UN DISCOURS DE M. LOCKHOY
qu'il ne voulait que du bien au grec et au latin. « Que dirait-il donc, murmurait-on autour de nous, s'il leur voulait du mal? »
Non, ce n'est pas ainsi qu'on rendra courage et confiance aux maîtres de nos lycées et à leurs élèves. Ce n'est pas en proclamant tout haut que « l'utilité immédiate » est le vrai but de l'éducation, ce n'est pas en affirmant, contre toute vérité, que les humanités classiques ne sont que « des études raffinées », qu'on relèvera de la crise qu'il traverse notre enseignement secondaire. Je me demande de quel cœur les lycéens qui assistaient hier à la distribution des prix reprendront leurs grammaires et leurs dictionnaires, après avoir entendu les épigrammes ministérielles et ce De profanais officiel : « Le latin n'échappera pas à sa destinée I » Et vous qui pâlissez sur les textes anciens,qui consacrez à l'érudition vosjournées et vos veilles, pour mettre au service de vos élèves votre science magistrale, serez-vous bien réconfortés dans votre labeur quotidien, après avoir subi l'ironie railleuse d'un ministre qui parle « des doctes contemplations » où vous usez votre vie et « de ces extases littéraires où vous oubliez l'univers et la réalité »?
M. Lockroy n'a pas d'ailleurs dédaigné, même dans une harangue d'apparat, d'engager la discussion avec les partisans des études classiques. Il a
passé en revue leurs arguments : il les a réfutés. Peut-être de si délicates questions gagneraient-elles à être étudiées de plus près, à être examinées plus à loisir. Nous ne pensons pas que l'argumentation rapide du ministre ait réussi à convaincre de leur prétendue erreur les adorateurs « des dieux qui s'en vont ». On ne résout pas d'un trait de plume, ou par un trait d'esprit, le grave problème de l'utilité et de la nécessité des langues anciennes pour la culture désintéressée des esprits. Ce sont là choses compliquées, dont l'examen se plie peu aux nécessités d'un discours de distribution de prix. Dans son çtrdeur, d'ailleurs, M. Lockroy n'a pas évité toute inexactitude. Ainsi, répondant aux humanistes qui auraient encore la naïveté de croire qu'il faut avoir appris le latin pour bien savoir le français, il a appelé un peu hasardeusement à son aide l'exemple de nos grandes lettrées, de Mme de Maintenon, par exemple. N'en déplaise à M. Lockroy, Mme de Maintenon, si elle ne savait pas le grec comme Mme Dacier, lisait le latin aussi bien que Mme de Sévigné.
M. Lockroy, au début de son discours, a eu la sagesse de déclarer que « les bouleversements ne sont pas souhaitables en matière d'éducation »; en aucune matière assurément, pas même en fait de revision de la Constitution.... Mais ce ne sont pas