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tionner du jour au lendemain le régime de nos études classiques, mais qui, faisant appel aux lumières et à la collaboration de tous les professeurs de la province, se propose de traiter toutes les questions qui intéressent renseignement secondaire. L'Union universitaire, dont le premier numéro a paru le 1 er mai 1890, et qui se publie à Lorient, peut devenir, pour peu que l'entreprise soit conduite avec méthode et avec sagesse, un organe important, écouté, qui sera le porte-parole de plus de deux mille professeurs des lycées, sans compter les professeurs des collèges, éparpillés sur tous les points du territoire. Il est pourtant venu au monde sous d'assez fâcheux auspices, ce nouveau-né de la presse universitaire ! Quelques maladresses de la première heure, aujourd'hui réparées, ont failli tout gâter. D'abord le premier numéro semblait mettre le journal sous le patronage exclusif de M. Millerand. Quelle que soit notre estime pour le talent de l'éloquent député de Paris, nous comprenons que ce nom, dans son isolement, ait éveillé des inquiétudes, dans les rangs du personnel enseignant de province, et déconcerté quelques bonnes volontés naissantes, ce Prendre M. Millerand pour patron, nous écrit-on, n'est-ce pas vouloir s'entendre avec l'administration de l'instruction publique par ministère d'huissier! »

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Ce qui est plus grave, c'est que quelques phrases équivoques avaient pu donner lieu à des malentendus et motiver très justement les remontrances ministérielles. Dans sa circulaire du 5 mai, M. Bourgeois a rappelé aux professeurs que, en critiquant dans leur journal les actes généraux ou particuliers de l'administration, en se faisant juges ou dénonciateurs de leurs chefs, ils prendraient une attitude incompatible avec la discipline et la hiérarchie.

Les rédacteurs de V Union universitaire se défendent vivement d'avoir eu aucune intention de ce genre. Ils citent les déclarations formelles de leur premier manifeste, où il était dit : « Toute personnalité sera sévèrement bannie de notre journal.... Nous éviterons toute personnalité dans nos critiques, toute âpreté et toute aigreur dans nos revendications, qui n'auront jamais de caractère exclusivement matériel. »

Nous ne voulons pas chicaner, et nous sommes certain que le Ministre a été enchanté lui-même de se convaincre que sa circulaire était inutile, puisque ceux auxquels elle était adressée la saluent comme un acte de sage administration, et protestent qu'ils étaient décidés d'avance à se conformer aux principes qu'elle établit. Cependant le doute était permis au début. Une phrase comme celle-ci — et nous

pourrions en citer d'autres — n'était-elle pas inquiétante : « Nous restons les témoins désintéressés du mouvement qui emporte au succès des serviteurs plus humbles peut-être, mais plus forts, parce qu'ils s'unissent dans une solidarité étroite ». Ce passage, qui visait évidemment la fédération des maîtres répétiteurs, ne semblait-il pas indiquer que les professeurs des lycées pouvaient bien vouloir s'engager à leur suite dans la voie des personnalités et des récriminations, et que les lauriers de la Réforme universitaire les empêchaient de dormir? Nous parlons, bien entendu, de la Réforme ancienne manière, car, depuis quelques mois, la rédaction de la Réforme est à peu près irréprochable, et les maîtres répétiteurs ont compris, plus ou moins spontanément, combien ils desservaient leur propre cause et manquaient aux règles de la discipline, en mêlant à l'exposé de leurs revendications légitimes d'intolérables attaques contre leurs chefs.

Mais tout est bien qui finit bien. Les difficultés sont maintenant aplanies. Fortifiés dans leurs bonnes dispositions de discrétion et de réserve par les avertissements du ministre, les écrivains de V Union universitaire ne se départiront pas de la règle qu'ils se sont imposée d'en faire un journal d'études générales et théoriques. Discussion des programmes et

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des méthodes, examen des réformes projetées, enquêtes détaillées sur les causes de l'affaiblissement des études, sur la situation des divers établissements et, pour emprunter un exemple à un article déjà publié, sur le décroissement de la population scolaire des lycées dans les classes élémentaires : le champ est assez vaste pour que des hommes compétents et studieux se plaisent à le parcourir. Il ne leur est pas défendu, d'ailleurs, d'aborder aussi les questions relatives à leur situation matérielle, les questions de traitement et d'avancement, pourvu qu'ils les discutent, comme ils ont promis de le faire, en restant dignes de l'Université. L'Union universitaire remédiera à la dispersion, à l'isolement des professeurs de la province : elle donnera une voix à leurs vœux; elle mettra en commun leurs compétences diverses et étendra le rayonnement de leur expérience. Nous suivrons avec intérêt les efforts d'une association dont les professeurs de Lorient ont eu le mérite de prendre l'initiative, et nous ne pouvons, pour notre part, ménager nos sympathies à un journal qui déclare que son seul but réel est « la prospérité des établissements universitaires et le bien des élèves ».

Sous ce titre à Tordre du jour : la Réforme de renseignement secondaire, notre excellent confrère et ami M. Ferdinand Real, rédacteur en chef de Vindépendant rémois, vient de publier une très intéressante brochure, nourrie de faits et d'idées.

M. Real, comme le lui écrit M. Jules Simon dans une lettre-préface, « a le double mérite de savoir de quoi il s'agit et d'avoir l'esprit libre de toute routine et de tout préjugé ». Nous ajouterons qu'à cette compétence indiscutable et à cette liberté d'esprit, M. Real joint une passion sincère pour son sujet et aussi un sentiment profond de la nécessité de maintenir à son rang, c'est-à-dire au premier rang, l'enseignement classique. Supprimer ou réduire les études classiques, ce serait prononcer, dit-il, « la décapitation intellectuelle de la France ».

Il y a deux parts à faire dans le travail de M. Real : les critiques, et puis les vues personnelles de réformes. Les critiques, hélas! sont presque toutes fondées. La fameuse circulaire de M. Jules Simon, du 27 septembre 1872, est restée, ou à peu près, à Tétat de lettre morte. Les devoirs .écrits et la version dictée ont repris leur place prépondérante, au détriment des explications et des traductions orales. Le thème latin trône avec la même majesté que par le passé. Le Conseil supérieur, dans sa dernière session, a même restauré le thème grec. L'abus des leçons et des récitations a recommencé. Les langues vivantes ont vu diminuer cette année le nombre d'heures que le plan d'études de 1885 leur avait accordé.

Deux observations de M. Real méritent surtout l'attention : la première, c'est que dans les classes élémentaires de nos lycées on abuse des cours d'histoire naturelle, de physique, cours dictés le plus souvent et qui n'ont d'autre résultat que de dégoûter les enfants de la science. Assurément, c'était une heureuse innovation que celle des programmes de 1880, quand ils ont voulu qu'on initiât les plus petits élèves aux vérités scientifiques. Mais je crains bien que dans l'application on n'ait fait, en général, fausse route. Nous regretterions presque les petits gram-

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mairiens d'autrefois, malgré tous leurs défauts, si on devait leur donner pour successeurs des botanistes, des zoologistes, des géologues de huit ans. Autant vaudrait la récitation de rosa^ rosœ, que celle des plantes monocotylédones et dicotylédones, ou celles des roches calcaires, argileuses et siliceuses. Je me rappelle un écolier de septième ou de huitième, nouveau modèle, qui ne savait plus demander du sel à table sans remontrer à ses parents que le sel s'appelle chlorure de sodium.... On avait voulu ouvrir l'esprit, exciter le jugement et le goût de l'observation ; et il semble qu'on n'ait réussi qu'à organiser un nouveau pédantisme, un nouveau verbalisme de pure mémoire.

Ce qui n'est pas moins fondé, c'est la critique générale que M. Real adresse à l'enseignement donné dans les classes élémentaires, « enseignement bâtard, dit-il, qui n'est ni de l'enseignement primaire ni de l'enseignement secondaire ». Et les résultats en effet justifient ses plaintes. « Interrogez les professeurs de sixième, ceux qui jugent par les faits et non par les théories : ils vous diront que les t enfants leur arrivent aujourd'hui plus faibles, même en français, qu'à l'époque où les premiers éléments du latin leur donnaient l'étymologie et l'orthographe de la plupart des mots de notre langue. »

Je ne sais si M. Real en conclut qu'il y aurait lieu de rétablir dans les classes élémentaires les rudiments de la langue latine; mais ce qu'il demande en tout cas, c'est qu'on se préoccupe, plus encore qu'on ne l'a fait jusqu'ici, du recrutement des professeurs, dans ces petites classes qui, pour paraître les plus humbles, n'en sont pas moins les plus importantes et les plus difficiles de toutes. Aux instituteurs qu'on a eu le tort d'y introduire, et qui sont comme égarés dans les lycées, il désire avec raison qu'on substitue tout au moins des maîtres répétiteurs licenciés.

A ces critiques succède, dans l'opuscule de M. Real, l'exposé de tout un plan de réformes, dont il serait difficile, en quelques lignes, de donner une idée exacte, mais dont les grandes lignes sont : 1° la substitution de cours facultatifs et libres aux classes régulières et obligatoires; 2° la suppression du bac* calauréat, qui serait remplacé par un casier scolaire, par une sorte de « livret d'ouvrier » universi* taire, l'équivalent, ou à peu près, du certificat de maturité allemand '.

L'idée des cours n'est pas nouvelle et elle fait son chemin. M. Maneuvrier l'a recommandée avec chaleur dans son livre sur V Éducation de la bour-

\ . Le Conseil supérieur a donné raison à M. Real en établissant le « livret scolaire » facultatif.

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geoisie. M. Lavisse écrivait récemment : « Substituer au système rigide des classes celui des cours où les élèves seraient rangés selon leurs aptitudes, même selon leurs goûts, est une expérience qui vaudrait la peine d'être tentée ». Ce n'est qu'une expérience aussi que réclame M. Real : il supplie le ministre de choisir un lycée, le lycée Lakanal, par exemple, et d'y faire l'essai de l'organisation nouvelle. Nous pensons, pour notre part, qu'il serait bon d'essayer. C'est la pratique seule qui pourra démontrer si le . système des cours, dont l'application n'a été faite jusqu'à présent que dans l'enseignement supérieur, peut aussi utilement trouver son emploi dans l'enseignement secondaire, où il s'agit plus encore de former que d'instruire les intelligences. A priori, il paraît à craindre que la multiplicité des cours, la diversité des enseignements et des maîtres ne réponde pas aux besoins de cette culture générale de l'esprit, qu'assure mieux, semble- 1- il, l'unité de direction dans des classes successives, confiées chacune à un seul professeur.

S'il n'y avait pas la grosse difficulté créée par l'existence de l'enseignement libre, nous n'aurions pas d'objection grave à opposer à M. Real, quand il demande la suppression du baccalauréat comme sanction des études secondaires. Mais il conviendrait

alors de le reporter sous une autre forme dans les Facultés des lettres et des sciences, en même temps qu'il serait remplacé par les examens d'entrée dans les grandes écoles de l'État. C'est à peu près le système que M. Combes a soumis récemment aux délibérations du Sénat.

Nous voudrions ne pas quitter si tôt M. Real, et avoir le temps de signaler encore quelques-unes des améliorations qu'il suggère. Mais nous en avons assez dit, croyons-nous, pour donner l'envie de lire sa substantielle brochure à tous ceux qu'intéresse l'avenir de l'éducation en France. Rien de plus juste que ses réflexions sur le recrutement des proviseurs qui devraient être choisis parmi les meilleurs professeurs, sur le recrutement des censeurs, dont les fonctions devraient être accessibles aux maîtres répétiteurs. Plein de sollicitude pour les maîtres répétiteurs, M. Real voudrait, comme nous, qu'on leur témoignât plus de confiance en leur rendant le droit de punir, qu'on les déchargeât le plus possible de la surveillance proprement dite, qui pourrait être confiée à d'anciens sous-officiers, pour les employer surtout à la direction des études. Il les engage d'ailleurs à s'inspirer, dans leurs revendications, de plus de mesure et de modération, et à se défier « des exagérations, des erreurs et des

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idées fausses », auxquelles ils se laissent parfois entraîner.

Notons enfin que M. Real proteste avec raison contre les changements trop multipliés dans le personnel des professeurs de province, « changements qui se produisent à tort et à travers, au milieu comme à la fin de Tannée scolaire ». Où sont aujourd'hui les professeurs qui restaient attachés à la même chaire pendant un quart de siècle et même plus, et qui formaient vingt, trente générations d'élèves? Ils contribuaient, par leur autorité lentement établie, à la prospérité des établissements universitaires qui étaient devenus leur seconde famille. Aujourd'hui, les professeurs sont des nomades qui passent; et au lycée de Reims, par exemple, M. Marchand, qui a enseigné pendant trente-cinq ans, a eu, depuis 1885, quatre successeurs....

Sur ce point, il serait relativement facile de donner satisfaction à M. Real. Pour tout le reste, il aura réussi tout au moins à exciter un mouvement d'opi* nion, et, dans le dossier, si volumineux déjà, des projets de réforme de l'enseignement secondaire) sa brochure, plus riche et plus pleine d'idées que beaucoup de gros livres, prendra honorablement sa place, comme un document sincère et des plus suggestifs.

UN NOUVEAU LIVRE SUR i/ENSEIGNEMENT SECONDAIRE

Jamais malade n'aura été choyé,entouré de soins, comme Test en ce moment notre enseignement secondaire. De toutes parts les consultations abondent, quelques-unes, et non les moins doctes, émanant de la Faculté elle-même ou de l'Académie de médecine. C'est entre savants et professeurs, entre universitaires du dehors et du dedans, une émulation des plus louables, et qui ne cesse pas, à qui donnera l'avis le plus nouveau, à qui proposera le meilleur remède. Quelques esprits inquiets s'aviseront peut-être de penser que le plus sûr moyen de guérir un malade n'est pas de lui répéter chaque matin, sur tous les tons, qu'il va au plus mal, et qu'il est perdu, s'il ne se hâte pas de s'infuser un sang nouveau. Il serait plus sage assurément de le

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réconforter, de lui rendre confiance, en lui montrant qu'il va déjà beaucoup mieux, que des progrès marqués ont relevé son état, qu'il est presque un convalescent.... Mais non, le courant de la critique est toujours le plus fort. De tout le mal qu'on ne peut plus dire de nos Facultés et de nos écoles primaires, il semble qu'on ait plaisir à se décharger sur les collèges et sur les lycées.

Après tout, ils le méritent peut-être! Tel est du moins l'avis d'un éminent hygiéniste, M. le docteur Rochard, qui, sous ce titre : VÉducalion de nos fils, vient de publier chez Hachette un nouvel appel aux réformateurs de l'enseignement secondaire. Sous des formes très modérées, d'une élégance soutenue et d'une courtoisie exquise, ce livre est le résumé bien fait des plaintes de l'opinion contre le régime actuel des lycées. En les reprenant à son compte et en indiquant les améliorations nécessaires, l'auteur s'est d'ailleurs inspiré des travaux de la commission a du surmenage », dont il a suivi les délibérations et où il s'est signalé par une participation active.

L'éducation physique est naturellement la première préoccupation de M. le docteur Rochard. Il passe en revue avec compétence toutes les parties de ce vaste sujet, réclamant au nom de l'hygiène que la pédagogie proprement dite fasse des conces-

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sions, qu'elle consente à diminuer la durée des classes et des études, qu'elle étende les récréations, qu'elle multiplie les promenades au dehors, les exercices de gymnastique au dedans, qu'elle s'intéresse aux jeux des élèves, soit aux jeux français que M. Paschal Grousset a pris sous son patronage, soit aux jeux anglais, particulièrement chers à M. Pierre de Coubertin ; qu'enfin elle se préoccupe, plus qu'elle ne l'a fait jusqu'ici, des conditions hygiéniques de la vie scolaire et des soins à donner aux enfants.

Nul doute que, malgré ce qui a été fait dans ces dernières années, il ne reste beaucoup à faire de ce côté. C'est par là surtout que les rivaux de l'Université réussissent à lui faire une concurrence heureuse. Il s'est produit dans nos établissements d'enseignement secondaire ce phénomène singulier que pour tout ce qui concerne le soin du corps les ecclésiastiques ont pris les devants, tandis que les laïques s'oubliaient dans leurs traditions de négligence. C'est dans les collèges religieux, où il n'y a certes plus aujourd'hui trace d'ascétisme, qu'il faut aller chercher des modèles d'aménagement matériel et une entente parfaite des besoins de l'éducation physique : de vastes cours, avec tout l'appareil des jeux scolaires, des exercices variés, des récréations gaies; et, d'autre part, des salles d'études, des classes

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C'est à cette cause que nous n'hésitons pas à attribuer en grande partie le succès croissant des établissements cléricaux. Je sais bien que la politique, que les passions religieuses y sont pour quelque chose; mais c'est surtout par la supériorité, apparente ou réelle, des moyens matériels dont ils disposent, que ces établissements ont assuré leur prospérité. C'est en cajolant la sensibilité des familles, en cherchant ce qui plaît aux parents, ce qui plait aux enfants, que les collèges ecclésiastiques parviennent à accroître sans cesse leur clientèle. Leur vogue grandit sans cesse, il faut bien le reconnaître, et M. Rochard le constate, non pour s'en réjouir, car ses préférences sont pour l'Université, mais pour rendre hommage aux faits. « L'Église, en matière d'enseignement secondaire, a regagné, depuis vingt ou trente ans, tout le terrain qu'elle avait perdu à la fin du xvin e siècle et au commencement de celui-ci. » Les jésuites seuls, depuis six ans, ont fondé douze

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maisons. Et dire qu'ils se prétendent persécutés !

L'Université aura donc à faire son profit des sages recommandations de M. le docteur Rochard, si elle veut que ses élèves passent pour être aussi bien soignés que ceux de ses concurrents. Peut-être cependant, par une réaction naturelle contre l'état présent des choses, notre auteur nous conduirait-il un peu loin dans la voie du sybaritisme et de la complaisance extrême pour les besoins du corps. Il demande, par exemple, qu'on accorde aux lycéens une demi-heure chaque matin pour leur toilette. N'est-ce pas trop? Nos fils en auront-ils autant à la caserne, où ils doivent tous aller? Je me rappelle qu'à l'École normale nous mettions bien cinq minutes pour passer de notre lit et du dortoir dans la salle d'études : on achevait de s'habiller dans l'escalier. Sans doute notre toilette était bâclée et nous avions tort. Mais faut-il tomber dans l'excès contraire et préparer aux nouvelles générations des habitudes de délicatesse efféminée?

On ne lira pas avec moins d'intérêt les chapitres que M. le docteur Rpchard a consacrés à l'éducation morale et à l'éducation intellectuelle. On y trouvera, avec les idées courantes que- tant de projets de réforme nous ont déjà rendues familières, des réflexions personnelles et originales. C'est ainsi 7ue

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M. Rochard se plaint de la stérilité pratique des leçons de morale faites par le professeur de philosophie : j'ai bien peur qu'il n'ait raison en général. Il proteste aussi contre l'abus des congés et des vacances. S'il se fâche que les journées scolaires comptent trop d'heures d'études et de classes, il regrette en revanche que l'année ne comprenne pas plus de journées scolaires, et il s'étonne que, tout compte fait, il y ait pour les élèves des lycées quelque chose comme cent quatre-vingt-cinq jours de chômage par an!

En ce qui concerne les études, M. Rochard, tout en désirant qu'on diminue la somme de travail imposée aux lycéens, voudrait surtout qu'elle fût mieux répartie, et que, grâce à des méthodes meilleures, on pût apprendre autant ou davantage en moins de temps. Le malheur est en effet, si l'on en croit M. Rochard, qu'il n'est pas possible de réduire les programmes, et que nous sommes condamnés à ne rien retrancher dans les cadres du savoir encyclopédique qui constitue l'enseignement secondaire. Que dis-je, retrancher? M. Rochard propose même d'y ajouter, puisque, en bon hygiéniste qu'il est, il demande à introduire l'enseignement de l'hygiène. Le problème devient donc très compliqué : diminuer sensiblement les heures de travail et conserver

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partout le même ensemble de connaissances; rétrécir le contenant et en même temps maintenir, accroître même le contenu.

M. Rochard se tire d'affaire en proposant de scinder les enseignements, d'établir des séparations ; en un mot, de continuer à enseigner les mêmes choses, mais de ne plus les enseigner toutes aux mêmes enfants. La solution n'est pas des plus claires ni des plus nettes. Si nous comprenons bien, il s'agit de faire de l'enseignement secondaire une collection d'enseignements spéciaux. Mais que deviendraient alors l'unité et la généralité qui sont les conditions nécessaires et la raison d'être d'un degré d'instruction, dont le but n'est pas l'apprentissage d une profession, l'acquisition d'une ou de plusieurs sciences, mais une culture d'ensemble de toutes les facultés de l'esprit?

Plus révolutionnaire sur ce point que M. Rochard, nous persistons à penser que les programmes actuels, ceux de l'enseignement classique comme ceux de l'enseignement spécial, ne sont pas quelque chose d'incompressible et d'irréductible; on peut les alléger, en élaguer tout ce qui est détail minutieux et vaine érudition, et par là remédier aux maux du surmenage, sans compromettre les caractères essentiels de l'enseignement secondaire.

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