UN PÉDAGOGUE DE L'AMÉRIQUE DU SUD
tion générale^ etc. : nous nous en doutions déjà un peu dans la vieille Europe!
Mais ce qui suffit pour assurer à M. Berra une véritable originalité, c'est que, même reprenant de vieilles idées, il sait les rajeunir par un véritable luxe, par une profusion, je dirais presque par un gaspillage de preuves; c'est que, même recommandant des méthodes connues, il les renouvelle par le détail, grâce à une compétence professionnelle indiscutable. C'est aussi qu'il marche tout à fait à l'avant-garde, dans les voies de la pédagogie nouvelle. Son livre la Santé et l'École est un manifeste en faveur de l'hygiène, que ne désavoueraient pas les membres de notre Académie de médecine.
Ailleurs il proteste contre les excès de la « sédentarité » scolaire, contre la trop longue durée des classes, contre l'usage, assez général en Amérique, de retenir les enfants six heures de suite dans les écoles primaires. Nos réformateurs français, qui rêvent d'organiser une discipline sans punitions, trouveront aussi un allié dans le pédagogue américain, qui supprime en même temps les récompenses, et qui ne conserve d'autre moyen disciplinaire que ce qu'il appelle le verdict scolaire, c'est-à-dire le jugement d'approbation ou de désapprobation prononcé par les maîtres aussi bien que par les élèves :
l'opinion publique deviendrait ainsi la reine de l'école, comme elle est déjà la reine du monde.
Ce n'est pas l'enseignement primaire seul que M. Berra a révolutionné dans son pays : c'est encore l'enseignement secondaire et supérieur. Son Projet d'organisation de la section d'études de l'Athénée de l'Uruguay a arraché à M. Dittes, le célèbre pédagogue de Vienne, un cri d'envie et d'admiration. « Des réformes aussi radicales, dit M. Dittes, ne sont possibles que sur les terrains vierges des républiques sud-américaines. Sur la terre classique d'Europe, où prévalent encore les traditions du moyen âge, ces réformes, si désirables qu'elles soient, sont considérées comme impraticables. »
Ce qui fait le grand mérite de M. Berra, c'est qu'il n'est pas seulement un théoricien distingué, un philosophe de l'éducation : il est en même temps un homme pratique. On a pu voir à l'Exposition universelle de 1889, au pavillon de l'Uruguay, ses Tableaux de lecture, qui ont pour caractéristique que l'enfant y apprend d'abord à lire les mots, puis les syllabes et enfin les lettres. On lui doit aussi des cartes géographiques scolaires, les seules en usage dans les établissements d'instruction de l'Uruguay.
II n'est guère, en un mot, de question pédago-