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ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

La question des Universités dormait depuis 1885. On Ta réveillée avec éclat cette année à Lyon, dans une série de conférences qui a été inaugurée par le directeur de renseignement supérieur, M. Liard, et clôturée par M. Jules Simon. Si la Société des amis de l'université lyonnaise n'est pas satisfaite, c'est qu'elle sera bien difficile!

Dès 1885, M. Liard, dans l'exposé des motifs du projet de décret sur l'organisation des Facultés, définissait déjà en ces termes, et d'après les vœux mêmes des intéressés, le but à atteindre : « La plupart des Facultés ont été d'accord pour réclamer la concession de la personnalité civile, avec les privilèges et les franchises qui en découlent, la pleine

liberté de leur enseignement, une plus grande indépendance administrative, enfin la concentration de leurs forces en Universités *.

Dans son ensemble, cette œuvre d'affranchissement et de décentralisation de l'enseignement supérieur mérite toutes nos sympathies. Dira-t-on que, en constituant dans chaque centre académique des corporations universitaires quasi autonomes, en relâchant les liens qui jusqu'à présent unissaient au pouvoir central les diverses Facultés, on va au rebours de la tradition presque séculaire qui a organisé notre Université nationale, et que, notamment, on se met en opposition avec les principes qui ont triomphé dans la législation de notre enseignement primaire? Cette objection ne saurait nous arrêter.

Autre chose est en effet l'enseignement populaire, qu'il fallait nécessairement imposer par une action vigoureuse de l'État, à raison de l'inertie et parfois des hostilités locales; autre chose l'enseignement supérieur qui, confié à des maîtres éminents, portant en lui-même des germes de vitalité que la sympathie universelle excite et féconde, ne demande qu'à se développer librement.

Un maître d'école, devenu président de la République Argentine en 1868, Sarmiento, disait fort justement dans un message au Parlement de sou

pays : « Il ne faut pas oublier que les lois économiques de l'offre et de la demande sont renversées en matière d'éducation : l'instruction est plus demandée par ceux qui la possèdent déjà en partie et qui en connaissent le prix; tandis que ceux qui en auraient le plus besoin sont précisément ceux qui répugnent le plus à l'acquérir. L'action de l'État doit s'exercer en proportion de la nécessité, non de la demande : elle doit tendre à procurer l'instruction aux igno^ rants, en la rendant gratuite et obligatoire. »

Ces réflexions suffiraient à justifier nos dernières lois scolaires. L'instruction populaire est un bienfait, mais un bienfait que n'apprécient pas toujours ceux auxquels on le destine et qu'il est par conséquent nécessaire de leur faire accepter de force. Mais ceuxlà même qui ont contribué à fonder l'école d'État dans notre pays, à mettre l'instituteur national à la place de l'instituteur communal, ont toujours pensé qu'il viendrait un moment où le progrès des mœurs . permettrait à l'État de se dessaisir d'une partie de son action, et de rendre aux autorités locales, aux conseils municipaux, quelques-unes des prérogatives qu'on leur a enlevées provisoirement et pour une période de transition.

En tout cas, il ne saurait être question d'appliquer les mêmes principes à l'administration de l'ensei-

gnement supérieur; et, tandis qu'on centralise de plus en plus l'école primaire, il est naturel, il est logique, malgré les apparences, que par un mouvement en sens contraire on décentralise les Facultés.

Ici, en effet, la situation est très différente. Ce n'est pas la demande qui fait défaut : on peut même dire qu'elle dépasse l'offre, malgré les libéralités du Parlement et le zèle de la direction ministérielle. Les Facultés n'ont pas besoin d'être défendues contre le mauvais vouloir local. Elles prospèrent; elles peuvent vivre par elles-mêmes; elles aspirent à se gouverner, à s'administrer; et elles témoignent tous les jours qu'elles en ont les moyens.

Et de fait n'ont-elles pas déjà obtenu des pouvoirs publics, par les décrets de 1885, la plupart des libertés qu'elles réclamaient? On leur a donné la personnalité civile; on a créé les conseils généraux des facultés, investis d'attributions considérables. D'autre part, on a encouragé la formation de ces corporations d'étudiants qui ne sont pas moins nécessaires à la vie universitaire que les assemblées de professeurs!...

Faut-il aujourd'hui faire un pas de plus et conférer le titre d'Université, au -moins dans quelques grandes villes, à ces groupes de Facultés qui depuis cinq ans surtout ont manifesté leur vie commune et

leur laborieuse activité? A vrai dire, il y a presque des engagements pris. Que disait-on en 1885 aux Facultés? — Faites d'abord vos preuves. La loi doit suivre les mœurs. Il serait imprudent de donner trop tôt <c une forme légale à une réalité encore latente et indécise ». Aujourd'hui, les professeurs de Lyon, pour ne citer que ceux-là, viennent vous répondre : « Nous avons travaillé de notre mieux; nous nous sommes organisés, conformément au programme que l'administration nous traçait. Nous sommes installés dans des bâtiments magnifiques. Les étudiants affluent à nos cours.... Puisque la vie universitaire est véritablement réveillée chez nous, donnez-nous le titre auquel nous avons droit, le titre d'Université! »

La question est donc nettement posée ; la solution paraît nécessaire.... Et cependant quelques scrupules subsisteraient encore dans mon esprit, si j'avais à me prononcer comme législateur. Au fond, les Facultés ne possèdent-elles pas déjà toute la réalité des concessions qui peuvent leur être faites dans une société telle que la nôtre? Ce qu'elles demandent aujourd'hui, n'est-ce pas surtout une satisfaction d'amour-propre, nous ne disons pas de gloriole, mais d'orgueil local et de municipale fierté? Le titre d'Université, s'il leur est accordé, sera- 1- il autre

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chose qu'une concession nominale et purement décorative? Je sais bien qu'on a prononcé dans les réunions de Lyon les mots « d'indépendance complète *. Mais je doute fort que l'État consente à aller jusque-là, à se dessaisir de tous ses droits, et je considérerais en tout cas comme fort regrettable toute abdication de ce genre. Le titre d'Université n'ajoutera donc probablement que peu de chose aux prérogatives, aux libertés dont jouissent déjà les Facultés. Je sais bien qu'il leur donnera plus d'éclat extérieur, qu'il leur vaudra peut-être les souscriptions de quelques généreux protecteurs.».. Mais ce que je sais aussi, c'est que la faveur faite à ces Universités privilégiées portera un rude coup . aux Facultés qui n'obtiendront pas le même honneur. A l'origine, la création des Universités était liée, dans la pensée de ses promoteurs, à l'organisation, dans quelques grands centres, d'Universités régionales, toutes les autres Facultés devant disparaître. On ne parle plus aujourd'hui de supprimer ces Facultés de moindre importance; mais le résultat ne sera-t-il pas à peu près le même? Ne les condamnera-t-on pas à perdre peu à peu leur prestige, leur autorité, du jour où elles n'auront plus le même titre, les mêmes droits que les Universités de Lyon, de Lille ou de Bordeaux?

Il semble qu'il faille dès à présent considérer comme chose acquise et sûre à bref délai la constitution d'un certain nombre d'Universités d'en* seignement supérieur, à Paris d'abord et dans les milieux de province qui peuvent le mieux prétendre à demeurer ou à devenir des centres régionaux de vie scientifique. Le directeur de l'enseignement supérieur, M. Liard, dans le livre magistral qu'il vient de publier sur ce sujet ', indique naturellement Lyon, puis Bordeaux, Montpellier; et comme il ne veut d'avance décourager personne, il ajoute, restant dans le vague pour le reste î « J'aurais pu prendre pour exemples d'autres

1. Universités et Facultés, par M, Liard; Paris, Colin, 1890.

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villes encore *. Lille, qui possède aussi ses quatre Facultés; Nancy, qui est dans le même cas et qui, à l'imitation de Lyon, vient de fonder sa Société des amis de V Université, ne se laisseront certainement pas oublier. Et si Ton adoptait ce chiffre de sept universités que M. Waddington proposait jadis, on peut prévoir qu'il y aurait des compétitions et des rivalités motivées pour la septième place.

La question ne saurait d'ailleurs tarder à être tranchée, puisqu'elle a été soumise aux Chambres. La création des Universités ne sera que la conclusion naturelle et la consécration des progrès accomplis depuis quinze ans. Toutes les réformes qui ont modifié si profondément le régime intérieur de l'en* seignement supérieur n'en ont été que la préparation. Promis et offert comme une sorte de prime aux Facultés qui manifesteraient le plus de vitalité, le titre d'Université ne sera plus une vaine appellation, conférée imprudemment et au hasard, une opération d'escompte sur les résultats incertains de l'avenir : il sanctionnera simplement ce qui a déjà été fait, ce qui est acquis; il appartiendra à qui l'aura mérité.

Le projet présenté par M. le Ministre de l'instruction publique au Sénat vient donc à son heure, et quoiqu'il y ait à prévoir de vives résistances

d'intérêt local, il est probable qu'on en aura raison, au nom des motifs supérieurs tirés de l'intérêt scientifique et national.

Derrière un mot ancien, un mot glorieux d'ailleurs, il s'agit d'abriter une chose toute nouvelle : la solidarité des diverses parties du savoir humain, non, comme autrefois, la tutelle exercée par la théologie sur toutes les sciences, mais le règne souverain de la méthode moderne et de l'esprit scientifique appliqué à toutes les études.

En changeant la dénomination de Facultés contre celle d'Universités, ne fera-t-on que procéder à un baptême nouveau, à l'inscription d'un nom plus décoratif? Même à ce point de vue le changement sera peut-être utile. Il ne faut pas rire des mots : ils mènent le monde; témoin, pour ne citer qu'un petit fait, cet étudiant suisse, dont nous parle M. Liard, qui était venu à Paris pour y suivre les cours de la Sorbonne; comme on lui demandait pourquoi il n'était pas allé de préférence à Lyon, tout près de chez lui, il répondait avec conviction : « A Lyon! Mais il n'y a pas d'Université! » Lyon a beau compter quatre Facultés admirablement installées, cent dix professeurs et dix-sept cents étudiants : tant qu'on ne l'aura pas baptisé du nom d'Université, Lyon restera inaperçu, et ne sera

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qu'une quantité négligeable aux yeux de l'étranger, que des traditions invétérées ont habitué à confondre les mots d'enseignement supérieur et d'Université.

« Il y a, disait finement M. Lavisse, il y a, ne vous y trompez pas, une politique étrangère des étudiants. * M. Lavisse faisait allusion aux résultats heureux que peut avoir pour l'avenir de notre pays l'accueil cordial que les étudiants français, dans ces derniers temps, ont eu mainte occasion de prodiguer aux étudiants étrangers. Il y a aussi une politique étrangère de l'enseignement supérieur, et elle consiste à attirer chez nous une partie de la clientèle allemande, en lui offrant surtout, bien entendu, les réalités d'un enseignement solide et complet, mais aussi en faisant miroiter à ses yeux le grand mot d'Université, dont le prestige est séculaire.

Les Académies — je veux parler de l'Institut — regorgent de libéralités destinées à récompenser, sous forme de prix, les littérateurs et les savants. Les Facultés de l'État, depuis qu'une mesure excellente leur a conféré le droit de recevoir des dons et legs, se sont enrichies de 200000 francs à peine. C'est bien peu; et pourtant, avant de songer à récompenser littérateurs et savants, il serait bon de former, de préparer les lauréats futurs. Est-il chimérique de nourrir l'espoir qu'on détournera peut*

être vers renseignement supérieur quelques-uns de ces donateurs généreux, le jour où les Universités auront été constituées et seront en pleine possession de leur personnalité civile?

Mais la constitution des Universités aurait, il faut le reconnaître, de bien autres résultats. Je ne parle pas seulement de l'amour-propre des villes, des professeurs et aussi des étudiants, amour-propre qui, satisfait, flatté, sera excité d'autant à de nouveaux efforts. Je n'insiste pas non plus sur les avantages que procurera à l'enseignement lui-même l'unité désormais mieux assurée des diverses Facultés, l'accord établi par des relations plus intimes entre les professeurs et aussi entre les élèves.... Il y a une raison capitale qui, à elle seule, suffirait à recommander, comme une œuvre vraiment nationale, l'entreprise nouvelle : c'est qu'elle sera un essai sérieux de décentralisation intellectuelle. Paris, à l'heure qu'il est, absorbe plus de la moitié de nos 22000 étudiants. Sans prétendre détruire une force d'attraction qui a sa raison d'être, n'est-il pas infiniment désirable qu'il se crée en province un assez grand nombre da centres régionaux, placés aux bons endroits, bien outillés, bien organisés, qui puissent devenir, eux aussi, des foyers de rayonnement littéraire et scientifique?

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Grâce au rapport présenté par M. Lavisse au Conseil général des Facultés de Paris, grâce au livre de M. Liard, toutes les obscurités qui pouvaient encore envelopper la question sont maintenant dissipées. Les Universités nouvelles ne seront en aucune façon la résurrection des Universités de l'ancien régime : il n'est pas question de restaurer leurs antiques privilèges. On n'a jamais songé à satisfaire les illusions de M. Cornély qui entonnait un peu prématurément, dans les colonnes du Gaulois, un chant de triomphe, pour célébrer un retour imaginaire au vieil état de choses, ni les prétentions de cet évêque qui disait récemment en chaire : « Je garde mon titre de chancelier de l'Université : on ne peut pas me l'ôter! » Les Universités resteront placées sous la tutelle de l'État, et les libertés légitimes qui leur seront rendues ne compromettront pas les droits de la nation.

D'autre part, il ne saurait y avoir d'équivoque sur le sort que la création de quelques Universités dans les centres importants réserve aux Facultés des autres villes. Dans leurs inductions un peu précipitées, certains journaux, le Temps notamment, ont déjà conclu que le projet nouveau était leur arrêt de mort. Non, on n'y touchera pas; on ne leur refusera pas même l'espoir de devenir plus tard à leur tour des Universités. En attendant, comme Je déclare

nettement M. Liard, on ne saurait un seul instant songer, au mépris des droits acquis et de tant de sacrifices consentis, à rompre le contrat qui lie TÉtat et les Facultés existantes. Sans parler des autres raisons, c'est pour TÉtat une question de probité.

STATISTIQUE DÉCENNALE DE l'eVSHGNEMENT SUPÉRIEUR

Le ministère de l'instruction publique a publié, à l'occasion de l'Exposition universelle, sa statistique décennale de l'enseignement supérieur. Pareil travail avait déjà été fait en 1868 et en 1878. Mais la statistique de 1868, dans la pensée de M. Duruy, qui en avait ordonné la rédaction, comme dans la réalité des faits, ne pouvait être qu'un exposé des besoins et des lacunes de notre haut enseignement, que le second Empire avait laissé végéter dans un état voisin du dénuement. La statistique de 1889 au contraire, dans les 792 pages d'un énorme volume in-folio, raconte, chiffres en main, les progrès triomphants, l'évolution heureuse et la marche ascendante de l'enseignement supérieur. Nos Facultés

n'ont pas moins profité que nos écoles primaires de l'esprit nouveau et des libéralités de la République, et en dix ans, grâce à des efforts constants, grâce à une parfaite continuité de vues, sous l'habile direction d'Albert Dumont et de M. Liard, l'instruction supérieure a progressé ; elle s'est transformée au point d'être méconnaissable.

Sans doute ces progrès coûtent cher à l'État. On trouvera dans la statistique le détail, année par année, des sacrifices consentis par le budget de l'État et par les budgets locaux. Les constructions nouvelles qui ont donné aux Facultés des installations dignes d'elles représentent Une dépense totale de 115 millions, dont 50 millions ont été fournis par les villes. D'autre part, les crédits annuels du budget ordinaire ont plus que doublé. Nous ne sommes plus au temps où l'enseignement supérieur, grâce au produit des droits d'inscription et d'examen, couvrait à peu près ses frais. La dotation totale n'était en 1870 que de 5972971 francs; elle est en 1889 de 14492595 francs, soit une augmentation de 8 millions et demi.

Mais on peut juger aux résultats que tout cet argent n'a pas été prodigué en vain. D'abord les traitements ont été améliorés, et Ton ne se plaindra pas, par exemple, qu'un professeur du Collège de

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France ou un maître de conférences de l'École normale touche maintenant 10000 francs d'appointements, un peu moins que le chef de gare de Bordeaux ou de Lyon. Ensuite, des Facultés nouvelles de droit et de médecine ont été créées de toutes pièces. Mais surtout les anciennes Facultés ont vu grandir le nombre de leurs professeurs et s'accroître leur outillage scientifique. Derrière leurs façades monumentales, il n'y a plus seulement, comme autrefois, quelques salles de cours fréquentées par des oisifs et à peu près vides d'étudiants sérieux; il y a partout des laboratoires, des collections, des bibliothèques, des salles d'études, tout ce qui constitue enfin le matériel indispensable à l'enseignement et aux recherches, tous ces outils, tous ces instruments de travail, sans lesquels les lettrés les plus subtils, les savants les plus hardis ne peuvent rien pour le progrès de la pensée. En même temps et pour répondre de plus en plus à l'idéal du haut enseignement, qui doit être une représentation vivante et effective de toutes les parties du savoir humain, on a multiplié lès créations nouvelles : depuis 1876, il a été créé dans les Facultés de tout ordre 201 chaires, 200 cours complémentaires et 129 maîtrises de conférences.

À l'accroissement du personnel enseignant a correspondu, presque dans les mêmes proportions,

l'augmentation du nombre des élèves. En 1875, il n'y avait en tout que 9963 étudiants; en 1887-1888, on en a compté 17 650, soit une augmentation de 7 667.

Il s'en faut que cette progression de la population scolaire soit également sensible dans toutes les catégories de Facultés. C'est précisément l'intérêt de la statistique détaillée que nous avons sous les yeux, qu'elle permet de juger immédiatement de la situation de tous les établissements d'enseignement supérieur, et de noter avec précision le fort et le faible, dans toutes les parties de ce grand service.

C'est ainsi que la statistique des Facultés de droit nous révèle un temps d'arrêt, presque un recul et une diminution dans le nombre des étudiants, au moins pour ces dernières années. Et cependant des établissements nouveaux ont été créés depuis 1875 : la Faculté de Montpellier, l'École supérieure d'Alger. En 1875-1876, les douze Facultés de droit comptaient un effectif de 5239 étudiants; en 1887-1888, les quatorze établissements d'enseignement supérieur du droit n'ont plus que 5 152 élèves. La France trouverait-elle qu'elle a trop d'avocats? C'est surtout dans les deux dernières années que s'est produit ce mouvement de baisse : en 1885, en effet, il y avait jusqu'à 5456 étudiants, et c'est en 1886 qu'on est

arrivé au chiffre le plus élevé qui ait jamais été atteint : 5736.

En revanche, il ne paraît pas que la France se lasse de faire des médecins.... Dans les Facultés de médecine, en effet, la progression ne se dément pas. Depuis 1878, c'est-à-dire depuis l'année où les six Facultés sont en plein exercice, l'augmentation est considérable : 2 922 étudiants en 1878, 5 663 en 1887. Le progrès est encore plus sensible dans les Facultés des lettres et des sciences, lesquelles, il y a dix ans, n'avaient pour ainsi dire pas d'élèves. L'étudiant en lettres et en sciences était alors une espèce inconnue. Les Facultés des lettres sont passées, en treize ans, du chiffre de 238 élèves à celui de 2358; et dans l'ensemble de cet effectif il n'y a que 500 boursiers.

Un sujet de méditation, qui ne manque pas d'intérêt, nous est fourni par les tableaux relatifs aux examens, par les graphiques qui les accompagnent et où sont représentées la marche ascendante et descendante des diplômes, la proportion des candidats admis sur le nombre des examinés. Rien de plus étrange que les irrégularités, les sauts brusques et capricieux, en bas ou en haut, de ces lignes figurées, qui retracent année par année le nombre des élus du baccalauréat. Comment s'expliquer par

exemple, en ce qui concerne la deuxième partie du baccalauréat es lettres, le baccalauréat philosophique, que la proportion des admis, qui était de 62,50 pour 100 en 1885, soit descendue à 44 pour 100 en 1881, pour remonter à 48 pour 100 en 1887? Comme on ne peut raisonnablement supposer que le niveau de l'examen s'abaisse ou se relève d'une année à l'autre par la seule volonté des professeurs, faut-il donc conclure que les générations successives d'élèves se ressemblent très peu, et que l'inégalité du travail ou du talent explique ces différences de résultats? Ce qui n'est pas moins frappant et qui est plus inquiétant encore, c'est la courbe du baccalauréat es sciences, qui dénote un abaissement presque continu dans le nombre des candidats reçus : 42 pour 100 en 1875, 32 pour 100 en 1886, 35 pour 100 en 1887.

Ce qui ne diminue point, par exemple, c'est le nombre des aspirants. Il y a, aux abords de nos divers baccalauréats, un flot sans cesse montant de candidats : pour les divers baccalauréats es sciences, 6582 en 1875, 9669 en 1887; pour les deux baccalauréats es lettres, 16434 en 1875, 19344 en 1887. Sait-on combien nos Facultés ont proclamé de bacheliers complets en treize ans? Nous avons été curieux d'en faire le compte, qui nous donne un

total de 48319 bacheliers, rien que pour le baccalauréat es lettres. C'est un joli chiffre! Et dire pour- " tant qu'il y a encore tant de lycéens qui se plaignent d'avoir été refusés! Le baccalauréat es sciences est moins recherché, et sa moyenne de production est cependant de plus de 2 000 bacheliers par an.

Mais ce n'est pas pour rendre possibles ces petites constatations qu'a été préparée et publiée, avec une précision et une exactitude qui font honneur à ses rédacteurs, la statistique de l'enseignement supérieur. Sur tout ce qui concerne la vie intérieure des Facultés, sur le développement incessant des cours, sur l'adaptation progressive de l'enseignement aux besoins de la science, sur l'organisation des leçons et des conférences, sur le régime scolaire et disciplinaire des étudiants, sur l'enrichissement des laboratoires et des bibliothèques, on trouvera, dans une série de documents et de tableaux, des renseignements du plus haut intérêt : l'histoire, en un mot, et comme l'exposition décennale de notre enseignement supérieur, depuis le jour où, prenant enfin conscience de l'importance de son rôle et des caractères propres de son œuvre, il nous a donné le beau spectacle d'une vieille institution qui, sous l'impulsion des pouvoirs publics, sait se réformer et se corriger elle-même.

M. Pierre Laffitte a continué cette année, le dimanche à trois heures, dans le grand amphithéâtre du Collège de France, son cours public de philosophie. Nous avons assisté à la leçon d'ouverture et, si nous en jugeons par cette première séance, ces vêpres laïques du positivisme ne cessent pas d'attirer la foule ! . Le public nombreux qui y afflue y apporte d'ailleurs une attention sympathique et

1. M. Darlu, dans son Discours du concours général, a récemment rendu hommage à renseignement de M. Laffitte : « II y a quelques années, dit-il, j'ai eu l'occasion de lire les programmes des cours de philosophie dans toutes les Facultés de France : je remarquai que cette année-là la morale n'était enseignée publiquement nulle part. Je me trompe : un cours dé morale était professé ici même (en Sorbonne), avec une ampleur, une élévation digne du sujet. C'était un cours libre : il s'adressait, non à des étudiants, mais au peuple. Il était professé par un philosophe positiviste...: »

touchante, pour mieux dire un recueillement qui a quelque chose de religieux. On devine tout de suite que le maître exerce une grande autorité sur son auditoire, et qu'il se produit dans cette salle de conférences, non pas seulement une banale exhibition de science, mais une véritable communion d'idées.

Avons-nous besoin de dire que nous nous réjouissons de ce succès croissant de l'enseignement de M. Laffitte? L'ouverture de son cours est devenue un véritable événement sur la rive gauche, dans ce quartier de Paris qui est resté, dans une certaine mesure, ce qu'il était au moyen âge, la civitas philo* sophorum. Nul ne s'en étonnera, de ceux qui connaissent M. Laffitte, sa prodigieuse science, sa fidélité de tant d'années à la philosophie d'Auguste Comte, et qui ont pu apprécier l'extraordinaire activité de sa pensée, toujours neuve et originale, à travers tant de sujets d'étude successivement abordés, et bien qu'elle soit subordonnée à un culte passionné pour le créateur de la philosophie positive. Toute question de doctrine mise à part, nous ne croyons pas qu'il y ait en France de cours plus attrayant, plus remarquable, que les leçons de ce savant aussi profond que modeste, qui, sans apprêt, sans aucune prétention à l'éloquence, vient tout

simplement exposer ce qu'il sait, ce qu'il croit être la vérité, avec une sincérité parfaite, donnant à ceux qui Técoutent le plaisir rare d'entendre un homme qui pense tout haut.

Le cours professé en 1890 est particulièrement intéressant, puisque M. Laffitte y fait, à grands traits, l'histoire de la philosophie moderne, depuis saint Thomas d'Aquin jusqu'à nos jours. Le cadre des leçons est emprunté au calendrier positiviste qui, comme on sait, place sous le patronage de Descartes tout un mois dont les quatre semaines sont représentées par les grands noms de saint Thomas, de Bacon, de Leibniz, de Hume, considérés comme les principaux agents de l'évolution de la pensée humaine dans ces derniers siècles. Avec M. Laffitte, d'ailleurs, on n'a pas à craindre de tomber dans les infiniment petits de l'histoire, dans les recherches vaines de l'érudition. IJ a pour les études parcellaires, fragmentaires, qui ne portent que sur des individus ou sur des spécialités scientifiques, un dédain qu'il ne dissimule pas. Il ne salue le véritable génie que chez ceux qui ont des vues d'ensemble, des conceptions générales sur le mondé et sur l'humanité, et qui savent s'arracher à cette dispersion d'efforts, à cette spécialisation des études, dont a tant souffert et dont souffrira encore la constitution

définitive de la philosophie. L'histoire ainsi comprise n'est plus seulement de l'histoire : elle est à elle seule toute une philosophie, recueillant dans les travaux des devanciers, dans leurs découvertes comme dans leurs erreurs, soit les éléments de la théorie finale, soit une confirmation de la vérité de cette théorie.

La forme extérieure de la méthode de M. Laffitte est des plus originales. Les idées y sont classées, numérotées avec une symétrie parfaite. Elles obéissent à une sorte de rythme. Chaque leçon (le cours de cette année en comprend vingt), chaque leçon, tout comme un sermon de Bossuet, est divisée en trois points : chaque point à son tour est subdivisé en sept parties. M. Laffitte ne saurait se satisfaire à moins : il lui faut, pour chaque question, sept points de vue; pour chaque proposition, sept preuves différentes. On peut sourire de ces procédés un peu artificiels peut-être, qui rappellent les distinctions subtiles de la scolastique. On peut trouver étrange cette résurrection du chiffre cabalistique de sept, qui a joué un si grand rôle dans le monde, depuis le chandelier à sept branches, depuis les sept sages de la Grèce, jusqu'aux familles de sept enfants privilégiées au point de vue de l'impôt, sous la troisième République. M; Laffitte serait-il de l'école de ces

philosophes du moyen âge qui prétendaient que le nombre sept avait la vertu d'évoquer les génies planétaires et de les contraindre à opérer des prodiges? Au fond, sans en attendre des prodiges, dans l'application que M. Laffitte en fait à la philosophie, il est certain que cet assujettissement perpétuel à une même règle de pensée témoigne d'une véritable force d'esprit et d'un goût très louable pour les sévérités de la méthode. C'est peut-être une chaîne, une gêne, comme la rime en est une pour le poète : mais c'est aussi une excitation à l'effort et à l'analyse.

Rien de plus piquant d'ailleurs que le contraste des libres allures de la parole de M. Laffitte avec l'excessive rigueur de sa méthode. Il est impossible de parler avec plus d'aisance, avec plus de verve familière. Sur l'ossature rigide de chacune de ses leçons, M. Laffitte répand l'agrément d'une infinité d'aperçus divers, de traits mordants, d'anecdotes humoristiques, qui viennent heureusement couper le jet continu des abstractions. C'est ainsi que, critiquant la méthode subjective des psychologues qui prétendent trouver dans la seule observation du moi la connaissance de l'humanité tout entière, il dira : « M. Cousin se trompait, quand il déclarait que pour être philosophe il suffisait de s'observer penser, à

supposer que M. Cousin pensât!... » Plus loin, voulant démontrer l'impuissance politique des hommes de science, il nous racontera l'histoire de Laplace, ministre de l'intérieur pendant quinze jours, mais remercié après ce demi-mois, parce que pour nommer un sous-préfet il procédait aussi lentement, avec les mêmes formalités de pensée, que pour résoudre un problème de mathématiques transcendantes....

Ce n'en est pas moins l'abstraction, l'abstraction à haute dose, qui caractérise la pensée et les cours de M. Laffitte. On est effrayé de ce qu'il accumule, pendant une heure d'exposition, de généralités, de hautes et larges conceptions. On reconnaît à chaque phrase le mathématicien de naissance qui pousse le culte des sciences abstraites jusqu'à penser qu'on ne peut travailler utilement aux sciences sociales sans le secours des mathématiques; qu'on ne peut être un politique vraiment digne de ce nom, si l'on n'est pas géomètre, comme le disait déjà Platon. De là cette indifférence dédaigneuse, que nous avons déjà signalée, pour les poetx minores de la science et de la philosophie, pour tous ceux qui n'embrassent pas dans une seule vue l'ensemble des questions. C'est ce qui lui fait dire que Buffon est très supérieur à Lamarck, Lamarck très supérieur à Darwin.

Ne nous imaginons pourtant pas que l'esprit de la philosophie de M. Laffitte soit, une pensée de mépris aristocratique, de dédain transcendant pour tout ce qui n'est pas conforme aux doctrines positives et à la systématisation de ses théories personnelles. M. Laffitte est au contraire indulgent au passé; il sait admirer même les erreurs des anciens philosophes, quand elles témoignent d'une certaine puissance de déduction. De même il veut qu'on ménage dans le présent les croyances inférieures de ceux que leur éducation a maintenus dans un état relatif d'ignorance. Tolérante et large, profondément imbue de cette idée que l'histoire nous révèle une véritable continuité dans le développement de la pensée et dans le progrès de l'esprit, la philosophie de M. Laffitte, grâce aux formes simples dont il la revêt, a en outre ce précieux caractère qu'elle est malgré tout populaire, accessible à tous.

Les journaux annonçaient récemment que le conseil municipal de Paris se reprenait à l'idée d'organiser des cours d'enseignement populaire supérieur. En ce qui concerne la philosophie, M. Laffitte a devancé l'exécution de ce projet, par une initiative qui lui fait grand honneur, et dont lui seront reconnaissants tous ceux qui pensent que l'enseignement philosophique ne doit pas se réduire à

quelques chaires officielles, autour desquelles se groupent seulement quelques candidats à l'agrégation; que le peuplé doit y participer, afin d'y puiser les principes de la foi politique et les règles de la vie privée.

Si M. le préfet de la Seine n'est pas encore logé à l'Hôtel de ville de Paris, du moins la science y a ses entrées officielles : l'enseignement supérieur y tient séance deux fois par semaine. Le mercredi et le samedi, à huit heures et demie du soir, M. Georges Pouchet et M. Louis Ménard y exposent tour à tour, l'un la biologie, l'autre l'histoire universelle.

Nous n'avons entendu encore que M. Ménard, et du professeur, comme de ses leçons, il n'y aurait que du bien à dire, si l'on pouvait oublier la destination du nouvel enseignement. Le professeur de l'Hôtel de ville, qui a écrit une Histoire des peuples de l'Orient et tant d'autres ouvrages distingués, est un maître dans les matières qu'il a traitées en 1890 : les premières civilisations. A une érudi-

tion profonde il joint beaucoup de goût, et un senment aussi délicat que savant de l'archéologie artistique. Point d'apprêt d'ailleurs dans sa parole; aucune recherche de l'effet; une simplicité parfaite, quoique naturellement élégante, qui gagne tout de suite la confiance des auditeurs. Beaucoup de mesure aussi et de modération : l'enseignement de M. Ménard n'a rien de révolutionnaire. En écoutant l'autre jour sa leçon sur l'Egypte, il nous semblait entendre un membre de l'Institut. Sauf un mot ou deux, sauf une allusion aux incertitudes de la croyance à la vie future, et, à propos des milliers de vies humaines sacrifiées pour la construction des Pyramides, une réflexion sur la patience éternelle des peuples et l'oppression des rois, nous aurions cru être dans une autre enceinte. Des leçons de ce genre ne seraient déplacées ni à la Sorbonne ni au Collège de France. Les auditeurs du reste ne s'y sont pas trompés. Nous avons reconnu dans le nombre maint habitué de la Faculté des lettres, notamment M. Victor Considérant.

Mais je suppose que, en ouvrant à l'Hôtel de ville des cours d'enseignement supérieur populaire, on a voulu autre chose que faire concurrence à la Sorbonne. On a rêvé cette grande chose : populariser la science, et initier un autre public aux plus hautes

connaissances. Sans doute l'œuvre est des plus difficiles : mettre la science à la portée du peuple, cela paraît, au premier abord, aussi malaisé que de faire escalader la tour Eiffel en cinq minutes. Il y a peutêtre pourtant moyen d'y réussir, mais à condition de choisir dans les sciences à enseigner celles qui offrent un intérêt pratique et social, celles qui sont d'une utilité immédiate dans la lutte de la vie : à condition aussi de donner aux idées qu'on expose un tour particulier, qui les rende accessibles à toutes les intelligences.

Sous ce rapport, il faut bien le dire, malgré. le respect que nous inspire le talent de M. Louis Ménard, nous craignons qu'il ne fasse fausse route. Je me demandais avec inquiétude, après l'avoir entendu, quel profit un auditeur mal préparé par ses études antérieures, et jusqu'ici peu versé dans l'histoire des peuples primitifs, pourrait emporter des considérations subtiles, des réflexions condensées auxquelles s'était complu le professeur, de ses explications ingénieuses sur la religion égyptienne, sur l'origine du culte des animaux. Avec une prédilection marquée pour tout ce qui est œuvre artistique et forme décorative, M. Ménard nous fait connaître quelles étaient les diverses coiffures des déesses égyptiennes; il nous détaille les rites funé-

raires et ne nous laisse rien ignorer de la structure des tombeaux. Tout cela est fort intéressant pour un public de lettrés et d'archéologues : mais un auditoire populaire, que peut-il lui rester dans l'esprit, après avoir assisté pendant une heure à cet étalage d'érudition, à ce défilé de noms propres inconnus et de termes techniques inexpliqués? Beaucoup de confusion à coup sûr et peu d'idées nettes ou utiles.

L'installation matérielle elle-même est très défectueuse. La salle des Prévôts est fort belle, fort luxueuse; mais elle n'est qu'un lieu de passage, une sorte d'antichambre. Là voix de l'orateur s'y perd dans une enceinte trop vaste et au milieu de trop de colonnes. Rien n'y est favorable au recueillement. L'autre soir, pendant que le conférencier nous entretenait des inscriptions des monuments égyptiens, un auditeur s'était levé et se promenait tout autour de la salle, trouvant plus à son goût de lire les listes des noms des anciens prévôts de Paris gravés sur les murs. En un mot, dans cet embryon de Sorbonne municipale, rien ne nous paraît encore organisé pour l'étude sérieuse. Il ne faudrait pourtant pas oublier qu'un enseignement, pour être efficace, suppose encore autre chose que des professeurs de talent.

Ah! ils entendent autrement leur affaire, les uni-

versitaires anglais et écossais dont nous parlions l'autre jour, et qui se sont mis en tête, eux aussi, de populariser l'enseignement supérieur. Ils ne disposent pourtant pas des mêmes ressources que le conseil municipal de Paris! Mais ils comprennent à merveille les nécessités de l'enseignement. Ils distribuent à chacun de leurs auditeurs un résumé imprimé de leurs leçons, afin de fixer les idées essentielles qui pourraient n'être pas saisies au vol de l'exposition orale. Le cours une fois terminé, ils se mettent à la disposition de leur auditoire, pour répondre à ses questions, à ses doutes. Enfin ils ont soin d'indiquer les ouvrages à consulter, pour éclairer, pour compléter leur enseignement : de sorte que les auditeurs ne quittent le cours que pour prendre le chemin de la bibliothèque.

Ce qui nous rassure, c'est que l'enseignement récemment inauguré à l'Hôtel de ville de Paris n'en est encore qu'à ses débuts. Après les tâtonnements de la première heure, on s'apercevra sans doute des erreurs commises, et on les réparera. Nous le souhaitons vivement : il n'y aura jamais trop de foyers de lumière; et, où qu'elle soit établie, une œuvre d'enseignement populaire a droit à toutes nos sympathies. Mais pour qu'elle soit féconde, pour qu'elle ait une physionomie propre, pour qu'elle réponde

réellement à son but, il faut désirer qu'elle devienne autre chose qu'une nouvelle série, ajoutée à tant d'autres, de conférences plus ou moins agréables, où un public de gens du monde va chercher seulement une heure de distraction et de délassement.

La science et l'histoire de l'éducation ont depuis quelques années conquis droit de cité à la Sorbonne : la science, dans les cours si remarquables et si fidèlement suivis de M. Marion ; l'histoire, dans nombre de thèses érudites qui portent la lumière sur tel ou tel point oublié du passé. La pédagogie, naguère si dédaignée en France, a maintenant ses docteurs. Comme le dit, dans son avant-propos, le plus récemment promu de ces docteurs es lettres pédagogiques, l'auteur d'une intéressante étude sur la Réforme de V éducation en Allemagne au xvih c siècle* y M. Pinloche, « on s'est enfin rendu compte que l'histoire de l'éducation peut offrir des sujets non

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