FERÎ^AN NUNEZ A ALGER
était venu oilVir ses services au Roi Catholique*, Fernan Nunez arrivait le l""" juillet en vue d'Alger, et prenait part à la première et sommaire reconnaissance de la cote ; puis, le 0, il assista à la canonnade que le San José dirigea contre un fort d'Alger et qui coûta six morts et treize blessés à l'équipage de ce navire. Le brigadier Don Carlos, placé sous les ordres du maréchal de camp, marquis de La Romana, commandait la brigade du Roi, formée de quatre bataillons des régiments Imemorial del Bey, Lisboa, Espana et Principe, environ deux mille sept cents hommes; cette brigade appartenait à l'aile droite de l'armée expéditionnaire. A peine débarqué sur la plage d'Hussein Dey, il eut le chagrin de voir décapiter parles Algériens le lieutenant des Gardes Espagnoles, D. José de Landa, son ancien mentor, sous les auspices duquel il avait fait ses premières armes dans la carrière. Egalement au début de l'action, il perdit son chef immédiat et son ami, le marquis de La Romana, qui fut tué à la tcte de ses hommes '. Pendant les divers engagements de la matinée. Don Carlos remplit bien son emploi et lorsque la première ligne, imprudemment engagée, dut battre en retraite,
1. Ce Rohan eut pour aide de camp, en cette occasion, le poitevin Jacques de Liniers, qui fit plus tard une brillante carrière au service d'Espagne et y trouva une mort tragique et glorieuse. Voyez la Biographie de Jacques de Liniers, comte de Buenos-Ayres et vice-roi de la Plata (1753-1810), par Jules Richard, Niort, s. d., in-8°.
2. D. Pedro Caro y Fontes, deuxième marquis de La Romana, maréchal de camp et précédemment colonel du régiment de dragons d'Almansa.
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retraite, il eut l'heureuse idée de former un « marteau » avec les réserves pour faire front à la colonne ennemie qui attaquait l'aile droite espagnole, et cette manœuvre fut couronnée de succès. En résumé, il se tira de la bagarre sans autre mal que des contusions peu graves et revint à Alicante avec le gros de Tarmée. Son journal, qui fait grand honneur à sa perspicacité et à ses connaissances techniques, prouve qu'il suivit avec l'attention la plus soutenue et en militaire consommé les diverses péripéties du débarquement et du combat. Il raconte et il juge, et son récit aussi bien que les « réflexions » ou critiques très approfondies qui l'expliquent et le commentent, dénotent une parfaite bonne foi et une stricte impartialité. De toutes les relations de la descente des Espagnols à Alger, le journal de Fernan Nunez est celle qu'on consultera avec le plus de sécurité ; c'est celle aussi où l'on apprend le plus de détails curieux et où l'on peut le mieux saisir la suite des événements et discerner les fautes commises par le général en chef.
Des cantonnements d'Alicante, Fernan Nunez n'attendit pas longtemps pour informer son ami Salm des résultats de la triste équipée d'O'Reilly.
« Quelle chance tu as eue de ne pas t'être trouvé à cette expédition aussi courte que malheureuse ! Sans vouloir parler du vrai motif de notre échec, il est certain que la plus grande partie du rapport publié dans la Gazette inspire des doutes et qu'il y a à dire, à ce propos, beaucoup plus que je ne pourrais le faire dans une lettre. Un jour viendra où nous nous verrons et où je pourrai te conter con-
fidentiellement ce qui s'est passé ; alorstu jugeras en plus complète connaissance de cause. Toi qui connais notre pays et son système et sais les mobiles qui le font agir, tu devineras bien des choses qu'il m'est impossible de te dire. Ce qu'il y a de sûr, c'est que la troupe s'est comportée avec une grande constance et qu'on nous a mis bien à l'épreuve. J'ai eu la chance de m'en tirer avec une contusion peu grave dans la poitrine, dont je suis remis, quoiqu'on m'ait saigné deux fois et fait absorber beaucoup de calaguala^ parce que d'abord j'ai eu des crachements de sang ; mais cet accident ne s'est pas répété et aujourd'hui je n'éprouve plus qu'une certaine fatigue en marchant : cela se passera avec le temps. Nous ne savons pas encore notre destination ; toutefois il n'est plus possible qu'on entreprenne une autre campagne cette année, et maintenant qu'on s'est rendu compte du terrain et de la position, je doute qu'on s'y risque à nouveau. Les navires et galères de Malte et deux frégates de Naples sont venus ici depuis notre arrivée et attendent comme nous les ordres de la cour. La troupe est casernée, car il y a des détachements qui ont déjà près de quatre mois de mer. Je rejoins demain ma garnison d'Onteniente*. Une fois là, je verrai ce qu'il adviendra de moi et s'il me sera possible de réaliser mes projets qui me tiennent de plus en plus à cœur, car je me sens chaque jour moins d'ambition et me rends mieux compte du vuide de tous les objets qui la pourraient nourrir^ ».
Doit-on attribuer ces velléités de renoncement et cette manière de découragement aux fatigues et aux ennuis d'une campagne manquée, ou Don Carlos
1. Plante sudorifîque originaire du Pérou, introduite en Europe depuis 1745 et d'abord en Espagne.