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ENSEIGNEMENT PRIMAIRE

l'enseignement primaire a paris

La célébration du Centenaire de 4789 aura été l'occasion d'un grand nombre de travaux de toute espèce sur l'histoire de notre enseignement primaire, sur ses progrès et son état présent.

La France a voulu dresser son bilan, et de toutes parts elle s'est fait rendre des comptes. C'est ainsi que, dans le seul département de la Seine-Inférieure, ont paru deux monographies des plus importantes : Tune, qui est un rapport substantiel de M. Emile Ferry au Conseil général de ce département, et qui relate tous les actes de l'assemblée départementale depuis 4789, en matière d'instruction publique 1 ;

1. Ce rapport a été publié à part, dans un fascicule de près de 200 pages.

l'autre, qui est un assez gros volume où, à un point de vue plus particulier, M. Garsault,inspecteur primaire au Havre, raconte l'histoire de l'enseignement primaire dans cette ville depuis son origine jusqu'à nos jours, tout en insistant de préférence sur le mouvement considérable qui s'est produit depuis 1870 et qui, grâce aux efforts d'une municipalité généreuse, a doté le Havre d'un ensemble si remarquable d'institutions scolaires f .

Aujourd'hui, c'est sur un autre travail, d'un intérêt plus général encore, que nous voudrions appeler l'attention de nos lecteurs : sur les beaux et volumineux mémoires que M. Duplan, sous-directeur de l'enseignement primaire du département de la Seine, a rédigés à la prière de l'administration et où nous trouvons un exposé complet et lumineux de l'organisation et de la situation actuelle de l'instruction primaire à Paris 2 . L'ouvrage comprend deux volumes : le premier consacré aux écoles maternelles et aux écoles élémentaires; le second, aux écoles primaires supérieures et à l'enseignement professionnel. L'auteur ne remonte pas, d'ailleurs, au delà de 1877, et il rejoint à cette date les admi-

1. Histoire de renseignement primaire au Havre, par M. Garsault. i vol. in-18, 1889.

2. L'Enseignement primaire public à Paris, i877-i888. Imprimerie Chaix, 1889.

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râbles mémoires de M. Gréard sur les mêmes sujets.

De 4877 à 4888, que de progrès accomplis ! Quelques chiffres fixeront tout de suite les idées. Le budget de la ville de Paris, rien que pour les écoles primaires, était, en 4877, de 7 843 334 francs (il ne s'agit que des dépenses ordinaires); il a été, en 4888, de 49 853 542 francs, soit une augmentation de plus de 42 millions. Et nous ne parlons ni des écoles maternelles, ni des écoles primaires supérieures, ni du budget extraordinaire pour construction ou agrandissement d'écoles : plus de 50 millions ont été dépensés pour ce dernier objet. On a créé, en dix ans, dix-sept écoles maternelles, quatre-vingts écoles primaires. Dans les écoles primaires, le nombre des places d'élèves a été augmenté de 38450. La situation du personnel enseignant a été sensiblement améliorée : Paris traite ses instituteurs avec une libéralité exceptionnelle. D'autre part, on a développé, par des largesses bien entendues, les enseignements nouveaux : le dessin, la couture, les travaux manuels, la gymnastique. On a créé ou favorisé des institutions spéciales telles que les cantines scolaires, les voyages de vacances, qui concourent au bien-être de l'enfance et à l'hygiène de l'école. Paris s'est fait enfin un système d'instruction pri-

maire qui est digne de lui, et qui garde sa physionomie propre dans l'ensemble uniforme de notre Université nationale.

Les résultats répondent-ils à tant de sacrifices? C'est à ce point de vue surtout que nous avons consulté avec curiosité les documents si nombreux, rassemblés, dans un ordre parfait, par M. Duplan. On y trouvera l'affirmation partout répétée que, du côté des élèves comme du côté des maîtres, tout marche à peu près à souhait. Je sais bien que l'optimisme sied à un rapport officiel; et peut-être faudrait-il parfois rabattre un peu des éloges, des témoignages de satisfaction que M. Duplan décerne à son personnel, au bon esprit des écoliers, à l'excellence des méthodes employées.... Il nous a été donné de visiter quelques écoles de la capitale, où nous avons bien vu que la vieille routine n'existait plus, mais où n'apparaissait pas encore très nettement la flamme de l'esprit nouveau. L'optimisme de M. Duplan doit néanmoins nous inspirer confiance, car il s'appuie le plus souvent sur des preuves, sur des faits positifs et de consciencieuses enquêtes.

Voici, par exemple, le chapitre de la fréquentation scolaire. En 1877, on comptait 97 580 enfants inscrits dans les 285 écoles alors existantes ; en 1888, il y en a 121 401, pour 365 écoles, soit un accroissement,

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dans la population scolaire, de 23824 enfants. L'assiduité de ces élèves est relativement satisfaisante ; la proportion des présences moyennes était en 4888 de 92,23 pour 400 dans les écoles de garçons ; de 94,46 dans les écoles de filles.

Mais ce qui importe davantage, c'est de savoir si, à Paris, il y a encore un grand nombre d'enfants qui ne soient inscrits à aucune école et qui échappent à la loi de l'obligation. Au premier abord, cette armée de petits réfractaires et de déserteurs de l'instruction paraît être considérable. En effet, le dernier recensement, celui de 4886, accuse une population totale de 206 077 enfants de six à treize ans. Nous avons déjà vu quelle était, sur ce chiffre, la part des élèves des écoles publiques, soit 424404. Les écoles privées, de leur côté, comptent 74 085 élèves. D'où il résulte que 23 445 enfants resteraient en dehors des écoles publiques ou libres. Mais il s'en faut heureusement que tous ces milliers d'enfants soient privés d'instruction. M. Duplan, pour arriver au résidu vrai, se livre à une série de calculs ingénieux; il déduit d'abord les enfants élevés dans les établissements d'enseignement secondaire, soit environ 44 000; puis les enfants élevés dans leurs familles; il y en a bien aussi quelques milliers, quoique 504 seulement se soient présentés en 4888 à l'examen

réglementaire. D'autres déductions doivent encore être opérées : de sorte qu'on peut conclure qu'il n'y a guère que 5 ou 6000 enfants parisiens qui soient réellement privés d'instruction. Et ce n'est pas toujours la faute des parents ; puisque M. Duplan nous révèle ce fait curieux qu'il y a en ce moment près de 4500 enfants qui sont inscrits dans les mairies sous le nom d'expectants, c'est-à-dire qui attendent qu'il y ait assez d'écoles ou des écoles assez spacieuses pour les recevoir. Ces postulantslà trouveront aisément à se caser, grâce à quelques constructions nouvelles. Il n'en sera pas de même malheureusement d'une autre catégorie d'expectants qui sollicitent, eux, une nomination d'instituteur ou d'institutrice, et qui sont encore plus nombreux, puisque, au 1 er janvier 1888, les demandes d'emploi d'instituteur s'élevaient à 2015 et les demandes d'emploi d'institutrice à 6250.

L'hiver dernier, M. La visse, présentant à don Émilio Gastelar la jeunesse des Facultés, traçait un portrait bienveillant de l'étudiant parisien, qu'il représentait, sous des apparences d'indifférence sceptique, très attaché au fond à des sentiments élevés, notamment à l'amour de là liberté et au culte de la patrie. C'est sous les mêmes traits, ressem» blants, nous l'espérons, que M. Duplan nous peint

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