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ENSEIGNEMENT SECONDAIRE

A notre tour nous voudrions dire un mot du surmenage intellectuel , moins pour approfondir le sujet, à la suite du docteur Lagneau, du docteur Rochard et de tant d'autres, que pour présenter quelques réserves et protester contre des exagérations fâcheuses.

On a fait vraiment trop de bruit autour de la question. C'est de toutes parts, qu'où nous permette le mot, un « emballement » général. Dans les Académies, dans les Congrès scolaires, au Parlement belge lors de la discussion du budget de 4887, au Parlement français dans les mêmes circonstances, dans les journaux, dans les revues, sans compter les discussions intimes dans les cercles de famille, ce

n'est partout qu'une campagne ardente de réclamations et de critiques contre l'éducation prétendue homicide de nos écoles et de nos collèges.

Le lycée ne serait plu» seulement « la geôle de jeunesse captive » dont parlait Montaigne; ce serait le bagne de l'intelligence, la maison de force du cerveau. Et il faudrait au plus tôt édicter, pour défendre les élèves contre les barbaries de l'école, une nouvelle loi Roussel, comme celle qui règle le travail des enfants dans les manufactures, ou plutôt une loi Gramont, celle qui protège contre les mauvais traitements les animaux domestiques.

En vérité, si cette campagne de sensiblerie déplacée devait encore durer, on finirait par convaincre instituteurs et professeurs que l'idéal de leur mission est de faire travailler le moins possible; et les écoliers paresseux en viendraient à se persuader, sans trop de chagrin, qu'en persévérant dans leur paresse ils remplissent un devoir social !

Ce sont naturellement les médecins et les hygiénistes qui mènent le plus vigoureusement la campagne. Ils ont entendu, disent-ils, les doléances des parents; ils ont vu couler les larmes des mères, quand les lycéens rentraient avec leurs cahiers bourrés de devoirs. Les membres de l'Académie de médecine ont doctoralement dressé la liste me-

naçante des maladies auxquelles prédisposeraient les conditions de la vie scolaire : la myopie, la céphalalgie, l'hypertrophie du cœur, l'albuminerie, l'artério-sclérose, la fièvre typhoïde;... j'en passe, et des plus mauvaises, et de celles dont le nom barbare à lui seul fait frémir. Ah ! jeunes gens, vous ne vous en doutiez pas, voilà les terribles maux auxquels on s'expose pour avoir voulu lire Homère ou Virgile dans le texte. L'air que vous respirez dans vos classes est plein de miasmes perfides. Des germes de maladies extraordinaires y circulent, ou y couvent en permanence. Prenez garde. Dans leurs observations vraiment inventives, les médecins viennent de signaler une fièvre spéciale propre aux écoles, la fièvre du surmenage. Et même, je le dis en tremblant, ils ont découvert un microbe nouveau, le bacille du baccalauréat!

Nous demandons d'abord à ne pas trop prendre au sérieux, étant données les mœurs complaisantes et molles du temps présent, les réclamations des familles. Les mères qui se plaignent que leurs enfants soient au collège les victimes du surmenage intellectuel, ne sont-elles pas les mêmes qui, quelques années plus tard, lorsque leur fils a endossé l'uniforme de volontaire d'un an, se fâchent et protestent contre le surmenage physique de la caserne?

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Assurément, dans certaines classes de lycée ou d'école primaire, à rapproche des concours, à la veille des examens du certificat d'études, qui est devenu le baccalauréat de renseignement élémentaire, il y a quelques élèves qui travaillent trop. Mais le mal, hélas! n'est pas général. Il n'y a rien à craindre de la surcharge des programmes, ni de la pression exercée par des maîtres trop zélés, en ce qui concerne la grande majorité des élèves, qui, eux, ne se laisseront jamais surmener sans leur permission.

Après avoir critiqué nos institutions scolaires, M. le docteur Rochard, dans un article de la Revue des Deux Mondes *, ajoutait modestement : « J'ai hâte de quitter le terrain pédagogique, qui n'est pas le mien ». Nous craignons en effet que nos savants hygiénistes ne se fassent pas une idée exacte de la Vie intérieure de nos maisons d'instruction, quand ils les représentent comme des antichambres d'hôpitaux, comme des fabriques d'anémie. Ils ne connaissent de la population des lycées et des collèges que les sujets souffreteux et malingres qu'on leur donne à soigner, et d'après ces échantillons débiles ils jugent de toute une génération. De même

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