‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 13 sur 190 · IDÉES DE DON FRANCISCO · texte numérisé non relu

IDÉES DE DON FRANCISCO

le latin qui se parle dans les écoles de l'Europe entière, sert à rédiger soit les traités et actes publics, soit les inscriptions commémoratives de faits glorieux ou notables et qui, enfin, est la langue de notre sainte religion. Quant au français, il convient de le savoir « en perfection », tant à cause des livres excellents écrits dans cet idiome que parce qu'il se trouverait difTicilement une capitale de monarchie ou de république où le français ne se parlât, sinon mieux, au moins aussi bien que la langue indigène. L'italien n'a cours qu'en Italie ; mais les bons auteurs de cette nation méritent d'être lus : Vhombre prâctico l'apprendra donc tout de même que l'allemand, « peu nécessaire dans les cours, mais « très utile à la guerre et dans les camps où les « Allemands abondent ». — Citons encore une diatribe assez violente de Don Francisco contre le théâtre de son pays, surtout contre ces comedias de capa y espada « qui se réduisent la plupart du temps à des a aventures fantastiques de livres de chevaleries ou « à des amours illicites ». Son esprit discipliné et pondéré de militaire et de diplomate ne s'accommode pas du tout de ces galants qui rossent les alguazils, de ces damas qui courent les rues sous leurs mantes comme de simples prostituées, de ces pères et de ces frères bernés par les amants de leurs filles ou de leurs sœurs. Il lui répugne aussi que les auteurs dramatiques profanent les plus nobles noms d'Espagne, appelant, par exemple. Don Pedro de Mendoza ou de Guzman les ferrailleurs et les séducteurs de leurs comédies. « Les choses, dit-il gravement,

« ne se passent point ainsi dans la réalité. » En somme, ce livre, sans être ni bien original ni bien pénétrant, dénote toutefois chez son auteur une instruction et un amour du progrès fort rares chez les hommes de son monde et de son temps ; il méritait de ne pas tomber complètement dans l'oubli et l'on doit savoir gré à la piété filiale d'une duchesse de l'Infantado, petite-fille de ce Fernan Nunez, d'en avoir rafraîchi la mémoire en prescrivant de le réimprimer *.

Rendu, après tant d'années de vie active, aux paisibles occupations de grand seigneur terrien et à l'existence quasi champêtre de son manoir de Fernan Nunez, situé au sommet d'une colline peu élevée et à pentes douces dans la belle campagne des environs de Cordoue, Don Francisco en profita pour améliorer le sort de ses vassaux. Ayant longtemps couru le monde et contemplé dans ses voyages l'énergie, l'activité et l'industrie des pays du nord, il tenta de fonder dans ses domaines quelques établissements industriels et de fournir au travail agricole des colons du lieu des instruments perfectionnés. Il fit venir des Flamands, construisit des fabriques de drap et de soie, des moulins à blé et à huile, des

1. Da Maria Francisca de Silva, onzième duchesse de l'Infantado, fit faire à Madrid, en 1762, une première réimpression d'El hombre prdctico qui ne fut pas mise en vente. Une seconde, destinée au public, porte l'adresse : Madrid, Ibarra, 1764. Il paraît que le sixième comte de Fernan Nunez forma à son tour le projet de donner une nouvelle édition de l'œuvre de sou grand-père (Espinalt, Atlante espanol, t. XII, p. 13).

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