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« je sais, dit-il dans son Journal *, c'est que la ligne « avança au son du tambour et que les officiers « avancèrent avec la ligne. Or, il n'est pas vraisemc( blable que les tambours aient battu la charge sans « ordre ni que les officiers se soient portés en avant « s'ils n'avaient pas de motif sérieux de le faire. « Comme l'opération n'a pas réussi, personne ne « veut s'en reconnaître l'auteur. Pour moi, j'avoue (( que je ne doutai pas alors que le mouvement en (c avant ne fût ordonné par le général, puisqu'en a fin de compte il ne s'y opposa pas. Maintenant, si « le général en chef ou les autres généraux ne veu- « lent pas confesser que l'ordre est venu de lui ou (( d'eux, parce qu'en réalité ni l'un ni les autres ne « l'ont donné, peu m'importe. Le fait positif est <( qu'on n'a nullement recherché l'auteur du mouve- (( ment, qui, s'il a procédé sans ordre du général, « serait coupable d'un crime énorme. ))
L'attaque générale par toutes les forces espagnoles, augmentées des réserves qu'avaient amenées sur la plage un second et un troisième débarquement, ne produisit pas de meilleur résultat que les attaques isolées des compagnies de tirailleurs. Les ennemis, toujours invisibles, se retiraient vers la montagne, mais en faisant éprouver des pertes très sensibles aux Espagnols, qui, à cause de leur formation et de leur ignorance du terrain, n'arrivaient pas à se frayer un passage à travers les aloès et les abris construits par
1. Diario de la expedicion contra Argel con algunas reflexiones (Bibl. de l'Université, Ms. 1311, § 101). i
RETRAITE UK l'aRMÉE ESPAGNOLE 217
les Algériens. Ceux-ci, qui pendant les premières heures de la journée ne s\ !iii( ut pas départis de leur tactique prudente, se décidtrent enfin à prendre TofTensive. D'une part, l'infanterie du bey de Constantine, de l'autre, les troupes campées sous le fort Babazoun vinrent attaquer en même temps la gauche et la droite du corps expéditionnaire. Le bey, croyant qu'il aurait à combattre de la cavalerie, avait imaginé de munir le front de sa petite armée d'un certain nombre de chameaux ; on sait en efiet que ces paisibles animaux, par leur taille et leur répugnante odeur, eiffrayent et repoussent les chevaux. Ce stratagème était bien inutile, car les Espagnols n'avaient point encore songé h débarquer leur cavalerie ; les pauvres chameaux servirent seulement de cibles et tombèrent tous, en victimes expiatoires, sous une grêle de balles de l'infanterie espagnole. Mais cette hécatombe de bètes innocentes n'avança pas beaucoup les affaires d'O'Reilly; ses troupes, fatiguées, énervées et déconcertées par un combat inégal, contraire aux principes de tactique qu'on leur avait inculqués et, en somme, fort meurtrier, commencèrent, surtout sur la i^auchc, ii faiblir. Voyant cela, le général en chef fit sonner la retraite. Les détachements les plus engagés se retirèrent avec quelque précipitation sur les réserves ([ui n'avaient pas pu prendre part à l'action. Ce mouvenent exécuté — selon Fernan Xunez à huit heures du matin ; selon d'autres, à dix heures et demie seulement, — il fallut songer à se défendis s( i ieusement contre une attaque en masse, très probable, de toutes les forces
algériennes. Un retranchement fut élevé à la hâte où tout le corps expéditionnaire s'entassa pêle-mêle.
Par une étrange aberration, les ingénieurs avaient construit la tranchée sur le rivage et parallèlement à la mer: c'était l'exposer au feu des batteries ennemies de droite qui l'enfilaient dans toute sa longueur. Ces batteries, qui d'abord avaient canonné l'escadre, ne pouvant pas tirer sur les troupes espagnoles de peur d'atteindre en même temps la cavalerie algérienne, dirigèrent leur feu sur la redoute. En cette occasion encore se manifesta l'hostilité qui, dès le début de la campagne, régnait entre les commandants de l'escadre et de l'armée. O'Reilly, malgré ses demandes pressantes, ne put obtenir de Castejon qu'il fît avancer des navires afin d'éteindre le feu des batteries. Aussi, pour parer aux ravages qu'elles causaient, ne lui resta-t-il d'autre ressource que de faire élever tant bien que mal quelques ouvrages perpendiculaires à la tranchée principale, de manière à abriter un peu ses hommes qui continuèrent cependant à être fort éprouvés. A six heures du soir, le général exposa la gravité de la situation aux officiers grénéraux réunis autour de lui, leur laissa entendre qu'il considérait lui-même l'expédition comme manquée et, avec leur assentiment unanime, décida le rembarquement des troupes qui commença à huit heures et se continua toute la nuit.
Les Espagnols perdaient environ trois mille hommes, tant tués que blessés, et abandonnaient à l'ennemi quelques canons, des chevaux de frise, des outils, des sacs et beaucoup de fusils. Pendant la
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dangereuse opération du rembarquement, qui ne s'accomplit pas, comme on peut penser, avec plus d'ordre et de méthode que le débarquement, les Algériens n'inquiétèrent en aucune manière leurs ennemis ; ils ne firent même pas mine d'avancer vers la mer. Sans doute, ils ne crurent pas à une retraite définitive et purent supposer que les Espagfnols retranchés ;i liaient avec de nouveaux renforts tenter une seconde attaque ; tout le bruit et les clameurs qu'ils entendirent dans la nuit du 8 au 9 les confirmèrent dans la croyance que l'escadre envoyait des secours au corps débarqué. C'était le contraire qui se passait. Grande fut donc leur surprise quand le lendemain ils purent constater l'abandon complet de la redoute de la plage ; leur joie brutale se traduisit par des transports et des actes de cruauté de leur façon. Les morts et même les blessés laissés sur le terrain par les Espagnols eurent la tète tranchée, et, munis de ces trophées, les Algériens, fiers ajuste titre d'avoir mis en déroute une si forte armée, rentrèrent en triomphateurs dans la ville.
Du côté espagnol, il ne restait (jue deux partis à prendre : essayer un bombardement ou retourner incontinent en Espagne. Le dernier parti prévalut pour divers motifs dont le principal fut que les vivies commençaient à devenir rares. On fit observer aussi que, pour bombarder utilement la place avec des canons qui ne portaient pas beaucoup plus loin que ceux des Algériens, il eût fallu s'en approcher au point de mettre l'escadre sous le feu des batteries de terre. Le départ fut donc décidé. Un premier
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convoi, commandé par le général suisse Félix de Buch, quitta le 12 juillet la rade d'Alger et ramena à Alicante les blessés, la cavalerie et une partie de l'infanterie. Le reste de l'escadre avec deux frégates du roi de Naples, qui avaient très efficacement cooporé à l'action, suivit le 15 et rejoignit le premier convoi à Alicante où les troupes débarquèrent et prirent leurs cantonnements.
Tel fut le résultat lamentable de cette expédition, acceptée au début avec tant d'enthousiasme par la cour et la nation, mais aussi mal préparée que mal conduite.
Dans son très intéressant journal, Fernan Nunez résume son opinion sur le désastre dont il a été témoin et dont il rend responsables à la fois le général et les troupes ; il classe les fautes commises sous plusieurs rubriques. Fautes du général en chef: ses hésitations touchant le point le plus favorable pour atterrir qui retardèrent le débarquement de huit jours, hésitations qu'on ne saurait attribuer qu'à son ignorance à peu près complète du terrain. Fautes qui incombent à la troupe, au général et aux ingénieurs : formation en bataille au lieu de la formation prescrite en colonnes ; marche en avant sans but déterminé et ensuite retraite précipitée ; mauvais emplacement et construction défectueuse de la redoute. Enfin, deux imprudences inconcevables et qui sont imputables à la fois au général et aux troupes : tenter le débarquement d'une armée de vingt mille hommes en plein pays ennemi et prévenu de longue date, à la barbe de ses défenseurs accourus en