‹ Études sur l'embryologie des chéiroptèresChapitre 5 sur 37 · AD TE · texte numérisé non relu

AD TE

le chevreuil, chez lequel, après la fécondation, il se produit un arrêt plus ou moins long dans le développement; la fécondation, chez les chauves-souris, s'opère seulement au réveil du sommeil hivernal, grâce au sperme emmagasiné dans l'utérus dès avant l'hiver, et, à partir de la fécondation, le développement se poursuit sans interruption. On peut, ajoute Benecke, en conservant dans un lieu chaud et en nourrissant convenablement des femelles, provoquer, déjà au cours de l'hiver, l'expulsion du sperme de l'utérus et hâter la maturation de l’ovule; cependant, sur le petit nombre d'individus ainsi traités, l’auteur n’est pas arrivé à provoquer la ponte ovarique.

Dans cette même année 1879 Fries ! rapporte ses observations faites sur de très nombreuses espèces de chauves-souris, et formule les conclusions suivantes : 1° L'accouplement a lieu avant le sommeil hivernal. — 2° Le sperme est emmagasiné dans l’appareil génital femelle; il remplit l’utérus bicorne, qui se montre très gonflé, et dans les glandes duquel on peut trouver de nombreux spermatozoïdes ; on en peut trouver aussi dans la trompe et dans le vagin; le vagin est alors dilaté par une masse gélatineuse entourant des spermatozoïdes ?. — 3° L’ovulation et la fécondation n’ont lieu qu’au printemps, plus ou moins tôt selon les espèces. — 4° Les voies séminales du mâle sont remplies, en hiver et au printemps, de spermatozoïdes doués de mouvement. — 5° Les jeunes nés au début de l'été ne sont pas encore propres à la reproduction en automne.

Cette note de Fries est une communication préliminaire que cet auteur annonce devoir être suivie d’un mémoire plus explicite. Nous n’avons pas connaissance que celui-ci ait jamais paru. Seulement Fries a publié en 1880 * un travail dans lequel il revient sur sa 3 conclusion ci-dessus formulée. Il s’agit d’études sur la reproduction du Blaireau commun, chez lequel on observe quelque chose de semblable à ce que Bischoff a signalé pour le Chevreuil. L'époque du

4. S. Fries, Ueber die Fortpflancung der einheimischen Chiropteren (Zoologischer Anzeiger von V. Carus, t. II, 4879, p. 355; voir aussi : Gültinger Nacbrichten, 1879, ne 41).

2. D'après ce qu’il nous a été donné de voir, particulièrement chez le Rhinolophe, il s’agit ici d’un bouchon vaginal analogue à celui décrit par Lataste chez les Rongeurs (Noles sur différentes espèces de Rongeurs, Société Linnéenne de Bordeaux, vol. 40, 1887). — Voir, au sujet de ce bouchon chez les Chéiroptères, Carl Vogt (Assoc. fr. — Congrès d'Alger; 1881; p. 655).

3. S. Fries, Ueber die Fortpflanzung von Meles tamus (Zoologische Anzeiger von V. Carus, t. III, 1880, p. 486).

LUE PQ rut et de l’accouplement est en juillet et commencement d'août. L'œuf est fécondé, commence à se développer, puis s'arrête, pour reprendre plus tard, à une époque encore mal déterminée, mais telle que la parturition a lieu seulement au milieu de février et commencement de mars. Il peut donc, dit Fries (op. cit., p. 491), se produire un arrêt dans le cycle des phénomènes de la génération, soit que, comme chez le chevreuil et le blaireau, la fécondation ait lieu à l'époque de l'accouplement, soit que, comme chez les Chéiroptères, l’accouplement ait lieu en automne, et que le sperme soit conservé dans l'utérus pendant tout l'hiver, l'ovulation se produisant, ainsi que la fécondation, seulement au réveil printanier.

Enfin Eimer avait communiqué, le 24 juin 1878, à la réunion des naturalistes à Tubingue (tome XXXV, p. 50 des Comptes rendus de cette Société), quelques observations sur le même sujet; cette note étant passée inapercue, Eimer, à la suite des publications précédentes, l’a reproduite, en 1879, dans le même recueil où venaient d'être publiées les observations de Benecke et de Fries !. Il rapporte que, pendant l'hiver, chez des femelles hivernantes de Vesperugo noctula et de Vesperugo pipistrellus, il a trouvé l'utérus rempli de sperme; il conserva de ces animaux pendant tout l'hiver, en en examinant quelques-uns de temps à autre, et trouva toujours les organes génitaux dans le même état jusqu'au printemps. Jamais, avant le printemps, il n’a trouvé trace de fécondation. D'où cette conclusion que les chauves-souris s’accouplent avant l'hiver, que la femelle conserve le sperme pendant le sommeil hivernal, et que la fécondation a lieu seulement à l'époque du réveil.

IL y avait donc dès lors accord complet de tous les observateurs sur un point : l'accouplement des chauves-souris a lieu avant l'hiver, et c’est seulement au printemps que commence le développement de l'embryon. Mais il y avait désaccord relativement à l'époque où se fait la fécondation qui détermine ce développement. Pour Van Beneden l'ovulation et la fécondation ont lieu au début de la saison froide, mais l'œuf s'arrête dans son développement pour ne le poursuivre qu'au printemps. Pour tous les autres auteurs l'ovulation n’a lieu qu'au printemps, et le sperme, conservé tout l'hiver dans Putérus, opère alors seulement la fécondation. Nous avons vu que Fries, dans son étude sur le blaireau, prenant la question à un

1. Eimer, Ueber die Fortpflanzung der Fledermäuse (Zoologischer Anzeiger von V. Carus, t. II, 1879, p. 425).

ET (es point de vue général, a montré que, selon les espèces d'animaux hivernants, l’un ou l’autre de ces modes de poses peuvent se produire dans le cycle génital.

Le problème étant ainsi posé, il nous semble qu’il est permis de se livrer à une considération à priori qui n’est pas sans importance. Si la fécondation avait lieu au débutde la saison froide, il n’y aurait pas de raison pour que le sperme soit conservé tout l'hiver dans l'utérus; or toutes les observations sont unanimes à cet égard : on trouve toujours sur la femelle hivernante l'utérus énormément distendu par le sperme, et, au début du printemps, on trouve les spermatozoïdes, doués de mouvements très vifs, au niveau de l'ovaire. Mais les hypothèses doivent céder le pas à de nouvelles observations, et celles-ci nous les devons encore à Van Beneden. Dans une série de recherches communiquées d'abord à l'Académie de Belgique, puis publiées dans les Archives de biologie ‘, Van Beneden déclare n'avoir pu découvrir aucun ovule, ni dans les oviductes, ni dans la matrice, en novembre. Donc un premier point est acquis : l'ovulation n'a pas lieu au début de l'hiver; elle ne suit pas l’accouplement; le sperme est conservé dans l'utérus pour agir plus tard. Mais quand agit-il? Déjà en décembre, puis en janvier et février, mais surtout en mars, Van Beneden et Julin ont trouvé, chez diverses espèces, des ovules dans l'oviducte; mais ce n’est qu'à la fin de mars et en avril qu’ils ont vu ces ovules en segmentation, d’où ils concluent que l’ovulation peut se faire pendant l'hiver, que l’œuf est aussitôt fécondé, et que, frappé alors d’un arrêt de développement, il ne recommence qu'au printemps à entrer en segmentation. Mais dans l'immense majorité des cas c'est en avril qu'ont lieu ovulation et fécondation. Quant aux cas exceptionnels, qui amènent à admettre la possibilité de l'ovulation et de la fécondation pendant les mois d'hiver, Van Beneden lui-même en restreint singulièrement la signification, par les remarques suivantes : « Nos chauves-souris nous arrivent de Maerstricht; elles ne peuvent être examinées que le lendemain du jour où elles ont été recueilles; il nous est arrivé souvent de les laisser plusieurs jours avant de les sacrifier. Dans ces conditions, soumises pendant un

1. E. van Beneden et Ch. Julin, Recherches sur la structure de l'ovaire, l'ovulalion, elc., chez les Chéiroptères (Bull. Acad. roy. de Belgique, 2° série, t. XLIX, n° 6, 1880).

E. van Beneden et Ch. Julin, Observations sur la maturation, la fécondation et la segmentation de l'œuf chez les Chéiroptères (Archives de Biologie, 4880, t, I, p. 551).

1 ge temps plus ou moins prolongé à la température des appartements, elles se réveillent si bien que, si l’on n'y prend garde, elles s'échappent et peuvent alors voler pendant longtemps, jusqu'à ce qu'elles aient trouvé un endroit convenable pour s’accrocher et se suspendre. Peut-être le réveil de l'animal amène-til, à une époque anormale, un état congestif des organes sexuels, qui se produit naturellement à une saison plus avancée. »

Mais si l’accouplement automnal est la règle générale, n'y a-t-il point d’exception, notamment pour les jeunes sujets, qui, nés au printemps, ne se trouveraient pas encore arrivés à leur maturité sexuelle en automne? C’est ce que divers auteurs ont été amenés à penser. Ainsi Robin ! a pendant deux hivers répété les observations de Van Beneden, Eimer et Fries, et la plupart du temps n'a pu que les confirmer; mais il a reconnu que la règle qu'ils ont admise n’est pas sans exceplion. « En général, dit-il, un premier accouplement a lieu avant l'hiver, mais de nouveaux rapprochements peuvent se produire pendant les intervalles d’activité qu'amènent les beaux jours d'hiver, ou même au printemps, après le sommeil hivernal. Cet accouplement tardif paraît être de beaucoup plus fréquent chez le rhinolophe fer-à-cheval. »

Dans une courte communication au congrès d'Alger, Carl Vogt s’est à son Lour occupé de cette question ?. Après avoir rappelé les faits démontrés par Van Beneden et autres : « Je dois cependant, ditil, faire quelques réserves sur la généralité de cette copulation antidatée, en me fondant sur des observations faites sur les jeunes chauves-souris (murins, et fers-à-cheval) n'ayant pas encore une année. J'ai examiné un assez grand nombre de ces jeunes, qui m'ont élé apportés en avril. Or les mäles avaient souvent (pas tous) les testicules remplis de zoospermes parfaitement agiles, et parmi les femelles, les organes montraient trois états différents : chez les unes, les organes élaient complètement vierges, aucune trace de zoosperme ni d'œufs prêts à sortir; chez d’autres, l'utérus était gonflé, la muqueuse boursouflée, détachée en partie, les œufs sont soit intacts, soit en travail de sortie de l'ovaire ; chez d’autres enfin se trouvait un embryon, et un corps jaune à l'ovaire. Je conclus de

4. A. Robin, Sur l’époque de l'accouplement des chauves-souris (Bull. Soc. philomat., 1881, Te série, t. IV, p. 88).

2. Carl Vogt, Recherches sur l’embryogénie des chauves-souris (Assoc. fr. pour l’avanc. des sciences, congrès d'Alger, 1881, p. 655).

PTS RE ces faits que les jeunes murins et les fers-à-cheval s’accouplent en partie dans l'automne de l’année où elles sont nées, mais qu'il y à une copulation supplémentaire encore au printemps, par laquelle celles qui n’ont pas trouvé de mâle en automne, ou qui n'étaient pas encore entièrement aptes, sont fécondées. »

Depuis la publication des recherches de Van Beneden et des auteurs qui l'ont suivi, les récents traités de zoologie font mention de ces résultats. « L’accouplement, dit Blanchard t, a lieu en automne; le sperme reste dans l'utérus jusqu'au printemps, époque à laquelle l’ovule descend et est fécondé. Chaque parturition ne comprend pas plus de deux petits, souvent un seul, que la femelle porte suspendu à ses mamelles ?. » Vogt reproduit les mêmes indications mais en y tenant compte des faits révélés par ses recherches et celles de Robin. « La plupart des espèces, dit-il *, ne mettent au monde qu'un seul petit, souvent deux ‘. L'œuf et l'embryon commencent à se développer au printemps, et c'est de la fin de mai jusqu'au milieu de juin que nos espèces indigènes mettent au monde leur petit que la mère traine longtemps après elle. L'accouplement a lieu en automne, avant l'hivernalion, du moins pour les chauves-souris adultes ; seulement un certain nombre de petits, qui en automne n'étaient pas encore pubères, s'accouplent au printemps ; toutes les autres chauves-souris adultes s’accouplent en automne; le sperme se conserve dans l'utérus », etc.

C'est ce fait d’un accouplement printanier, pour quelques indiyidus, qui a de nouveau, tout récemment, appelé l'attention des z00logistes, et c'est à une conclusion semblable à celle de Robin et de Vogt que sont arrivés MM. Rollinat et Trouessart *, en étudiant les organes génilaux des chauves-souris mâles (Rhinolophus) pendant le sommeil hivernal. « La production du sperme se fait avec une telle activité pendant l’hibernation, que les vésicules séminales

1. B. Blanchard, Trailé de zoologie médicale, t. II, 1890, p. S53.

2. Pouchet a publié une intéressante note sur les conditions dans lesquelles le jeune s'attache à la mère (Notes sur les mœurs des Chéiroptères, Compl. rend. Acad. des sciences, 1842, p. 230).

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