UN DISCOURS DE M. LOCKROY
(août i888).
M. le sénateur Marcou s'est vu retirer, non sans protester, par M. Lockroy, ministre de l'instruction publique, la présidence de la distribution des prix au lycée de Carcassonne. Aussi les amis de M. Marcou avaient fait méchamment courir le bruit que, par un juste retour des choses humaines, M. Lockroy, sérieusement indisposé, serait empêché de présider la distribution des prix du Concours général! Il n'en a rien été, heureusement pour tous ceux qui aiment les discours coquets et pimpants, et auxquels ne déplaît pas le spectacle piquant d'un ministre novateur qui, dans la salle traditionnelle de la Sorbonne, devant les professeurs qui pratiquent avec un dévouement passionné le vieil enseigne* ment, devant les élèves qui en profitent, fait préci*
sèment le procès des études dont il est appelé à couronner les lauréats.
En écoutant la parole spirituelle de M. le ministre de l'instruction publique, il nous semblait entendre un général qui, ayant réuni son corps d'armée au jour des récompenses, userait de l'occasion pour déprécier tout ce que font ses officiers et ses soldats, au risque de jeter le découragement dans les rangs et la désaffection dans les cadres.
Avec toutes sortes de précautions oratoires, le discours de M. Lockroy n'a été, en effet, qu'une agréable satire des humanités classiques et comme l'oraison funèbre anticipée du grec et du latin, prononcée devant des latinistes et des hellénistes.... Du latin surtout, car M. Lockroy paraît particulièrement en avoir à la littérature latine. Les Grecs trouvent encore grâce devant lui. Homère est couvert de fleurs. On le congédie, il est vrai, et il est prié de céder la place à Shakespeare; mais on le congédie poliment, avec des mots charmants et que l'auditoire a vivement applaudis. Quant aux Latins, il semble que le grand maître de l'Université ne veuille presque plus en entendre parler. Ils sont « secs et déclamatoires ». — « Les études latines ont eu jusqu'à présent une importance exagérée. » Et cependant M. Lockroy a répété à plusieurs reprises