‹ Études sur l'embryologie des chéiroptèresChapitre 6 sur 37 · Carl Vogt, Les Mammifères, 1884, p · texte numérisé non relu

Carl Vogt, Les Mammifères, 1884, p

&. A propos de celte indication de deux petits répétée par tous les auteurs, déclarons que, comme il sera montré plus loin, chez le murin, le rhinolophe et la pipistrelle, dans un ensemble de 300 observations environ, nous n'avons jamais trouvé qu’un seul fœtus dans l'utérus, et que par suite, pour ces espèces, telle paraît ètre la règle presque absolue.

5. R. Rollinat et Trouessart, Sur la reproduction des Chéiroptères (Compt. rend. Soc. de Biologie, 26 janvier 1895, p. 53).

Hp CES

sont insuffisantes à l’'emmagasiner. Ce liquide reflue vers la vessie, et l'on trouve celle-ci distendue par un fluide d’un blanc laiteux, formé d’une énorme agglomération de spermatozoïdes à mouvements très vifs. Le testicule, l'épididyme et le canal déférent en renferment également... De ces faits, nous croyons pouvoir conclure, dès à présent, que la période génitale dure de l'automne au printemps, mais qu’elle est interrompue, au moins dans ce qui a trait aux rapports sexuels, par le sommeil hibernal. La sécrétion des glandes génitales, au contraire, se continue chezdes mâles avec une activité extraordinaire, montrant que de nouveaux accouplements doivent avoir lieu immédiatement après le sommeil hibernal. Il est probable que les jeunes femelles de l’année, qui n'ont pas pris part à l’accouplement automnal, sont fécondées au printemps, ces trois mois d'hiver ayant donné à leurs organes génitaux le temps d'acquérir leur entier développement. »

Cette communication de MM. Rollinat et Trouessart à la Société de biologie me remit en mémoire certains faits que j'avais observés deux ans auparavant, mais dont je n’avais pas alors compris l'importance, n'étant pas au courant de la question. J'ai donc communiqué aussitôt ces observations à la Société de biologie, pour faire suite à celles de Rollinat et Trouessart, el voici les principaux passages de cette communication ! : « Le 25 mai 1893, je recevais, de la Touraine, une caisse renfermant un peu plus de cent Rhinolophes. J’essayai de les conserver vivants en captivité, ce à quoi je ne pus réussir; mais ils survécurent un certain nombre de jours . et, le jour même de leur arrivée, sur le plancher de la grande cage où je les avais installés, j'ai assisté à l’accouplement de trois couples différents. La première fois je crus que les deux animaux se battaient, l'un d'eux reposant sur le plancher par sa région dorsale, et autre étant placé dessus, thorax contre thorax; je séparai les deux individus, ct, ayant saisi celui qui était dessus, j'interprétai facilement la véritable signification de l'acte en constatant l’état d’érection de son pénis. La position prise pour l’accouplement s'explique facilement par le fait de la présence de la membrane alaire qui se prolonge en arrière et doit s'opposer à l’accouplement modo ferarum. Dans les deux autres cas, je crois qu'il n’y eut aussi que tentative d’accouplement, et les deux sujets, dérangés dans leur

4. Mathias Duval, Sur l'accouplement des chauves-souris, Soc. de biologie, 23 février 895, p. 135.

opération, reprirent leur vol au milieu des autres parmi lesquels il me fut impossible de les reconnaître pour les examiner. D'ailleurs à cette époque je ne savais pas l'intérêt äe ces observations, étant tout au début de mes recherches, et encore mal au courant des mœurs génitales des Chéiroptères. Malheureusement il ne me fut plus donné de faire des observations semblables.

« Je suis porté à penser que le fait est rare, et, comme les auteurs cités, qu’il a lieu seulement pour les femelles qui n'étaient pas, à l'automne précédent, en maturité sexuelle. Dans cette hypothèse, l'observation d’un fait semblable est soumise aux hasards plus ou moins heureux des récoltes. Voici ce que je veux dire. Il est connu que les chauves-souris se rassemblent dans leurs retraites en se groupant non seulement par espèces, mais encore, pour une même espèce, par sexes. C'est pourquoi, dans les nombreux envois que je me faisais faire, je recevais un jour un lot composé rien que de femelles, un autre jour un lot uniquement de mâles; mes observations à cet égard me portent même à penser que, pour le rhinolophe, les sujets jeunes, notamment les femelles nées le printemps précédent, se groupent à part. Puisque ce sont seulement ces jeunes femelles qui présentent l’accouplement au réveil du sommeil hibernal, il peut se faire, selon les hasards des récoltes, qu’on n’en recoive aucun individu, et puis que, une fois, on en recoive tout un lot, chez lequel on observera en abondance les états qui font supposer la possibilité d'un accouplement printanier, ou même chez lequel on assistera, ainsi que cela m'a été donné une fois, directement à l’accouplement. »

Les femelles qu'on récolte à la fin du printemps, mettent souvent bas dans la boîte même où elles sont expédiées. Mais il nous est arrivé de voir la parturition s’accomplir ou du moins s’achever sous nos yeux, à l'ouverture de la boîte. C’est la tête qui sort en dernier lieu, et souvent le petit agite ses ailes, alors que sa tête est encore dans le vagin de la mère. Les observations de Jobert sont intéressantes, à cet égard, et nous les rapporterons ici, car on ne penserait pas à les chercher dans le mémoire où il les a données, vu l’objet et le titre de ce travail ‘. « À la suite d’une chasse fructueuse, j'avais rapporté deux murins femelles et sur le point de mettre bas. J'ai eu la bonne fortune d’assister à l’expulsion du

1. M. Jobert, Études d'anatomie comparée sur les organes du toucher chez divers mammifères, Paris, 1872, p. 138.

fœtus. Les murins se suspendirent aux parois de la cage, non la tête en bas, mais à l’aide de leurs pattes et des ongles des pouces. Les membres postérieurs furent ceux qui, dans les deux cas, apparurent les premiers à l’orifice vulvaire, et durant (rois ou quatre heures les animaux firent des efforts considérables pour hâter la délivrance. Les douleurs devaient être très vives : ils tremblaient par intervalles et l'on voyait les parois de l'abdomen se contracter comme chez les animaux supérieurs. Le pelit fut recu dans la membrane interfémorale transformée en poche; la mère lui donna les premiers soins ; il fut léché, netloyé. A l’aide de ses dents, la chauve-souris exerçait des tractions sur le cordon, afin d'extraire le placenta; le cordon rompu, le pelit se traina presque à la mamelle, la saisit entre ses lèvres et se Lint étroitement cramponné à l'abdomen de la mère, qu'il ne quitta plus. Je ne pus malheureusement les conserver vivants; je ne pus assister à l'expulsion du placenta, dont je ne pus retrouver aucune trace et qui dut être dévoré. Mes observations se trouvèrent forcément interrompues par la mort de mes murins qui refusèrent toute nourriture. »

Technique. — D'après tout ce qui précède, c'est-à-dire d’après ce que nous avons rapporté de nos récoltes plus ou moins fructueuses, aussi bien que d’après ce que nous venons de voir sur les mœurs génitales des chauves-souris, il est évident qu'en capturant ces animaux vers la fin de l'hiver on serait assuré d’avoir des sujets dont l'immense majorité est fécondée ou en voie de fécondation, et que si nous pouvions conserver un grand nombre de pareilles femelles, il n’y aurait qu’à en sacrifier quelques-unes tous les jours, de chaque espèce, pour être sûr d’avoir tous les stades. C'est ce que nous nous proposons de faire à la prochaine saison. Nous éviterons ainsi les surprises des récoltes et envois périodiques dans lesquels on peut n'avoir que des mâles, ou surabondance de femelles toutes à un même stade, alors que font défaut les sujets présentant le stade antérieur ou le suivant.

La question est de savoir s’il est possible de conserver vivantes, c’est-à-dire d'alimenter convenablement des chauves-souris en captivité. Nous l'avons essayé une fois, sans succès, avec des rhinolophes. Nous n'avions pu trouver à leur donner comme nourriture que les chrysalides des Bombyx cynthia (papillon de l’ailante ou vernis de Japon), aliment qui ne fut pas accepté. Mais nous avons vu

SARL que Beneke parle de femelles conservées et nourries en hiver dans un lieu chaud, c'est-à-dire dans des conditions de réveil printanier. (Op. cit. Zoolog. Anzg., 1879.) IL est vrai que certains murins, que Jobert voulait conserver, refusèrent toute nourriture, comme il vient d'être dit, quelques lignes plus haut, à propos de l’acte de la parturilion. Mais Jobert lui-même a réussi pleinement dans une autre circonstance, qui nous donne l'espoir de faire de même, et qui, nous montrantles conditions à observer, mérite d'être rapportée ici. « Je conservais, dit-il (Org. du toucher, p. 131), en captivité, une grande Sérotine d'une voracité remarquable, et afin de la pouvoir observer plus aisément je la tenais enfermée sous une grande cloche de verre. Tout le jour l’animal immobile semblait dormir. Au coucher du soleil, ma sérotine sortait de sa torpeur; c’est alors que je lui présentais ses aliments consistant en hannetons, dont elle était fort friande; elle se précipitait sur sa proie, et au moment où elle la saisissait, elle poussait ce cri court et le plus aigu qu'il soit possible à une oreille humaine de percevoir. L'insecte saisi brutalement, le Chéiroptère, s'appuyant sur ses coudes, se recourbait en avant; la queue se relevait, la pointe rapprochée de l'abdomen, et la membrane fémorale se trouvait transformée en une véritable poche, dans laquelle le Chéiroptère retournait en tous sens sa proie. Quand le chéiroptère relevait la tête, le hanneton n'avait plus de pattes; elles venaient de lui être arrachées l’une après l'autre ; alors sa tête était saisie entre les dents de l’insectivore, qui, toujours appuyé sur ses coudes, sans s’aider de ses membres, dévorait l’insecte jusqu’à l'extrémité de l’abdomen, rejetant à droite et à gauche les élytres et les ailes. Il fallait à cette Sérotine de vingt à trente hannetons pour apaiser sa faim. Durant vingt jours j'ai assisté quotidiennement à ce spectacle, et toujours j’ai vu le Chéiroptère opérer comme je viens de le dire. Au bout de vingt jours de captivité il mourut; je l'avais, avec intention, privé de toute boisson’. »

1. Au sujet de la conservation en captivité, les conditions de succès ne paraissent pas les mêmes selon les espèces. Nous avons dit avoir vainement essayé de conserver les Rhinolophes ; Rollinat (Op. cit., p. 4) confirme cette observation. « Le Rhinolophe, d'un naturel farouche, s'accommode mal de la captivité; il se jette avec violence sur les barreaux de sa cage et finit par se briser les membres antérieurs ; il refuse toute nourriture et ne tarde pas à mourir. » Il n’en est pas de même du Murin. « Nous avons eu (Rollinat, p. 13) pendant longtemps un Murin en captivité; il nous connaissait parfaitement, mangeait dans notre main, et ne cherchait pas à nous mordre... Il jouissait d'un appétit formidable : un jour il mangea 35 sauterelles et en absorba 80 la nuit suivante... »

Page 1