Voir la Revue des Deux-Mondes du 15 mai
La question bu surmenage. 160
ils jugent des études d'après les programmes, ce qui est absolument insuffisant, les programmes n'étant qu'un maximum qu'on n'atteint pas d'ordi- . naire. S'ils avaient pénétré dans les classes, ils y auraient vu quelle force d'inertie trop d'enfants y opposent encore aux efforts d'entraînement des maîtres. Surtout ils auraient appris combien il est recommandé aux professeurs d'user avec discrétion des matières d'enseignement qui leur sont imposées. Les- programmes scolaires, même les plus surchargés, quand ils sont confiés à de bons maîtres, sont un peu comme les longues ordonnances des médecins aux mains de malades intelligents : les uns et les autres savent que dans les deux cas il y a à prendre et à laisser.
Les hygiénistes de tous les pays se complaisent à établir le catalogue terrifiant de toutes les infirmités qui affligent la gent écolière. On oublie trop, semblet-il, que les maladies scolaires, pour la plupart, sont des maux inhérents à l'humanité, et que les enfants n'y échappent pas, pour avoir vécu dans les dou* ceurs de la vie de famille. Si dans certaines écoles urbaines la proportion des élèves maladifs est de nature à inspirer des inquiétudes, est-ce bien au surmenage et à l'excès du travail qu'il faut s'en prendre? Ne serait-ce pas plutôt aux mauvaises con-
iGO ÉTUDES SUR L'ENSEIGNEMENT ET L'ÉDUCATION.
ditions hygiéniques des grandes villes et aux hérédités physiques?
Ce ne sont pas seulement les docteurs de la Faculté, ce sont aussi les docteurs de l'Église qui ont déclaré la guerre au surmenage scolaire. On se rappelle que M. Freppel a donné le signal, dans un discours qui fut trop bien accueilli peut-être par la Chambre des députés. Nous ne suspectons pas les intentions patriotiques de l'évêque d'Angers. Mais n'est-il pas permis de penser que dans son parti, tout autour de lui, nombre de ceux qui sont les plus ardents à réclamer, songent peut-être moins à réduire l'ensemble des études, dans l'intérêt de la santé des enfants, qu'à faire disparaître des programmes, dans l'intérêt des vieux préjugés, certaines études qui déplaisent aux adversaires de l'école laïque, de l'éducation scientifique et moderne?
Sans doute il y a beaucoup à retenir dans les observations de M. Rochard. Nous pensons comme lui qu'il convient de multiplier les récréations, de reculer la limite d'âge pour les examens, de développer les exercices gymnastiques.... Mais il ne faudrait pas, sous prétexte de rétablir l'équilibre compromis, le rompre au détriment des études ; et il y a vraiment quelque témérité à proposer, comme il le fait, de réduire l'enseignement élémentaire à la lecture,
à l'écriture, aux quatre règles et à un peu de grammaire. De grâce, qu'on ne vienne pas, sous prétexte de ménager les forces de nos enfants, nous prêcher l'inertie intellectuelle et encourager les jeunes générations à ne rechercher que leurs aises, à se déshabituer de l'effort; qu'on ne vienne pas, sous couleur de protéger la santé du corps, et au lendemain des lois sur l'obligation de l'instruction, condamner l'esprit à l'ignorance obligatoire!