fentes des vieux murs. Je m’occupais alors d’études sur le cerveau, et c'est à ce point de vue seulement que j'utilisai ces animaux. Cependant j'examinai l'appareil génital de quelques femelles, et je fus surpris de toujours trouver la corne utérine droite renflée, du volume presque d’un petit pois vert. Ayant incisé ce renflement, je vis s’écouler un liquide épas, qui, examiné au microscope, se montra composé de spermatozoïdes
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en 1879 ‘, Benecke rapporte avoir eu à sa disposition une centaine de Vesperugo pipistrellus et de Plecotus auritus pendant l'hiver et le début du printemps. Chez les femelles endormies du sommeil hivernal, dit-il, on trouve l'utérus énormément distendu par du sperme crémeux; jamais trace de sperme dans les oviductes, quand on prépare ceux-ci avec soin, sans exercer aucune compression sur l'utérus. Tantôt sur l’un, tantôt sur les deux ovaires, on trouve un follicule ovarien, déjà très volumineux en décembre, et l'œuf qu’il renferme ne présente déjà plus de vésicule germinative reconnaissable. Cet ovule est placé dans un grand disque proligère étoilé. Cet état des organes génitaux demeure sans changement pendant toute la durée du sommeil hivernal. Dès que la température s'adoucit, l'ovaire se montre fortement injecté, le follicule se rompt, et l'ovule, entouré de son disque proligère, tombe dans le canal tubaire. En même temps la plus grande partie du sperme contenu dans l'utérus est évacuée par le vagin, et se retrouve sous la forme de croûtes desséchées sur les poils qui entourent l’orifice génital. L'utérus reprend alors sa forme et son volume normaux. Tant que l'utérus est gorgé de sperme, c'est en vain qu'on cherche un ovule dans le canal de la trompe. — Pendant que l’ovule chemine dans le canal tubaire, les cellules du disque proligère se désagrègent, de sorte qu'on trouve l’ovule isolé quand il est arrivé dans la partie inférieure de ce canal. En même temps que l’ovule a passé de l'ovaire dans la trompe, des spermatozoïdes paraissent pénétrer de leur côté dans ce canal, à travers la paroi très mince duquel on peut facilement les observer. Déjà avant la complète désagrégation des éléments du disque proligère, on peut trouver des spermatozoïdes traversant la zone pellucide de l’ovule. Pendant le début de son séjour dans la trompe, le vitellus se montre légèrement rétracté, et, comme l’a indiqué Van Beneden, on trouve toujours vers l’un de ses pôles deux corpuscules polaires, et dans son intérieur deux gros noyaux (connus aujourd'hui comme pronucléus mâle et pronucléus femelle), de dimension différente, contenant chacun un corps nucléolaire volumineux et fortement réfringent. Donc, conclut Benecke, les choses ne se passent pas chez les chauves-souris comme chez doués de mouvements actifs. Mais je ne poussai pas plus loin la recherche. J'ai donc seulement constaté, et d'une manière incidente, que les femelles de chauves-souris ont, pendant l'hiver, la corne utérine droite gonflée de sperme.
1. B. Benecke, Ueber Reifung und Befruchtung des Eïes bei den Fledermaüsen (Zoologische Anzeiger von J. Carus, t. Il, 1879, p. 304).